IV
4 II l'anuoace ù Chanterac dans sa lettre du 18 septembre. Corresp. \ III, 43.
d'un enfant soumis et docile sa?is mesure » (1). « Si le Pape veut » — mais voudra-t-il ? Fénelon n'ose l'affirmer. La Déclaralion a brisé sa confiance. Il ne peut plus croire au succès, ni même à la possibilité d'une édition nouvelle, sous la forme à laquelle il avait pensé d'abord. L'histoire du projet entre ainsi dans une troisième phase, où Fénelon, malgré quelques retours, abandonne décidément son idée primitive.
Le 27 novembre 1G07, en adressant à Chanterac sa réponse à la déclaration, il imagine un expédient nouveau « Pour mon livre, si on vouloit le laisser réimprimer avec des notes courtes et précises que tes théologiens du Pape règleroient eux-mêmes, et qu'on mettroit à la marge dans cette édition et que f'msérerois dans le texte même, en d'autres éditions suivantes, après la fin de notre guerre, toutes choses finiroient bien vite par là. Dès que cette édition seroit faite, la critique du livre tomberait peu à peu en langueur... Cet expédient contenterait le roi, et débarrasserait
Rome. M . de Meaux gronderoit un peu ici Mais
il ne faut proposer cet expédient qu'au besoin et à propos. On pourroit même le faire jeter au hasard par quelque auteur sans aveu. Ce qui me conviendrait plus, seroit de faire réimprimer le livre à Rome, avec
1 Corresp. VIII, 52, 53. Lettre du 2r> septembre.
mes Réponses à la « Déclaration des Prélats, » qu'n?i mettrait à la fin, en forme desimpies explications ; et sans nommer les évêques qui ont fait fa critique, o?i pourvoit ij joindre ma Lettre pastorale et ma Lettre au Pape. Raisonnez un peu, mais en grand secret avec les bonnes têtes... » (1). Bientôt ce nouveau projet lui paraît « l'unique accommodement qu'il pourvoit souffrir, h moins que le Pape, dit-il, m'écrivit un bref, où, déclarant que mon livre ne contient aucune erreur, et est dans un esprit de piété très opposé aux égarements du Quiétisme , il m'exhortât néanmoins à retoucher, dans une nouvelle édition, certains endroits qu'il me marquerait » (2). En vainChanteracconseille-t-il une édition corrigée, où l'on pourroit conserver le texte du livre. en ajoutant à peine une vingtaine de mots (3). Fénelon n'admet plus que des notes marginales. Il envoie à Chanterac la traduction latine de son livre, imprimée, avec les notes marginales, qui sont une courte apologie du, texte, et une réponse précise à toutes les objections par le texte même (4). Cette traduction, ainsi commentée, pourra servir de base à une Edition nouvelle. Mais, dit-il, « tout changement au texte me flé-
1 VIII, 394. « Ce qui conviendrait plus » à Fénelon offre quelque ressemblance avec l'édition des Maximes qu'imprimait Wetstein à cette mérae époque, contenant la Déclaration des Trois Prélats et la Lettre au Pape.
(2) Corresp. VIII, 236. Fénelon à Chanterac, 8 déc. 1697.
3 Corresp. VIII, 246 Chanterac ;'i Lan^eron, 10 déc. 1697.
^ Corresp VIII, 302. Fcnelon ii Chanterac, 81 déc. 1697.
I l'iroit après ce qui s'est passé... Bans la suitte je ferois une autre édition plus ample où je mettrois de mon pur mouvement dans le corps du texte tout ce qu'il y a de plus prècautionnè dans les notes marginales » (1). Il n'ôtera que le mot involontaire, qu'il a désavoué dès le commencement (2).
L'abbé Bossuet, ayant prévu le « coup » (3), se mit en mesure de l'empêcher. Mais Fénelon, encouragé d'ailleurs par ses amis de Rome (4), persiste dans son dessein : « sans altérer le terte,\\ est prêta ajouter aux ?iotes... avec une soumission sans réserve, si le Pape le juge absolument nécessaire » (5). Et il persuade si bien Chanterac. que celui-ci repousse l'idée d'une édition corrigée, que lui suggère un cardinal (6).
