C. 8. vitez par les promesses et élevez par la recompense
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qu'ils espèrent, l'arne véritablement bonne sans songer a la récompense céleste remporte le fruit d'une double gloire. Saint Augustin qui veut que nous aimions Dieu pour lui seul et nous uniquement pour lui. de même que le prochain dit que la règle de L'amitié est d'aimer gratuitement. A combien plus forte raison, continue t il, doit on aimer Dieu sans interest puisque c'est lui qui nous fait aimer ainsi les hommes. Ce père suivant ce principe de pur amour parle ailleurs de l'éternelle paix que nous desirons comme nôtre délivrance, et il assure que si nous n'avions plus aucune espérance, nous devrions demeurer dans la souffrance du combat, plutost que de nous laisser dominer par les vices en ne leur résistant pas. Si quod absit illius tanti boni spe.t titilla esset malle debuimus in illius conflectationis moi siia quant, viliorum in ?ws domina tionem, non eis resistendo permitter e. Environ le temps de la mort de ce père, un homme d'Adrumete, nommé Victorien, répondit aux Vandales qui le persecutoient pour la foi : Quand même il n'y auroit point d'autre vie que la vie présente H que nous n'espérerions pas l'éternelle qui est véritable, je ne voudrais point pour une gloire temporelle et courte me rendre ingrat a mon créateur qui m'a donné la foi.
Saint Anselme, aprez avoir fait la supposition impossible comme les autres afin d'exprimer le désintéressement du parfait amour, dit a Dieu : Pour celui a qui cette parole ne plait pas. Seigneur donnez lui de se renoncer, afin qu'il puisse comprendre cette parole. Saint Bernard assure que le seul enfant n'est ni ébranlé par
la crainte ni attiré par le désir, mais soutenu par l'esprit d'amour. Le pur amour, dit-il ailleurs, n'est point mercenaire, il ne tire point de force de l'espérance et le découragement ne lui fait aucun tort. Telle est l'épouse, car en quelque endroit qu'elle soit, c'est ainsi qu'elle est. Il fait dire a l'enfant de Dieu : Je ne cherche point le salut pour éviter la peine ou pour régner dans le ciel, niais pour vous louer éternellement. Tous les contemplatifs des derniers siècles ont fait ces mêmes suppositions impossibles pour exprimer un désintéressement, non seulement possible, mais actuel et ordinaire en eux ; les âmes de la 6e demeure, dit sainte Thérèse, voudroit que le Seigneur vit qu'elles ne le servent point par le motif de la recompense. Ainsi, elles ne pensent jamais a la idoire qu'elles doivent recevoir comme a un motif qui doive les fortifier et les encourager dans le service de Dieu.
C'est encore dans le même esprit de désintéressement que saint François de Sales dit que lame indifférente aimeroit mieux l'enfer avec la volonté de Dieu que le Paradis sans sa volonté. 11 marque ailleurs en ces termes le principe qui produit celte disposition : la très
Ain. de I). profonde obéissance d'amour n'a pas besoin d'être
excitée par menace ou recompense ni par aucune loi, ou par quelque commandement, car elle prévient tout cela. Pour mieux entendre ces suppositions que tant de saints ont faittes pour montrer que leur amour etoit indépendant du motif de la récompense éternelle, il faut faire attention aux choses que je vais tascher d'expliquer.
T,es promesses sur la vie éternelle sont purement gratuite*. La grâce ne nous est jamais due ; autrement elle de leroil plus grâce. Dieu ne nous doit jamais en rigueur ni la persévérance à la mort, ni la vie éternelle après la mort corporelle. Il ne doit pas roê;8tijme absolument et de droit rigoureux a notre ame de la taire exister aprez cette vie, quoiqu'il n'y ait aucune créature qui puisse détruire l'ame et qu'elle n'ait en soi aucun principe de destruction. Dieu pourroit néanmoins la laisser retomber dans le néant : Autrement ilneseroit pas libre sur la durée de sa créature, et elle deviendroit un être nécessaire. Mais quoique Dieu ne nous doive jamais rien en rigueur, il a voulu nous donner des droits fondez sur des promesses purement gratuites et sur l'ordre qu'il lui a plû d'établir. Par ses promesses il s'est donné comme suprême béatitude à lame qui lui est fidelle avec persévérance. Il est donc vrai en ce sens que toute supposition qui va à se croire exclus de la vie éternelle en aimant Dieu est impossible, parce que Dieu est fidelle dans ses promesses : 11 ne veut point la r87j mort du péri,, - ;* i-. mais qu'il vive et se convertisse. Par là il est constant que tous les Sacrifices que les aines les plus désintéressées font d'ordinaire sur leur béatitude éternelle sont purement conditionnels. On dit : mon Dieu, si par impossible vous me vouliez coudamner aux peines
(85-86|... doit pas môme à nôtre ame de le faire exister après celte vie II pourroit la laisser retomber dans son néant comme lane son propre poids : Autrement...
