‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 32 sur 59 · XI. Faux · texte numérisé non relu

XI. Faux

... faire d'actes; elle n'a...

d'actes distincts; elle n'a plus besoin de coopérer à la grâce de toutes ses forces, ni de résister positivement et pleinement à la concupiscence, ni de faire aucune action intérieure ou extérieure qui lui soit pénible. 11 lui suffit de laisser l'aire à Dieu en elle celles qui coulent comme de source. et pour lesquelles elle n'a aucune répugnance même naturelle. Elle n'a plus besoin de se préparer [105J par le bon usage d'une grâce à une autre plus grande qui la doit suivre et qui est liée avec cette première. Elle n'a qu'a attendre la grâce et qu'a demeurer oisive dans celte attente Jusqu'à ce qu'elle sente l'attrait distinct d'une grâce nouvelle. Elle ne doit point supposer que la grâce la prévient toujours dans le cas du précepte, et même dans celui du conseil. Elle ne doit se mettre en état de correspondre a la grâce que quand elle en déjà un attrait marqué. Hors de la elle n'a qu'a se laisser aller sans examen à toutes les pentes qu'elle trouve en soi sans se les donner. Il ne luy faut plus aucun travail, aucune violence, aucune contrainte de la nature. Elle n'a qu'à demeurer sans volonté et neutre entre le bien et le mal, même dans les plus extrêmes tentations.

Parler ainsi, c'est parler le langage du tentateur : c'est enseigner aux aines à se tendre elles mêmes des pièges : c'est leur inspirer une indolence dans le mal qui est le comble de L'hypocrisie : c'est [106] les engagera un consentement à tous les vices, qui n'en est pas moins réel pour être indirect et tacite.

|iU5j... avec celte première. Klle n'a qu'à se laisser aller.,,

Article XII. A'rai

Les âmes attirées au pur amour peuvent être aussi désintéressées pour elles mêmes <|ue pour leur prochain, parce qu'elles ne voyentet ne désirent en elles non plus que dans le prochain le plus inconnu, que la gloire de Dieu, son hon plaisir, et l'accomplissement de ses promesses. En ce sens, ces âmes sontcomineétrangeres àellesmêmes : et [1071 elles ne s'aiment plus d'ordinaire que comme elles aiment le reste des créatures dans l'ordre de la pure charité. C'est ainsi qu'Adam innocent se seroit aimé lui même uniquement pour l'amour de Dieu. L'abnégation de soi-même et la haine de nôtre ame recommandées dans l'Evangile, ne sont pas une haine absolue de nôtre ame image de Dieu. Car l'ouvrage de Dieu est bon, et il faut l'aimer pour l'amour de lui. Mais nous corrompons cet ouvrage par le péché, et il faut nous haïr dans notre corruption. La perfection du pur amour consiste donc à ne nous aimer plus que pour lui seul. La vigilance des aines les plus désintéressées ne doit jamais être réglée sur leur desinte|108jressement. Dieu qui les appelle à être détachées d'elles mêmes comme de leur prochain, veut en même tems qu'elles soient plus vigilantes sur elles mêmes dont elles sont chargées et responsables, que sur leur prochain dont Dieu ne les

|107|. . elles ne s'aiment plus que comme...

[108]... appelle a être aussi détachées d'ellus que de leur...

charge pas. Il faut même qu'elles veillent sur ce quelles font tous les jours par rapport au prochain dont la providence leur a confié la conduite. In bon Pasteur veille sur laine de son prochain sans aucun interest. li n'aime que Dieu en lui. 11 ne le perd jamais de vue. Il le console, il le corrige, il le rapporte. C'est ainsi qu'il faut se supporter soi même sans se flatter, et se reprendre sans sejetterdans le découragement, il fautestre( 109|charitablement avec soi comme avec un autre ; ne s'oublier que pour retrancher les dépits et les délicatesses de l'amour propre : ne s'oublier que pour ne vouloir plus se plaire à soi même ; ne s'oublier tout au plus que pour retrancher les réflexions inquiètes et intéressées quand ou est entièrement dans la grâce; du pur amour. Mais il n'est jamais permis de s'oublier, jusqu'à cesser de veiller sur soi comme on veilleroit sur son prochain si on en étoit li' Pasteur. D faut même ajouter qu'on n'est jamais si chargé de son prochain qu'on l'est de soi même, parce qu'on ne peut point régler toutes les volonlez intérieures d'autruy comme les siennes propres. D'où il s'ensuit qu'on [110| doit toujours veiller incomparablement plus sur soi que le meilleur Pasteur ne petit veiller sur son troupeau. On ne doit jamais s'oublier pour retrancher les reflexions même les plus ifltere sées, si on est encore dans la voye de l'amour Intéressé. Enfin, on ne doit jamais s'oublier jusqu'à rejette* toutes sortes de reflexions comme des choses imparfaites : car !es réflexions n'ont rien d'imparfait en elles même, et elles ne deviennent si souvent nuisibles à tant dames qu'à cause que les aines malades de l'amour propre ne se regardent guère elles

mêmes que pour s'impatienter ou pour s'attendrir dans cette vue. D'ailleurs, Dieu inspire souvent par sa grâce aux âmes [il 1] les plus avancées des reflexions très utiles ou sur ses desseins en elles, ou sur ses miséricordes passées qu'il leur fait chanter, ou sur leurs dispositions dont elles doivent rendre compte à leurs Directeurs. Mais enfin l'amour désintéressé veille, agit, et résiste à la tentation encore plus que l'amour intéressé ne veille, n'agit, et ne résiste. L'unique différence est que la vigilance du pur amour est simple et paisible, au lieu que celle de l'amour intéressé qui est moins parfait a toujours quelque reste d'empressement et d'inquiétude, parce qu'il n'y a que le parfait amour qui chasse la crainte avec toutes ses suites.

