APÔTRE ET ÉVANGÉLISTE
double-majeur. — Fête à dévotion,
Saint Jean, le disciple bien-aimé du Sauveur, fils de Zébédée et de Salomé, frère puîné de saint Jacques k majeur , étoit pêcheur , et quitta sa barque , ses filets , et son père, après la pèche miraculeuse, pour s'attacher à Jésus-Christ ; il n'avoit alors que vingt-cinq ou Mngt-six ans. Il fut témoin de la scène de la transfiguration , reposa sur le sein de l'Homme- Dieu pendant la dernière cène, entra avec Pierre et Jacques au Jardin des Olives, pour assister k la prière et à l'agonie du Sauveur j fut le seul des apôtres qui se trouva au pied de la croix , et mérita d'entendre ce beau legs qui lui étoit fait dans le testament d'un Dieu : Femme , voilà votre fils } mon fils , voilà votre mère. Dès ce jour , saint Jean prit chez, lui Marie , mène de Jésus , et se chargea du soin de pourvoir à tous ses besoins temporels. Après la descente du Saint-Esprit, il fut le dernier des apôtres qui quitta la Judée; il alla s'établir à Ephèse avec la sainte Vierge , parcourut toute l'Asie Mineure pour y fonder pb's églises ; passa au pays des Parthes , et revint a Ephèse, lieu ordinaire de sa résidence , d'où il gouvernoit les églises d'Asie avec la suprématie de juridiction que lui donnoit l'apostolat. Plongé à Rome , par l'ordre de Domilien , dans une chaudière d'huile bouillante, sans y perdre la vie, il fut exilé par cet empereur dans l'île de Palmos , où il écrivit Y Apocalypse. Dix-huit mois après, il revint à Ephèse. On a de lui trois Ejnlres. Enfin , pour s'opposer au torrent des évangiles apocryphes qui inondoient l'Eglise de Dieu , il se décida , à la prière des fidèles, k écrire
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Y Evangile, comme l'avoient déjà fait saint Matthieu, saint Mare et saint Lue. Il mourut à Ephèse d'une mort paisible, au commencement du second siècle, âgé de près fie cent ans.
Introït. Ps. 70.
Le psaume de Y entrée exprime le plus souvent Patlente des justes de l'ancienne loi qui soupiroient après la venue du Rédempteur. Dans ce sens les fidèles comprendront l'heureuse application de ce début: Seigneur, f ai espéré en vous , que je ne sois pas confondu à jamais) délivrez-moi par votre justice et sauvez-moi. De plus , le choix du psaume est parfaitement justifié par l'antienne, qui convient à merveille à l'apôtre dont nous honorons la fête 5 car il a pu dire encore mieux que le prophète : O Dieu, vous m'avez instruit dès ma jeunesse 3 en m/appelant si jeune encore à votre école et à votre suite ; jusqu'à présent j'aî publié vos merveilles pannes écrits et mes exhortations, et je les publierai jusque dans la plus reculée vieillesse , afin d'annoncer aux générations futures l'a grandeur de votre puissance -y par la disposition de votre Providence , je resterai sur la terre le dernier de vos disciples, et je serai l'anneau sacré qui réunira les temps apostoliques à la tradition des âges suivans.
Collecte.
En célébrant la mémoire d'un apôtre , d'un écrivain sacré , d'un évangéliste et d'un prophète , si distingué par la sublimité de sa doctrine et par l'éclat de ses révélations , il convient de demander à Dieu, comme fruit de la solennité et du sacrifice offert en son honneur , que les yeux des fidèles s'ouvrent à la joie d'une si vive lumière , et au bonheur des dons célestes dans l'éternelle clarté ; or telle est la grâce que l'Eglise sollicite dans la collecte et dans les autres oraisons de ce jour. Elle conjure le Seigneur de répandre les rayons de sa lumière divine , afin qu'éclaires par les enseignenicns du saint apôtre et évangéliste, nous parvenions aux dons éternels s qui sont la récompense de cette lumière de vérité, purement
coûtée çt fidèlement suivie. Comme si elle disoit: Seigneur, vos fidèles ne sont pas appelés à éclairer rivalise, mais au moins qu'ils soient dirigés par le flambeau de la foi qui brille aujourd'hui de tant
parviennent tous jusqu'à votre montagne sainte et dans vos tabernacles éternels.
