V DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE
Parabole de Vivraie et du bon grain : mélange des bons et des mèchans.
Introït. Ps. 118.
La séparation des bons et des médians, qui s'opérera à la consommation des siècles , s'effectue déjà d'une manière mystérieuse au pied de l'autel ; car, dans les règles de l'ancienne discipline, on faisoit solennellement le renvoi des infidèles et des pécheurs avant l'action sainte : l'Eglise donnoit par là à ses enfans une idée bien grave de ce qui se passeroit au dernier jour. Et encore aujourd'hui l'esprit de cette discipline demeure le même : il faut être séparé des médians , au moins par le désir de la conversion et de la pénitence, pour assister dignement au sacrifice, et il faut toujours que Dieu nous juge dans son sanctuaire , et qu'il discerne notre cause de celle de la nation qui n'est pas sainte et de celle de l'homme injuste et trompeur. Or, dans cette salutaire pensée, que nous devons, en nous présentant à l'autel, nous séparer d'esprit et de cœur du pécheur et du péché, il convient de chanter avec l'Eglise : Seigneur •, vous êtes mon aide et mon protecteur pour me distinguer des méchans,ye mets mon espérance dans vos paroles, qui nous promettent de ne pas rejeter le cœur humilié et contrit : éloignez-vous de moi, mèchans , ou bien, s'il faut vivre dans votre société, que je sois éloigné de vos sentimens, de vos maximes et de votre conduite ; et je méditerai les préceptes dv mon Dieu , qui ne veut admettre à sa table que des enfans fidèles ou repentans. Heureux cens; dont la vie est pitre, et qui règlent leurs démarches sur la loi du Seigneur ; heureux ceux qui s'avancent ainsi vers l'autel, et qui peuvent dire à Dieu avec sincérité : 0 Dieu , jugez-
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nous, et discernez en ce moment la cause de l'innocence et du repentir !
Collecte.
Conservez votre famille, Seigneur, par un secours continuel, ne permettez pas qu'elle se lie jamais avec les étrangers et les ennemis de votre nom : et comme elle ne s'appuie que sur V espérance de votre grâce céleste , qui peut seule la maintenir dans ses sentimens de fidélité, au milieu du dangereux mélange des bons et des médians, faites qu'elle soit toujours forte de votre piotection 3 dont elle vient chercher le gage dans le sanctuaire. Ce sanctuaire ne doit contenir que les enfans de Dieu et ceux des enfans des hommes qui désirent le devenir ; mais cette famille , une fois sortie du temple, se trouve mêlée dans le monde avec les enfans du siècle. Seigneur, conservezla toujours par votre grâce et votre protection, de peur qu'elle ne se mésallie en suivant les principes et les affections terrestres.
EpÎtre. Col. 3.
L'apôtre va nous donner les règles à suivre au milieu du mélange des justes et des pécheurs ; ets'adressant aux élus , et aux saints chéris de Dieu, il les conjure de se revêtir, dans le monde corrupteur et corrompu, de miséricorde , de bonté , d'humilité, de modestie, de patience, de s'exercer au support mutuel et au pardon généreux des injures, pour imiter la bonté du Père céleste qui fait luire son soleil sur le bon comme sur le méchant, qui féconde de la pluie et de la rosée le champ du juste et celui de l'injuste. Il veut que les hommes séparés de principes, de maximes et de conduite , trouvent un lien commun dans la charité, et que les cœurs affligés par les divisions de croyance et de pratique, tressaillent encore de joie dans la paix de Je sus- Chris t. Ce n'est pas tout : saint Paul demande que, sans ébranler la foi, sans pactiser avec la parole de Dieu, qui doit demeurer en nous avec plénitude et nous combler de sagesse, nous tachions d'amener les méchans à Dieu par Vin-
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sîruction, l'exhortation , et surtout par l 'édification publique des actes religieux, et par V édification particulière d'une vie intérieure et sociale conforme à notre profession chrétienne. Hélas! que de fidèles, d'ailleurs réguliers et fervens , sont loin de remporter du temple et de l'autel une conduite si propre à réconcilier le monde avec l'Evangile! Et n'est-ce pas un malheur, que l'assemblée de la charité, l'autel de la paix , la table de l'union , ne produisent dans le commerce des hommes qu'une aigreur plus méthodique, une susceptibilité plus calculée, et un scandale de plus dans le royaume de Dieu ?
