‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 13 sur 95 · A LA MESSE DU JOUR · texte numérisé non relu

A LA MESSE DU JOUR

Naissance éternelle du Verbe dans le sein de Dieu.

Introït, h 9. Ps. 97.

Quoique l'Eglise s'occupe spécialement à cette messe de la génération éternelle du Fils de Dieu dont elle nous découvre l'ineffable secret dans l'évangile, cependant elle aime à réunir les deux extrêmes de l'incarnation, et à nous montrer comme saint Jean tout ensemble le Verbe incréé dans le sein de l'éternité, et le Verbe fait chair dans la plénitude des temps. L'évangéliste lixc son point de départ au plus haut des deux, de là il descend jusque sur la terre où le Verbe habite parmi nous 5 le prophète au contraire part de l'humble crèche pour s'élever jusqu'au trône de l'Eternel, et l'Eglise, empruntant à Isaïeses accens admirables, chante pour début de la messe : Un petit enfant nous est né, et un fils nous a été donné; tout foible et tout petit qu'il est, il porte sur son épaule la marque de son empire, à la mode des anciens princes qui portoient ainsi le sceptre et les insignes de leur dignité. On l'appelle aujourd'hui le petit enfant qui nous est donné, mais bientôt il sera appelé admirable dans ses œuvres, conseiller plein de la sagesse et de la science d'en haut , Dieu véritable, fort contre nos ennemis, père du siècle futur, c'est-à-dire, de cette vie éternelle à laquelle il nous fait naître, comme Adam nous avoit engendrés au siècle de la vie présente; prince de la paix entre le ciel et la terre, maître d'en régler les conditions, et médiateur puissant qui en assure le traité. Chantez donc au Sciyncur un cantique nouveau, vous tous pour qui vient de naître ce petitenfant fondateur d'un nouvel et éternel empire , parce qu'il a opéré des merveilles en nous donnantson Fils pour devenir notre frère. Et répétant les paroles d'isaïe au moment où le sacrifice commence, chantons un cantique toujours nouveau, parce que Dieu renouvelle toujours les mêmes mer.-?

f>4 2^> DÉCEMBRE. LE S A4 HT JOUR DE NOËL.

veilles sur son autel, parce que le fils du Seigneui

nous y est sans cesse donné, parce qu'il y paroi t aussi à nos âmes avec les indices de sa puissance, se montrant dans le cœur des fidèles Dieu admirable, conseil et force, gage de paix, principe de bonheur éternel.

Collecte.

Accordez, Dieu tout-puissant, que la nouvelle naissance de votre Fils unique revêtu, de notre chair, nous affranchisse de la longue servitude où nous retenait le poché. Votre Fils , ô Père adorable , engendré dans votre sein de toute éternité , étoit la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ; mais les hommes devenus ténèbres par le péché ne l'ont pas comprise; aujourd'hui que par une nouvelle naissance il tempère à l'ombre de notre nature cette lumière divine qui avoit ébloui nos yeux foibles et malades , faites que cette clarté céleste , ainsi proportionnée dans votre miséricorde , pénètre l'ombre de la mort où nous étions assis , la prison ténébreuse où nous étions plongés, et nous rappelle au beau jour du ciel et à la liberté précieuse de vos enfans : c'est la grâce ({ne nous vous demandons par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

Epi t re. Hàbr. t.

