XVII. Faux
L'exercice simple, paisibb-, [149] et uniforme du pur amour, est le seul remède qu'il faut employer contre toutes les tentations de tous les differens états. On peut supposer que toutes les épreuves tendent à la môme fin et ont besoin du même remède. Toutes les pratiques de l'amour intéressé et tous les actes excitez par ce motif, ne font que remplir l'homme d'amour-propre qu'irriter la jalousie de Dieu, et que fortifier la tentation.
Parler ainsi, c'est confondre tout ce que les Saints ont si soigneusement séparé : c'est aimer la séduction et courir après elle : c'est pousser les âmes dans le précipice, en leur ôtant toutes les ressources de leur grâce présente.
[150] Arïiclb XVIII. Vrai
La volonté de Dieu est toujours nôtre unique règle, et l'amour se réduit tout entier à une volonté qui ne veut plus que ce que Dieu veut et luy fait vouloir. Mais il y a plusieurs sortes de volontez de Dieu. Il y a la volonté positive exprimée dans l'écriture et dans la tradition qu'on nomme volonté signifiée, parce qu'elle nous est signifiée dans la loi divine. C'est elle qui commande le bien et qui défend le mal. Celle-là est la seule règle invariable de nos volontez et de toutes nos actions volontaires. Il y a une seconde volonté de Dieu, qui se montre à nous par l'inspiration ou attrait de la grâce qui est dans tous les justes. Cette volonté de Dieu doit être aussi nôtre règle mais elle est variable, car Dieu peut nous donner un attrait tantost pour une autre très différente. La règle lixe est dans la volonté ecritte. La volonté qui nous vient par l'inspiration de la grâce est toujours [loljentierement conforme àla volonté écrite, et il n'est pas permis de croire qu'elle puisse exiger de nous autre chose que l'accomplissement fidelle des préceptes et des conseils renfermez dans la Loy. Il
[150J... positive et écrite, qui commande... ... 11 y a une volonté de...
[150-151]... Cette volonté de Dieu doit être toujours supposée entièrement...
[151]... dans la Loy. La troisième volonté de Dieu est...
y a une troisième volonté de Dieu qui est une volonté de -impie permission. C'est celle qui souffre le péché sans l'approuver. La même volonté qui le permet le, condamne. Elle ne le permet pas en le voulant positivement, mais seulement en le laissant faire, et en ne l'empeschant point. Cette volonté de permission n'est jamais nôtre règle. Il seroit impie de vouloir notre péché, sous prétexte que Dieu le veut permissivement. 1° Il est faux queDieule veuille. Il est vrai seulement,! 152 qu'il n'a pas une volonté positive de l'empêcher. 1" Dans le temps même qu'il n'a pas la volonté positive de l'empêcher, il a la volonté actuelle et positive de le condamner et de le punir, comme essentiellement contraire à sa sainteté immuable à laquelle il doit tout. 3" On ne doit jamais supposer la permission de Dieu pour le péché qu'après qu'on l'a malheureusement consommé, et qu'on ne peut plus empêcher que ce qui est fait ne soit fait. Alors il Faut se conformer tout ensemble aux deux volontez de Dieu. Suivant l'une, il faut se condamner, se repentir de son péché détester et punir en soi ce que Dieu y condamne et y veut punir. Suivant l'autre, il faut vouloir la confusion et l'abjection, qui n'est pas le péché, [lo.3] mais au contraire, qui est la pénitence et le remède du péché même : parce que cette confusion salutaire et cette abjection qui a toute l'amertume d'une médecine, est un bien réel que Dieu a voulu positivement tirer du péché, quoy qu'il n'ait jamais voulu positive-
... permet pas positivement,..
|152J... Suivant l'une, il faut condamner et punir ce qu'il condamne et veut punir. Suivant. .
ment le péché même. C'est aimer le remède qu'on tire du poison, sans aimer le poison.
Parler ainsi, c'est parler comme tous les Saints, et dans toute l'exactitude du dogme Catholique.