‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 12 sur 95 · A LA MESSE DE L'AURORE · texte numérisé non relu

A LA MESSE DE L'AURORE

Naissance spirituelle de Jésus-Christ dans nos

cœurs.

Introït. Is. 9. Ps. 84.

Ce seroit peu que la lumière divine ait brillé dans l'incarnation , si l'œil de l'homme ne s'y étoit rendu attentif; aussi pour début de cette messe où nous méditerons la naissance de Dieu dans nos âmes, l'Eglise chante ces paroles d'Isaïc : Le peuple qui marche dans les ténèbres de l'ignorance et du péché a vuuno grande lumière : le jour s'est levé sur ceux qui habitoient dans la région de l'ombre de la mort, et le peuple n'a été ni indifférent ni insensible à cet éclat nouveau qui ne brilloit que pour lui. Chrétiens , ne fermons pas les yeux à cette belle et douce clarté; que la lumière symbolique qui paroit de nouveau sur l'autel excite notre joie intérieure , notre désir d'entrer dans l'esprit du mystère ; disons avec reconnoissance le cantique de David : Seigneur > vous avez béni notre terre, nous le sentons , vous avez délivré Jacob de captivité. Nous ne voulons pas être comme ces ténèbres qui n'ont rien compris au lever du soleil de justice et de bénédiction, et loin de nous irriter comme Israël contre ses libérateurs, nous saldonsavec empressement le Dieu sauveur qui vient au monde, ce Dieu qui a passé de la crèche sur la croix, de la croix sur l'autel , de l'autel jusque dans nos cœurs.

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Collecte.

Non conlens d'ouvrir les yeux à la nouvelle lumière qui brille aujourd'hui sur nous et pour nous , il faut demander à Dieu, que la foi au mystère du Verbe incarne , qui éclaire nos esprits, éclate dans nos œuvres : c'est-à-dire, que nous ne devons pas simplement croire qu'un Dieu est venu pour nous sauver, mais encore mériter qu'une conduite digne de cette foi nous sauve efficacement ; que nous ne devons pas seulement connoître le chemin du ciel tracé par la lumière de l'incarnation, mais encore marchera cette lumière dans le chemin de la vie et du bonheur. C'est la grâce que nous demandons ici, et qui fera naître spirituellement Jésus-Christ dans nos cœurs et dans nos œuvres.

On fait ensuite mémoire de sainte Anastasie, vierge et martyre, dont le nom célèbre est inséré au canon de la messe; de même à la secrète et à la postcommunion.

Epitre. TU. 3.

Dans ce passage de l'Epître de saint Paul à ïite, son disciple bien-aimé, l'Eglise nous donne à entendre, que ce n'est que par la grâce que nous pouvons aller à Dieu, que s'il faut ajouter le travail du salut à la grâce de la venue du Sauveur, cette coopération * aux fruits de sa naissance est encore l'effet d'une miséricorde nouvelle qui a brillé, qui attire, etqui conduit là où elle nous appelle. Depuis que Dieu notre Sauveur , dit l'apôtre, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous avons faites, non à cause de nos efforts , mais par sa pure miséricorde, qui est le principe vivifiant de toute coopération. Et quels moyens cette miséricorde imite gratuite a-t-elle employés? Ecoutons, et voyons l'œuvre de Dieu jusque dans sa fin. t° Il nous a fait renaître par le baptême : 2° il nous a renouvelés par l'abondance de son esprit : 3° en conséquence de cette adoption, il nous a rendus héritiers de la vie éternelle, mais toujours par la vertu et l'espérance que nous donnent les mé-

rites du Sauveur. Quel sujet de recomioissauce pour ce grand bienfait de l'incarnation appliqué spirituellement à nos âmes, et qu'il est juste, dans le graduel qui va suivre cette lecture , de l'exprimer avec les plus vifs transports !

Graduel. Ps. 117.

Béni soit donc celui qui vient au nom du Seigneur: c*esl le Seigneur Dieu , et il a fait luire sur nous et pour nous sa lumière. Que serviroit qu'elle eût éclaté au monde dans sa naissance, si elle n'a voit pénétré nos âmes de sa vive et consolante clarté ? Oui , vous êtes mon Dieu dans ce mystère adorable, et je vous louerai: vous êtes mon Dieu sur cet autel et dans mon cœwYyje vous glorifierai en vous faisant naître en moi par une conduite digne d'un enfant de Dieu. Ce ne sera pas en vainque vous m'aurez donné aujourd'hui le pouvoir de devenir enfant du Seigneur, en vous faisant vous-même enfant des hommes, je vous glorifierai par ma fidélité à votre grâce d'adoption, et vous serez mon Dieu en me donnant pour prix l'héritage de la vie éternelle.