Saint Paul, dans ce début admirable de son Epître aux Hébreux qui peut entrer en parallèle avec le début sublime de saint Jean dans son évangile que nous allons lire, nous révèle à sa manière les grandeurs du Verbe incarné. i° Il élève Jésus-Christ au-dessus de tous les prophètes par qui Dieu a parlé en divers temps et en mille façons différentes, car ces prophètes n?étoient que des hommes inspirés de Dieu, que des serviteurs qu'il employoit à porter ses ordres, tandis que Jésus-Christ, par qui il a parle en dernier lieu au monde,, est son Fils, héritier de tous les biens de Dieu, créateur des siècles. 2° Il élève Jésus-Christ au-dessus de Moïse et d'Aaron : car Moïse , malgré ses communications fréquentes avec le Seigneur , malgré l'éclat de quelques rayons qui couronnoient

20 DECEMBRE. LE SAINT JOUtt DE NOËL. 65

sa tèie, cul mille peines à gouverner son peuple, tandis que Jésus- Christ , splendeur de la gloire du Père, cachet et impression de la substance divine, soutient tout par un simple signe de sa volonté puissante. Et le sacerdoce d'Aaron, dont le pouvoir, dans la plénitude de son exercice, se bornoit à offrir le sang des animaux , et à porter une fois Tan ce sang grossier dans un tabernacle matériel , peut-il être comparé au sacerdoce de Jésus-Christ purifiant par lui-même tous les péchés du monde , portant son sang divin jusque dans le ciel, où, médiateur égal à son Père, il jouit avec lui de la gloire et de la souveraine majesté? 3° L'apôtre élève enfin Jésus-Christ au-dessus des anges les plus parfaits, au-dessus de ces intelligences célestes qui avoient présidé à l'établissement de l'ancienne alliance, et il le prouve par plusieurs citations de l'Ecriture, d'où il résulte, que les anges ne sont que les serviteurs de Dieu, et qu'il en estle Fils; des adorateurs excellens , mais lui la majesté même que l'on adore 5 des ministres fidèles , mais lui le roi toutpuissant ; des créatures privilégiées fixées en grâce par la pure bonté de Dieu, mais lui le créateur qui n'est sujet à aucun changement parce que ses années sont éternelles. Reste donc à proclamer qu'il est Dieu le petit enfant qui nous est né dans une étable, qu'il est le Fils de Dieu même, ce Fils qui nous est donné à l'autel.

Graduel. Ps. 97.

C'est ici la suite du psaume que nous n'avons fait qu'entonner à l'introït, et qu'il convient de poursuivre , après le récit des merveilles de l'incarnation, le Seigneur s'est donc souvenu de la miséricorde qu'il avoit promise à nos pères par le ministère des anges, et de la vérité des promesses qu'il avoit faites à la maison a?' Israël par l'organe de Moïse et des prophètes anciens. Selon leurs oracles fidèles, toutes les contrées de la terre ont vu le salut envoyé par notre Dieu 5 peuples de l'univers, louez ce Dieu avec des transports de joie. Le Seigneur a fait connaître son salut en donnant pour sauveur au monde son propre Fils : il a révélé

<)f> 20 I>ÉGE3IBRK. LI s.MM JOUR DE ROEL.

sa justice aux yeux des nations, car, depuis la bienheureuse venue du Verbe fait chair, la vérité, la grâce, et tous les moyens de justification brillent de toutes parts.

Alléluia. Jean, 1.

En deux mots , voilà le grand sujet de cette solennité, T'analyse de l'évangile que nous allons entendre, le fruit de tout ce mystère : le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. Cet excès de charité se manifeste à l'autel d'une manière plus excellente encore , car le Verbe a fait une véritable nourriture de la chair qu'il a prise , et il a trouvé par là le moyen d'habiter jusqu'au fond de nos cœurs.

Prose , ou suite de 1' Alléluia.

Ce chant de joie , en développant l'accent inexprimable de V Alléluia, expose le mystère du jour avec précision , en sonde les profondeurs avec une tendre piété , et dans la prière qui termine , nous fait demander à Dieu la connaissance et Y amour du Sauveur qui nous est né. Le sujet de cette prose est clair, facile à saisir ; et pour peu qu'on en médite les paroles , on y trouvera la plus excellente préparation à l'évangile que nous allons entendre.

Evangile. Jean, 1.

