‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 33 sur 59 · dérobe par sa jalousie · texte numérisé non relu

dérobe par sa jalousie

[tl8J... aux antres par une inquiétude... . . aucune trace sensible, sont ce que saint...

^eg" L'Oraison n'est point encore parfaite, quand le Solitaire connoist qu'il fait Oraison.

Parler ainsi, c'est parler suivant l'expérience des Saints sans blesser la rigueur du dogme catholique. C'est même parler des opérations de lame conformément aux idées des bons Philosophes.

Article XIII. Faux

Il n'y a point de véritables actes que ceux qui sont réfléchis et qu'on sent ou qu'on apperçoit. Dés qu'on n'en fait plus de cette façon, il est vrai de dire qu'on n'en fait [120J plus aucun de réel. Quiconque n'a point sur ses actes une certitude réfléchie et durable, n'a eu aucune certitude dans l'action. D'où il s'ensuit que les âmes qui sont pendant les épreuves dans un desespoir apparent, y sont dans un desespoir véritable ; et que le doute où elles sont après avoir agi, montre qu'elles ont perdu dans l'action le témoignage intime de la conscience. Parler ainsi, c'est renverser toutes les idées de la bonne Philosophie ; c'est détruire le témoignage de l'esprit de Dieu en nous pour nôtre filiation ; c'est anéantir toute vie intérieure et toute droiture dans les âmes.

[121] Articlb XIV. Vrai

Il se fait selon les mystiques dans les dernières épreuves pour la purification de l'amour, une separa-

[119].., aux idées de tous les bons Philosophes... [121J... Il se fait dans les...

tion de la partie supérieure de lame d'avec l'inférieure :

c itte espèce de séparation consiste en ce que les sens et l'imagination, qui sont ce qu'on nomme la partie inférieure, n'ont aucune part à la paix et aux grâces, que Dieu fait alors assez Bon vent à l'entendement et à la volonté d'une manière simple et directe qui échappe à toute réflexion. D'un autre costé la partie supérieure qui e<t l'entendement et la volonté n'ont aucune part au trouble et aux impressions de la partie inférieure C'est ainsi que Jésus Christ nôtre parfait modelle a été bien heureux sur la Croix, ensorte qu'il jouïssoit par la partie supérieure de la gloire céleste, pendant qu'il éloit actuellement par l'infe[122]rieure l'homme des douleurs.

... d'avec l'inférieure; en ce que...

. . et l'imagination n'ont..

... à la paix et aux communications de grâce, que...

...à toute réflexion, (.'est ainsi que...

[122]... ni son trouble involontaire ni ses défaillances...

... béatitude c et te séparation se fait par la différence des actes réels mais simples et directs de l'entendement et de la volonté qui ne laissent aucune trace sensible, et des actes réfléchis, qui laissant une trace sensible se communiquent à l'imagination et aux sens, qu'on nomme la partie inférieure, pour 1>'< distinguer de cette opération directe et intima île l'entendement et de la volonté, qu'on nomme partie supérieure. Les actes de la partie inférieure dans cette séparation, sont d'un trouble entièrement aveugle et volontaire ; parce que tout ce qui est actuel et volontaire est la partie supérieure Mais quoique cette séparation pri-e en ce sens ne puisse être absolument niée, il faut néanmoins que les directeurs prennent bien de ne souffrir jamais dans la partie inférieure anenn des desordres qui doivent dans le cours naturel être toujours censez volontaires, et dont la partie supérieure doit par conséquent être responsable Cette précaution se doit toujours trouver dans

avec une impression sensible de délaissement de son Père. La partie inférieure ne communiquoit à la supérieure ni son trouble ni les défaillances sensibles La supérieure ne communiquoit à l'inférieure ni sa paix, ni sa béatitude. Pour entendre cette espèce de séparation il faut se souvenir de la différence qui est entre les actes réels mais simples et directs de l'entendement et de la volonté, qui ne laissent d'ordinaire aucune trace sensible, et des actes refleschis qui laissants d'ordinaire une trace plus sensible dans l'imagination reviennent souvent se présenter a l'esprit. En cet état une aine troublée qui cherche a se consoler et a se rassurer voudruit appercevoir ses actes vertueux et méritoires. Mais elle ne peut les voir par réflexion : 1° ces actes simples et directs qui ne laissent d'ordinaire aucune trace sensible échappent a ses réflexions ; 2° le trouble de la partie inférieure l'empesche de faire tranquillement ces re-

