IV. Faux
Dans ce troisième degré de perfection, une aine ne vent (dus son salut comme son saiut, ni Dieu comme son souverain bien, ni la recompense comme récompense, quoique Dieu veuille qu'on ait cette volonté. D'où il s'ensuit, qu'en cel état [48] on ne peut plus faire aucun acte de vraye espérance distingué de la charité; c'est a dire, qu'on ne peut plus désirer ni attendre l'effet des promesses en soi et pour soi même pour la gloire de Dieu.
Parler ainsi, c'est mettre la perfection dans la résis-
tance formelle à la volonté de Dieu, qui veut nôtre salut, et qui veut que nous le voulions pour sa gloire comme nôtre propre récompense. En même tems c'est confoudre l'exercice des vertus théologales, contre la décision du saint Concile de Trente.
[49] V. Vrai
Il y a deux états différents parmi les âmes justes. Le
premier est celui où l'on pratique la sainte résignation
dont parle saint François de Sales. L'ame resignée veut,
ou du moins voudroit plusieurs choses pour soi, par le
motif de son interest propre. Saint François de Sales
Am. de D. représente la résignation comme ayant encore des désirs jj, y. c. s.
propres, mais soumis, la résignation, dit-il se pratique
C. 4. par -manière d'effort et de soumission... la résignation préfère la volonté de Dieu en toutes choses. Mais elle ne laisse pas d'aimer beaucoup d'autres choses outre la volonté de Dieu. Voila la cupidité dont parle saint Bernard qui est réglée et soumise par la charité survenante. Or l'indifférence, dit nostre saint est au dessus de ta résignation car elle n'aime rien sinon pour l'amour du la volonté de D.... Voila un état d'amour pur ou l'on n'aime plus d'ordinaire ni les créatures ni soi que d'un amour de pure charité. Le cœur indiffèrent
Amour de \^\ ••■Le premier est celui de la sainte résignation. L'ame... bieu, L. 9. ... Saint François de Sales dit qu'elle a encore des désirs propres, mais soumis. Elle soumet et subordonne ..
est comme une boule de cire entre les mains de son Dieu pour recevoir semblablement toutes les impressions du bon plaisir éternel, un cœur sans choix également disposé a tout sans aucun autre objet de sa volonté que la volonté de son Dieu, ne met point son amour es choses que Dieu veut ainsi en la volonté de Dieu qui les veut. Saint Thomas avant saint François de Sales avoit déjà fait cette distinction, et c'est dans cette distinction qu'il a mis la différence des justes parfaits et des justes imparfaits. Les imparfaits selon lui ont seulement un amour habituel en. sorte q\C ils ne pensent et ne veulent rien de contraire a Dieu Les parfaits se détachent de tout autant que la nécessité le permet. Quoiqu'ils croissent encore en charité, ce n'est pas la leur principal soin, mais leur principale occupation est d'être unis a Dieu . Sed non est ad hoc principalis eorum cura. Sed jam eorum studium circa hoc maxime versalur ut deo inhaereant. Bellarmin a dit aussi que les imparfaits aiment d'autres choses avec Dieu, mais aucune autant que lui. et que les parfaits ont levé tout empeschement et sont uniquement dévouez a Dieu. Cette résignation soumet et subordonne ses désirs intéressez à la volonté de Dieu, qu'elle préfère à son interest. Par là. cette résignation est bonne, et méritoire. Le second état est celui que le mesme saint nomme la très sainte indifférence. L'ame indifférente ne veut plus rien pour soi parle motif de son propre interest : [50J elle n'a plus de désirs
... Le second état est celui de la sainte indifférence... |50|. . elle n'a plus aucun désir inter. -
intéressez à soumettre, parce qu'elle n'a plus d'ordinaire aucun désir intéressé. Il est vray qu'il luy reste encore des inclinations et des répugnances involontaires, qu'elle soumet ; mais elle n'a plus d'ordinaire de désirs volontaires et délibérés pour son interest propre. Il y a néanmoins divers cas ou une ame parfaite fait encore des actes moins désintéressez. Voici ces cas : Ie La grâce de cet état est variable aussi bien que l'état de l'ame. Aprez un pécbé véniel la grâce peut un peu varier et laisser une ame dans un besoin passager de mesler dans quelque acte un motif intéressé ; 2e l'ame peut être touchée par exemple de la béatitude en elle-même dans un moment, sans avoir la vue de remonter alors a la fin supérieure qui est la pure gloire de Dieu ; 3e elle peut recourir au motif intéressé de la béatitude dans certaines tentations violentes ou elle courroit risque de succomber sans cette ressource extraordinaire ; 4° Dieu peut soustraire pour certains moments l'attrait des exercices les plus parfaits pour denuer davantage cette ame et pour luy oster l'appuy de son abandon et de son désintéressement même afin de la tenir plus souple et plus dépendante dans sa main. Dans tous ces cas elle fera des actes moins désintéressez sans manquer a sa grâce. Mais il y a un autre cas, qui est le plus ordinaire et ou elle ne coopereroit pas fidellement a toute sa grâce si elle faisoit de tels actes. C'est dans les occasions ordinaires de son état ou la grâce la porte expressément au parfait desinteres-
... elle n'a plus de désirs volontaires et délibérez pour son interest, excepté dans les occasions où elle ne coopère fidèlement
à toulc bu grâce. (Jette ame indifférente...
