‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 3 sur 95 · L'ANNÉE ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

L'ANNÉE ECCLÉSIASTIQUE

L'année ecclésiastique , ou le cercle annuel de la célébration des mystères et des solennités de l'Eglise, commence le premier dimanche de l'Avent , et se termine au dernier dimanche après la Pentecôte ; la disposition du temps qui s'écoule entre ces deux termes se trouve réglée avec une si haute sagesse, que la succession des époques et des fêtes forme un cours public et solennel de la doctrine et de la morale de Jésus-Christ. Ainsi, dans la pensée de l'Eglise , le culte extérieur devient à lui seul une prédication éloquente et suivie, qui s'imprime dans l'ame par tous les sens , et qui, renouvelée chaque année, ne pourroit manquer de se graver dans le cœur par des résultats heureux, si l'on avoit soin de s'y rendre attentif et fidèle. Et quand on pense que la messe est non-seulement l'acte de piété le plus en usage, mais encore le seul acte de religion que conservent ceux qui n'ont pas secoué le joug de toute pratique religieuse , la seule prédication par conséquent qui atteigne un trop grand nombre de chrétiens, on ne s'étonnera pas de nous voir consacrer de nouveau quelques efforts pour faire goûter les prières du saint sacrifice.

Et d'abord l'année ecclésiastique passe en revue toute la doctrine de Jésus-Christ. Les quatre mille ans pendant lesquels le Messie réparateur fut promis et attendu, prédit et figuré , sont représentés par les quatre semaines de YAvent; pendant ce temps la liturgie nous met au cœur et à la bouche les fervens désirs des patriarches , les accens embrasés des prophètes, la prédication solennelle du saint précurseur j puis arrive la plénitude des temps à la naissance de Jésus-Christ : le Verbe se fait chair, il habite parmi nous plein de grâce et (de vérité ; il se manifeste à son peuple et à toutes les nations de la terre ; il commence

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la rédemption en versant les prémices de son sang, et en s'o fixant à Dieu dans le temple. Aux jours qui suivent la Nativité, on célèbre l'enfance et la vie cachée du Dieu lait homme; depuis la Septuagésime jusqu'à la Passion, sa vie publique et ses travaux pour nous appeler à la pénitence et au salut qu'il a apporté. L'époque la plus grave de l'année est marquée par la consommation des grands mystères; l'entrée triomphante du Seigneur à Jérusalem, l'institution qu'il fait de l'adorable Eucharistie, ses souffrances, sa mort, sa sépulture, sa résurrection glorieuse, remplissent la partie de l'année qu'on apj elle la grande semaine et la semaine sainte. Au temps pascal, nous suivons le Sauveur dans les quarante jours qu'il passa encore sur la terre, et nous chantons avec espérance son retour dans les cieux, d'où il viendra juger les vivans et les morts. Les dix jours de retraite avec les apôtres dans le cénacle, se terminent par l'effusion de l'Esprit saint, et par l'établissement de cette société des enfans de Dieu qui doit durer et former des élus jusqu'à la consommation des siècles. Enhn le souvenir de la Trinité tout entière, du Père qui nous a créés, du Fils qui nous a rachetés, de l'Esprit saint qui nous sanctifie, devient le lien et la récapitulation de tous les mystères 5 de sorte que dans ces grands traits nous avons déjà l'expression frappante de tous les articles du symbole. Dans le temps ordinaire de l'année, qui n'est marqué par aucune action précise de la vie du Sauveur, c'est-à-dire, dans les dimanches simples , après l'Epiphanie et après la Pentecôte, l'Eglise reprend en détail Jes miracles et les enseignemens de Jésus-Christ, pour nous faire croître dans la connoissance de sa divinité, et dans l'amour de sa grâce; et si nous ajoutons que çà et là l'attention se trouve fixée sur quelques circonstances plus spéciales, comme la Conception et la Nativité de la Vierge- Mère , l'Incarnation du Verbe, la visite de Marie à Elisabeth, la naissance et la mort du Précurseur, le baptême de Jésus-Christ et sa transfiguration, le triomphe de la mère de Dieu , les combats des apôtres et des martyrs, la vie des principaux saints, et la grande solennité qui réunit dans un même culte l'Eglise du ciel, de la terre et du purgatoire, nous trouverons à la seule inspection de la liturgie sacrée les points capitaux de l'histoire de la préparation

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évangélique, de la promulgation de la loi nouvelle, de l'établissement de la société chrétienne, de la perpétuité des fruits et des triomphes de la loi.