Après la « Relation sur le Quiétisme » (fin juin 1698), Fénelon se fait plus accommodant (7) : l'édition corrigée, à laquelle il ne pouvait plus se résoudre, lui semble soudain le meilleur parti qu'il puisse prendre ; tout le scandaleux éclat de la querelle n'est-il pas dû au refus que les Prélats ont fait de l'édition nouvelle qu'il pro-
(i) Lettre inédite de Fénelon à Chanterac du 14 janvier 169S, publiée par A, Delplanque, p. 50; même idée, même expression dans une lettro du 18 mars 1(398. Corresp. VIII, 506.
(2) Corresp. VIII, 357. Fénelon à Chanterac, 27 janvier 1698.
(3) Bossuet. XXIX, 353. Lettre du 18 mars 1698.
(4) Corresp. IX, 6. Fénelon à Chanterac, 16 avril 169^.
(5) Corresp. IX, 109. Fénelon à Chanterac, 23 mai 1098. uS) Cor. IX. 120. Chanterac à Fénelon, 24 mai 1698.
(7) Mémoire joint à la lettr ■■ de Fénelon à Chanterac, du 21 août 1698. Corresp. IX, 359 et sq.
jetait 1 Et puis ses défenses, ses éclaircissements, tout cela n'est-il pas une garantie de sa foi ? Les « outrages » que l'on prodigue à sa personne doivent-ils détourner l'attention des questions de dogme qui sont engagées ' Il semble aussi que désormais il redoute une censure, car il ajoute avec une impatience qui trahit l'inquiétude : « On tournera les choses comme on voudra... ce gui est certain, c'est f/ue des explications opèrent la thème sûreté poUf le dogme, et la même paix pour VEglise, que les censures les plus rigoureuses. Si on ne veut que la pleine sûreté du, dogme et la pair profonde de VËglise, il n'y a qu'à réglera Rome l 'édition nouvelle du livre. » Si ses adversaires repoussaient encore l'idée d'une nouvelle édition revue et retouchée, ce ne pourrait être que par un point d'honneur et une passion manifeste. Et lui qui, le 23 mai précédent, avait jugé capital de ne rien accorder pour contenter irties, qui craignait tant d'être flétri si le texte primitif était altéré, acceptai' d'avance le contentement de ses ennemis triomphant sur ses corrections : « ils pourront dire, tant qu'il leur plaira, que ce n'est plus le ■■ livre... S' est-ce pas leur donner beaucoup pour la paix V » Dans son édition nouvelle, il parlera aussi précisément que le Saint-Siège le souhaitera : un livre ainsi fait n'aura-t-il pas toute la force îles censures mêmes contre l'erreur ?
Est-ce en le sachant ainsi abattu, et prêt à la docilité, que ses adversaires voulurent tirer alors de lui une con-
damnation formelle de Mme Guyon ? Toujours est-il qu'en septembre 1698, un certain Clément lui écrit pour un accommodement de la part de l'évêque de Chartres. On demande simplement à Fénelon de « déclarer dans une lettre au Pape, qu'on mettrait à la tête du livre, qu'il condamne sans restriction ni de droit ni de fait les livres de cette personne » (1). Fénelon refuse : ce serait un formulaire. Il se ressaisit, revient au projet d'une édition avec notes, suivie d'autres éditions, corrigées celles-là (2). Chanterac croit au succès d'une édition corrigée (3). Mais Fénelon ne veut plus en entendre parler ; examinant les différents partis que Rome peut prendre à son égard dans une lettre du 14 novemhre 1698 (4), il écarte celui qui consisterait à régler une nouvelle édition... avec des additions dans le corps du texte ; il repousse l'idée d'une édition corrigée accompagnée d'une censure des livres de M"1- Guyon ; et il admet seulement une nouvelle édition du livre avec des notes marginales. Plus tard, on pourra les faire entrer dans le texte a avec des crochets ou des lettres italiques, pourvu que la première édition demeurai telle que Va?icien texte. »
Regrette-t-il maintenant, à mesure que le jugement approche, et qu'il peut le pressentir défavorable, de
(1) Fénelon à M. Clément, septembre 1698. Corresp. IX, 414 et sq.
(2) Fénelon à Chanterac, 25 oct. 1698. Corresp. IX, 528,
(3) Chanterac à Fénelon, 1er nov. 1698. Corresp. X, 4.