la voye de pure foi, qui est la seule dont nous parlons, et où l'on admet aucune chose contraire à l'ordre de la nature. Il n'est pas nécessaire par cette raison de parler ici des possessions, obsessions, ou autres choses extraordinaires. On ne peut absolument les rejetter, puisque l'Ecriture et l'Eglise les ont reconnu : mais il faut user dans les cas particuliers d'une précauinfinie pour n'être point trompé. D'à Heurs cette matière commune à toutes les voyes Intérieures, n'a aucune difficulté particulière à éclaircir pour la voye de pure foi et de pur amour. Au contraire, on peut asseurer que cette voye de pur amour et de pure foy, est celle où l'on verra toujours moins de ces choses extraordinaires. Rien ne les diminue tant que de ne s'y arrester point, et de porter toujours les arnea ;\ une conduite simple dans le désintéressement de l'amour et dans L'obscurité de la foi.

Parler ainsi...

flexions pour appercevoir ses opérations directes. De nouvelles images pénibles viennent toujours troubler cette aine, et se succèdent les unes aux autres pourl'empeschfif «le discerner ses propres actes ; 3° Dieu le permet afin que son amour se purifie dans une si rude épreuve ou elle n'a aucun soutien sensible et apperçù. D'un autre testé les sens émus et l'imagination agitée sont dans un trouble auquel la partie supérieure n'a aucune part, et qu elle ne peut calmer. La volonté ne consent point a ce trouble, et elle n'est pas maîtresse de le faire finir. Elle le souffre sans en être entrainée et sans pouvoir le dissiper. La partie inférieure ne consistant que dans l'imagination et dans les sens est par elle même aveugle incapable de reflexion, et ses impressions sont entièrement involontaires. Tel est l'état de tant de bonnes âmes qui sont dans des tentations violentes. La partie supérieure qui est la seule capable de réflexions n'apperçoit en elle que la révolte de l'inférieure, et elle ne voit point ses actes directs qui pourroientla rassurer. De là viennent les scrupules, el les impressions involontaires de desespoir qui agitent ces âmes. Elles prennent pour volontaires tous les mouvements indeliberez de la partie inférieure, et elles ne retrouvent point aprèz coup leurs opérations volontaires pour se rassurer. En eela elles sont entièrement contraires aux âmes égarées qui se séduisent elles mêmes, en prenant pour involontaires beaucoup de mouvements dérègle/ auquels leur volonté a part, et en regardant comme très volontaires certaines affections -ensibles pour Dieu qui ne soûl point réellement volontaires et qui ne viennent que

cl une imagination excitée. Personne ne peut nier cette

espèce de séparation de ces deux parties de lame. Les

mystiques ne la doivent supposer que comme tous les

théologiens la supposent et ils ne doivent jamais l'étendre

plus loin que les autres l'ont étendue. Saint François de

Sales l'a dépeint très bien en peu de paroles dans une

ame accablée d'épreuves. Le cœur, dit il, en ces ennuis

]-.'.', c XI, spirituels tombe en une certaine impuissance de penser tle l'am de i t.

Dieu. a leur îin et Par conséquent d être allégé par l'espérance.