Ecoutons maintenant le plus sublime exposé de l'incarnation : comme l'aigle qui fixe l'astre du jour au plus haut point de sa course , saint Jean porte ses regards jusque dans le foyer des divins secrets. Il voit le Verbe sortant éternellement du sein du Père qui l'engendre , Dieu comme le Père , résidant en Dieu avec le Père et avec le Saint-Esprit. De cette hauteur, il nous montre dans le temps le Verbe créateur de toutes choses , vie et lumière des hommes. Cette lumière véritable, quoique obscurcie par le péché dans nos cœurs, brilloit encore assez par la raison , par la loi naturelle , par la révélation mosaïque ; mais les hommes, devenus ténèbres, n'y vouloient rien comprendre. Une longue suite de

prophètes jeta cà et là quelques lueurs de vérités au sein de cette nuit profonde : puis l'aurore se leva dans la personne de Jean-Baptiste qui vint rendre témoignage à la lumière. Enfin parut au monde le soleil de justice , la vraie lumière qui éclaire tous les hommes ; ce Verbe éternel étoit déjà dans le monde , puisque le monde a été fait par lui , puisqu'il en étoit la vie et le flambeau , mais les hommes l'ont méconnu ; il a pris ensuite la nature humaine pour s'accommoder à notre foiblesse , et le plus grand nombre a refusé de le recevoir ; quant à ceux qui l'ont accueilli par la foi et la soumission, il leur a donné le pouvoir et le droit de devenir enfans de Dieu , en vertu d'une régénération toute spirituelle et toute gratuite qui ne tient rien de la volonté de l'homme, ni de la chair et des sens. Et quel moyen a donc pris le Verbe divin pour se rapprocher ainsi de nous , pour rendre visible sa lumière incréée ? Ecoutez, ô hommes ! le Verbe s'est fait chair, afin que nous devinssions esprit et vie ; il s'est fait enfant des hommes pour que nous devinssions enfans de Dieu ; il a habité parmi nous , pour nous faire habiter en lui par sa grâce , et avec lui dans sa gloire ; il a paru dans une chair mortelle plein de grâce et de vérité , pour en reverser sur nous la plénitude et la surabondance} et nous pouvons croire sans crainte un si étonnant mystère , car nous avons vu la gloire du Verbe fait chair, et nous ne pouvons la méconnoitre à la sainteté do ses œuvres , à la sublimité de sa doctrine, à l'éclat de ses prodiges : c'étoit bien la gloire du Fils unique du Père , descendu des cieux , uni à notre nature, répandant sur la terre des trésors de grâce et des torrens de vérité. A la messe aussi , nous trouvons les mêmes merveilles et les mêmes fruits de l'incarnation , ainsi que l'on vient de l'indiquer à Y Alléluia.

Offertoire. Hébr. 10.

Le sacrifice de Jésus-Christ, dit saint Paul, a commencé dès l'incarnation par sa volonté généreuse et efficace de s'offrir un jour sur la croix. Â son en-

trée dans le monde, le Sauveur a prononcé ces paroles : Fous n'avez point voulu, 6 mon Dieu ! d'hostie et (T ohlation pour le péché , vous n'avez pas agrée les sacrifices qui s'offrent selon la loi, parce qu'ils n'étoient que des ombres et des figures, alors j'ai dit : Me voici. Nous comprenons maintenant pourquoi l'Eglise applique ce passage de l'apôtre à la solennité de Noël , et pourquoi elle en a fait en ce jour l'antienne de l'onlation , pour le début de son sacrifice. Mais en présentant nos cœurs à l'offrande , et en les unissant à Jésus-Christ victime , disons aussi avec ferveur: Me voici, je viens, Seigneur, vous offrir, non plus le sang grossier des animaux , mais le sang de voire propre Fils ; je viens unir à ce sang divin l'offrande de tout mon être, agréez donc la victime tout entière, c'est-à-dire le chef et les membres, le chef brisé de souffrances pour nos crimes , les membres brisés de douleur pour leurs prévarications. Alléluia.