Epître. 1 Jean , 2.
Saint Jean , en reposant à la cène sur le cœur de Jésus-Christ, a puisé l'amour de Dieu et du prochain à pleine source * ses Epîtres sont tout empreintes de ce divin amour, et il a mérité le surnom d'apôtre de la charité. Aussi a-t-on choisi aujourd'hui pour lecture un passage de ces mêmes Epîtres , qui renferme tout le suc de la morale de ce disciple , et qui peint à merveille son ame embrasée. Saint Jérôme rapporte de ce saint , que , dans un âge avancé , lorsqu'on le portoit à l'église d'Ephèse sur les bras des fidèles , et qu'il ne pouvoit plus faire de longues exhortations , il se contentoit de dire à chaque réunion pour le sacrifice eucharistique: Mes petits enfans, aimez-vous les uns les autres. Et comme on lui reprochoit , avec un tendre respect , de répéter toujours la même chose , il répondoit avec le sourire de la charité : C'est le ]jrécepte du Seigneur > et si on V accomplit bien , cela suffit. On peut dire que les Epîtres de saint Jean ne sont que le développement de cette touchante parole et de ce commandement plein de douceur ; il est aisé de s'en convaincre par le peu que nous lisons en ce jour ; mais il est surtout utile de méditer combien cette charité est une excellente disposition au sacrifice, puisque l'apôtre en parloit chaque fois que les fidèles de son temps se rassembloient pour l'offrir.
Graduel. Deut. 33. Job, 3q.
Le graduel sert ordinairement de réflexion sur répttre , et de transition à l'évangile : et comme
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saint Jean a écrit Y Evangile et des Epîtres 3 l'Eglise nous donne ici une belle idée du caractère spécial de cet apôtre. Dans ses Epîtres, il se montre par la charité et la douceur de ses paroles le bien- aimé du Seigneur, qui habite en lui avec confiance, qui se repose dans ses bras comme dans un Ut nuptud. Dans son Evangile , où il traite les plus élevés mystères avec une sublimité qui étonne , c'est Y aigle qui s'élève , qui fixe en face le soleil de justice , et qui place son nid sur la plus haute cîme des rochers. On peut dire à proportion du fidèle qui se pénètre bien de la charité des lettres de saint Jean , et qui sonde avec respect les profondeurs de son Evangile , qu'il sera le bien-aimé du Seigneur , qu'il habitera en Dieu avec confiance pendant cette vie , et qu'il reposera un jour dans ses bras au sein des plus pures délices. Bien plus, il s'élèvera comme l'aigle à la plus haute perfection sur la terre, et placera dans le ciel ses affections et ses plus chères espérances.
Alléluia. \ Jean,^.
Les premiers évangélistes avoient écrit simplement la vie et les actions extérieures du Sauveur; saint Jean s'est appliqué dans son Evangile et ses autres écrits à établir sur les plus solides témoignages la divinité de Jésus-Christ, et les réunissant ces témoignages , il pouvoit dire avec la noble confiance qu'inspire la vérité : Nous avons vu , nous avons entendu ce que nous vous annonçons du Verbe de vie ; nous l'avons entendu , nous l'avons vu de nos yeux , nous l'avons considéré de près et avec soin , nos mains Font touché. 11 convenoit donc dans ce jour , encore si rapproché de la solennité de Noël , qu'au moment de lire l'évangile de la messe , notre foi fût excitée par ces admirables paroles de saint Jean : Nous avons vu, et nous attestons que le Père a envoyé son Fils le Sauveur du monde. De là encore nous comprendrons combien il étoit convenable de compter cette fête au nombre des fêtes de Noël , pour faire approcher du berceau de Y Homme-Dieu
le héraut divin qui a dit à la terre : Au commencement étoit le Verbe et le Verbe s'est fait
chair, et il a habité parmi nous plein de grâce et de vérité.
Evangile. Jean, ai.