... gratuites. Par se<...
|87]... sont conditionnels...
éternelles de l'Enfer sans perdre vôtre amour, je ne vous en aimerois pas moins. Voilà le premier cas qui est impossible a cause des promesses et dont la supposition se peut faire tous les jours hors des teins d'espérance. Mais voici le second cas qui ne regarde que les épreuves les plus extrêmes, et ou l'ame ne regarde point comme impossible la supposition qu'elle fait. Elle s'imagine qu'elle a comblé la mesure de ses péchez et qu'elle est inévitablement réprouvée. Le sacrifice qu'elle fait alors n'est plus dans une forme conditionnelle comme celui du premier cas. Mais il ne peut jamais néamoins être tout a fait absolu : 1° parce qu'il ne regarde pas le salut,
... pas moins. Mais ce sacrifice ne peut être absolu dans l'état ordinaire. Il n'y a que le cas des dernières épreuves où ce sacrifice devient en quelque manière absolu. Alors une ame peut être invinciblement persuadée d'une persuasion réfléchie et qui n'est pas le fonds intime de la conscience, qu'elle est justement reprouvée de Dieu. C'est ainsi que saint François de Sales...
Copie mss .. comme celui du premier cas. Elle ue dit plus : Mon Dieu, si par impossible vous me condamniez, mais elle dit comme la Bienheureuse Angele de Foligni : Seigneur, quoique je sois damnée, je ne laisserai pas de faire pénitence, et encore puisqu'une fois vous m'avez abandonné, achevez et plongezmoi dans cet abîme. L'ame dit alors comme saint François de Sales : Puisqu'on l'autre vie je dois êtie privée pour jamais de voir et d'aimer Dieu si digne d'être aimé, je veux au moins, pendant que je suis sur la terre, faire tout mon possible pour l'aimer de toutes les forces de mon ame et dans toute l'étendue de mes affections. Cette forme n'est point conditionnelle : les termes en sont simples et absolus : cette espèce de sacrifice qui est absolu quant à la forme, à cause que le cas, devenu présent par le trouble de l'imagination est nomme dans la vie de saint François de Sales une terrible résolution, ce qui marque nettement un acte délibéré, il n'est pourtant pas tout à fait absolu : 1° parce qu'il ne tombe pas sur le salut ou notre fin der-
iS'i
mais le seul interest propre dans le salut ou le contenaient -le la cupidité subordonnée ; 2° parce que ce sacrifice est joint avec la foi, avec l'espérance actuelle du «dut avec le désir actuel et formel du salut, comme dune chose que Dieu veut qu'on veuille pour sa gloire ; 3 parce que ce sacrifice n'est fondé que sur une persuasion purement apparente de l'imagination seulleet d une
niere qui est Dieu même, mais seulement sur notre interest propre qui est ce qu'on nomme la béatitude créée en tantqu elle e «cherchée par la cupidité soumise et pour son propre conntement;2opar(-equece sacrifice est toujours borne par la oi et Irl-esperance actuelle du salut qui est commandée par a charité El e a alors actuellement le désir du salut pris dan, outeln étendue, môme entant que béatitude créée anus ce , n'est que dans la cime de l'ame. et elle ne peut s y apn ,- pour en faire usage dans cette occasion et pour enter e sacrifice de la cupidité soumise sur cette béatitude créée ; 3° ce aTrifice n'est' fomle que sur uue persuasion purement apparie et de L'imagiuation seule, car au moment même ou elle u^e sa réprobation comme certaine et actuelle, elle espère SeUemeot sou salut quelle désire plus que jamais La peru i , ,1e sa perte n'es, donc pas réelle puisqu'elle n est pas le f,;:time di sa conscience C'est une espèce d'illusion passade que Dieu permet pour tirer d'elle un consentement ou açquiessement simple à la persévérance dans l'amour, maigre la supposition d'une volonté de Dieu qui est très I msse. "îitacquiessement ou ce sacrifice nest qu une vo onte d a mer toujours dans la privation de sa propre félicité. Ce n est Z une volonté positive de perdre aucune des choses promises ,. resperance attend, car un tel acte seroit formellement cer- ,„, a', espérance et incompatible avec elle, (.et acte, si on Lune de pré*, suppose la perte et ne veut pas, ce qu il veut PréC1s,ment c'est l'amour malgré .a perte certaine A proprement parler, ce n'est qu'un amour pur et sans aucuureste de cupidité soumise dans la fausse supposition dune perte qui n'est pas réelle. Alors une ame...