Graduel. Ps. 72 , et Ps. 36.
Que le Dieu d'Israël est bon pour ceux qui ont le cœur droit! Comme il récompense leur droiture , en leur faisant traverser le siècle sans participer à sa corruption , et en leur attirant même l'hommage et l'admiration de ceux qui n'ont pas la force de les imiter! Et cependant , dans ma foîblesse, mes pieds ont chancelé, je me suis vu près de tomber, sur le point de m'arrêter dans le chemin du ciel, et même de «l'écarter de la route, parce que j'ai regardé d'un œil jaloux lu paix des pécheurs ; j'ai été assez injuste et assez insensé pour les croire plus heureux dans la poursuite et la possession de vaines chimères, que ceux qui possèdent Dieu, sa grâce et son amour, aux risques de quelques avantages temporels. Mais voici ce que le Seigneur a répondu à l'injustice de mes pensées : Ne soyez point jaloux du bonheur des méchans , il n'est pas à envier : ne portez pas envie à ceux qui commettent l'iniquité, ils sont mille fois plus malheureux que vous, sous des dehors brillans ; et leur félicité seroit-elle vraie et réelle, ils sécheront comme l'herbe des champs, tandis que le bonheur du juste, même éprouvé en ce monde, ressemble an feuillage toujours vert de ces arbres plantés sur le bord des eaux : la paix du iidèle est solide et éternelle.
Alléluia. Ps. 36.
Supportez avec patience le désordre passager de ce
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monde périssable , on la verln souffre et gémit, ou le vice jouit et triomphe, car en toutes choses il faut considérer la (in ; encore un peu de temps, ci le méchant ne sera plus , et avec lui auront passé sans retour ses richesses et ses plaisirs : encore un peu de temps, et celui qui conserve la douceur et l'humilité du cœur, au milieu des erreurs apparentes de la providence , aura pour héritage la terre des vivans, et trouvera ses délices dans une paix profonde, et dans un ordre admirablement rétabli. L'ombre de cette grande restauration de toutes choses couvre le sanctuaire : au pied de l'autel tout se trouve déjà à sa place : ici il n'y a ni pauvre ni riche, ni puissant ni foible ; la vertu assigne les rangs , et le système des compensations et des dédommagemens n'a de réalité que devant le Seigneur.
Evangile. Matlh. i3.
La parabole de l'Evangile nous apprend : i° d'où vient le mélange des bons et des médians : c'est V homme ennemi qui a semé l'ivraie dans le champ du père de famille; et ce principe du mal n'affoiblit en rien la sainteté et la bonté de Dieu ; i° pourquoi Dieu souffre en cette vie le mélange des bons et des méchans : c'est pour la conversion des pécheurs et le perfectionnement des justes : de peur qu'en arrachant l'ivraie on ne déracine en même temps le bon grain; et cette condescendance de Dieu qui souffre tout jusqu'à la moisson, relève sa sagesse et sa bonté; 3° 'comment finira le mélange des bons et des médians : par la punition des uns et la récompense des autres , et cet ordre fera éclater la justice et la bonté de Dieu. Imitons cette sainteté de Dieu , en ne nous laissant pas corrompre parles scandales; profitons de cette sagesse de ï)ieu pour nous épurer par ce mélange même ; attendons en toute patience la justice de Dieu , et pensons qu'avec les désordres même du monde, il saura dévoilera nos yeux un ordre parfait; qu'il nous montrera un jour le juste affligé,, parce que ses imperfections demandoient d'être expiées sur la terre; et le pécheur heureux en cette vie, parce
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que ses foibles vertus ne pouvoient recevoir qu'un prix passager- qu'il étoit juste de punir un peu de mal ici bas , et de récompenser éternellement de grandes vertus ; qu'il étoit juste de récompenser un peu de bien sur la terre, et de punir de grandes fautes dans l'éternité. L? monde moral, a dit un auteur célèbre, ressemble à une tapisserie vue à l'envers , les (ils paroissent brouillés et tissus au hasard : un jour Dieu nous montrera cette tapisserie à l'endroit, et nous admirerons commentées mêmes (ils, qui paroissoient en désordre , produisent le dessin le plus régulier et le plus beau, sans qu'il y ait rien de changé. Alors nous nous écrierons au pied de l'autel du ciel comme autour de l'autel de la terre : Que le Dieu d'Israël est bon pour ceux qui ont le cœur droit !
