‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 44 sur 59 · XXIX. Faux · texte numérisé non relu

XXIX. Faux

La Contemplation passive [206] est purement passive, eu sorte que le libre arbitre n'y coopère plus à la grâce par un acte réel et passager. Elle est purement infuse, purement gratuite, et sans mérite de la part de lame. Elle est miraculeuse, et elle tire pendant qu'elle dure une ame de l'état de pure et obscure Foi. Elle est un saisissement ou ravissement surnaturel et miraculeux qui prévient lame. Elle est une inspiration extraordinaire qui met une ame hors des règles communes. Elle est une absolue ligature ou évacuation des puissances, en sorte que l'entendement et la volonté sont alors dans

[205]... flux et reflux qui fait...

[206]. . surnaturel qui prévient...

une absolue impuissance de rien opérer, ce qui est sans doute une suspension miraculeuse et extatique. [207

Parler ainsi, c'est renverser le système fie pure Foi, qui est celui de tous les bons Mystiques, et sur tout du bien beureux Jean de la Croix. C'est confondre la Contemplation passive qui est libre et méritoire avec des grâces purement gratuites qui n'ont rien de commun, et que les saints nous avertissent qui ne doivent jamais nous occuper volontairement. C'est contre dire tous les auteurs, qui mettent cette contemplation dans un regard libre, amoureux, et méritoire; et par conséquent, dans des actes réels mais simples de ces deux puissances. C'est contredire sainte Tberese même, qui assure (pie dans la septième demeure l'aine n'a plus aucun de ces ravissemensqui suspendent [208 contre l'ordre delà nature les opérations de l'entendement et de la volonté. Ces! contredire tous les grands spirituels qui ont dit que ces suspensions des opérations naturelles, loin d'être an état parfait, sont au contraire un signe que la Vie de nature n'est pas encore assez purifiée, et que de tels *fi gcf62 el'fels cessenl à mesure que l'aine est plus purifiée et plus familiarisée avec Dieu dans l'état de pure foi. C'est confondre la peine qu'auroit une ame pure à faire des actes inquiets et réflecbis pour son interest propre contre l'attrait actuel de la grâce, avec une impuissance absolue de faire des actes par un effort, même naturel. Tue méprise en cette matière peut être dans les uns une

|20S| [l'indication marginale ne figure pas flans la \r- IJ1H

source iné|»iiis;il)le, [209] d'illusion, ou dans les autres un sujet de scandale ires-malfondé.

Article XXX. Vrai

L'état passif dont tous les saints Mystiques ont tant parlé, n'est passif que comme la Contemplation est passive, c'est a dire qu'il exclut, non les actes paisibles et désintéressez, mais seulement l'activité, ou les actes inquiets et empressez pour nôtre interest propre. L'état passif est celui où une ame n'aimant plus Dieu d'un amour mélangé fait d'ordinaire tous ses actes délibérez d'une volonté pleine et efficace, mais tranquille et désintéressée. Tantost elle fait les actes simples et indistincts qu'on 210] nomme Quiétude ou Contemplation, tantost elle fait les actes distincts des vertus convenables à son état. Mais elle fait les uns et les autres d'une manière également passive, c'est à dire paisible et désintéressée. Cet état est habituel, mais il n'est pas entièrement invariable. Car outre que lame en peut déchoir absolument, de plus elle y commet des fautes vénielles. Si elle y commet des faute- vénielles, a plus forte raison elle y est encore libre de rentrer dans les actes qui ont un motif intéressé. A parler en toute rigueur, ces actes intéressez faits de teins en tems ne détruisent pas l'état habituel tle l'amour désintéressé, parce qu'ils ne forment point d'habitude contraire. C'est ainsi que la Vénérable

[209]... mélangé fait tous ses...

[210]. .. vénielles Cet .'lat...

kfere de Chantai a fait, de fcems ed terne de tels aétea par

tendresse de conscience quoique sa grâce reconnue par saint François de Sales la portât au désintéressement habituel de l'amour: Cet état passif ne suppose aucune inspiration extraordinaire. Il ne renferme qu'une paix et une souplesse infinie de lame pour se laisser mouvoir à toutes les impressions de la grâce. Une plume bien seiche et bien légère, comme dit Gassien, est emportée sans résistance parle moindre souffle de vent, et ce [211 1 souffle la pousse en tous sens avec promptitude ; au lieu que si elle étoit mouillée et appesantie, son propre poids la rendrait moins mobile et moins facile à enlever. L'aine dans l'amour intéressé qui est le moins parfait, a encore un reste de crainte intéressée qui la rend moins légère, moins souple et moins mobile, quand le souffle de l'esprit intérieur la pousse. L'eau qui est agitée ne peut être claire ni recevoir l'image des objets voisins : mais une eau tranquille devient comme la glace pure d'un miroir. Elle reçoit sans altération toutes ies images des divers objets, et elle n'en garde aucune. L'ame pure et paisible est de même. Dieu y imprime son image et celle de [Ë41] tous les objets qu'il veut y imprimer. Tout s'imprime, tout s efface. Cette ame n'a aucune forme propre, et elle a également toutes celles que la grâce lui donne. Elle est, dit Richard de saint De Rrndib- Victor, comme un metail fondu par le feu de 1 amour, gpadii 3° Elle prend et elle quitte toutes les formes qu'il plait a l'ouvrier. Elle coule de tous costez au gré de celui qui

[212). .. lui donne. Il ne lui r. ste rien, et tout s'pfface cbnjme dans l'eau dès que Diea veut taire .

l'a fondue. L'homme de ce degré peut dire : Je suis fait tout a tous. Il veut être auatheme pour ses frères. Il ne reste rien a cette aine, et tout s'efface en elle comme dans l'eau des que Dieu veut y faire des impressions nouvelles. 11 n'y a que le pur amour qui donne cette paix et cette docilité parfaite.

Cet état passif n'est point une contemplation toujours actuelle. La Contemplation qui ne dure que des tems bornez fait seulement partie de cet état habituel. L'amour désintéressé ne doit pas être moins désintéressé, ni par conséquent moins paisible daus les actes distincts des vertus que dans les actes indistincts de la pure Contemplation. [213]

Parler ainsi, c'est lever toute équivoque, et admettre un état qui n'est que l'exercice du pur amour si autorisé par toute la Tradition.

Page 1