sèment de l'amour et ou elle ne pourroit revenir aux actes moins désintéressez que par hésitation et par une résistance volontaire à Dieu pour se rechercher'par amourpropre. Alors ce seroit une espèce d'infidélité. L'ame indifférente, quand elle remplit sa grâce, ne veut donc plus rien d'ordinaire que pour Dieu seul, et que comme Dieu le lui fait vouloir par son attrait. Elle aime, il est vrai, plusieurs choses hors de Dieu, mais elle ne les aime que pour le seul amour de Dieu, et de l'amour de Dieu même qui est l'amour de charité dont elle doit toujours aimer et soi et son prochain ; c'est Dieu qu'elle aime dans toi tout ce qu'il lui fait aimer. Car elle ne met point son amour es choses que Dieu veut ains en la volonté de Dieu qui 1rs veut.
La sainte indifférence n'est que le désintéressement do l'amour, comme la sainte résignation n'est que l'amour mélangé de cupidité ou d'interest dans lequel on soumet l'interest propre à la gloire de Dieu. L'indifférence s'étend toujours tout aussi loin, et jamais plus loin que le parfait désintéressement de l'amour. Or est-il que le plus grand désintéressement de l'amour ne peut jamais exclure que les désirs intéressez sur le salut et non pas les désirs désintéressez du salut qui consiste essentiellement dans le parfait amour. Donc l'indifférence ne peut jamais exclure absolument le désir du salut. Le désintéressement de l'amour qui ostle principe
|50j. . ne veut plus rien que pour...
|50J. . et de l'amour de Dieu même ; car c'est Dieu...
[51j... lui fait aimer. La sainte...
... résignation o'est que l'am iur intéressé, qui soumet...
... désintéressement de l'amour. Comme l'indifférence est...
delasainteinilifferencenepeutdoncjamaisempescherque nous ne desirions le salut pour nous par charité comme pour le prochain, mais d'une volonté d'autant plus forte que l'amour est plus pur, et nôtre hien est toujours la raison précise pour laquelle nous le voulons. Comme ceste indifférence est l'amour même, c'est un principe très réel et très positif. C'est une volonté positive et formelle, qui nous fait vouloir ou désirer réellement toute volonté de Dieu qui nous est connue. Ce n'est point une indolence stupide, une inaction intérieure, une non volonté, une suspension générale, un équilibre perpétuel de l'aine. Au contraire, [52] c'est une détermination positive et constante de vouloir tout et de ne vouloir rien, comme parle le Cardinal Boua. Aussi voyons-nous que saint François de Sales représente l'indifférence comme un principe actif et fécond en volontez distinctes quoique désintéressées. L 'indifférence, dit-il, est art dessus de la résignation, car elle n'aime rien sinon pour l'amour de la volotité de Dieu, vous voyez donc que celte indifférence aime et qu'elle a un amour réel avec des motifs précis. En cet et;it on ne veut rien pour soi c'est a dire par un amour de soi qui ne soit point de pure charité ; mais on veut tout pour Dieu : et comme on s'aime en Dieu on se désire tous les biens qui nous conviennent dans l'ordre de Dieu et dans la subordination des fins qu'il s'est proposées : on ne veut rien par le
[52J... de vouloir et de ne vouloir rien, comme parle le cardinal Rona. On ne veut rien pour soi ; mais on veut pour Dieu : on ne veut rien pour être parfait ni bienheureux, pour sou propre interest ; mais on veut toute perfection...