Bien qu'elle ait, dit-il encore, le pouvoir de croin , 1 9,c 12. d' espérer, et d'aimer Dieu, et qu'en vérité elle le fasse, toutefois elle n'a pas la force de bien discerner si elle croit, espère, et chérit son Dieu, d'autant que la detresse l'occupe et l'accable si fort qu'elle ne peut faire aucun retour sur soi-même pour voir ce qu'elle fait, et c'est pourquoi il lui est avis qu'elle n'a ni foi ni espérance ni charité, ains seulement des fantosmes et inutiles impressions de ces vertus la, quelle sent presque sans les sentir, et comme étrangers non comme domestiques de son ame, que si vous y prenez garde vous trouverez que nos esprits sont toujours en pareil état quand ils sont violemment occupez de quelque violente passio?i, car ils font plusieurs actions comme en songe, et desquelles ils ont si peu de sentiment qu'il ne leur est presque pas avis que ce soit en vérité que les choses se passent. Eten effet les hommesontune peine extrême a croire réel tout ce qui n'a rien de sensible et de facile a retrouver toutes les fois qu'on veut le rappeler. Au contraire ils attribuent une entière realité aux choses qui ébranlent les sens, et qui laissent d'elles des images

grossières et durables. Par cette raison les atnes peinées regardent comme des songes ou comme de simples spéculations le peu qu'elles apperçoivent de leurs actes vertueux, et elles sont vivement frappées de toute cette révolte sensible de la partie inférieure, qui leur paroit être le véritable fonds de leur volonté. La séparation ne consiste donc que dans la grande opposition qui se trouve alors-entre les mouvements iudeliberez de la partie inférieure, et les actes libres de la supérieure. L'une révoltée ne tend qu'au mal. L'autre unie a Dieu a borreur de tout mal. et ne veut que le bien. Mais la partie supérieure qui ne veut que le bien ne voit point clairement le bien qu'elle veut, et ne se représente sans cesse que le mal qu'elle croit vouloir Cette espèce de séparation a néanmoins des bornes. Elle ne peut jamais être entière. L'union de lame avec le corps ne permet jamais que lame en cette vie n'ait plus aucun pouvoir sur le corps auquel elle est unie. Cette union est un rapport réciproque des pensées de l'un et des mouvements de l'autre. La volonté a toujours en tout état un certain pouvoir sur les mouvements du eorps et a plus forte raison -mi \<-< opérations de l'imagination qui sont de lame et du corps tout ensemble. Touls les philosophes et tous les théologiens reconnoissent il est vrai, qu'il y a certains premiers mouvements du corps et même de l'imagination qui préviennent la liberté de lame, et sa décision. Il faut même avouer que ces premiers mouvements iudeliberez peuvent être plus forts et un peu plus longs dans les passions violentes. Mais enfin l'aine ne seroit plus dans son union naturelle avec le corps, si

elle n'avoit plus le pouvoir de le ramener bientost. Si le premier mouvement peut être indelibéré, on ne doit pas le supposer du second. Autrement lame ne seroit plus dans un elat naturel, et la loi de son union avec le corps seroit altérée. Ce ne seroit plus un trouble naturel et une passion violente. Ce seroit un desordre surnaturel et uue espèce de miracle. De tels effets surnaturels ne sont point de la voye de pure foi, dont il s'agit ici. Il faut donc rejetter ces troubles surnaturels dont le discernement seroit si difficile et dont les conséquences sert lient si dangereuses. Que ceux qui admettent facilement les choses surnaturelles dans les voyes intérieures prennent bien garde auxsuittes funestes qu'elles peuvent avoir par une illusion subtile. Ce qui est certain c'est que la voye do pur amour et de pure foi est exempte de ces inconvénients. Tout y demeure dans les bornes d'un état naturel. Ainsi dans cette voye simple, excepté les premiers mouvements que tout le inonde suppose indeliberez dans les grandes passions, tous les autres mouvements du corps, des sens et de l'imagination doivent être dans l'ordre naturel. On y peut voir du trouble, et quelques premières saillies un peu irregulieres mais la volonté les doit reprimer aussitost. Elle doit être docile a tous les ordres des supérieurs. Ces supérieurs peuvent et doivent a cause de ce trouble excuser certains premiers mouvements pourvu qu'ils soient sans suitte.

Mais a l'égard de certaines actions qui demandent un peu de suitte, et pour lesquelles les premiers mouvements ne peuvent suffire dans le cours naturel des choses humaines, elles doivent toujours être censées vo-

lontaires, et la partie supérieure est par conséquent a cet égard toujours responsable de l'inférieure. Voila la i constante et inviolable pour la voye de pure loi qui n'admet rien de surnaturel, et qui par la réduit toutes les plu- extrêmes épreuves a une conduitte simple ou la pureté des mœurs evangeliques demeure hors d'atteinte.