Jésus apparoissant à ses disciples après sa résurrection, sur les bords de la mer de Galilée, venoit de confier à Pierre le soin des agneaux et des brebis de son Eglise , et de lui annoncer en termes figurés , qu'il mounoit du supplice de la croix. Le Sauveur, après avoir révélé ainsi à Pierre ses glorieuses destinées et la fin de son martyre , ajouta : Suivez -moi , non-seulement de corps , mais encore pkis d'esprit et de cœur, dans l'administration que je viens de vous donner , et dans le chemin de la croix que je viens d'ouvrir à vos yeux. Pierre obéit ; mais ayant vu répondre à la même invitation, et venir après Lui le disciple que Jésus aimoit , celui qui pendant la cène s'êtoit reposé sur son sein , et qui jouissoit d'une telle intimité avec le Sauveur qu'il avoit osé lui demander alors : Seigneur, quel est celui qui vous trahira? Pierre prétendit savoir aussi quelles seroient les destinées dernières de cet apôtre privilégié , et ne consultant que l'empressement d'une curiosité naturelle : Et celui-ci, Seigneur, dit-il à Jésus , que deviendra-t-il ? finira-t-il , comme moi , sa carrière par le supplice de la croix? Jésus ne voulut point satisfaire l'inquiétude téméraire du prince des apôtres , et lui répondit seulement : Si je voulais qu'il restât ainsi sur la terre jusqu'à ce que je vienne à la consommation du monde , que vous importe? Pour vous, Pierre, suivez-rnoi dans le chemin qui vous est tracé par ma providence , saus vous mêler de ces soins étrangers. La réponse assez énigmatique de Jésus-Christ piqua plus vivement la curiosité des disciples , en qui l'Esprit saint n'avoit pas encore corrigé la grossièreté des sentimens naturels ; le bruit se répandit jiarmi les frères , dit lui-même l'évangéliste saint Jean , que ce disciple ne mourroit point, et qu'il resteroitdans cette vie jusqu'au retour
du Sauveur à la fin des siècles. Opinion que réfute pleinement celui dont il étoit question , en ajoutant de suite, que le Seigneur n'avoit pas dit qu'il ne mourrait point , mais qu'il s'étoit borné à imposer silence à la curiosité , en disant : Si je veux qu'il demeure jusqu' 'à ce que je vienne , que vous importe ? Enfin , saint Jean conclut son Evangile par ces paroles remarquables : C'est ce même disciple qui a été le sujet de cette contestation , qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites , et nous savons que son témoignage est véritable. Or, l'Eglise a choisi aujourd'hui ce trait de TEvangile écrit par saint Jean lui-même , comme le plus propre à nous faire connoître l'heureux apôtre dont nous célébrons la fête ; nous y trouvons , en effet , les privilèges de sa vie : c'est le disciple bien-aimé de Jésus , qui accompagna le maître dans les plus secrets détails de son ministère public ; c'est le favori de son Dieu , qui mérita une place d'honneur et de confiance au double sacrifice du Cénacle et du Calvaire ; c'est le confident du Verbe fait chair, qui puisa dans le sein de l'Homme- Dieu l'intimité la plus chère et les plus sublimes révélations. Nous voyons encore dans ce trait de l'Evangile les privilèges de la mort de saint Jean : Jésus-Christ semble indiquer qu'il aura l'honneur du martyre sans laisser la vie au milieu des tourmens ; qu'exilé loin des hommes , il demeurera avec Dieu par la plus haute contemplation , qu'une vieillesse abondante le fera survivre à la ruine de Jérusalem et aux travaux de ses collègues dans l'apostolat, qu'il demeurera unique héritier de tous les triomphes de la foi ; et qu'honoré comme le seul et dernier témoin oculaire de la vie de FHomme-Dieu , il couronnera sa longue carrière en écrivant l'Evangile , et en lui imprimant le sceau du témoignage le plus respectable et le plus respecté. Pratiquons nous-mêmes l'Evangile, et nous serons du nombre des disciples que Jésus aime, car il est écrit : Si quelqu'un m'aime , il gardera ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons à lui , nous ferons en lui notre demeure ; et encore , si quelqu'un garde ma parole, il ne mourra jamais*
S\ 0.7 DI'CEMilKi: . SAINT JEAN.
Offkutouiî'.. 1 Jean, 1.