désir d'être parfait ou bienheureux, pour sou propre interest ; car le propre interest est un amour de soi que la charité ou amour de la justice éternelle ne met point dans le cœur. Mais il y a uu autre amour plus pur et très désintéressé par lequel on exerce les vertus pour être parfait et heureux selon le bon plaisir de Dieu. Ainsi on veut toute perfection et toute béatitude, autant qu'il plaît ù Dieu de nous faire vouloir ces choses, pur l'impression de sa grâce, suivant sa volonté écrite, qui est toujours nôtre règle inviolable. En cet état on ne vi'ul plus le salut par le motif intéressé de ce qu'il est le salut propre, la délivrance éternelle, la recompense de nos mérites, et qu'on pourroit mesme nommer improprement le plus grand de tous nos intérêts : mais on le vent d'une volonté pleine, comme la gloire et le bon plaisir [53] de Dieu, comme une chose qu'il veut, qu'il veut que nous voulions pour lui, et que nous voulions aussi pour nous par un amour de nous-mêmes qui étant de charité porte avec soi le désintéressement le plus parfait.
Il y auroit une extravagance manifeste à refuser par pur amour de s'aimer ainsi, et de vouloir le bien que Dieu veut nous faire, puisqu'il nous commande de le
... suivant sa loi écrite,...
... ou ne vent plus le salut comme salut propre, comme délivrance éternelle, comme recompense de nos mérites, comme le plus grand de tous uos interests : mais on le veut ..
[53]... qu'il veut, et qu'il veut que nous voulions pour lui.
11 y auroit...
... par par aai >ur de vouloir le bieu ..
... fane et qu'il nous commande de vouloir...
vouloir avec lui. L'amour le plus désintéressé doit vouloir ce que Dieu veut pour nous, comme ce qu'il veut pour autruy. La détermination absolue à ne rien vouloir, ne seroit plus le désintéressement mais l'extinction de l'amour, qui renferme un désir et une volonté véritable : elle ne seroit plus la sainte indifférence ; car l'indifférence est l'état d'une aine également preste à vouloir ou à ne vouloir pas, à vouloir pour Dieu tout ce qu'il veut, et à ne vouloir jamais [54] pour soi ce que Dieu ne témoigne point vouloir : au lieu que celte détermination insensée à ne vouloir rien, est une résistance impie à toutes les volontés de Dieu connues et à toutes les impressions de sa grâce. C'est donc une équivoque facile et importante a lever, que de dire qu'on ne désire point son salut comme saint François de Sales l'a dit en ces termes. Il est bon de désirer son salut mais il est encore meilleur de ne rien désirer. On le désire pleinement comme volonté de Dieu comme le principal moyeu de sa glorification dans les âmes, comme nôtre bien souverain que nous sommes obligez de vouloir et de nous procurer pour la gloire de Dieu par un amour de charité pour nous-mêmes. Il y auroit un blasphème horrible à le rejetter en ce sens, et il faut parler toujours là-dessus avec beaucoup de précaution. Il est vrai seulement qu'on ne le veut pas par le motif intéressé de ce qu'il est nôtre recompense,
. . l'extinction de l'amour, qui est un désir...
[54"). . . équivoque facile à lever...
... point son salut. On le...
... volonté de Dieu. Il y auroit ..
... qu'on ne le veut pas. en tant qu'il est nôtre. .