Quelqu'un pourra aller plus loin et me demander quelles bornes on peut donner a cette séparation de la partie supérieure et de l'intérieure dans les possessions, dans les obsessions et dans les antres saisissements de l'aine qui sont surnaturels. Mais e'est me demander ce qui n'entre point dans le sujet que je traitte. Cette difficulté regarde également toutes les voyes intérieures, autant celle de l'amour mélangé d'interest propre que celle du plus pur amour et bien plus les voyes de lumières et de sentiments extraordinaires que celle de pure loi. Pour la voye de pure foi elle est Bans doute la moins exposée au danger d'illusion sur ces choses extraordinaires ; on peut dire même qu'elle donne quand (die est fidellement suivie une pleine sûreté contre de tels pièges, car elle accoutume les aines a outrepasser comme dit le B. Jean de la Croix, tout ce qui n'est point la foi nue et obscure. Par la elle purifie le cceur de l'homme de presque toutes les choses que Dieu peut punir par les possessions véritables, et en même teins elle le dégage de son imagination, source inépuisable de possessions fausses. Il esl vrai qu'on oe peut rejetter absolument en général les possessions puisque l'Ecriture et l'Eglise les ont reconnues ; il est vrai encore qu'on ne

peut donner des bornes précises aux actions volontaires et involontaires des hommes qui seroient véritablement possédez. Mais tous les théologiens sont également dans l'impuissance de marquer ces bornes précises. En gênerai, on doit user d'une précaution infinie pour ne supposer jamais ni possession ni obsession sans preuve évidemment reconnue par un grand nombre d'hommes très éclairez et très pieux. De plus on doit craindre a tout moment a l'égard même des possessions reconnues pour véritables de ne laisser point le démon passer de la possession du corps a celle de L'âme. La personne possédée n'est pas toujours dans les transports involontaires de la possession, et lors même qu'elle est actuellement dans ces transports il peut lui rester de la liberté pour s'abstenir des choses deffenduës. C'est a elle a ne se point relascher sur toutes les choses ou elle est encore uu peu libre, et a résister courageusement aux impressions malignes du tentateur. C'est aux supérieurs ecclésiastiques a veiller sur cette aine pour la préserver d'une possession intérieure bien plus funeste que celle qui frappe les sens. Mais encore une fois cette difficulté commune a toutes les voyes ne regarde point la voye de pur amour et de pure foi. Rien ne diminue tant ces choses extraordinaires, que de ne s'y arrester point et de ne tenir qu'a Dieu seul.

[1251 Parler ainsi, c'est parler suivant le dogme Catholique, et donner les plus grands préservatifs contre l'illusion.

Article XIV. Faux

Il se fait dans les épreuves une entière séparation de la partie supérieure d'avec l'inférieure. La supérieure est uni" avec Dieu d'une union dont il ne paroit en aucun teins aucune trace sensible et distincte, ni pour l'espérance, ni pour l'amour, ni pour les autres vertus convenables a l'état de la personne. La partie inférieure devient toute 1261 animale dans cette séparation, et tout ce qui se passe en elle contre la régie des mœurs n'est censé ni volontaire, ni démeritoire, ni contraire à la pureté de la partie supérieure. On peut supposer qu'il vient de possession ou d'obsession secrette en même teins la partie supérieure est toute parfaitte.

Parler ainsi, c'est anéantir la Loi et les Prophètes : c'est parler le langage des Démons.