11 appartenoit à saint Jean, témoin si intime de l'immolation du Cénacle et du Calvaire , de nous attester, au début de l'offrande du sacrifice , toutes les merveilles dont la messe est l'abrégé et le souvenir, le centre et la continuation. Ecoutons avec respect un témoignage d'une si haute autorité : La vie s'est rendue visiùle dans le mystère de l'Incarnation, et le Dieu qui en est la source l'a manifestée en unissant notre pauvre vie à sa vie divine et essentielle ; nous l'avons vue, nous en rendons témoignage , et nous vous l'annonçons cette vie éternelle, qui éioit dans le sein du Père par la génération du Verbe, et qui s" est montrée à nous par l'union du Verbe avec notre nature. Cette vie se montre aussi à nous sur l'autel , bien plus elle va se donner à nous et nous être communiquée , nous la verrons et nous nous en nourrirons ; cette pensée est bien propre à nous faire entrer dans l'esprit du sacrifice.
Secrète.
L'apôtre saint Jean s'est appliqué plus particulièrement dans ses écrits à instruire les fidèles de la divinité du Rédempteur, il a rendu à cette divinité les hommages les plus éclatans , et il a concentré tous ses enseignemens sur ce point dans ces trois paroles recueillies de la bouche même du Sauveur : Je suis la voie, la vérité et la vie. Or, nous demandons ici, par l'intercession du. saint apôtre, l'amour de cette vérité connue , la fidélité à marcher dans cette voie connue et aimée, la possession de cette vie et des récompenses qu'elle renferme promises à la connoissance de Dieu , à l'amour de Dieu , à la fidélité envers Dieu ; et c'est dans les divins mystères que nous trouvons surtout la grâce de connoître le Dieu qui nous a rachetés , le moyen de l'aimer, de le servir, et de parvenir aux biens éternels.
Communion. Jean, 21.
Le disciple que Jésus aimoit se reposa sur son sein
pendant la cène. Dieu nous accorde le même privilège de tendresse à la communion , répondons aux merveilles de son amour en nous reposant de tout sur son cœur dans cette cène mystérieuse. N'imitons pas à la table sainte les transports téméraires et les protestations hasardées du prince des apôtres , qui ne compta que sur la vivacité de son ame , et qui trahit bientôt ses sermens à la première épreuve. Comprenons , comme saint Jean , que c'est sur Dieu seul et sur sa grâce que nous devons appuyer les résolutions ferventes que nous prenons en communiant.
Postcommunion.
O Dieu, qui, par votre disciple bien- aimé , nous avez recelé les secrets de votre Verbe éternel, et qui , dans ce banquet sacré , nous faites goûter les admirables secrets de sa puissance , de sa sagesse et de son amour; faites que nous méritions de confesser sur la terre par une vie sainte et constamment fidèle , et de contempler dans le ciel dans la multitude de vos récompenses , la vérité et le bonheur que ce saint apôtre a puisés dans le sein du Sauveur à la table divine de la cène mystérieuse, et dont nous possédons nousmêmes le gage et l'avant-goût à l'autel , où se perpétuent les merveilles du Cénacle. Au moment de l'institution de l'eucharistie , saint Jean , par un privilège surprenant , a pénétré dans le sanctuaire de Dieu , il a vu et goûté pleinement dans son extase la vérité et le bonheur du ciel, dont il venoit de recevoir le gage sous les foibles symboles de la communion 5 pour nous , sans oser prétendre à une distinction si heureuse , nous demandons simplement qu'après avoir reçu , comme lui , le même gage d'union avec Dieu , nous puissions professer ici bas, et contempler un jour ce qu'il a vu et goûté dans ,les délicieux épanclicmens de la dernière cène.
8(> "i8 nÉCF.MiuiE. LES SAINTS INîfOCENS.
Le 28 Dkœmlre.
DOUBL E-M AJEUR.
Cette fête est célébrée quand elle tombe le dimanche.
