‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 43 sur 59 · XXV. Fadx · texte numérisé non relu

XXV. Fadx

La Contemplation pure et directe est absolument perpétuelle en certaines aines. Le [ 1S2 sommeil môme no lin terrompt pus. Elle consiste dans un acte simple et unique qui est permanent, qui n'a jamais besoin d'être réitéré, et qui subsiste toujours pur lui-même, à moins qu'il ne soit révoqué par quelque acte contraire.

Parler ainsi, c'est nier le pèlerinage de cette vie, les défaillances naturelles de lame, et l'état du sommeil où les actes ne sont plus ni libres ni méritoires. C'est en même teins dispenser une aine contemplative des actes distincts des vertus nécessaires dans son état, lesquels ne sont point des actes de pure et directe Contemplation. C'est laisser une aine sous prétexte d'un acte permanent dans une oisiveté pernicieuse à l'égard de tous les actes essentiels au Christianisme qui doivent être souvent qui >ique paisiblement répétez. Enfin, c'est ignorer que tout acte de l'entendement ou de la volonté est essentiellement passager : que pour aimer 1 183] Dieu pendant dix momeus, il faut faire dix actes successifs d'amour, dont l'un n'est point l'autre; dont l'un pourroit ne suivre jamais l'autre ; dont l'un est tellement passé, qu'il n'en reste rien, quand l'autre qui n'estoit point commence à être. Enfin c'est parler d'une manière aussi extravagante suivant les premiers principes de la Philosophie, que monstrueuse suivant les règles de la Religion.

[182J... et directe contemplative. Enfin,...

Article XXVI. Vrai

Pendant les intervalles qui interrompent la pure et directe Contemplation, une aine très parfaite peut exercer les vertus distinctes dans tous ses actes délibérez, avec la mê[184]me paix et la même pureté ou désintéressement d'amour, dont elle contemple pendant que l'attrait de la Contemplation est actuel. Le même exercice d'amour, qui se nomme contemplation ou quiétude quand il demeure dans sa généralité et qu'il n'est appliqué à aucune fonction particulière, devient chaque vertu distincte, suivant qu'il est appliqué aux occasions particulières : car c'est l'objet, comme par le saint Thomas, qui spécifie toutes les vertus. Mais l'amour pur et paisible demeure toujours le même quant au motif ou à la fin, dans toutes ces différentes spécifications.

Parler ainsi, c'est parler comme l'école la plus exacte et la plus precautionnée.

[18a | XXVI. Faux

La Contemplation pure et directe est sans aucune interruption, en sorte qu'elle ne laisse aucun intervalle h l 'exercice des vertus distinctes qui sont nécessaires à chaque étal. Tous les actes délibérez de la vie du contemplatif regardent les choses divines, qui sont l'objet

préeis de là pure Contemplation ; et cet état ne souffre du fcotà «les objets ausquels l'amour est appliqué aucune distinction ou spécification des vertus.

Parler ainsi, c'est anéantir toutes les vertus les plus intérieures : c'est contredire non seulement toute la Tradition des saints Docteurs, mais en| 186Jcore les Mystiques les plus expérimentez; c'est contredire saint Bernard. sainte Thérèse, et le bien heureux Jean de la Croix, qui bornent sur leurs expériences particulières la pure Contemplation à une demie heure, non pour décider absolument Qu'elle n'aille jamais un peu plus loin, mais Seulement pour faire entendre qu'on doit toujours supposer qu'elle a des bornes.

Article .WVII. Vrai

La Contemplation pure et directe de Dieu est négative, en ce qu'elle ne s'occupe volontairement d'aucune image sensible, d'aucune idée distincte, et nominable, comme parle saint Denis ; c'est a dire, d'aucune idée limitée et particulière sur la divinité pour s'y réprésenter rien de borné, mais qu'elle passe 187] au dessus de tout ce qui est sensible et distinct, c'est a dire compréhensible et limité, pour ne s'arrester qu'à l'idée purement intellectuelle de l'être qui est sans bornes et sans restriction.

186 . < i ♦■ h i i r- Ih'uiv, pour taira, .. directe est négative...

. . divinité : mais qu'elle...