supposition que lame sait dans le fonds de sa conscience être impossible. Elle désire, elle attend alors plus que jamais l'effet des promesses. Elle en fait des actes réels mais directs et non appercûs. La persuasion de sa perte n'est point réelle parce qu'elle n'est pas le fonds intime de sa conscience c'est une espèce d'illusion passager^ que Dieu permet pour tirer d'elle un consentement ou acquiescement simple a sa volonté, cet acquiescement ne renferme qu'un amour pur et sans aucun reste du motif intéressé ou de cupidité subordonnée pour la béatitude. Alors une ame peut être tellement persuadée de la réprobation par cette persuasion apparente et imaginaire qu'elle ne peut la vaincre par aucun effort direct. C'est ainsi [881 que saint François de Sales se trouva dans l'Eglise de Saint-Etienne des grez. Une ame dans ce trouble s'imagine voir qu'elle est contraire à Dieu par ses infidélités passées et par son endurcissement présent, qui lui paroissent combler la mesure pour sa réprobation. Elle prend ses mauvaises inclinations pour des volontés délibérées, et elle ne voit point les actes réels de son amour ni de ses vertus, qui par leur extrême simplicité échappent à ses reflexions et qui sont même obscurcis par le trouble d'une imagination émue. Elle devient à ses propres yeux couverte de la lèpre du péché, quoiqu'aparent et non réel. Elle ne peut se supporter. Elle est scandalisée de ceux qui veulent 1 appaiser et lui ôter cette espèce de persuasion. Si on lui représente le dogme
[88 1... une ame dans ce trouble se voit contraire... . . à ses réflexions. Elle devient...
de persuasion. Il n'est pas question de lui dire le dogme précis ..
[89] précis de la Foi sur la volonté de Dieu de sam citons les hommes, et sur la croyance où nous devons être qu'il veut sauver chacun de nous en particulier, vérité ne peut lui rendre le calme. Cette ame ne doute point de la bonne volonté de Dieu, niais elle croit la sienne mauvaise, parce qu'elle ne voit en soi par retlexion que le mal apparent qui est extérieur et sensible, et (pie le bien qui est toujours réel et intime est dérobé à ses yeux par la jalousie de Dieu. Dans ce trouble involontaire et que l'on doit toujours taseher de vaincre ju qu'a ce qu'on éprouve que l'aine ne peut s en délivrer par aucun effort, rien ne peut la rassurer, ni lui découvrir au fonds d'elle même ce que Dieu prend plaisir à lui cacher. Bile voit La colère de Dieu enflée et suspendue sur sa teste connue les vagues de [90] la nier, toute preste à la Bubmerger : c'est alors que l'orna est divisée d'avec elle même, elle expira sur la croix avec Jésus - Christ, en disant : Q Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avrz vous abandonné? Dans cette impression involontaire de desespoir, elle fait le sacrifice en quelque manière absolu de son taterest propre pour l'éternité, comme je viens de l'expliquer, parce que le oas'impossible lui paroit possible et actuellement réel, dans le trouble et l'obscurcissement OÙ elle se trouve. Encore une lois il n sst pas question de raisonner avec elle, car elle est incapable de tout raisonnement. Il ne s'agit que d'une
[89Y. en particulier. Cette ame. .
... involontaire et inv acible rien ne...