Secrète.

Aujourd'hui plus que jamais , recevez favorablement. Seigneur, Vohlalion qui vous est faite dans cette auguste solennité', que par l'heureux échange du très-saint commerce qui va se conclure à l'autel , nous renaissions comme en fans d'adoption en celui qui a daigné naître pour nous comme Fils de l'homme. Ce merveilleux commerce est le fruit du mystère de ce jour j à la messe, et surtout à la communion, Dieu avec nous et en nous conclut l'admirable traité par lequel il se donne à nous qui lui donnons nos cœurs, par lequel il prend notre vie mortelle, et nous communique sa vie divine.

Communion, i Jean, l\.

L'amour de Dieu a éclaté envers nous> en ce qu'il a envoyé son Fils unique dans le monde , afin que nous vivions pour lui. Ce n'est pas encore assez : Dieu nous a aimés jusqu'à la fin , et par le secret ineffable de l'eucharistie, il envoie réellement son Fils jusque dans nos cœurs. Mats prenons y garde : <\v

même que les fruits de l'incarnation seroient nuls si nous n'obtenions pas la vie éternelle par ce Dieu qui est venu en ce monde , de même la communion seroit sans fruit si Dieu venoit dans nos âmes sans que nous possédions sa vie, si nous nourrissant d'un Dieu, nous ne vivions pas de Dieu , pour Dieu , et selon Dieu. Alléluia.

PoSTCOMMUNIOS.

L'Eglise dans la prière d'action de grâces de ce jour demande quelque chose de plus que dans le cours de sa liturgie , parce qu'elle est arrivée à la consommation du sacrifice. EUe conjure ici le Verbe incarné d'accorder aussi l'immortalité glorieuse à ceux à qui sa naissance selon la chair communique le fruit d'une naissance divine. Le fruit de l'incarnation est de nous faire devenir les enfans du Seigneur , la consommation de l'incarnation est de nous rendre les héritiers de Dieu ; la vie de la grâce est le premier effet de la naissance du Sauveur , la vie du bonheur du ciel en est le dernier résultat; et l'Eglise demande pour conclusion qu'après avoir puisé la vie de Dieu dans la communion, nous participions dans le séjour de la gloire à la vie avec Dieu, dont la communion est le gage et l'avant-goût.

Dernier Evangile. Matth. i.

Comme on a récité à cette messe Y évangile saint Jean y qui sert de dernier évangile aux messes ordinaires, on lit en ce moment, pour terminer, le passage du 1er chapitre de saint Matthieu, où l'ange du Seigneur apparoît à Joseph pour l'instruire du secret de l'incarnation. Il lui révèle que ce qui est né en Marie a été formé par l'Esprit saint, que le Fils qu'elle mettra au monde s'appellera Jésus , c'est-àdire , Sauveur de son peuple, et que ce Sauveur remplira toute l'étendue du nom d'Emmanuel , qui veut dire Dieu avec nous. Joseph fit ce que l'Ange lui avoit prescrit, et entra dans l'esprit du mystère qui venoit de lui être dévoilé. On comprend déjà combien ce trait de l'Evangile termine heureusement

les messes de la solennité de Nbëlj car après avoil médité ce mystère dans tous les détails de la liturgi