[187]... intellectuelle et abstraite de l'être. «

Cette idée dont l'objet est très différent de tout ce qui peut être imagine ou compris, est néanmoins très réelle et très positive. La simplicité de cette idée purement immatérielle et qui n'a point passé par les sens ni par l'imagination n'empêche pas que la Contemplation ne puisse avoir pour objets distincts tous les attributs de Dieu ; car l'essence sans les attributs ne seroit plus l'essence même et l'idée de l'Etre infiniment parfait renferme essentiellement dans sa simplicité les perfec[188]tions infinies de cet Etre. Cette simplicité n'empêche pas que lame contemplative ne contemple encore distinctement les trois Personnes divines, parce qu'une idée si simple qu'elle puisse être peut néanmoins représenter divers objets réellement distinguez les unsdes autres. Enfin, cette simplicité n'exclut point la vue distincte de l'humanité de Jésus Christ et de tous les Mystères, parce que la pure Contemplation admet d'autres idées avec celle de la divinité. Elle admet tous les objets que la pure foi nous peut présenter. Elle n'exclut sur les choses divines que les images sensibles, et les opérations discursives. Quoique les actes qui vont directement et immedia[189jtement à Dieu seul soient plus parfaits, si on les prend du côté de l'objet et dans une rigueur philosophique ; ils sont néanmoins aussi parfaits du côté du principe, c'est a dire aussi purs et aussi méritoires, quand ils ont pour objets les objets que Dieu présente, et dont on ne s'occupe que par l'impression de sa grâce. En cet état une ame ne considère plus les Mystères de Jésus Christ pur un travail méthodique et sensible de l'imagination pour s'en

... Cette idée quoique très différente de tout...

imprimer des traces dans le cerveau, et pour s'en attendrir avec consolation. Elle ne s'en occupe plus par une opération discursive et par un raisonnement suivi, pour tirer des conclusions de chaque Mystère. [190] Mais elle voit d'une vue simple et amoureuse tous ces divers objets, comme certifiez et rendus presens par la pure Foy.

Ainsi l'aine peut exercer dans la plus haute Contemplation les actes de la foy la plus explicite sans altérer la pureté et la perfection de cet exercice. La Contemplation des Bienheureux dans le ciel étant purement intellectuelle, a pour objets distincts tous ces Mystères de l'Humanité du Sauveur, dont ils chantent les grâces et les victoires. A plus forte raison la Contemplation très imparfaite du pèlerinage de cette vie ne peut jamais être altérée par la vûë distincte de tous ces objets.

Parler ainsi, c'est parler comme toute la tradition, et comme les bons Mystiques.

[191] XXVII. Facx

La Contemplation pure exclut toute image, c'est a dire* toute idée même purement intellectuelle. Lame contemplative n'admet aucune idée réelle et positive de Dieu qui le distingue des autres êtres. Elle ne doit voir ni les attributs divins qui le distinguent de toutes les créatures, ni les trois Personnes Divines, de peur d'altérer la sini-

[190]... la plus explicite. La contemplation...

... comme tous leB bons mystiques ont voulu parler.

plicité de son regard. Elle doit eucore moins s'occuper de l'humanité de Jesus-Christ, puis quelle n'est pas la Nature divine ; ni de ses Mystères, parce qu'ils multiplieroient la Contemplation. Les aines de cet état n'ont plus besoin de penser à [1921 Jesus-Christ, qui n'estquela voye pour être unies avec Dieu son Père, parce qu'elles sont déjà arrivées au terme.

Parler ainsi, c'est ignorer ce que tous les bons Mystiques ont dit de la plus pure Contemplation. C'est anéantir la Foy sans laquelle la Contemplation même est anéantie. C'est faire une Contemplation chimérique qui n'a aucun objet réel, et qui ne peut plus distinguer Dieu du néant. C'est anéantir le Christianisme sous prétexte de le purifier. C'est faire une espèce de Déisme qui retombe un moment après dans une espèce d'Athéisme, où toute idée réelle de Dieu comme distingué deses créatures est rejettée. Enfin c'est avancer deux J193 j impietez. La premiereest de supposer qu'il y a surla terre quelquecontemplatif qui n'est plus voyageur, et qui n'a plus besoin delà voye. parce qu'il est arrivé au terme. La seconde est d'ignorer que Jésus Christ qui est la voye, n'est pas moins la vérité et la vie ; qu'il est autant le consommateur que l'auteur de nôtre salut ; qu'enfin les Anges mêmes dans leur plus sublime Contemplation, ont désiré de voir ses Mystères, et que les Bienheureux chantent sans cesse le Cantique de l'Agneau en sa présence.