[90j... fait le sacrifice absolu de son interest propre poui t*élernité, parce que .
... de tout raisonnement. Il n'est question que d'une convie-
persuasion qui n'est ni intime ni réelle, mais seulement apparente. Elle tient de la nature de celle de toutes les âmes scrupuleuses dans les épreuves de la vie, suivant qu'elles sont plus ou moins dans le scrupule elles sont aussi plus ou moins dans le trouble et dans la persuasion apparente dont je parle. Si une ame scrupuleuse ne voyoit en aucune façon sa droitture, elle ne seroit plus droitte et elle opereroit intérieurement sans aucune droitture de conscience. D'un autre costé si elle pouvoit trouver par reflexion la droitture, elle ne seroit plus dans le scrupule. Il faut donc qu'elle soit actuellement tout ensemble d'un costé dans une conscience intime de sa droitture, de l'autre dans une impuissance de refleschir sur sa droitture pour s'en rendre témoignage. Voila ce qu'on ne peut s'empescher de dire de tous les scrupuleux, et c'est précisément à quoi je borne ce que je dis des âmes qui sont dans les plus extrêmes épreuves. Le trouble de leur imagination ne leur représente qu'un mal faux et apparent pendant qu'elle obscurcit le bien véritable. Mais la persuasion du mal n'est jamais réellement dans l'entendement. Autrement il faudrait dire que toutes les âmes les plus innocentes qui sont dans le scrupule perdent la foi l'amour de Dieu et leur droitture pendant leur trouble, car ces choses sont incompatibles avec une réelle persuasion du contraire. Cette persuasion est donc seulement apparente, c'est a dire de pure imagination pendant que l'entendement dans ses actes
tion qui n'est pas intime, mais qui est apparente et invincible. En cet état une ame perd toute espérance pour son propre interest...
directs ne cesse point de croire et d'espérer. En cet état l'amené perd donc qu'une certaine espérance sensible [91] pour son propre interest. mais elle ne perd jamais dans la partie supérieure, c'est a dire, dans ses actes directs et intimes, l'espérance parfaite qui est le désir et l'attente désintéressée des promesses. Elle aime Dieu plus purement que jamais. Loin de consentir positivement à le haïr, elle ne consent pas même indirectement à cesser un seul instant de l'aimer, ni à diminuer en rien son amour, ni à mettre jamais à l'accroissement de cet amour aucune borne volontaire, ni à commettre aucune faute même vénielle. Un Directeur peut alors laisser faire à cette ame un acquiescement simple à la perte de son interest propre, et à la condamnation juste où elle croit être de la part [92] de Dieu pour la peine éternelle, ce qui d'ordinaire sert à la mettre en paix et à calmer la tentation, que Dieu n'a permise que pour cet effet, je
f9i] .. qui est le désir désintéressé des...
[91 1 copie tnss... des promesses. Au reste, il faut bien se garder de prendre de telles âmes pour foibles et pour visionnaire-. Elles ont des peines semblables à celles des âmes scrupuleuses, mais elles n'en ont pas les grossières imperfections. Leurs suppositions sont imaginaires Mais Dieu permet ce trouble d'imagination dans les e>prits les plus solides et les plus forts pour les réduire à l'exercice de l'amour le plus désintéressé Ce sont de très grands saints qui ont été ainsi livrez h leur imagination afin que la vertu achevât de les perfectionner dans l'Infirmité L'imagination quand Dieu permet qu elle trouble lame la plus ferme, lui cause les maux les plus réels et lui fait faire les plus purs sacrifices...
[92J. de Lieu, ce qui...
... la tentation, qui n'est destinée qu'à cet efM, je veux dire à la...