L'Eglise honore aujourd'hui comme de vrais martyrs les enfans de Bethléem et du territoire de cette ville , ('gorgés par la fureur d'Hérode, qui prétendoit envelopper dans ce massacre le nouveau roi des Juifs, dont les mages lui avoient annoncé la naissance. Ces enfans , âgés de deux ans et au-dessous, périrent pour la cause de Jésus- Christ , et si leur bouche n'a pu rendre témoignage à la vérité, leur sang innocent, répandu pour la vérité, leur a mérité la gloire et la palme du martyre. L'évangile de ce jour rapporte en peu de mots le sujet de cette solennité, qui est la troisième fête de Noël. Car encore que le massacre des Innocens ne doive être placé qu'après l'Epiphanie et la fuite en Egypte, pour suivre rigoureusement l'ordre des faits sacrés , l'Eglise a voulu cependant rapprocher du berceau de Jésus-Christ le berceau de ces milliers d'enfans, qui échangèrent pour sa gloire une vie de quelques jours contre des siècles d'éternel bonheur.
Introït. Ps. 8.
0 Dieu, vous avez tiré une louange parfaite de lu bouche des enfans et de ceux qui sont à la mamelle; pour confondre vos ennemis , il n'a pas été nécessaire de déployer la force de votre bras , les plus foibles instrumens ont suffi pour déjouer les complots des princes de la terre ligués contre votre Christ. Seigneur y notre souverain maître, que votre nom est admirable dans toute la terre , l'enfant à la mamelle publie votre gloire aussi bien que l'apôtre le plus
zélé , et l'insecte caché sous l'herbe raconte vos merveilles aussi bien que l'astre du jour et l'étendue des cieux ! La messe rend à Dieu une louange parfaite
Ear la victime qu'on y offre ; mais il faut que nos onneurs, unis à ceux de Jésus-Christ, souverain prêtre, approchent, autant que possible, de cette perfection : or, Jésus-Christ a commencé son sacrifice par se faire petit enfant , il a préludé dans un berceau à la scène du Calvaire 5 nous ne saurions donc mieux commencer la messe qu'en copiant et en exprimant l'humilité et l'innocence des tendres victimes que nous honorons en ce jour, et qui ont eu le bonheur de mêler leur sang au sacrifice du Sauveur, C'est alors que , devenus petits à nos propres yeux , et grands devant le Seigneur par cette disposition , Dieu tirera de notre cœur uni à Jésus-Christ une louange parfaite, et que nous offrirons à la grandeur du nom divin une oblation pure et digne de sa majesté.
Collecte.
O Dieu, à qui les saints Innocens martyrs donnent aujourd'hui une louange parfaite, non parle témoignage des paroles que leur bouche , trop foible encore , ne pouvoit vous rendre , mais par celui de leur sang qui a pu être versé pour voire cause; faites •mourir en nous tous les vices , et que cette destruction de l'homme moral soit aujourd'hui le sacrifice que nous unissions au sang des martyrs , et à l'oblation de votre sang adorable : afin que la foi que nous professons de bouche soit aussi annoncée par la sainteté de notre vie; car si vous ne nous demandez pas , Seigneur, de mourir pour notre croyance , vous nous demandez au moins de vivre selon notre foi ; et si vous n'exigez pas l'immolation de notre corps , vous attendez au moins que nous immolions notre cœur, que nous le crucifiions à la messe avec ses vices et ses convoitises , pour vous rendre ainsi à l'autel , une louange et un honneur parfait.
ErÎTUE. Apoc. i4« L'Eglise applique à la gloire des saints Innocens
cet te vision du livre de l'Apocalypse : J'ai vu V Agneau qui se tenoit sur la montagne de Sion , et avec lu> cent quarante quatre mille personnes qui portoient son nom. Cet heureux cortège de l'Agneau chanioit devant le trône de Dieu un cantique propre , carc'étoit le cantique de l'innocence et de la virginité. Ces milliers d'élus suivent V Agneau partout où il va , ils ont été rachetés d'entre les hommes pour être les prémices offertes à Dieu et à l'Agneau , et ils sont sans tache devant le trône éternel. L'application est facile à saisir ; mais ce qui est pratique , c'est que nous allons voir aussi l'Agneau sur la montagne sainte de l'autel, c'est que la foi va nous montrer toute la cité de Dieu, rachetée par le sang de Jésus-Christ, se pressant o»utour du sacrifice de la terre et du ciel pour s'offrir a Dieu comme des prémices sacrées; puissions-nous dans ce divin moment chanter avec les élus le cantique de l'innocence, ou du moins l'hymne du repentir sincère ! Suivons l'Agneau partout où il ira, suivons-le dans l'offrande pour nous offrir avec lui, suivons-le à la consécration pour mourir avec lui au péché , suivons-le à la communion pour transformer en lui nos âmes, suivons-le enfin quand il remontera de l'autel de la terre à celui du ciel, en détachant nos cœurs de tout ce qui passe pour les attacher à lui seul. Alors le mensonge ne se trouvera pas sur nos lèvres, quand nous protesterons de notre amour inviolable ; et, après nous être tenus ici bas devant le trône de la miséricorde avec douleur et humilité, nous mériterons de paroître devant le trône de la gloire avec pureté et confiance.