[192 j... la vo\e pour arriver a Dieu..

... les bons mystiques mêmes ont voulu dire de la plus...

194J Articlb XXYII1. Vrav

Les Ames contemplatives soa< privées île la veaë distincte, sensible et réfléchie le Jésus Christ en deux temps differens : mais elles ne sont jamais privées pour toujours en cette vie de la veuë simple et distincte de Jésus C!ni<t. Premièrement dans la ferveur naissante de leur Contemplation, cet exercice est encore très imparfait il ne représente Dieu que d'une manière confuse. L'ame comme absorbée par son goût sensible pour le recueillement, ne peut encore être occupée de vues distinctes. Ces vues distinctes lui feraient une espèces de distrac[19;i]tion dans sa foiblesse, et la rejetteroientdans le raisonnement delà Méditation d'où elle est à peine sortie. Cette impuissance de voir distinctement Jésus Christ n'est pas la perfection, mais au contraire l'imperfection de cet exercice, parce qu'il est alors plus sensible que pur. Secondement une aine perd de vue Jésus Christ dans les dernières épreuves, parce qu'alors Dieu ôte à lame la possession et la connoissance réfléchie de tout ce qui est bon en elle, [tour la purifier de tout interest propre. En cet état de trouble et d'obscurcissement involontaire, lame ne perd, pas plus de vue Je-us-Cbrist que Dieu. Mais toutes ces pertes ne sqpt. qu'apparentes et passagères ; 196 après quoi Jésus Christ n'est pas moins rendu à l'ame que Dieu même. Ilots ces de.,\ pas lame la plus élevée peut dans l'actuelle Contemplation être

occupée de Jésus Christ rendu présent par lafoy; et dans les intervalles où la pure Contemplation cesse, elle est encore occupée de Jesus-Christ. On trouvera dans la pratique que les aines les plus émiuentes dans la Contemplation, sont celles qui sont les plus occupées de lui. Elles lui parlent à toute heure comme l'épouse à l'époux. Souvent elles ne voient plus que lui seul en elles. Elles portent successivement des impressions profondes de tous ses Mystères et de tous les états de sa vie mortelle. Il est vrai qu'il devient [197] quelque chose de si intime dans leur cœur, qu'elles s'accoutument à le regarder moins comme un objet étranger et extérieur, que comme le principe intérieur de leur vie.

Parler ainsi, c'est reprimer une des plus damnables erreurs. C'est expliquer nettement les expériences et les expressions des Saints dont les âmes livrées à l'illusion pourroient abuser.

XXVIII Faux.

Les aines contemplatives n'ont plus besoin de voir distinctement l'Humanité de Jésus Christ qui n'est que la voie, parce qu'elles arrivées au terme. La chair de Jésus Christ n'est plus un objet digne d'el[i98]les, et elles ne le connoissent plus selon la chair, même rendue présente par la pure foy. Elles ne sont non plus occupées de lui

f 197"]... c'est réprimer la plus damnable de toutes les erreurs...

hors de l'actuelle Contemplation, que dans la pure Contemplationmême. Dieu qu'elles possèdent dans sa suprême simplicité leur suffit. Elles ne doivent s'occuper ni des Personnes divines, ni des attributs de la Divinité.

Parler ainsi, c'est ôter la pierre angulaire : c'est arracher aux fidelles la vie éternelle, qui ne consiste qu'à eonnoitre le seul Dieu véritable et Jésus Christ son Fils qu'il a envoyé. C'est être l'Antéchrist qui rejette le Verbe fait chair. C'est mériter l'anatheme que l'Apôtre prononce contre tous ceux qui n'aimeront pas le Seigneur Jésus.