Sous le rapport de la morale chrétienne , l'année ecclésiastique est un cours d'enseignemens non moins précis et non moins féconds ; et comme tout le salut consiste à connoître Dieu et à croire en lui, à espérer les biens que la foi nous révèle, enfin à mériter par l'amour de Dieu et la fidélité à son service ces biens éternels que l'espérance nous promet, l'Eglise, dans ses offices, nous inculque ces trois grandes vertus , successivement et par ordre 5 la/07, ,de l'Avent à Pâque 5 Y espérance, de Pâque à la Pentecôte ; la charité, delà Pentecôte à l'Avent.

Le premier principe de la foi c'est la reconnoissance du besoin absolu, après la chute de l'homme, d'un réparateur pour renouer les rapports entre Dieu et sa créature, l'aveu du besoin continuel que nous avons, après la venue de ce libérateur, de l'application de ses mérites et de sa grâce, pour connoître le bien, pour l'opérer et pour y persévérer. Voilà ce que Dieu a voulu bien faire comprendre au monde pendant quatre mille ans de promesses et de prophéties; et les accens de l'Eglise dans les quatre semaines de l'Avent doivent inspirer aux fidèles l'aveu de ce besoin, et l'action de grâces de ce qu'il est enfin rempli au-delà de nos espérances. Ce fondement posé, nous chantons à Noël, avec une joie inexprimable, que l'auteur de notre foi est au milieu de nous, et que la terre ne sera plus stérile, parce que la rosée , du ciel a répandu le juste et la source de toute justification. Alors sa lumière et sa vie se révèlent à tous , aux petits et aux grands , aux savar.s et aux simples , aux. bergers par une révélation précise, parce que leur ignorance avoit besoin d'une manifestation plus abondante, aux sages de l'orient par un simple signe dans le ciel, parce que, plus éclairés, ils doivent s'aider de leurs lumières naturelles pour aller jusqu'à Dieu. Toutefois celui qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous : aux travaux du Rédempteur, il faut joindre notre foible travail 3 à ses souffrances, notre pénitence légère ; à sa mort une volonté forte de mourir à jamais au péché; voilà ce qu'il faut édifier sur le fondement de la foi , avec la grâce de l'auteur de la foi, qui en devient ainsi le con~

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sommateur par ces heureux résultats. Aussi, pendant Je temps de la Septuagésime et du Carême, nous accomplis sons dans notre ame et dans notre chair ce qui manqueroit, sans notre coopération, auxtravaux etaux souffrances de Jésus-Christ; nous souffrons avec lui pour expier le péché, nous mourons avec lui pour renoncer au péché , nous nous ensevelissons avec lui pour effacer le péché par les sacremens, enfin nous ressuscitons avec lui à la vie nouvelle de la grâce; et ainsi dans cette première partie de Tannée chrétienne, nous trouvons le fondement , l'auteur et les œuvres de la foi.

Cette foi sert de soutien et de motif à l'espérance divine, et voilà que le mystère de la résurrection, en nous faisant renaître à la grâce et à la vie de Dieu , devient le fondement et le modèle de notre résurrection future; puis le mystère de l'ascension, en vertu de laquelle Jésus-Christ va nous préparer une place au ciel et nous ménager les moyens de l'obtenir, nous donne la confiance que nous ressusciterons pour la gloire et pour le bonheur éternel. De sorte que dans cette partie de l'année , l'espérance des enfans de Dieu, assise avec calme sur la pierre renversée du tombeau du Sauveur, se nourrit de la paix qu'il donne, s'abandonne à la houlette du bon pasteur, se fortifie de ses consolations et de ses promesses qui ne passent pas, se revêt de la prière et de la bénédiction comme d'un manteau, et parvient ù jeter l'ancre du salut jusque dans le ciel , où elle trouvera infailliblement la consommation de ses désirs , et le couronnement de son attente.