Alléluia. Is. 49*

Cieux, chantez le cantique de la gloire de Dieu et de la paix des hommes; terre, sois dans V allégresse en écoutant ce ravissant concert ; car le Seigneur a consolé son peuple par sa venue en ce monde, et il aura, pitié de ses pauvres enfans en les rendant participais des fruits de sa naissance. Il aura pitié de ses pauvres créatures, puisqu'il appelle à son berceau de pauvres bergers : il est le Dieu particulièrement des petits et des humbles, le Dieu de toutes les misères, pourvu que fidèles à sa grâce nous allions jusqu'à lui, comme l'apôtre nous l'a fait entendre, et comme l'évangile va nous y inviter plus fortement encore.

Evangile. Luc, 2.

Dieu a franchi un intervalle immense et infini pour venir jusqu'à l'homme, pour arriver jusqu'à son cœur; mais l'homme doit faire au moins quelques

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pas pour aller à Dieu, pour répondre aux prévenances du céleste amour, pour lui porter ce cœur dont le Seigneur est doublement le maître. Voilà toute l'étendue du mystère de l'incarnation, et voilà ce que nous invite à faire la conduite des bergers, qui se disoient les uns aux autres : Passons jusqu'à Bethléem. Excitons donc nos âmes, venons en grande hâte au berceau du Seigneur , nous le trouverons certainement, et nous nous en retournerons louant et glorifiant Dieu , conservant dans nos cœurs , comme. Marie, la grâce que nous aurons trouvée. Allons au sacrifice de la messe avec le même empressement, nous y verrons le Dieu de la crèche, nous le reconnût trons à son amour et à sa miséricorde, il viendra dans notre cœur , et nous nous retirerons dans les transports de l'action de grâces, inondés de toute la plénitude de Dieu.

Offertoire. Luc, i.

En conséquence, et à ce moment où l'oblation va commencer, passons à Bethléem, à cette maison du pain de vie descendu du ciel, et voyons ce qui est arrivé il y a dix-huit siècles , ce qui arrive encore tous les jours par reucharistJ*o qui renouvelle mystérieusement la naissance du Dieu fait homme. Mais prenons s;arde, ce que Dieu nous a montré ne doit pas être un spectacle de vaine admiration, ce doit être un signe de sanctification parfaite j si Dieu en effet se montre, c'est pour nous attirer à lui; s'il paroît sur l'autel c'est pour venir dans nos cœurs; si nous allons à la maison du pain céleste dans le sacrifice, c'est pour que le pain de vie descende dans nos âmes par la communion. Alléluia.

Secrète.

Que cette offrande du corps et du sang de Jésus- Christ produise en nous, Seigneur, les effets' propres au mystère de ce jour, que l'Eglise vient de nous détailler dans l'antienne de l'offertoire : afin que comme Jésus- Christ fait homme s' est montré dans V éclat de la divinité qui lui é toi t inséparablement unie, la sue-

(n JÔ UrXl.MttRF.. l.E BAI31I JOUR DE NOËL.

s tance terrestre du pain et du vin* changée par la vertu de la consécration, nous communique la partie cipatîon intime à la substance de notre Dieu, et qu'il y ail le plus heureux échange entre ce qu'il prend de nous et ce que nous recevons de lui.

Communion. Luc, 2.

Nous trouvons à l'autel ce que les bergers ont trouvé dans Fétable : ils virent un enfant enveloppé de langes et couché dans une croche, nous voyons ce même Dieu enveloppé des voiles eucharistiques et étendu sur la pierre du sacrifice. Us n'ont pu que le voir et l'adorer , notre bonheur est plus grand puisque nous le recevons dans le fond de nos cœurs. Jls ont quitté Vètahle en glorifiant et en louant Dieu j plus favorisés que les bergers, ne nous éloignons pas du sanctuaire sans avoir témoigné notre reconnoissance, et retournons à nos devoirs ordinaires résolus de glorifier le Seigneur par une conduite vraiment chrétienne. Alléluia,

Postcommunion.

Accordez, â Dieu tout puissant , que le Sauveur manifesté aux bergers par la nouvelle lumière des deux, et qui s'est levé aujourd'hui comme le soleil de justice pour le salut du monde, se lève toujours sur nos cœurs pour les renouveler et les faire revivre ; c'est la grâce que nous sollicitons en particulier à cette messe, où nous célébrons la venue du Seigneur dans le cœur des hommes. Mais célébrer dignement, n'est pas se borner à une simple mémoire, à une joie superficielle et passagère : c'est réaliser l'effet d'une solennité, et en recueillir le fruit spécial. Or, Dieu n'a envoyé son Fils au monde que pour nous faire vivre par lui. Jésus-Christ ne vient, sur la terre, et ne descend dans nos cœurs par la communion, que pour nous faire vivre de lui et en lui; demandons donc et conservons la grâce d'une vie toute divine, ce sera la meilleure action de grâces après avoir reçu un Dieu en nourriture.

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