!'.»'.' Article XXIX. Vrav

On peut dire que la Contemplation passive est infuse, en ce qu'elle prévient les âmes avec une douceur et une paix encore plus grande, que les autres grâces ne préviennent le commun des Justes. C'est une grâce encore plus gratuite que toutes les autres qui sont données pour mériter, parce qu'elle opère dans les âmes le plus pur et le plus parlait amour. Mais la Contemplation passive n'est ni parement infuse, puis qu'elle est libre et méritoire, ni purement gratuite, puis que l'aine y correspond a la grâce. Elle n'est point miraculeuse. | 200] puisqu'elle ne consiste suivanl le témoignage de tous les Saints que dans une connoissance amoureuse, et que la grâce sans miracle suffit pour l;i foi La plus vive, et pour l'amour le plus épuré. Enfin celle Contemplation ne

peut être miraculeuse, puis qu'on la suppose dans un état de pure et obscure foi, où le fidelle n'est conduit par aucune autre lumière que par celle de la simple révélation, et de l'autorité de l'Eglise commune à tous les Justes. Il est vrai que plusieurs Mystiques ont supposé que cette Contemplation étoit miraculeuse, parce qu'on y contemple une vérité qui n'a point passé par les sens et par l'imagination. Il est vrai aussi que ces Mystiques ont reconnu un [201] fonds del'ame qui operoit dans cette Contemplation sans aucune opération distincte des puissances. Mais ces deux choses ne sont venues que de la Philosophie dont ces Mystiques étoient prévenus. Tout ce grand mystère s'évanouît, dés qu'on suppose avec saint Augustin que nous avons sans miracle des idées intellectuelles qui n'ont point passé par les sens, et quand on suppose d'un autre côté que le fonds de lame n'est point réellement distingué de ses puissances. Alors toute la Contemplation passive se réduit à quelque chose de très simple et qui n'a rien de miraculeux. C'est un tissu d'actes de foi et d'amour si simples, si directs, si paisibles, et si uniformes, [202] qu'ils ne paroissent plus aux personnes ignorantes qu'un seul acte, ou même qu'ils ne paroissent faire aucun acte, mais un repos de pure union. C'est ce qui fait que saint François de Sales ne veut pas qu'on l'appelle union, de peur d'exprimer un mouvement ou action pour s'unir, mais une simple et pure unité. Delà vient que les uns, comme saint François d'Assise dans son grand Cantique, ont dit qu'ils

[201]... venues que de la Philosophie de l'école, dont .. [202]... qu'ils ne paroissent plus faire qu'un...

ne [louvoient plus faire .l'actif ; cl que il nulle-; Comme Grégoire Lopez ont dil qu'ils [aisdient un aeté continuel pendant toute leur vie. Les uns et les autres par des expressions qui semblent opposées veulent «lire la même chose. Ils ne font plus d'actes empresse/ et marquez par une 1 203 | secousse inquiette. Ils font des actes si paisibles el si uniformes, que ces actes quoique très réels, très successifs, et même interrompus, leur paroissent ou un seul acte sans interruption, ou un repos continuel. Delà vient qu'où a Domnié celle Contemplation Oraison de silence ou de quiétude. Delà vient enfin qu'on l'a appelle passive. A Dieu ne plaise qu'on la nomme jamais ainsi pour en exclure l'action réelle, positive et méritoire du libre arbitre, ni les actes réels et successifs qu'il fan! reïtërer à chaque moment. Elle n'est appellée passive, (pie pour exclure L'activité ou empressement intéressé des aines, lorsqu'elles veulentencore s'agiter pour sentir et pour voir leur opera[20i tion qui serolt moins marquée si elle étoit plus simple et pins unie. La Contemplation passive n'est que la pure Contemplation : L'active est celle qui est encore meslée d'actes empressez et discursifs. Ainsi, quand la Contemplation a encore un mélange d'empressement intéressé qu'on nomme activité, elle est encore active. Quand elle n'a plus qu'un resté dé celte activité, elle est entièrement passive, c'est a dire paisible et désintéressée dans ses actes. Enfin, plus lame est passive à l'égard de Dieu, plus elle est agissante à l'égard de ce qu'elle doit faire ; c'est a dire que plus elle est souple à l'impulsion divine, plus son mouvement est efficace, quoique sans secousses ni agita-

tion.[205]Car ilest toujours également vrai que plus l'aine reçoit de Dieu, plus elle doit lui rendre ce qu'elle en i receu. C'est ce flux et reflux continuel dans l'oraison comme dans tous les autres exercices, qui fait tout l'ordre de la grâce et toute la fidélité de la créature.

Parler ainsi, c'est aller au devant de toutes les illusions, c'est expliquer à fonds la Contemplation passive qu'on ne peut nier sans une insigne témérité, et qu'on ne pourroit étendre plus loin sans un danger extrême. C'est demesler tout ce que les saints ont dit dans des termes que la subtilité de quelques Théologiens a un peu obscurci.

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