Mais pour posséder un jour ce que nous espérons par la foi, il faut le mériter : on ne mérite que par la grâce et l'amour de Dieu qui est répandu par l'Esprit saint dans nos cœurs; et dans le mystère de la Pentecôte, l'Esprit divin répand sa vie dans les âmes, nous apprend a pratiquer ce que nous croyons, et à obtenir, par notre fidélité, ce que nous espérons. Tour entretenir cette vie de la grâce, cette charité habituelle communiquée par les sacremens, l'Eglise, dans les dimanches ordinaires après la Pentecôte et l'Epiphanie, fait passer en détail sous nos yeux les actions, les vertus , les préceptes et les paraboles du Sauveur , et ètt- 1 remêle admirablement tous les motifs de crainte et de confiance , de terreur et de consolation , pour nous attirer

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plus sûrement et plus pleinement à Dieu. Malgré tout, notre foiblesse pourroit s'effrayer encore du modèle divin qu'elle doit retracer, et regarder comme impraticable la perfection que l'Evangile commande; sous ce rapport, l'Eglise, pendant toute l'année, nous présente les copies fidèles du divm original, les exemples et les triomphes des saints: et en nous les montrant de toute langue et de toute tribu, dans toutes les épreuves et dans toutes les positions, elle semb'e nous dire cliaque jour avec force et énergie: Ne pourrez-vous pas ce qu'ont pu ceux-ci et celles-là? Ne pourrez-vous faire If peu que Dieu exige pour vous sauver, quand ils ont tant fait pour gagner le ciel? Ayant audessus de vos têtes une nuée de témoins si belle et si imposante , courez au but par la patience et la fidélité , obtenez comme eux la couronne de gloire impérissable.

Voilà ce que nous enseigne so'ennellement le culte sacré; il nous révèle par ordre ce que Dieu a fait pour nous , ce que nous devons faire pour lui ; et. la conséquence que nous devons tirer de cet aperçu général, c'est 1° de nous appliquer à suivre ainsi pas à pas l'œuvre du Dieu créateur, rédempteur et sanctificateur , dans la marche admirable des offices de l'Eglise. 1° De nous rendre fidèles à copier en nous trait par trait cette œuvre divine dans les différens mystères qui se célèbrent successivement, par exemple, d'appeler la grâce dans nos cœurs, de la faire naître dans nos âmes par une bonne volonté^ de croître en elle par un désir de jour en jour plus généreux, de mourir au péché, de ressusciter à une vie nouvelle, de nous détacher de la terre, de rechercher le royaume du ciel et la justice qui y conduit, de nous remplir de l'esprit de Dieu,, et de marcher dans cet esprit de Jésus-Christ comme de véritables enfans de Dieu, apprenant de plus en plus à le connoître, à le servir et à l'aimer, soutenus dans cet amour et dans cette fidélité par les exemples et la protection de Marie et des saints.

Heureux les chrétiens qui se pénètrent ainsi de l'esprit du culte public , qui n'abandonnent pas leur piété au hasard, et leur dévoiion à l'indifférence ou à la lettre qui tue! Tout est vivifié pour eux dans les pratiques religieuses, et passant de ce coup d'œil général de l'année aux détails des différens temps que l'Eglise consacre, de la con-

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noissance des principales époques aux circonstances des mystères en particulier, et. de ces circonstances aux diverses nuances que présente la liturgie dans chaque messe et dans chaque partie de l'oblation sacrée, on peut dire que l'onction qu'ils ont reçue de Dieu les instruit de tout , et qu'ils marchent à la lumière de la vie.

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