Parler ainsi, c'est parler d'une manière correcte qui [1:12] ne doit être suspecte à personne et suivre le langage des Saints.

Articlb XII. Faux

Une aine pleinement désintéressée sur elle-même, ne se désire plus le souverain bien, et ne s'aime plus même pour l'amour de Dieu. Elle se hait d'une haine absolu»"comme supposant que l'ouvrage du Créateur n'est pas bon, et elle pousse jusques là l'abandon ou renoncement. Elle porte la haine de soi jusqu'à vouloir d'une

[111] .. rendre compte à leur directeur. Mais.. [112]... sur elle-même, ne s'aime plus.

volonté délibérée sa perte et sa réprobation éternelle. Elle rejette la grâce et la miséricorde. Elle ne veut que justice et vengeance. Elle devient tellement étrangère à elle môme, qu'elle n'y prend plus aucune part ni pour le bien à faire ni pour le [113| mal à fuir. Elle ost indifférente d'une indifférence absolue a legard délie même et du souverain bien que Dieu luy prépare ce bien ne la touche plus parce qu'elle ne s'aime plus même par charité comme le procbain. Elle ne veut que s'oublier en tout, et que se perdre sans cesse de vùë. Elle ne se contente pas de s'oublier par rapport à son propre interest : elle veut encore s'oublier ir rapport à la correction de ses défauts, et à l'accomplissement de la Loi de Dieu pour l'interest de sa pure gloire. Elle ne compte plus d'être chargée d'elle même, ni de veiller même d'une vigilance simple, paisible, et désintéressée sur ses propres volontés. Elle rejette toute reflexion comme imparfaite, parce qu'il n'y a que les vues purement directes et non réfleebies qui soient dignes de Dieu.

Parler ainsi, c'est contre [114] dire les expériences des Saints, dont toute la vie la plus intérieure a été remplie de reflexions très utiles faites par l'impression de la grâce ; puisqu'ils ont connu après coup les grâces passées, et les misères dont Dieu les a délivré; qu'enfin ils mit rendu compte d'un très grand nombre de choses qui B'étoient passées en eux. C'est faire de l'abnégation de soi même uue haine impie de nôtre aine qui la suppose mauvaise par sa nature suivant le principe des Mani-

[113]... mal à éviter. Elle ne veut...

chéens, ou qui renverse Tordre, eu haïssant ou en n'aimant pas ce qui est bon et ce que Dieu aime en tant qu'il est son ouvrage. C'est anéantir toute vigilance, toute fidélité a lagrace,toute attentiou[l L5] à faire régner Dieu en nous, tout bon usage de notre liberté. Eu un mot c'est le comble de l'impiété et de l'irréligion.

Article XIII. Vrai

Il y a une grande différence entre les actes simples et directs et les actes réfléchis. Toutes les fois qu'on agit avec une conscience droite, il y a en nous une certitude intime que nous allons droit : autrement nous agirons dans le doute si nous ferions bien ou mal, et nous ne serions pas dans la bonne foy. Mais cette certitude intime consiste souvent dans des [116] actes si simples, sidirects, si rapides, si inomentanez, si dénuez de toute réflexion, que lame qui sait bien qu'elle les fait dans le moment où elle les fait, n'en retrouve plus dans la suite aucune trace distincte et durable. De là vient que si elle veut revenir par reflexion sur ce qu'elle a fait, elle tombe dans le doute ; elle ne croit plus avoir fait ce qu'elle devoit, elle se trouble par scrupule, et elle se scandalise même de 1 indulgence des Supérieurs quand ils veulent la rassurer sur ce qui s'est passé. Ainsi Dieu lui donne dans l'instant de l'action par des actes directs toute la certitude nécessaire pour la droiture de la cons-

[114]... en haïssant ce qui est bon et ce que Dieu aime entant qu'il est son image. C'est...

cionce : et il lui [117] dérobe aussitost par sa jalousie la

facilité de retrouver par réflexion et après coup cette certitude et cette droiture : en sorte qu'elle ne peut ni en jouir pour sa consolation, ni se justifier à ses propres yeux. Pour les actes réfléchis, ils Lussent après mx une trace durable et fixe qu'on retrouve toutes les fois qu'on veut : et c'est ce qui fait que les âmes encore intéressées pour elles mêmes veulent sans cesse faire des actes fortement marqués et réfléchis pour s'assurer de leur operation et pour s'en rendre témoignage : au lieu que les aines désintéressées sont par elles mêmes indiferentes h faire des actes distincts ou indistincts, directs ou réfléchis. [118] Elles en font de réfléchis toutes les fois que le précepte le peut demander, ou que l'attrait de la grâce les y porte ; mais elles ne recherchent point les actes réfléchis par préférence aux autres avec une inquiétude interesséee pour leur propre sûreté. D'ordinaire dans l'extrémité des épreuves, Dieu ne leur laisse que les actes directs dont elles n'apperçoivent ensuite aucune ti;ec : et c'est ce qui fait le martyre des âmes, tandis qu'il leur reste encore quelque motif de leur interest propre. Ces actes directs et intimes, sans réflexion qui imprime aucune trace sensible, sont dans ce que saint François de Sales a nommé la cime de l'ame ou la pointe de 119] l'esprit. C'était dans de tels actes que saint Antoine mettoit l'Oraison la [dus parfaite, quand il disoit :

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