(4 Fénelon à Chanterac, 14 nov. 1698. Corresp. X, 43 sq.
n'avoir point fait dans les commencemens une seconde édition... avec des changements ? Nullement, déclaret-il ; car la principale raison qui l'en a empêché fut le respect du Saint-Siège, dont il attendait la décision. Et il ajoute : « Déplus, en changeant le texte de mon livre, j'aurois abandonné indirectement la première Edition ii M. de Meaux, qui déclaroit hautement que la seconde édition, loin de l'arrêter, lui servirait de titre pour rne faire condamner sur la première, ou me réduire à la rétracter formellement -> (1 . Il a donc abandonné définitivement son projet d'une édition corrigée. T'ne fois encore avant la conclusion de l'affaire, il préconise les notes marginales (2). Le 13 mars 1699, alors qu'il est trop tard pour proposer une solution au Saint-Siège, il suggère, comme mezzo termine, une Bulle qu'il pourrait mettre en tête de sa seconde édition. Ce serait là un parti « plus honnête pour lui que les moindres changements dans le leste, et même que des notes marginales » '■'< .
On sait le reste, le Bref de condamnation, et la soumission éclatante. Dès lors, il ne semble pas que Fénelon ait jamais pensé à réhabiliter son livre. Le 9 octobre 1699.il écrivait : o Je ne souhaite rien tantquede ne voir
1 Fénelon à Chanterac, 21 nov. i r>98 . I orresp. X, 71. (2 Dans la Lettre h Chanterac du 9 janvier 1699. Corresp. X, t3) Lettre à Chanterac l'orresp. X, 405.
nul écrit se répandre dans le monde pour mon affaire. Elle est finie : je ne veux jamais la renouveler » (l).Du moins il n*a pas voulu la renouveler sous la même forme. Il considérait sans doute cette seconde édition, qu'il avait préparée, comme « l'avorton de son esprit » et non comme « le fruit de fonction du cœur». C'est le jugement que, d'après son biographe Ramsay, il portait, vers 1710, sur 1' « Explication des maximes des Saints ». Ainsi ses doctrines elles-mêmes, opposées au « raisonnement qui dessèche ». à la « science orgueilleuse des docteurs » devaient accroître sa soumission au jugement de Rome, et son abandon du livre condamné. Cependant il conserva l'édition préparée, qui lui représentait ses espoirs de conciliation perdus, ses chances de salut inutilisées, et qu'il n'avait pas sacrifiée sans regrets dans les nécessités du combat.
2e Histoire des corrections
Telle est donc l'histoire extérieure, en quelque sorte, du projet d'édition nouvelle. Il n'est pas moins important d'en connaître l'histoire intérieure, d'attribuer des dates, ou d'assigner des étapes successives aux corrections, à certains groupes de corrections. Cette tâche n'est pas, en réalité, aussi malaisée qu'elle peut le pa-
(1) Lettre à M'" Corresp. XI, 17.
raitre d'abord. La copie manuscrite, comme nous l'avons remarqué dans la Bibliographie, la facilite beaucoup. Cependant elle ne suffit pas. car elle ne fournit absolument aucune précision de date; et ses différences, lé- 3 il est vrai, mais réelles, d'avec le texte définitif nous empêchent d'établir clairement sa filiation. En revanche elle peut être précieuse pour vérifier des hypothèses venues d ailleurs. Elle est on excellent moyen de contrôle.
C'est de la Lettre Pastorale de l'Evêque de Chartres (t ) que je tire ces « hypothèses». Voici comment elle carinlérise l'attitude, — ou les variations de Fénelondans la première partie de la querelle :
« fl me /// ia de lui mettre mes remarques par écrit. Je le fi* ; et c'est ce qui donna lieu à sa première explication... C'est là qu'il convient sans peine que le motif intéressé et d'intérêt propre, est dans son livre ■il motif de l'espérance chrétienne. A cela je répliquai, et lui fis voir que cet aveu emportait la condamnation de son système. Il prétendit alors n'avoir entendu par le motif intéressé de V espérance que la cupidilé soumise dont parle saint Bernard, .mais lui ayant démontré que ce Père n avait point exclu cette litè réglée de l'état de la liant? perfection, c'est enfin l'affection mercenaire pour la béatitude venant île l'amour naturel de nous-mêmes, qu'il a donnée
\ Œu . < de Fénelon \ n. 11-. Lu Lettre pastorale île l'évoque de Chartres est du lu juin 1698.
pour la clef et le dénouement de son livre, comme s'il ri avoit jamais pensé à exclure autre chose de l'étal, des parfaits. »
Ce texte est précis et formel : par trois fois l'évèque de Chartres a envoyé à Fénelon des remarques sur la doctrine des « Maximes » ; et il a provoqué ainsi trois réponses de Fénelon qui, à chaque fois, modifiait ou présentait différemment sa doctrine.