de ce jour, après avoir vu le Sauveur prendre une nouvelle naissance sur l'autel par la consécration , et dans nos cœurs par la communion , qu'il est convenable que l'ange du Seigneur, dans la personne d\i S être qui lit cet évangile en sa qualité d'envoyé de ieiï , nous apparoisse aussi pour nous instruire du secret de cette fête ! Or il nous révèle : i° que ce qui est en nous comme en Marie est forme par l'Esprit du Seigneur, qu'il ne serviroitde rien de posséder en nous le corps et la chair de Jésus-Christ si nous n'étions pas animés et dirigés par son esprit, et que nous ne serons les enfans de Dieu qu'autant que nous serons mus et conduits par l'esprit de Dieu ; *2° que le Dieu qui nous est donné ne porte pas en vain le nom de Jésus , qu'il doit sauver son peuple, et que ce seroit un bien triste malheur de nous perdre lorsque nous sommes incorporés au Dieu de notre salut j 3° que le petit enfant qui est né sur î 'au tel et dans nos cœurs s'appelle encore Emma nue /, Dieu avec nous; avec nous, uni à notre nature, passant sur la terre les années de sa vie mortelle, résidant dans l'Eucharistie jusqu'à la fin des siècles ; avec nous par son Eglise , par ses sacremens et son sicrificc; avec nous enfin dans la prière , dans la tentation , dans la souffrance , à la vie , à la mort, et dans l'éternité ; 4° c{ue nous devons imiter la fidélité de Joseph à correspondre aux desseins de Dieu , et comme lui entrer religieusement dans l'esprit de ce divin mystère. Telle doit être notre résolution en quittant le saint autel, où Jésus-Christ vient de renouveler, jusqu'à trois fois, les merveilles de sa naissance, et les fruits admirables qui en découlent (i).

(t)Les principales solennités sont suivies d'une octave, c'est-à-dire que pendant huit jours de suite on célèbre le même mystère., pour l'imprimer davantage dans l'esprit des fidèles. On répète donc la messe de la fête pendant toute l'octave, à moins qu'il no se rencontre quelque so-

Le 26 Décembre.

SATNT ETIENNE

DfACRE ET PREMIER MARTYR.

solennel-mineur. — Fête à dévotion.

Saint Etienne, le premier des sept diacres choisis par les apôtres pour la dispensa tion des aumônes de l'Eglise , étoit un homme rempli de foi et du Saint- Esprit , plein de grâce et de force , et qui opéroit de grands prodiges parmi le peuple. Les diverses synagogues des Juifs s'élevoient contre lui pour discuter la vérité chrétienne , mais ils ne pouvoient résister à la sagesse et à l'esprit qui parloient par la bouche du saint lévite. Le témoignage ardent qu'il rendoit à Jésus-Christ ayant été taxé de blasphème contre la loi , on l'entraîna par-devant le conseil de la nation juive , il y parut portant sur son visage la sérénité et l'éclat d'un Ange , prononça un discours admirable qu'on peut lire au chapitre 7e des Actes des Apôtres, et le termina par des reproches bien mérités qu'il adressoit à l'endurcissement des Juifs. La suite cfece glorieux témoignage , le martyre qui en fut le prix , et les funérailles que les fidèles firent au généreux

L'imité qui l'emporte sur cet office ; mais dans ce cas riême on en fait toujours mémoire. S'il se rencontre un dimanche, on l'appelle dimanche dans V octave, et le huitième jour s'appelle simplement Voctave. Pâque, la Pentecôte et Noël sont suivis d'une octave de premier ordre. L'Epiphanie, l'Ascension, la fête du saint Sacrement, l'Assomption, la Toussaint, et les fêtes patronales sont suivis d'une octave de second ordre . Les fêtes de saint Pierre, de la Nativité de la sainte Vierge , de saint Denis et de la Dédicace des Eglises, sont suivies d'une octave de troisième ordre.

J'ï l(\ DÉCEMBRE k SAINT ÉTIKNNi-:.

défenseur de la foi , sont le sujet de l'épUre de c<

jour.

Nota. La fête de saint Etienne, et les deux fetes suivantes, portent le nom du fetc s do Noël. Nous en donnerons la raison dans l'explication de chaque messe qui leur est propre.

Introït. Ps. 118.