veux dire, pour la purification de l'Amour. Mais il ne doit jamais ni lui conseiller ni lui permettre de croire positivement par une persuasion libre et volontaire, qu'elle est reprouvée et quelle ne doit plus désirer les promesses par un désir désintéressé. Il doit encore moins la laisser consentir à haïr Dieu, ou à cesser de l'aimer, ou à violer sa Loi, même par les fautes les plus vénielles. Tout ceci est conforme a la 33 de nos propositions dont voici les termes : on peut aussi inspirer auv aines peinées et vraiment humbles une soumission et consentement a la volonté de Dieu quand même par une très fausse supposition au lieu des biens étemels qu'il a promis aux âmes justes, il les tiendroil pur son bon plaisir dans des tourments éternels sans néanmoins qu'elles soient privées de sa grâce et de son amour qui est un acte d' 'abandon parfait et d'amour pur pratiqué par des saints et qui le peut être utilement avec une grâce par tien lier e de Dieu par les âmes vraiment parfaittes sans déroger a V obligation des autres actes ci-dessus marquez qui sont essentiels au Christianisme. Inspirer ce consentement aux peinées, c'est sans doute les porter a ce consentement pour calmer leur peine. Pour moi je me contente qu'on le leur laisse faire. Il faut bien qu'on suppose que cet acte servira a calmer leur peine puisqu'il peut être pratiqué utilement dans ce cas de peine et de trouble. Un tel consentement ne peut être inspiré qu'aux âmes vraiment parfaittes. On feroit très mal de l'inspirer sans cette nécessité. C'est
... \t BieHes Parler ainsi...
pourquoi je crois qu'il ne faut recourir a ce remède que quand tous les autres sont inutiles et que le trouble paroit invincible par tout autre moyen. On ne doit donc inspirer ce consentement qu'aux âmes qu'on a éprouvées longtems et qu'où reconnaît dans une véritable perfection bien différente de la perfection commune des chrétiens. Puisque c'est un amour pur et un abandon parfait ce consentement ou acquiescement ne peut être qu'excellent et très méritoire quand il est fait dans l'occasion convenable. Il est manifeste que ce sacrifice ne peul servir qu'a purifier L'amour, et par conséquent qu'a eu retrancher le mélange de la cupidité soumise. Car pourquoi seroit-il utile a lame de consentir a souffrir les tourments éternels en la place des biens éternels qui lui sont promis, si ce n'etoitpour achever de la détacher de tout interest propre et de toutes les restes de la cupidité soumise sur la félicité éternelle? Dieu qui permet que ce trouble arrive ou par les illusions du tentateur ou par l'infirmité de l'homme en veut tirer sans doute un grand fruit pour cet homme môme. Le fruit que Dieu en veut tirer est un amotur pur c'est-a-dire sans mélange, et un abandon parfait c'est a dire sans reserve sur l'interest propre, quoique lame ne doive jamais alors cesser de désirer par un amour de charité pour soi la persévérance dans l'amour avec la consommation de l'amour même qui est la vra\e béatitude.
Parler ainsi c'est parler suivant l'expérience des saiuts avec toute la précaution nécessaire pour conserver le dogme de la foi el [tour n'exposer jamais les aines a aucune illusion.
[93] Article X. Faux
Lame qui est dans les épreuves, peut croire d'une persuasion intime, libre et volontaire, contre le dogme de la Foi, que Dieu l'a abandonné sans être abandonné par elle ; ou qu'il n'y a plus de miséricorde pour elle, quoi qu'elle la désire sincèrement ; ou qu'elle peut consentir à haïr Dieu, parce que Dieu veut qu'elle le haïsse; ou qu'elle peut consentira n'aimer plus Dieu, parce qu'il ne veut plus être aimé par elle ; ou qu'elle peut borner volontairement son amour, parce que Dieu veut qu'elle le borne ; ou qu'elle peut violer sa Loi, parce que Dieu veut qu'elle la viole. En 9i] cet état une ame n'a plus aucune foi, ni aucune espérance ou désir désintéressé des promesses, ni aucun amour réel et intime de Dieu, ni aucune haine même implicite du mal qui est le péché, ni aucune coopération réelle à la grâce, ni aucune marque extérieure par ou l'on puisse reconnoitre sa droitture et sa perfection comme l'arbre par les fruits. Mais elle est sans action, sans volonté, sans interest non plus pour Dieu que pour soi, sans actes des vertus ni réfléchis ni directs.
Parler ainsi, c'est blasphémer ce qu'on ignore et se corrompre dans ce qu'on sçait ; c'est faire succomber les âmes à la tentation sous prétexte de les y purifier : c'est réduire tout le christianisme à un desespoir impie et
[94]... réelle àla gr^cev^tais elle.. ■
Btupide : c'est môme contredire grossièrement tous le< bons Mystiques, [95] qui assurent que lésâmes de cet état montrent un amour très vif pour Dieu par le regret de l'avoir perdu, el une horreur infinie du mal par l'impatience avec laquelle elles supportent souvent ceux qui veulent les consoler et les rassurer.