Graduel. Ps. 123.
Les enfans martyrs que nous honorons peuvent chanter ces paroles de David, comme le cantique propre de leur reconnoissance : Notre ame, comme un passereau, a été délivrée du filet de V oiseleur. Hérode croyoitnous surprendre et dévorer tout notre être, mais en tranchant le fil de nos jours , il n'a fait que rompre les fils qui nous retenoient captifs, le filet a été rompu et nous avons été délivrés, et nous nous
sommes envolés vers le eicl avee la liberté des enfans de Dieu. 11 n'y a eu aucun mérite de notre part , notre secours est venu du nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre , quia le pouvoir d'arracher de cette terre et de donner le ciel. Chrétiens, espérez le même secours et la même délivrance ; devenez petits en fans , et vous échapperez plus facilement aux filets du monde et du démon. Quand le ciel va s'ouvrir à la messe , le secours en descendra pour détacher vos cœurs et les élever en haut, et si vous avez soin de les rendre humbles, simples et innocens, vous serez délivrés , vous jouirez de la liberté céleste , selon qu'il est écrit: Le Seigneur garde les petits, je me suis humilié et il m'a délivré.
Alléluia. Ps. 112.
Heureux enfans , huez le Seigneur 3 bénissez son saint nom : bénissez-le de votre rédemption si facile , et de votre délivrance assurée , dont l'évangile va publier le récit. Et nous, devenus enfans de Dieu par le baptême , louons le Seigneur de nous avoir délivrés de l'esclavage du péché aux portes de la vie; enfans fidèles à cette grâce que nous ne pouvions reconnoître en naissant , louons désormais le nom du Seigneur par une vie digne de l'Evangile , digne de notre Père qui est dans les cieux.
Evangile. Matth. 2.
Saint Matthieu rapporte en peu de mots la cause du massacre des enfans de Bethléem , la rigoureuse exécution des ordres d'Hérode, et la douleur des mères dont les cris perçans pouvoient être, entendus jusque dans Rama, suivant la prédiction du prophète Jérémie.Macrobe, auteur païen, a signalé dans ses écrits la vérité de ce fait évangélique. L'offertoire va nous apprendre qu'elle conséquence pratique nous «levons tirer à la messe de ce que nous venons d'entendre.
Offertoire. Dan. 3.
Seigneur, que notre sacrifice soit devant vous au-
jourd'hui semblable à un holocauste de mille agneaux gras et choisis y afin qu'il vous soit agréable. C'est-àdire , pour entrer dans la pensée du prophète Daniel, et dans l'esprit de l'Eglise qui applique ces paroles à cette solennité 5 Seigneur, nous commençons le sacrifice, et nous nous présentons devant Votre Majesté sainte avec un esprit d'humilité et un cœur contrit: ce sont les sentimens qui conviennent à des coupables en présence de leur Dieu. Mais pour vous offrir plus dignement le sang de la victime pure et sans tache , nous nous couvrons du sang de ces milliers d'agneaux immolés aujourd'hui à votre gloire ; c'est à l'abri de cette protection de l'innocence que nos cœurs repentans s'efforcent de vous faire agréer l'offrande de leur misère ; que notre sacrifice soit donc aussi précieux à vos yeux que l'immolation des enfans de Bethléem, et si la victime ne peut manquer de vous plaire par elle-même , que l'offrande que nous en faisons , avec de tels sentimens et à l'ombre d'une si haute protection , nous attire le secours d'en haut et la délivrance la plus parfaite.