Quand on se rappelle ce que nous disent les Actes des Apôtres de la grâce et de la force, du calme et de la constance de saint Etienne en présence du conseil des Juifs , Ton comprend l'heureuse application do ces paroles du psaume 118e , à l'introït de ce jour: Les princes se sont assis pour vie juger, mais votre serviteur , oubliant ses dangers et se mettant peu en peine de sa justification, ne s'occupoit , Seigneur, que de vos ordonnances. Notez jamais de ma boucha la parole de vérité , parce que j'ai espéré dans vos promesses. C'est par cette confession magnanime qu'Etienne a commencé d'unir son sacrifice à celui de Jésus-Christ , et c'est par le souvenir d'un témoignage si généreux que l'Eglise devoit commencer la messe de ce jour, qui est offerte au Dieu des martyrs en mémoire des combats et des victoires de son serviteur. Par là aussi nous apprendrons quelle fidélité courageuse et constante nous devons remporter de cet autel , où les saints ont puisé le courage de mourir pour Dieu. Le psaume 118e, Heureux ceux dont la conduite est pure et qui marchent dans la loi du Seigneur, est donc parfaitement choisi , et son choix déterminé par l'application des paroles précédentes. Le commencement de ce psaume nous avertit encore, que si les circonstances ne soumettent pas notre fidélité à la rude condition du martyre, nous avons souvent à vaincre l'épreuve du respect humain , et qu'au moins notre partage doit être de marcher avec bonheur dans une voie pure et fidèle , surtout pour entrer à l'autel de Dieu , et pour arriver à sa sainte montagne et jusque dans ses tabernacles.

26 DÉCEMBRE. SAlfrT ETIENNE. 7.3

Donnez-nous , Seigneur , d'imiter ce que nous honorons dans saint Etienne , de nous préparer à la messe comme il s'est disposé à son sacrifice , car le but de l'honneur que nous rendons aux saints est de les imiter. Afin que nous apprenions à aimer nos ennemis, à nous approcher de l'autel avec l'esprit de réconciliation si sévèrement exigé , avec l'esprit de paix et d'amour si désirable. Car nous célébrons la naissa?ice de celui qui a prié même pour ses persécuteurs y et qui a eu dans son immolation ce trait de plus de ressemblance avec la victime du monde, qui s'écrioit du haut de sa croix : Mon Père , pardonnez leur. L'Eglise appelle 7iaissance le jour de la mort des saints , parce que la mort, pour eux, est l'entrée à la vie éternelle et véritable 5 et si elle célèbre la fête de saint Etienne le lendemain de Noël , entre autres raisons , on peut dire ; qu'il étoit convenable de rapprocher de la naissance de Jésus- Christ la fête du premier chrétien né pour le ciel; ce rapprochement est indiqué par saint Fulgence.

On fait mémoire de F octave de Noël, à la collecte , à la secrète et à la postcommunion : de même aux deux fêtes suivantes.

ErÎTRE. Act. 7 et 8.

L'épître contient le récit de la vision céleste , de la mort et des funérailles de saint Etienne , et cette narration de son sacrifice et des circonstances qui l'ont accompagné est une haute instruction pour les fidèles à la messe. Elle leur apprend combien ils doivent être fermes et courageux dans la foi , et comment ils doivent unir à la force de la vérité la douceur et la charité que cette même vérité inspire. Si Dieu ne demande pas que nous mourions pour lui il exige au moins que nous vivions pour lui , et que cette vie divine , que nous méditions hier, que nous allons de nouveau puiser à l'autel, soit aussi courageuse que l'a été l'immolation du saint diacre dont nous honorons la mémoire.

Graduel. P». 3.

Le chrétien en se préparant à unir l'immolation île son cœur à l'immolation du corps et du sang de Jésus-Christ , et devant le faire avec le même zèle que dans l'exemple qui vient de lui être proposé , peut dire avec David : Une foule d'ennemis s'élève eontre moi pour ébranler mes résolutions , mais vous êtes j Seigneur ', mon refuge et ma gloire ;cJ est vous qui relevez mon courage, qui me faites lever la tête comme à saint Etienne, pour me montrer d'où me viendra la force et la victoire. Je ne craindrai donc pas des milliers de peuples qui m'assiégeroient de toutes parts ; levez-vous pour moi , Seigneur , comme pour votre athlète ; paroissez debout à la droite du Père, animant nos combats, veillant à la victoire; Sauvez-moi, ô mon Dieu, de ma foiblesse et de mon inconstance.