Articlb XI. Vrai
Dieu n'abandonne jamais le Juste sans en avoir été
abandonné. Il est le bien infini qui ne cherche qu'à se
communiquer. Plus on le reçoit, plus il se donne. C'est
d'ordinaire nôtre résistance qui resserre ou qui retarde
ses dons. La différence essentielle de la Loi nouvelle et
de l'ancienne. 1901 c'est que l'ancienne par elle-même ne eP- aux
1 v Hébreux.
menoit l homme <> rien de -parfait ; qu'elle montroit le
bien -ans ilminer de quoi le faire, et le mal sans donner de quoi l'éviter ; au lieu que la nouvelle est la Loi de grâce qui donne le vouloir et le faire, et qui ne commande que ce qu'elle donne le véritable pouvoir d'accomplir. Comme ceux qui observoient fidellement la Loi ancienne avoient la promesse de ne voir point la diminution de leurs Liens temporels : Inquirentes autem
... se donne. C'est nôtre résistance seule qui... [96]... que l'ancienne ne menoit ..
'l'indication margle ne figure pas dans la l,e Edil
Comme ceux qui observoient la ^iLaScienne etoient assurez de ne...
Dominwn nonminuentw omni bmio. Dans la loi nouvelle, les âmes fidelles a leur grâce ne souffriront jamais aussi aucune diminution dans leur grâce toujours prévenante, qui est le véritable bien de la Loi chrétienne.
Ainsi cha[(J7]queame, pour être pleinement fidelle à Dieu, ne peut rien faire de solide ni de méritoire que de suivre sans cesse la grâce, sans avoir besoin de la prévenir par empressement. Vouloir la prévenir, c'est vouloir se donner par avance dans un moment les dispositions qu'elle ne donne pas encore, ou qu'elle ne rend pas tout a fait sensibles dans ce moment-là. Pour bien entendre cette vérité et pour prévenir toute équivoque il faut distinguer deux choses par rapport a la grâce, d'un costé je suppose avec le Concile de Trente que la grâce ne manque jamais au Juste qui n'a pas manqué le premier à Dieu. D'un autre costé je suppose avec toute l'Eglise que la grâce ne nous donne point a la fois en chaque moment toutes les différentes dispositions de la vie intérieure, mais qu'elle nous les distribue, pour ainsi dire, successivement, tantost l'une, tantost l'autre, suivant que ces dispositions conviennent aux devoirs
... bono. Les âmes...
... dans'leur grâce même qui est toujours prévenante, et qui. .
...([97] de la prévenir. Vouloir la prévenir, c'est vouloir se donner ce qu'elle...
... pas encore; c'est attendre quelque chose de soi-même et de son industrie ou de son propre effort ; c'est un reste subtil et imperceptible d'un zèle demi pelagien dans le temps même qu'on désire le plus la grâce. Il est vrai qu'on doit se préparer à...
«le notre »'tat, et aux desselnë de Dion pour u>Mie avancement. Si on regarde la grâce en général et comme
ne manquant jamais au Juste qui n'a point manqué à Dieu, il faut eonclurre qu'on ne doit et qu'on ne peut jamais prévenir la grâce pour aucun bien réel. On ne peut rien faire de bon sans (die. et on n'a jamais besoin de L'attendre puisqu'il la faut toujours supposer prévenante pour toutes nos bonnes actions ; dans le cas du précepte, il la faut toujours supposer présente et prévenante pour .-on accomplissement. Mors du cas du ipte, il la faut encore suppose: prévenante tantôt pour L'exercice de L'amour en général, tantost pour celui des vertus distinctes selon notre vocation. En un mot. comme la grâce ne nous laisse jamais, pendant que nous lui sommes fidelles, sans un secours [dus ou moins perceptible, mais toujours réel pour nous préserver d'un vuide intérieur et d'une oisiveté a craindre, nous n'avons jamais besoin d'attendre la prévention de la grâce.