DÔtre bien, et nôtre félicité c'est a dire en un mot que nous pouvons dans lapins haute perfection cesser d'ordinaire de le vouloir avec cet amour de nous-mêmes que saint Bernard nomme une cupidité réglée par la charité parce qu'alors c'est d'ordinaire par le seul amour de charité que nous nous aimons et que nous nous desirons le plus grand des biens. C'est donc en ce sens et jamais
en aucun autre que saint François de Sales a dit, s'il y 2<= Entre-
lien.
avait un peu plus du bon plaisir de Dieu en Lnfer, |oo]
les Saints quitteraient le Paradis pour y al 1er. Et encore
ailleurs. Le désir de la vie éternelle est bon, mais il ne Entretien
faut désirer que la volonté de Dieu. Et encore ailleurs,
si nous pouvions servir Dieu sans mérite, nous devrions entretien
désirer de le faire. Et encore ailleurs, l'indifférence est
au dessus de la résignation, car elle n'aime rien sinon Amour de
Dieu. L. 9.
pour la volonté de Dieu : si qu'aucune chose ne touche C. 21.
le cœur indiffèrent en la présence de la volonté de
DIEU... Le cœur indiffèrent est comme une boule de
cire entre les mains de son Dieu, pour recevoir sembla -
blement toutes les impressions du bon plaisir éternel.
C'est un cœur sans choix, également disposé à tout, sans
aucun autre objet de sa volonté que la volonté de Dieu ;
qui ne met point son amour es choses que Dieu veut,
[5GJ ai/is m lu volonté de Dieu qui les veut. En somme
... nôtre bien, et notre interest. C'est en ce sens que Saint...
... dit. que s'il...
|55] , de le faire. Il dit ailleurs, l'indifférence...
[5G|... qui les veut. Ailleurs il dit, parlant de saint Paul et de saint Martin, Ils voyait le Paradis ouvert j>our eux ; ils voyent mille travaux en terre ; l'un et l'autre leur est indiffèrent au choix, et il n'y a y un la volonté de Lieu qui puisse donner le
le bon plaisir de Dieu est le souverain objet de l'aine indifférente. Partout où elle le voit elle court à l'odeur de ses parfuns, et cherche toujours l'endroit ou il y en a plus sans considération d'aucune autre chose. Il est conduit par sa divine volonté comme par un lien très aimable, et partout ou elle va il la suit. Il aimeroit mieux l'enfer avec la volonté de Dieu que le paradis sans la volonté de Dieu. Ouy même il prefereroit l'enfer au paradis sil savoit qu'en celui la il y eut un peu plus du bon plaisir divin qu'en celui ci en sorte que si par imagination de chose impossible il savoit que sa damnation fut un peu plus agréable a Dieu que sa salvation, il quitteroit sa salvation et courreroit a sa damnation.
Telle est selon saint François de Sales l'aine indifférente quand elle regarde son salut. Il ne faut pourtant pas s'imaginer qu'elle puisse jamais être dans une réelle indifférence ou suspension de volonté sur son salut. Elle peut bien avoir une réelle suspension de volonté a l'égard des événements de la vie, avant qu'ils arrivent ; parce qu'elle ignore alors la volonté de Dieu qu'on nomme de bon plaisir dans l'école, et dont elle attend la décision. Mais elle ne peul point pratiquer la même suspension de volonté à l'égard des choses telle que le salut ou elle
contre-poids à leurs cœurs. Il dit dans la suite, s'il sçavoit que sa damnatiou fût un peu plus agréable à Dieu que sa salvation, il quitteroit si salvation, et coureroit à sa damnation. 3 Entret. H parle encore ainsi ailleurs; il n'est pas seulement requis de nous reposer en la divine providence pour ce qui regarde let choses temporelles, ainsi beaucoup plus pour ce qui appartient à notre vie spiritu-lle et à notre perfection. Ailleurs il dit, soit pour ce qui regarde l'intérieur,...