Offertoire. P$. 42*
C'étoit ici le moment suprême où l'on renvoyoit de l'assemblée sainte l'infidèle et le pécheur; etc'est encore le terme de rigueur, où , par suite de la préparation publique et de l'instruction liturgique, nous avons dû nous séparer d'esprit et de cœur du péché, pour entrer enfin avec pureté à l'autel de Dieu. C'est l'instant solennel où l'ivraie doit être arrachée de la terre de notre ame, et où nous devons pouvoir dire au Seigneur en toute vérité : Discernez ma cause de celle de la nation qui n'est pas sainte, voyez que par la douleur et le repentir je veux m'isoler des médians et m'unir à votre famille sainte et fidèle. C'est dans ces sentimens de séparation du péché et d'éloignement du mal , que j'entrerai à l'offrande jusqu'à l'autel de Dieu , que je m'approcherai à la consécration et à la communiony^s^à Dieu même, qui va combler de joie et de biens mon ame rajeunie par sa grâce et renouvelée par son amour.
Secrète.
Répandez dans nos cœurs, Dieu tout-puissant , la bonne semence de votre parole ; enracinez dans nos âmes, et la foi et l'auteur de la foi: que cette semence
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di vine , arrosée à l'autel du sacrifice par le santç même de Jésus-Christ , croisse jusqu'au jour de la moisson , par le développement et la maturité de toutes sortes de vertus ; que loin d'être étoullée par l'ivraie semée au milieu du monde , elle nous fasse devenir un froment pur? digne d'être placé dans les greniers éternels, Si dans le siècle , le contact du l'ivraie dessèche et fait périr la vertu ; à la inesse , le contact si admirable du froment des élus doit nourrir et mûrir nos âmes pour l'heureux moment de l'éternelle récolte.
Préface de la Trinité.
(On dit la préface de Noël jusqu'à la Présent ation, même dans le temps de la Septuagésime : après la Présentation, on dit la préface de la Trinité les cinquième et et sixième dimanches après l'Epiphanie , et les dimanches de la Septuagésime , Sexagèsime } et Quinquagésime.)
Dans cette préface l'Eglise rend grâces au Seigneur , comme au Dieu unique, existant en trois personnes distinctes et égales en toutes choses, le Père^ le Fils et le Saint-Esprit. Les termes qu'elle emploie sont d'une admirable précision ; elle se prosterne d'adoration devant Y unité d'essence , la propriété des personnes , X égalité de majesté et d'attributs, pour chanter avec la cour céleste l' livra ne consacrée au Dieu trois fois saint.
Communion. Ps. 27.
Quoique tous s'assoient à la même table du Père de famille , comme tous profitent de son soleil et de sa pluie dans l'ordre matériel , il y a à la communion séparation bien distincte des bons et des médians, comme il y a dans le monde distinction parfaite des justes et des pécheurs : les uns boivent la vie , les autres mangent leur condamnation , comme les uns se sauvent et les autres se perdent par l'usage des mêmes bienfaits du monde physique. Combien donc nous devons désirer et demander à Dieu que le principe de vie ne devienne pas pour nous le principe de mort, que son sang versé dans nos âmes pour la rémission des péchés ne tourne pas à notre