Mais, d'un autre costé, si on regarde la grâce comme imus donnant successivement les différentes dispositions convenables a nôtre vocation et a nôtre avancement, il faut prendre garde de n'anticiper point par une impatience el un empressement indiscret sur les opérations que la grâce ne fait point en nous et n'y doit pas faire en certains moments, et qu'elle reserve pour d'autres moments plus convenables. Dieu a ses moments pour chaque cbose, et au lieu de nous assujettir patiemme&taux arrangements de sa grâce, nous voudrions le faire entrer dans les nôtres. La nature inquiette et empressée vou-
droit se donner a la fois tous les plus saints désirs et tous les actes les plus distincts pour se consoler par la vue et par le sentiment de ces pratiques. On voudroit contempler comme les Chérubins, quand il ne s'agit que de souffrir un délaissement sensible. On voudroit être toujours fervent, toujours occupé d'un amour vif, d'une foi explicite, d'une abondance de vertus distinctes, quoique la grâce ne demande de nous en certains moments qu'un amour presque insensible et obscurci par les nuages des tentations. On voudroit a toute heure s'exciter pour faire certains sacrifices et pour vaincre certaines tentations dont les cas sont éloignez et n'arriveront peut-être jamais. On veut trouver en soi a point nommé la volonté pleine et formelle de tous ces sacrifices dont il ne s'agit pas, et que la grâce ne doit pas donner hors de l'occasion. On s'inquiette, on se trouble, on se tourmente pour sentir ce qu'on ne sent pas. En voulant se donner ce que la grâce ne donne ni ne demande, alors on se distrait pour les choses qu'elle inspire actuellement et on manque l'occasion d'y coopérer. Plus on veut tirer de son cœur ce que la grâce n'y met pas et n'y doit pas mettre alors, plus on se desseiche, on se distrait, et on se dissipe par ces efforts superflus. Ainsi ce contretems a l'égard de l'attrait de la grâce nuit a nostreprogrez au lieu de le faciliter. Ce n'est pas un pécbé, car ce n'est qu'un empressement naturel que beaucoup d'auteurs ont nommé vertueux parce qu'il se mesle avec le principe de vertu surnaturelle et qu'il a pour objet des choses vertueuses. C'est l'inquiétude de Marthe qui est louable puisqu'elle ne s'agite que pour le service du
fils de Dieu, mais qui est moins parfaittc que l'amour paisible et efficace de Marie.
Il est vrai qu'on doit faire deux choses pour empescher l'illusion. La première est de supposer toujours qu'en aucun état on n'est impeccable et, par conséquent, que la grâce pourroit se retirer de nous, si nous lui manquions. Nous ne savons même jamais si ce cas n'est point effectivement arrivé. Mais, dans ce doute, l'unique ressource qui nous reste est de coopérer de toutes nos forces et sans trouble a la grâce du moment présent quelle qu'elle puisse être. Car c'est la tout ce que nous pouvons et fpie Dieu demande de nous. Tout ce que nons y ajouterions d'inquiétude et de trouble ne serait point une véritable fidélité a la grâce, ni par consequenl un acte utile pour attirer le secours de Dieu. La seconde chose a observer, c'est qu'il faut toujours se préparer à recevoir la grâce et l'attirer en soi, mais on ne doit le faire (pie par la coopération à la grâce même. La fidelle coopération a la grâce du moment présent, est la [dus efficace préparation pour recevoir et pour attirer la gra[98 ce du moment qui doit suivre. Si on examine la chose de près, il est donc évident que tout se réduit à une coopération fidelle de pleine volonté et de toutes les forces de lame a la grâce de chaque moment. Tout ce qu'on pourroit ajouter à cette coopération bien prise dans toute son étendue, ne seroit qu'un zèle indiscret et précipité, qn'nn effort empressé et inquiet d'une aine intéressée pour elle-même; qu'une excitation à contretems qui troublerait, qui affoibliroit, qui retarderoit l'opération de la prace, au lieu de la faciliter et de la