Article XV. Vrai

Les personnes qui sont dans ces épreuves rigoureuses ne doivent jamais négliger cette sobriété universelle dont les Apôtres ont si souvent parlé, et qui consiste dans un usage sobre de toutes les choses qui nous environnent. Cette sobriété s'étend sur toutes les opérations

1 1251. . les autres vertus. La partie... [126] .. supérieure Parler ainsi. .

des sens, sur cel[127]lcs de l'imagination et de l'esprit même, lille va jusqu'à rendre notre sagesse sobre et tempérée. Elle réduit tout au simple usage et a l'usage de nécessité. Cette sobrietéemporteune privation continuelle de tout ce qu'on ne goùteroit que pour se contenter. Cette mortification, ou pour mieux dire cette mort, va jusqu'à retrancher non seulement tous les mouvements volontaires de la nature corrompue et révoltée par la volupté de la chair et par l'orgueil de l'esprit ; mais toutes les consolations les plus innocentes que l'amour intéressé recherche avec empressement et par des reflexions inquiettes. Cette mortification se pratique avec paix et simplicité, sans inquiétude et sans [128 J aspreté contre soi-même, souvent sans méthode, car quoique les méthodes soient en elles mêmes bonnes et utiles soit pour l'oraison, soit pour la pratique des vertus, il vient néanmoins des tems ou les âmes parfaittes ne faisant que des choses vertueuses les font avec plus de liberté suivant l'attrait journalier de leur grâce. Ces âmes se mortifient suivant les occasions et les besoins, mais d'une manière réelle et sans relâche.

[127]... avec empresssment. Cette...

|128]... contre soi-mAme, sans méthode, suivant les occasions...

copie mss.

[128|... et sans relâche. C'est pour elles que M. Nicole a parlé ainsi : Je ne crois pas qu'on doive faire de la peine aux aines que Dieu mets en cet état pour les réduire aux pratiques et à la manière d'agir des autres ; il parle des âmes éprouvées par des personnes intelligentes, dont la vie est uniforme, sur les devoirs du Christianisme et qui sont dans la plus haute contemplation. Il est vrai...

11 est vrai que les pei icablées par l'exGez dos

épreuves, sont d'ordinaires obligées par l'obéissance pour un Directeur expérimenté, de cesser, ou de dimi nner certaines austeritez corporelles ausquelles elles ont été fort attachées. Cet adoucissement est nécessaire pour soulager leurs corps défaillants dans la rigueur des peines intérieures, qui sont la plus terrible des pénitences. Il arrive même souvent que ces âmes ont été trop attachées à ces austeritez : et la peine qu'elles ont d'abord à obéir pour s'en priver dans cet accablement, marque qu'elles y tenoient un [129] peu trop. Mais c'est leur imperfection personnelle. et non celle des austeritez qu'il en faut accuser. Les austeritez suivant leur institution, sont utiles el souvent nécessaires : Jésus-Christ nous en a donné l'exemple, qui a été suivi par tous les Saints. Elles abattent la chair révoltée, servent a rep uvr les fautes commises et a se préserver des tentations. Il est vrai seulement qu'elles ne servent à détruire le fonds de l'amour propre ou cupidité qui est la racine de tous le« vices, nia unir une arne à Dieu, qu'autant qu'elles sont animées par l'esprit de recueillement, d'amour et d'oraison : faute de quoi elles amortiraient les passions grossières, et rempliraient contre leur in Institution l'homme de lu y même. Ce ne serait plus qu'une justice de la chair. Il faut encore observer que les personnes de cet état étant privées de toutes les grâces sensibles et de l'exercice fervent de toutes les vertus apperçèës, n'ont plus ni goût, ni ferveur sensible, ni attrait marqué pour toutes ces austeritez qu'elles avoient pratiquées avec tant d'ardeur. Alors leur peni-

tence se réduit à porter dans une paix très amere la colère de Dieu qu'elles attendent sans cesse, et leur desespoir apparent. Il n'y a point d'austérité ni de tourment qu'elles ne souffrissent avec joye et soulagement en la place de cette peine intérieure. Tout leur attrait intime est de porter leur agonie, où elles disent sur la |131J Croix avec Jésus Christ. 0 Dieu, mon Dieu, pourquoi/ m' avezvous délaissé ?

Parler ainsi, c'est reconnoître la nécessité perpétuelle de la mortification. C'est autoriser les austeritez corporelles, qui sout par leur institution tres-salutaires. C'est vouloir que les âmes les plus parfaites fassent une pénitence proportionnée à leurs forces, à leurs grâces et aux épreuves de leur état.

