XVIII. Faux
Il faut se conformer à toutes les volontez de Dieu, et à ses permissions comme à ses [1541 autres volontez. Il faut donc permettre en nous le péché quand nous croyons que Dieu le va permettre. Il faut aimer nôtre péché quoique contraire à Dieu à cause de son abjection qui purifie nôtre amour, et qui nous ôte toute prétention et tout mérite pour la recompense. Enfin l'attrait ou inspiration de la grâce, exige des âmes pour les rendre plus désintéressées sur la recompense éternelle, qu'elles violent la Loy écrite.
Parler ainsi, c'est enseigner l'apostasie, et mettre l'abomination de la désolation dans le lieu le plus saint; ce n'est pas la voix de l'Agneau, mais celle du dragon.
[155] Article XIX. Vray
L'Oraison vocale sans la mentale, c'est a dire sans l'attention de l'esprit et l'affection du cœur, est un culte superstitieux qui n'honore Dieu que des lèvres, pendant que le cœur est loin de lui. L'Oraison vocale n'est bonne
et méritoire, qu'autant qu'elle est dirigée et animée par celle du cœur. Il vaudroit mieux reciter peu de paroles avec beaucoup de recueillement et d'amour, que de longues prières avec peu ou point de recueillement, quand elles ne sont point de précepte. Prier sans attention et sans amour, c'est prier comme les Payens, qui s'imaginoient d'être exau[136|cezà cause delà multitude de leurs paroles. On ne prie qu'autant qu'on désire, et on ne désire qu'autant qu'on aime au moins d'un amour meslé d interest. Il faut néanmoins aimer, respecter et conseiller L'Oraison vocale, parce qu'elle est propre à reveiller les pensées et les affections qu'elle exprime, qu'elle a été enseigné par le Fils de Dieu aux Apôtres mêmes, et qu'elle a été pratiquée par toute l'Eglise dans tous les siècles. Il y auroit de l'impiété à mépriser ce sacrifice de louanges, ce fruit des lèvres qui confessent le nom du Seigneur. L'Oraison vocale peut bien gêner pour un temps les aines contemplatives qui sont encore dans les commencemens Imparfaite de leur contemplation, [157] parce que leur contemplation est plus sensible et affectueuse que pure et tranquille. Elle peut encore être à charge aux aines qui sont dans les dernières épreuves, parce que tout les trouble en cet état. Mais ces inconvénients ne viennent d'aucune imperfection de l'oraison vocale en elle-même, ils viennent ou de la résistance a un attrait de grâce pour le simple recueillement dans des teins ou l'on voudroit reciter des prières vocales.
[156]... d'un amour intéressé. Il faut néanmoins respecter
. en cet état. Mais il ne faut jamais leur donner pour règle, d'abandonner. .
qui ne sont pas d'obligation, ou bien ils viennent de l'imperfection de l'aine qui est dans une contemplation encore trop meslée et sensible, ou dans une peiue qui vient de ce que son amour n'est pas encore assez pur. Mais il ne faut jamais laisser ces aines abandonner sans permission de l'Eglise et sans une véritable impuissance reconnue par les Supérieurs légitimes, aucune prière vocale qui soit d'obligation. Encore même faut-il que ces supérieurs ayent les qualitez nécessaires pour discerner cette impuissance ou qu'ils ayent recours a d'autres supérieurs d'une plus grande autorité pour décider ces cas si extraordinaires. L'oraison vocale prise avec simplicité et sans scrupule lorsqu'elle est de précepte, peut bien gêner une ame par rapport aux choses que nous venons de marquer : mais elle n'est jamais contraire à la plus haute contemplation. L'expérience fait même voir que les âmes les plus emi[158]nentes, au milieu de leurs plus sublimes communications, font avec Dieu des colloques familiers, et qu'elles lisent ou recitent à haute voix et dans un espèce de transport, certaines paroles enflammées des Apôtres et des Prophètes. Parler ainsi, c'est expliquer la saine doctrine dans les termes les plus corrects.