Nous ne possédons pas le premier écrit de Godet-Desmarais ; mais la « Première Réponse » de Fénelon « aux difficultés de l'évèque de Chartres figure dans les Œuvres complètes (IV, 119). La réplique et la seconde réponse sont malheureusement perdues. Du moins, je n'ai pu les retrouver, malgré toutes mes recherches. Gosselin ne semble pas les avoir connues, ou plutôt il les a confondues avec les premiers écrits. Enfin nous avons la « Réponse aux observations de l'évèque de Chartres », contenant à la fois les objections et les réfutations.
La première Réponse est de la fin d'avril 1 097. La troisième est du mois d'août de la même année. On peut assigner à la seconde comme date approximative, le mois de juin : car c'est alors que Fénelon publia « vingt questions proposées à M. de Meaux » où saint Bernard est interprété comme il l'était, selon Godet-Desmarais, dans la seconde Réponse. En outre, Bossuet parle dans son « Premier écrit sur les maximes des saints », publié le lii juillet 1G97, du grand dénouement de la cupidité
soumise, — c'est-à-dire de la seconde réponse, comme d'un écrit qui n'est plus récent (1). Ainsi donc :
1° A la première réponse vont correspondre les corrections établissant que les actes d'espérance n'en sont pas moins de vraie espérance avec leur motif spéci/î'/ice, pour être commandés par la charité... Ils ont... leur objet formel, (jro < est le « bonum mihi » : c'est un vrai motif... cet intérêt suprême est la fin et la raisou véritable de vouloir ce qu'on veut (2). Ces corrections se trouvent dans Y Avertissement, p. 21, et dans te livre, p. 10, 15, 27, 39. 40, 46, é>3 (3).
On pourrait peut-être reporter à l'époque de cette première Réponse les corrections, peu nombreuses, que Fénelon a faites quand il a rencontré dans son premier texte le mot de « motif », car les premières « difficultés » de l'évèque de Chartres l'avaient amené à en préciser le sens, en le définissant la fin dernière, ou au moins la principale qui fait agir (4). Mais il ne s'est jamais, en définitive, décidé sur le sens véritable de ce mot, l'entendant tantôt comme le but extérieur, tantôt comme la cause intérieure qui fait agir.
Enfin les d'ordinaire répandus partout dans le texte définitif sont bien contemporains de la première Ré-
1 BoBsoet, Œuv. C. XXVIII, 392.
2) 1" Rép. aux diff. de l'Ev. de Gh., IX. 126. (3 Cette doctrine est celle de l'Eclaircissement, où l'objet formel de l'amour d'espérance est Dieu en tant qu'il est mon bien que je désire : bonum mihi conveniens, voir Append. I. i 1" Rép., IV, 131.
ponse, où Fénelon écrit : « Je n'ai donc prétendu... qu'établir un état habituel et non invariable, pour un très petit nombre d'âmes parfaites, en qui les actes, tant de l 'espérance que des autres vertus, se font d'ordinaire, étant commandés et perfectionnés par la charité, quoique ces âmes en fassent quelquefois qui ne sont pas commandés »(1). En écrivant au pape, déjà, Fénelon avait — comme Bossuet le relève — prétendu substituer ou sous entendre partout un interdum, ou un d'ordinaire, qui ne se trouve nulle part dans tout le livre... (sauf à la page 235). Et Bossuet ajoute : <c M. de Chartres a démontré, par un ample écrit, que ce d'ordinaire ètoit étranger au livre, et n'y pouvoit convenir. » Il est donc vraisemblable que cette addition est antérieure à la réplique de Godet-Desmarais. Du reste, l'examen de la copie manuscrite confirme cette présomption.
2° Voici comment, dans les « vingt questions proposées à M. de Meaux (2) », Fénelon définit la cupidité soumise, d'après saint Bernard : « N'est-il pas vrai qu'on n'a jamais eu d'autre idée de l'intérêt propre, que celle d'une cupidité ou amour particulier de nousmêmes, par lequel nous nous désiroyis le bien autant qu'à notre prochain, en sorte que cet amour ne vient point du pur zèle pour la gloire de Dieu, mais qu'il est tout au plus soumis à l'ordre? C'est ce que saint
(\) lr»Rép., IV, 131.