Alléluia. Act. 7.

Je vois les deux ouverts , et je sais maintenant d'où vient le secours aux enfans de Jésus-Christ ; je vois le Fth de V homme debout à la droite de Dieu; l'Evangile est tout à la fois son trône , son sceptre , et sa couronne 5 je le vois vainqueur de l'enfer, du démon, du monde et du péché, animer ses soldats a marcher au triomphe. Mais de peur que, comme le prophète, mes yeux ne se lassent à regarder en haut, •je vais voir les cieux s'ouvrir sur cet autel ; le Dieu qui triomphe et qui fait triompher en abaissera la hauteur pour paroïtre au milieu de nous, et le Fils de l'homme , qui se tient toujours debout et comme immolé à la droite du Père, va descendre sur l'autel de la terre dans le même état de gloire et d'immolation. Dans ce moment précieux, nous lui dirons avec l'Eglise : Victime du salut, qui ouvrez les portes du ciel , des guerres cruelles pressent et accablent vos enfans ; donnez-leur la force, et apportez le secours que réclame leur fragilité.

Evangile. Matth. 9.3.

Peu de temps avant sa mort, Jésus-Christ annon-

2l> DÉCEMBRE. SAINT ETIENNE. 7^

çoit aux Juifs , qu'à l'exemple de leurs pères ils rnettroient à mort ceux qu'il devoit envoyer, et que tout le sang des justes répandu dans l'ancienne loi retomberoit sur eux , parce qu'ils dévoient se souiller euxmêmes du sang; du juste par excellence et du sang de ses disciples. Il déploroit l'endurcissement de Jérusalem , qui n'avoit pas voulu se ranger à l'ombre de ses ailes , et qui devoit lapider les envoyés du Messie comme elle avoit égorgé les prophètes du Seigneur. Après ces reproches accablans , le Sauveur annonce la ruine de la cité déicide , et déclare que les Juifs ne/econnoîtront leur Libérateur, que lorsque , convertis, et pleins de foi en celui que tous les prophètes ont annoncé, ils s'écrieront avec soumission et amour: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Ce trait de l'Evangile est appliqué à la fête de saint Etienne, parce que sa mort et le genre de son martyre y sont clairement annoncés , et parce que ces reproches de Jésus-Christ ont servi de texte aux reproches que le saint diacre adressoit aux Juifs avant de mourir : Vous résistez toujours, leur di soit -il, à l'Esprit saint, vous agissez comme ont agi vos pères. Quel prophète ri 'ont-ils pas persécuté? Ils ont mis à mort ceux qui piédisoient l'avènement du Juste , de ce Juste, dont vous avez été vous-mêmes les meurtriers. Ces reproches du Sauveur et de son martyr peuvent s'adresser à ceux qui ne profiteroient pas du sang qui va couler sur l'autel , qui trahiroient le sang innocent dans les sacrés mystères , et qui cruciheroient de nouveau Jésus-Christ dans leurs cœurs. Prenons donc garde que le sang du Juste , loin de couler sur nos âmes pour les sanctifier, ne retombe sur nos têtes coupables pour écraser les profanateurs ; réunissonsnous plutôt sous les ailes du Seigneur, pressons-nous sous ses bras étendus au sacrifice comme sur la croix; disons avec transport au moment de l'oblaiion sainte: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, pour nous bénir; et nous mériterons alors de voir ce Dieu qui vient nous sauver , de nous incorporer le salut qu'il apporte , et d'échapper par la vertu de son sang à l'éternelle malédiction.