Articlb XV. Faux

Les austeritez corporelles ne font qu'irriter la concupiscence et qu'inspirer à l'homme qui les pratique une complaisance de Pharisien. Elles ne sont point nécessaires [132] pour prévenir ni pour appaiser les tentations. L'oraison tranquille suffit toujours pour soumettre la chair à l'esprit. On peut quitter volontairement ces pratiques comme grossières, imparfaites, et qui ne sont convenables qu'aux commençants.

Parler ainsi, c'est parler en ennemi de la Croix de Jésus Christ, c'est blasphémer contre ses exemples et contre toute la tradition : c'est contredire le Fils de

Dieu qui dit : Depuis 1rs jours de Jean, le Royaume de Dieu souffre violence, et les violents le ravissent.

Article XVI. Vray

Il va deux sortes de proprietez.La première estuu pe- [133]ché pour tous les chrétiens. La seconde n'est point un péché même véniel, mais seulement une imperfection par comparaison à quelque chose qui est plus parfait, et ce n'est même une véritable imperfection, que pour les âmes actuellement attirées par la grâce an parfait désintéressement de l'amour. La première propriété est l'orgueil. C'est un amour de sa propre excellence en tant que propre, et sans aucune subordination à nôtre fin essentielle qui est la gloire de Dieu. Cette propriété est celle qui fit le péché du premier ange, lequel s'arrôta en lui même, comme dit saint Augustin, au lieu de se rapporter à Dieu, et par cette simple appropriation de lui [134] même il ne demeura point dans la vérité. Voila ce qu'on nomme cupiditas inordinata.

Cette propriété est en nous un péché plus ou moins grand, suivant qu'elle est plus ou moins volontaire. La seconde propriété, qu'il ne faut jamais confondre avec la première, est un amour de nôtre propre excellence entant qu'elle est la nôtre, et par un amour de nous mêmes qui n'est point l'amour de pure charité, mais

ri34]... la vérité. Cette propriété...

néanmoins avec subordination à nôtre fin essentielle qui est la gloire de Dieu. Nous voulons les vertus les plus parfaites ; nous les voulons principalement pour la gloire de Dieu, mais nous les voulons aussi pour en avoir le mérite et la recompense. Nous les voulons encore pour la consolation de devenir parfaits. C'est ce que saint Bernard appelle cupiditas ordinal a. C'est la résignation qui, suivant saint François de Sales, a encoredes désirs [135] propres, mais soîimis.Ges vertus qui sont intéressées pour nôtre perfection et pour nôtre béatitude sont bonnes, parce qu'elles sont rapportées à Dieu comme fin principale. Mais elles sont moins parfaites que les vertus exercées par le principe de la sainte indifférence qui est la charité pour nous même jointe avec le désir de la gloire de Dieu en nous, sans aucun motif intéressé, ni pour nôtre mérite, ni pour nôtre perfection, ni pour nôtre recompense même éternelle.

Ce motif d'interest spirituel qui reste toujours dans les vertus, tandis que l'ame est encore dans l'amour intéressé, est ce que les Mystiques ont appelé propriété. C'est ce que le bienheureux Jean de la Croix appelle avarice et ambition spirituelle. L'aine qu'ils [136] nomment propriétaire rapporte à Dieu ses vertus par le principe

... la nôtre, mai8 avec subordination...

.. nous ne voulons que les vertus ..

... devenir parfaits C'est la résignation, qui, comme dit saint...

[ 1 35 J . . . que les vertus exercées par la sainte indifférence et pour la seule gloire de Dieu en nous, sans aucun motif d'interest propre ni pour...

[136J... ses vertus par la sainte résignation...

mélangé qui fait la sainte résignation, et en cola elle est moins parfaite que l'a me désintéressée, qui rapporte les siennes par le principe pur qui fait la sainte indifférence. Cette propriété qui n'est point un péché, est néanmoins appellée par les Mystiques une impureté ; non pour dire que ce soit une souillure de lame, mais seulement pour signifier que c'est un mélange de divers motifs qui empêche l'amour d'être pur ou sans mélange. Ils disent souvent qu'ils trouvent encore cette impureté ou mélange de motifs intéressez dans leur oraison et dans leurs plus saints exercices. Mais il faut bien se garder de croire qu'ils veuillent alors parler d'aucune impureté vicieuse.