(2i IV, p. 135. Question n° III.
Bernard nomme cupidité soumise ; « cupiditas quse a rveniente charitateordinalur ». la cupidité soum ise peut regarder la béatitude comme un état de l'homme on elb- seroit pleinement contente (1). Cette solution parait avoir séduit l'esprit de Féuelon, car il la préconise plusieurs fois encore dans ses <> Vingt questions».
Surtout il s'efforça d'en tirer parti pour la seconde édition qu'il projetait. Il multiplia les développements j les allusions ; la liste en est assez longue; et soment. c'est d'une addition considérable qu'il s'agit : voici cette liste : i». 3, p. 0, p. 10, p. 14, p 17. p. 11, p. ll\. p î() (où, s attachant à son nouveau principe, il contredit la doctrine de la première réponse sur l'espérance intéressée . p. 44, p. 4G, [). 49, p. 84, p. B®, p. 7.'}. p. 7-s. P 87, p. 134. p. 224, p. 241. p. 264. p. 2G8. — Et toujours, dans la copie manuscrite, ces additions sont soulignées, c'est-à-dire, comme nous lavons remarqué, plus récentes qae les additions simplement incorporées au texte.
3° Les « Observations » de l'évèque de Chartres, et sans doute aussi le «. Premier Ecrit >< de Bossuet, si menaçant 1 pour l'interprétation que Fénelon prétendaii
1 Ibld. Question n° IV. IL est encore parlé de cette « cupidité woumise » aux numéros XV. XVI, XVII, XVIII, XIX.
-' N'otammentp 394 et sq. Œuv. C WVIII. « Non- sommes dis-je, à lui fu>r- voir, <(>"' son Explication neconvient pas à saint Bernard qu'il alUgue seul, et qu'elle lui est contraire ; qu'elle ne convient non plus à aucun Père, à aucun
donner de saint Bernard, provoquèrent une troisième variation dans l'esprit de l'auteur des « Maximes ». « La cupidité soumise, suivant saint Bernard, dit-il dans sa Réponse aux « Observations », est le principe qui fait les mercenaires ; c'est pourquoi je l'ai regardée comme un amour naturel de nous-mêmes qui fait l'intérêt propre. » L'amour naturel, voilà le « nouveau dénouement » (1) qu'il exposera mieux encore dans son Instruction Pastorale du 15 septembre, et dont Godet Desmarais s'attachera à prouver l'incohérence (2). On ne trouve dans le texte définitif aucune addition ou correction qui corresponde à cette troisième attitude (3). Il est donc vraisemblable qu'environ depuis juillet 1G97, Fénelon n'a pas modifié son livre. Las sans doute de voir réfuter chaque solution nouvelle qu'il imaginait, mais
théologien, à aucun mystique ; qu'elle est pleine d'erreurs ; et que, loin de purger celles du Hure, elle y en ajoute d'autres ; enfin que le système, très mauvais en soi, l'est encore plus avec l'explication. »
(i) L'expression est de Noailles. Réponse de M. de Paris aux quatre lettres de M de Cambrai. Œuvr. G. de F. V, 395.
(2) Dans sa Lettre pastorale, Œuvr. C. de Fénelon, VIII, 139, en particulier.» Cet amour (surnaturel) d'espérance est nomme tel, parce que le principe intérieur de l'amour naturel de nous-mêmes pour la béatitude y est encore dominant, ce qui est absurde. «
(3) La solution de V'amour naturel est préconisée dans les notes de l'Edition latine, de déc. 1697 (voir à l'appendice II). Dans ces notes Fenelon semble s'être inspiré assez peu de sa seconde édition française. On ne peut guère établir de rapprochement que pour les notes des pp 11, 15, 20, 23, 26, 26, 33, 38, 60 et suiv., 84, 111, correspondant aux pp. 1, J, 17, 22, 26, 27, 40, 50, 87, 122, 171, de l'Edition française.
pleinement convaincu de la vérité de sa doctrine, il a attendu ([lie Rome lui indiquât ou lui suggérât la conciliation définitive entre sa pensée et les formules de l'orthodoxie.
Ajoutons que Fénelon consulta ses amis. Le duc de Clievreuse lui présenta quelques remarques, lui suggéra quelques corrections (1). D'autres, qu'il admit également, nous sont restées, — mais je n'ai pu identifier leur auteur.