a toujours devant les yeux une volonté signifiée par les saintes écritures, et qui est invariable. Encore même la sainte indifférence n'est-elle jamais en rigueur une entière non volonté pour les événements de la vie qui appartiennent a la volonté de bon plaisir. Avant que Dieu les décide l'aine se conforme par avance dans son abandon a l'événement futur quoiqu'inconnù. Dez qu'il arrive il n'est plus une volonté de bon plaisir, il devient une volonté de signe, car les volontez de Dieu ne nous sont pas moins signifiées par la décision de sa Providence, que par sa loi. Ainsi les 1 volontez de bon plaisir et de signe qui méritent d'être soigneusement distinguées ne laissent pas de se réunir dans le cas précis ou les événements sont arrivez par la décision de la Providence. Et ce cas précis est celui ou il s'agit de vouloir. L'événement même en est la signification. C'est a l'égard de ces choses si certainement signifiées que saint François de Sales veut que lame indifférente ne vielle point son amour es chose que Dieu veut, ains en la volonté de Dieu qui les veut. Dira-t-on qu'on doit vouloir moins parfaittement et d'une manière moins désintéressée les choses qui sont de la volonté signifiée que celles de la volonté de bon plaisir. Ce seroit une opinion bien indécente. Quoi les parfaits voudront les événements non écrits sans interest propre, et ils seront obligez de vouloir avec interest propre les choses ou la volonté de Dieu est déclarée dans l'écriture ! Les livres divins sont-ils écrits pour nous faire vouloir moins purement les choses qui y sont ecrittes que celles qui ne le sont pas V II est donc manifeste qu'il faut pour la perfection vouloir avec une
égale pureté et un égal désintéressement les volontez de Dieu ecrittes et les volontez non escrittes. Plus les choses que Dieu veut pour nous sont parfaittes et convenables a sa gloire, plus nous devons les vouloir avec un désintéressement parfait pour sa gloire. Les parfaits doivent donc désirer avec un désintéressement encore plus parfait leur souverain bien, que les biens inférieurs qui sont renfermez dans les événements de la vie. La béatitude céleste mérite sans doubte un amour plus parfait que le gain d'un proeez, ou quelque consolation mesme spirituelle. De plus nous avons déjà remarqué ce qui est décisif qui est que nous ne pouvons vouloir distinctement les événements de la vie que quand ils sont arrivez. Alors la volonté de bon plaisir devient comme nous l'avons vu une volonté signifiée. C'est dans ce cas ou sommes obligez précisément de vouloir la chose que la distinction des deux volontez de Dieu est déjà cessée. L'unique différence réelle entre le salut et un événement de la vie, c'est que pour l'événement j'attends jusqu'à son arrivée la signification de la volonté de Dieu, jusques la je ne veux cet événement que d'une volonté générale. Cette volonté générale est pourtant réelle. La suspension ou indifférence n'est jamais non pas même alors une non volonté absolue, car je veux par avance réellement ce qui arrivera, sans savoir précisément ce qui doit arriver. Pour le salut la signification en est toujours toute faitte et invariable dans les écritures. A cet égard ma volonté n'est jamais et ne peut jamais être en aucune suspension. Elle reçoit a tout moment pour parler le langage de saint François de Sales le contrepoids qui lui vient de
la volonté divine signifiée dans les écritures, mais toutes les lois que 1 aine indifférente veut distinctement uu evenemenl déjà arrivé, elle Le veut d'une volonté aussi pleine que le salut, parce qu'alors ces 2 choses sont également de volonté signifiée, et toutes les fois qu'elle veut le salut, elle le veut d'une volonté aussi désintéressée pour la gloire de Dieu que le moindre événement de la vie. C'est pourquoi saint François de Sales parle ainsi. Il n'est pus seulement requis de nous rejjoser en 3e Entrera divine providence pour ce qui regard? les choses temporelles unis beaucoup) plus pour ce qui appartient a nôtre vie spirituelle et a notre perfection Ailleurs il dit. Soit pour ce qui regarde Ciyiterieur, [57 ) soit pour ce qui regarde l'extérieur, ne veuillez rien que ce que Dieu voudra pour vous. Enfin il dit dans un autre endroit : Je ri 'ay presque point de désirs, mais sifeslois à renaître je rien aurais point du tout. Si Dieu votait ùmoi, j'irais aussi à lui : s Une von lois pas venir à mai je me tiendrois là, et riirois pas à lui. C'est a dire qu'il ne vouloit point chercher Dieu avec .empressement par des désirs intéressez pour sa perfection et pour son bonheur, sans cesser neantmoints de demeurer uni a luy par un amour fidèle, et de se désirer a soy inesme par principe de charité tous les biens promis. Je ne rapporte ici tous ces passages que pour montrer aux mystiques a quoi se doivent toujours réduire les expressions les plus fortes dont ils pourroient abuser en retranchant les désirs essentiels a la vie intérieure. Les autres Saints des
. n'iroit peu u lui. Les autres Saints...
