XXXI. ï i
La raison est une fausse lu 21!> miere. Il faut agir sans la consulter, fouler aux pieds les bienséances, suivre -mis hésitation tous ses premiers mouvemeos et les supposer divins. 11 faut retrancher non seulement les réflexions inquiètes, mais encore toutes les reflexions; non seulement les prévoyances empressées et éloignées, mais encore toutes les prévoyances. 6e n'est pas assez de n'être point sage en soi même : Il faut s'abandonner jusqu'à ne veiller plus -ur soi d'une vigilance simple et paisible, et jusqu'à ne laisser point tomber les mouvemeiis précipitez de la nature pour ne recevoir que ceux de la grâce.
Parler ainsi, c'est croire que la raison qui est le premier des dons de Dieu dans l'ordre de [220 la nature est un mal. et par conséquent renouveller l'erreur folle et impie des Manichéens. C'est vouloir changer la perfection en un Fanatisme continuel. C'est vouloir qu'on tente Dieu dans tous les inomens de la vie.
Article XXXI I. Vrai
Il y a daus l'état passif une liberté des enfans dp Dieu qui n'a aucun rapport au libertinage effréné des enfuie
du siècle ni au relaschement des aines tiedes. Ces aines Bimplea ne sont plus gênées par les scrupules des aines qui craignent et qui espèrent pour leur interest propre. L'amour pur leur donne une familiarité respectueuse avec Dieu, comme une épouse en a avec son époux. [221] Elles ont une paix et une joye pleine d'innocence. Elles prennent avec simplicité et sans hésitation les soulagemens d'esprit et de corps qui leur sont véritablement nécessaires, comme elles les conseilleroient à leur prochain, mais elles ne le font que par obéissance a leurs supérieurs légitimes. Elles parlent d'elles mêmes sans en juger positivement mais par pure obéissance et pour le vrai besoin suivant que les choses leur paroissent dans le moment même. Elles en parlent alors simplement en bien ou en mal comme elles parleroient d'autruy, sans aucun attachement ni à ce qui leur paroît, ni à la bonne opinion que leurs paroles les plus simples et les plus modestes pourroient donner d'elles, et reconnoissant toujours avec une humble joye [222] que s'il y a quelque bien en elles, il ne vient que de Dieu.
Parler ainsi, c'est rapporter les expériences des Saints sans blesser la règle des mœurs evangeliques.