[137 j Quand on entend clairement ce que les Mystiques entendent par propriété, on ne peut plus avoir de peine à comprendre ce que veut dire desapropriation. C'est l'opération de la grâce qui purifie l'amour et qui le rend désintéressé dans l'exercice de toutes les vertus. C'est par les épreuves que cette desappropriation se fait. Elle y perd, disent les Mystiques, toutes les vertus : mais cette perte n'est qu'apparente et pour un tems borné. Le fonds des vertus, loin de se perdre réellement, ne fait que se perfectionner par le pur amour. Lame y est dépouillée de toutes les grâces sensibles, de tous les Am. deD. goûts, de toutes les facilitez, de toutes les ferveurs qui c'

pour[138 roient la consoler et la rassurer. C'est pourquoi saint Fr. de Sales parle ainsi. Ouy Theotime le même

... les siennes par la sainte indifférence .. [138]... la consoler et la rassurer. Klle perd les actes méthodiques .

Seigneur qui nous fait désirer les vertus en nôtre commencement et qui nous les fait pratiquer en toutes occurences, c'est lui même qui nous oste l'affection des vertus et de tous les exercices spirituels, afin qu'avec plus de tranquillité, de pureté et de simplicité, nous n'affectionnions rien que le bon plaisir de la divine majesté. Il faut observer que ce grand saint ne dit pas que Dieu oste le fonds des vertus. Il en oste seulement l'affection sensible, la facilité, l'exercice apperçû qui nous tiendrait encore attachez a notre consolation en même tems qu'au bon plaisir de Dieu qu'il faut affectionner seul dans les vertus. Alors une aine perd de plus en plus les actes metbodiques et excitez avec empressement pour se rendre à soi-même un témoignage intéressé sur sa perfection. Mais elle ne perd ni les actes directs de l'amour, ni l'exercice des vertus distinctes dans le cas du précepte, ni la haine intime du mal. ni la certitude momentanée nécessaire pour la droiture de conscience, ni le désir désintéressé de l'effet des promesses en elle. La seule apparence de son démérite suffit pour faire sa plus rigoureuse épreuve, pour lui ôter tout soutien apperçû, et pour ne laisser aucune ressource à l'interest propre. Pourquoi donc voudrait on y ajouter encore quelque mal réel, comme si [139] Dieu ne pouvoit perfectionner sa créature que par le peclié réel ? Au contraire, l'ame pourvu qu'elle soit fidelle dans les épreuves qu'on nomme perte et desapropriation, ne souffre aucune diminution réelle de sa perfection, et ne fait que croître sans cesse dans la vie intérieure. Enfin, l'ame qui se purifie dans l'expérience de ses fautes quoti-

(tiennes, en haïssant son imperfection parce qu'elle est

contraire à Dieu, aime néanmoins l'abjection qui lui en

revient ; parce que cette abjection loin d'être le péché.

est, au contraire, l'humiliation qui est la pénitence et le

remède du péché même. Ayant détesté l'offense, dit

saint Fr. de Sales, embrassez amoureusement l'abjec- jXin- de D.

tion qui est en vous, etc. Cette aine hait sincèrement

toutes ses fautes autant qu'elle aime Dieu, souveraine

[140] perfection : mais elle se sert de ses fautes pour vie du P. ,. .,...,, ,. ~ . . Baltbazard.

s hurmher paisiblement : et. par la, ses finîtes aevien- Alvarez

neuf lesfenestves de l'ami' par on la lumière de Dieu

entre, suivant l'expression de Balthazar Alvarez.

Parler ainsi, c'est développer le vrai sens des meilleurs

Mystiques. C'est suivre un système simple, qui se

réduit uniquement au désintéressement de l'amour

autorisé par la tradition de tous les siècles.

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