rendre plus parfaite* C'est comme si un homme mené par un autre dont il devroit suivre toutes les impulsions, vouloit sans ees( 1)1) |se prévenir ses impulsions et si.' retourner à tout moment pour mesurer l'espace qu'il auroit parcouru : ce mouvement inquiet et mal concerté avec le principal moteur, ne feroit qu'embarrasser et retarder la course de ces deux hommes. Il en est de même du Juste dans la main de Dieu qui le meut, sans cesse par sa grâce. Toute excitation empressée et inquiète qui prévient quelque grâce particulière de peur de n'agir pas assez ; toute excitation empressée hors du cas du précepte pour se donner par un excez de précaution intéressée les dispositions que la grâce n'inspire pointdans cesmoments là, parce qu'elle en inspire d'au très moins consolantes et moins perceptibles; toute ex[100| citation empressée et inquiète pour se donner comme par secousses marquées un mouvement plus apperçû et dont on puisse se rendre aussitost un témoignage intéressé, sont des excitations défectueuses pour les âmes appellées au désintéressement paisible du parfait amour. Cette action inquiète et empressée est ce que les bons Mystiques ont nommé activité, qui n'a rien de commun avec l'action, ou avec les actes réels mais paisibles qui sont essentiels pour coopérer à la grâce. Quand ils disent qu'il ne faut plus s'exciter ni faire d'efforts, ils ne veulent retrancher que cette excitation inquiète et empressée, par laquelle on voudroit prévenir
[99]... qui prévient la grâce de peur... [100J... on voudroit prévenir la prace, on en,
certaines graoee ou on rappeller 1 101] a confretems les impressions sensibles après qu'elles sont passées, ou y coopérer (l'une manière pins sensible ai pins marquée qu'elles ne le demandent de nous. En ce sens l'excitation ou activité doit effectivement être retranchée. Mais si on entend par 1 excitation une coopération de la pleine volonté et de toutes les forces de lame à la grâce de chaque moment ; il faut conclure qu'il est de Foi qu'on doit s'exciter en chaque moment pour remplir toute sa grâce. Cette coopération pour être désintéressée n'en est pas moins sincère : pour être paisible, elle n'en est pas moins efficace et de la pleine volonté : pour être sans empressement, elle n'en est pas moins douloureuse par rapport à la concnpis| I02]cence qu'elle surmonte. Ce n'est point une activité, mais c'est une action qui consiste dans des actes très réels et très méritoires. C'est ainsi que les âmes appellées au pur amour résistent aux tentations des dernières épreuves. Elles combattent jusqu'au sang contre le péché ; mais ce combat est d'ordinaire paisible, parce que l'esprit du Seigneur est dans la paix. Elles résistent en présence de Dieu qui est leur force. Elles résistent dans un état de foi et d'amour, qui est un état d'oraison. Celles qui ont encore hesoin des motifs intéresse/ de crainte et d'espérance, doivent y recourir même avec quelque empressement naturel, plutostquede s'exposer à succomber. Celles quitrouvent[103| dans une expérience constante et reconnue par de bons
[100-101]... rappeller les impressions...
[101J... plus marquée qu'elle ne le demande de ..
[102]... ce combat est paisib!e...
Directeurs, que leur force est dans le silence amoureux, et que leur paix est dans l'amertume la plus amere, peuvent continuer à vaincre ainsi la tentation ; et il ne faut pas les troubler, car elles souffrent assez d'ailleurs. Mais si par une infidélité secrette ces âmes venoient à décheoir soudainement de leur état, ou bien si le silence paisible et amoureux leur étoit soustrait par quelque variation passagère, ou par quelque épreuve nouvelle de Dieu, elles seroient obligées de recourir aux motifs les plus intéressez, plùtost que de s'exposer à violor la Loi dans l'excez de la tentation.
Parler ainsi, c'est parler suivant la règle Evangelique, sansaffoibliren rien ni les expériences ni les ma[104]ximes de tous les bons Mystiques. C'est parler suivant la 12* de nos propositions dont voici les termes. Par les actes d'obligation ci-dessus marquez on ne doit pas entendre toujours des artes méthodiques et arrangez, encore moins des actes réduits en formules et sous certaines paroles, ou des actes inquiets et empresse s , mais des actes sincèrement formez dans le cœur avec toute la sainte douceur et tranquillité qu'inspire l'esprit de Dieu.
Article. XI. Faux
L'activité que les Saints veulent qu'on retrancbe, est l'action même de la volonté. Elle ne doit plus faire
[103]... de leur état, elles seroient...
[104J... Mystiques.