7<) '*() decemiuie. ^mm iï tien su.

Offertoire* Act. 7,

Le sacrifice commence à l'offrande et se consomme à la communion ; or l'Eglise nous montre ici le commencement de l'immolation de saint Etienne : Ils le lapidoient , et cependant lui prioit et disait : Seigneur Jésus, recevez won esprit. Répétons cette touchante parole au début de l'action sainte, et nous unissant en sacrifice au pain et au vin que Ton présente, pour être consacrés et changés avec eux, disons mille fois et de toute l'ardeur de notre ame : Seigneur Jésus , qui vous immolez pour moi , recevez mon cœur pour l'immoler avec vous5 et transformez-le en votre grâce et en votre amour.

Secrète.

Que les dons que nous vous offrons en l'honneur du premier des martyrs, c'est-à-dire, pour honorer la mémoire de son triomphe , pour imiter ses vertus , et |X)ur obtenir le suffrage de ses prières jointes aux noires dans l'oblation vous soient agréables, Seigneur ; a [in que fortifiés par son exemple et munis de son intercession, nos dispositions en vous offrant la victime sainte , et en nous offrant avec elle , soient plus parfaites et aussi agréées que l'a été son sacrifice : et que nous méritions d'être bénis par celui qu'Etienne vit debout à la droite de Dieu, et que nous allons voir présent sur cet autel. Le sens de cette oraison est le même que celui d'une des prières après la consécration , où l'Eglise demande que les dons de l'autel de la terre soient portés sur l'autel sublime du ciel , afin que nous soyons remplis de toute bénédiction céleste. Nous exprimons à Dieu le désir d'offrir la messe avec les mêmes sentimens que le saint martyr offrit sa vie ; de voir nos foibles prières fortifiées par les siennes dans l'oblation, et que de même qu'alors il vit les cieux ouverts , et Jésus-Christ debout devant l'autel du ciel, qui le bénissoit et l'animoit au combat ; de même les cieux s'ouvrent pour nous, et que l'Agneau debout et immolé devant le trôné éternel fasse descendre sur nous les bénédictions les plus abondantes.

Communion. Acf» 7.

C'est la consommation du sacrifice de la messe , et l'Eglise y rapporte la consommation du sacrifice de saint Etienne. S' étant mis à genoux , le saint lévite poussa un grand cri de pardon et d'amour, semblable au cri puissant que Jésus-Christ jeta sur la croix au moment de mourir, et par lequel il força le ciel, et déclara que toute miséricorde étoit obtenue. Et ayant dit : Seigneur, ne leur imputez pas ce péché , comme le Sauveur avoit dit : Mon Père , pardonnez - leur , il s1 endormit dans le Seigneur. Voilà la fin du sacrifice pacifique des saints , et leur mort paisible; ce n'est qu'un doux sommeil qui les saisit dans les bras du Seigneur, et ce sommeil plein de charmes ménage le passage de ce monde périssable à une vie éternellement heureuse. Dans la communion aussi nous devons nous endormir en Dieu sur le sein de son amour , fermer les yeux à tout ce qui passe, et nous réveiller à une vie nouvelle, pleins de la paix divine que nous avons goûtée.

P0STCOY1MUNION.

Seigneur Jésus, à qui le martyr Etienne a demandé de recevoir so?i esprit en sacrifice, nous vous demandons la même grâce après la communion; nous vous disons avec un saint abandon : Seigneur, je remets mon esprit et mon cœur entre vos mains ; recevez tout mon être que je vous consacre en reconnoissance de ce que vous vous êtes donné tout à moi. Accordez - nous , par la vertu du sacrement que nous avons reçu, la grâce de mourir un jour dans votre amour, afin de nous reposer éternellement en vous dans le séjour de la gloire ; remportant ainsi du sacrifice que nous venons d'offrir trois grands biens , la mort au péché , la mort dans la grâce et le réveil dans la bienheureuse éternité.

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