derniers siècles, qui sont autorisez dans toute l'Eglise, ont beaucoup d'expressions semblables. Elles se réduisent toutes à dire qu'on n'a plus d'ordinaire aucun désir propre et intéressé ni sur le mérite, ni sur la perfection. ni sur la béatitude étemelle.
Parler ainsi, c'est ne laisser aucune équivoque dans une matière si délicate où l'on n'en [58] doit jamais souffrir ; c'est prévenir tous les abus qu'on pourroit faire de la chose la plus précieuse et la plus sainte qui soit sur la terre, je veux dire le pur amour; c'est parler comme les Pères, comme les principaux Docteurs de l'Ecole, et comme les saints mystiques. Enfin c'est parler conformément a notre 5e proposition dont voici les termes. Tout chrétien en tout étal quoique non a tout moment, est obligé Je vouloir désirer et demander explicitement son salut éternel comme une chose que Dieu veut, et quil t'eut que nous voulions pour sa gloire. Voila l'endroit ou nous avons voulu prévenir toutes les illusions d'un désintéressement excessif; et ou nous avons pris soin de marquer avec la plus rigoureuse précaution en quoi consiste le désir du salut qui est essentiel dans tout état ou degré de vie intérieure. Si le désir du salut par le motif intéressé c'est a dire par le principe de cupidité soumise eut été nécessaire en tout état de perfection, et si l'état babituel d'amour désintéressé eut
... l'Eglise, sont pleins d'expressions... ... qu'on n'a plus aucun désir...
[58].. c'est parler comme tous les Pères, comme tous les principaux Docteurs de l'Ecole, et comme tous les saints mystiques. V Faux...
été une nouveauté dangereuse, il eut été capital de le décider en cet endroit : c'étoit précisément « 1 * * quoi il s'agissoit pour réprimer L'illusion. Nous aurions été inexcusables de n'établir pas clairement cette nécessité de désirer notre salut par le motif intéressé de cupidité soumise comme un devoir essentiel du christianisme. Nous aurions du dire. Tout chrétien en tout état quoique non a tout moment est obligé d'aimer Dieu par le mot il de son propre interest, et par un amour de soi même différent de la charité». 11 faut pour le salut même désirer le salut pour son propre interest. Si dans certains moments on aime Dieu par transport passager sans ce motif d'interest, et par simple abstraction momentanée, on est obligé néanmoins d'y revenir aussitost aprez, parce qu'il n'y a jamais dans la condition de voyageur aucun état habituel d'amour désintéressé. Loin de faire cette décision qui eut été essentielle et si elle eut été vraye, nous avons tout au contraire pris grand soin de L'éviter dans nos expressions. Nous nous sommes contentez d'exiger le désir du salut comme d'une chose <iue Dieu veut et qu'il reut </ne nous voulions pour sa gloire. Ce qui suppose qu'on peut en un certain état ne le vouloir d'ordinaire qu'en cette manière pleinement désintéressée et de pure conformité a l'ordre de Dieu tant sur le salul que sur la raison de le vouloir. Aprez avoir donné dans la ii proposition cette idée du désir désintéressé du salut nous avons ajouté dans la 9e que la sainte indifférence ne s'étend point sur le salut et sur les choses qui y ont rapport. En effet le désintéressement de l'amour ne peut jamais nous rendre indifférents c'est a
— Ififi —
dire sans aucune volonté pour le salut considéré suivant cette idée, comme d'une chose que Dieu veut que nous voulions pour sa gloire. Ce qui est essentiel, c'est de ne dispenser jamais aucune aine sous prétexte de perfection de ce désir explicite du salut et de toutes les choses qui vont rapport, quoique le motif intéressé ou de cupidité soumise à l'égard de la béatitude ne soit de précepte pour aucun état, mais seulement proposé comme utile dans l'état moins parfait.