Secrète.
Recevez > Seigneur 3 V offrande des dons sacrés que nous vous faisons dans la fêle des saints Jnnocens , et que nous présentons à votre autel avec les dispositions exprimées dans l'antienne de l'offertoire : Faites que nous puissions imiter 3 dans le sacrifice , la sincérité de ceux dont nous honorons V enfance consacrée par le martyre à votre gloire. Ils se sont sacrifiés sans réserve , puisque dans un âge si tendre aucune pensée, aucun désir , aucun retour de volonté n'a pu affoiblir le mérite de leur immolation : qu'il en soit ainsi de nous , que l'esprit de sacrifice nous pénètre tellement que notre cœur vous soit offert et immolé sans regret , sans partage et sans retour*
Communion. Apoc. 7.
L'agneau qui est au milieu du trafic les conduiru lui-même à des sources d'eaux vives , et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. Voilà ce qu'ont éprouve
les innocens enfans au moment de leur union avec Jésus-Christ par le martyre : les pleurs que la douleur de quelques instans leur a fait verser , ont été bien vite essuyés de la main de Dieu même , et ses divines caresses les ont amplement dédommagés du sourire et des embrassemens maternels; ce tendre troupeau conduit par l'Agneau jusqu'au trône du bonheur éternel s'est désaltéré à la source des eaux vives , et a échangé les larmes de l'exil contre les joies intarissables de la patrie. Enfans de Dieu , voilà aussi ce que vous éprouverez dès ici bas en vous unissant au Seigneur par la communion , l'Agneau qui est au milieu de vous et sur l'autel, vous conduira comme un bon pasteur , et rien ne vous manquera, car il vous donnera la source des eaux vives et des consolations véritables , et il essuiera ces larmes que vous répandez , comme des enfans , sur toutes les bagatelles de la terre. Les enfans pleurent souvent et beaucoup , parce qu'ils ne voient pas audelà de leurs petites peines ; on les console en leur disant que ce n'est rien , et surtout en leur faisant sentir que leur chagrin ne mérite pas d'avoir le cœur si gros ; quoiqu'avancés dans la vie, nous ne sommes que des enfans devant Dieu, et quand nous nous unissons à lui , il nous console comme une mère tendre , il nous fait voir la vanité de ce que nous regrettons, l'éternité de ce que nous attendons, et il essuie facilement nos larmes, pourvu que nous nous jetions dans son sein avec tout l'abandon d'un enfant pour sa mère.
0 Dieu, qui tout grand que vous êtes dans les grandes choses , quand vous déployez la profondeur de vos conseils , la force de votre bras et la magnificence de vos dons , faites néanmoins éclater davantage votre gloire par les merveilles que vous opérez dans les plus petites, montrant ainsi que la grandeur vous est essentielle , et que vous n'avez pas besoin qu'elle soit relevée par les instrumens et les moyens ; ô Dieu ; qui vous montrez si grand dans les
(J'À Ll DIMANCHE DASS l/ociAYE DE NOËL.
merveilles de l'eucharistie, et plus grands encore pal les fruits que vous lui faites porter dans des arnes aussi ingrates et aussi stériles que les nôtres, pénétrez-nous d'une sainte joie, inondez-nous de toute consolation, essuyez toute larme de nos yeux , dans la solennité de ceux qui, sans parler, ont rendu témoiynaoe à votre Fils, Notrc-Seiyneur .0 Dieu, vous êtes admirable dans vos saints , vous montrez votre pouvoir quand un martyr vous confesse à la vue des tourmens , vous le montrez peut-être encore plus quand de petits enfans au berceau vous rendent une louange parfaite ; c'est précisément cette grandeur merveilleuse , dans les plus petites choses , qui console notre foiblesse , et qui nous fait espérer que , malgré notre indignité, votre grâce sera assez puissante pour nous donner par la communion l'heureux fruit d'une vie sainte et digne de vous. En un mot, Seigneur , faites que nous allions à l'autel avec l'innocence et la simplicité d'un enfant qui va à son })ère, et que nous en sortions pleinement consolés comme des enfans dans les bras maternels , croissant en grâce jusqu'à la maturité de l'homme parfait en Jésus-Christ.