‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 5 sur 95 · OU LE QUATRIÈME AVANT NOËL · texte numérisé non relu

OU LE QUATRIÈME AVANT NOËL

* DOUBLE-MINEUR

Crainte de Dieu à la vue du dernier avènement» Introït. Ps. i\.

L'arrivée du Prêtre à l'autel est l'image de la venue du Sauveur par l'incarnation : et l'Eglise confondant ainsi , dans une heureuse méditation , le désir de l'avènement de Jésus-Christ au temps de l'Avent, avec le désir de la venue du Sauveur en nous par les fruits de son sacrifice, fait répéter avec l'accent de la confiance dans le psaume de P entrée : Seigneur, j'ai élevé mon aine vers vous dans la prière qui me prépare à la messe, mon Dieu, je me confie en vous j je n'aurai point à rougir; car ceux qui vous attendent ne seront point Confondus. Vous allez paroître dans la personne du Prêtre ; vous allez venir réellement sur cet autel pour régner sur mon cœur. Ah! quand vous serez venu dans ce royaume , souvenez-vous de moi selon votre miséricorde et à cause de votre boulé. Vous allez venir, Seigneur, mais ne venez pas en vain : faites que nous profitions de votre venue sur la terre , de votre arrivée sur l'autel ; et si nous tremblons aujourd'hui en apercevant même de loin le trône de vos vengeances , consolez-nous au pied du trône de votre bonté , devant lequel nous comparoissons humblement et avec confiance. Faites que nous ne soyons jamais confondus, ni au jugement qui s'exerce à l'autel, ni au jugement irrévocable que vous exercerez à la fin des temps.

if> Ll l DIMANCHE DE e'aVL.NT.

Déployez, Seigneur, votre puissance y non plus celle que vous avez manifestée en descendant du ciel en terre pour prendre notre nature, mais eellc que vous déployâtes en instituant l'Eucharistie, mais celle que vous déployez chaque jour en vous incarnant sur l'autel dans les mains du Prêtre, et venez sur cet autel, venez de cet autel dans nos cœurs, peur nous appliquer les fruits d'une si consolante venue , et pour consommer en nous le mystère de la rédemption ; afin qu'étant déliâtes par voire secours des dangers auxquels nos jjéchés nous exposent , du danger imminent de porter au tribunal suprême le péché non pardonné , nous le confessions à l'autel , nous le pleurions au pied de ce tribunal de grâce , nous remportions du sanctuaire la volonté ferme de prévenir dans le sacrement de pénitence les menaces de la colère à venir , et qu'ainsi , Seigneur , nous soyons sauvés jjcir vous notre libérateur, avant que vous veniez comme juge nous demander compte d'un salut si abondant.

Mémoire de la sainte Vierge, qui se fuit pendant V Ave nt , excepté aux fêtes solennelles.

O Dieu, qui avez voulu que votre Verbe prit un corps semblable au nôtre dans le sein de la l.ienheurcusc Vierge Marie , lorsque l'Ange lui en apporta la nouvelle. Proportion gardée , votre Eglise , Seigneur, vient de nous faire entendre une annonce semblable : elle nous dit , dans ce saint temps et à chaque messe, que Dieu va venir habiter en nous par sa grâce , qu'il veut nous unir à lui sur la terre par le gage d'une vie sainte , pour nous unir éternellement à lui dans le ciel par la possession d'une vie heureuse ; accordez à nos prières , que comme nous croyons que Marie est véritablement mère de Dieu , et que ce qui lui a été annoncé par l'Ange s'est réellement accompli en elle par la vertu du Saint-Esprit, nous soyons aidés auprès do vous par son intercession) que le désir

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de l'Eglise se réalise pleinement clans les fidèles , qu'ils portent et glorifient "Dieu dans leurs corps, et qu'en vertu de leur attachement à votre amour et à votre loi vous naissiez dans leurs âmes avec votre sainteté.

ëpitre. Rom. i3.

La liturgie fixe en ce jour notre attention sur le dernier avènement du Fils de l'homme , et l'instruction solennelle de l'cpître et de l'évangile tend de concert à imprimer dans Famé la crainte de Dieu et la sagesse chrétienne qui en est la conséquence. Avant donc que Jésus -Christ nous annonce luimême le bouleversement du monde et sa venue pleine de majesté, écoutons son hérault , le grand Paul , dit Bossuet , qui mêle sa voix au bruit confus de l'univers qui s'écroule et qui annonce d'un ton éclatant , que Y heure est enfin venue de nous réveiller et de nous lover. De même que l'Ange avec la trompette de Dieu doit un jour réveiller les morts et les appeler au jugement , de même saint Paul embouche d'avance la trompette évangélique pour exciter les fidèles à aller au-devant du Seigneur. L'heure est venue , nous dit-il , de quitter le sommeil du péché et de l'indifférence , il faut en sortir par la pénitence et la ferveur. La nuit de cette courte vie est déjà fort avancée, nous sommes plus prés du salut, et du compte que nous devons rendre, que lorsque nous avons commencé à croire et à servir Dieu ; voici venir le jour de l'éternité qui décidera et fixera à jamais notre malheur ou notre bonheur. La conséquence de cette grave exhortation est de quitter le péché qui est l'œuvre des ténèbres, de nous revêtir des bonnes oeuvres qui sont les armes de la lumière ; de marcher avec bienséance comme étant déjà au grand jour de Dieu comme il convient au milieu de cette lumière qui nous environne au pied de l'autel, et qui passe dans notre cœur à la fraction du pain 5 de fuir les grands vices de débauche , d'impiK licite et d'ambition ; enfin, denousrevêtir de Jésus-Christ, sans nous laisser emporter aux soins excessifs de la vie présente : comprenant bien qu'un chrétien est un homme qui

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marche vers le ciel, intérieurement animé de l'esprit et de la grâce du Sauveur, et extérieurement revêtu de ses vertus de sobriété, de chasteté , d'humilité et de charité.

Graluel. Is. 62. Habac, 2.

Voici que le Seigneur, dans ce saint temps, a fuit entendre cette parole jusqu'aux extrémités de la terre : Dites à la fille de Sion : dites à tous les chrétiens, enfans de l'Eglise, la Sion véritable: Voici venir votre Sauveur dans la grâce de l'anniversaire de sa naissance temporelle , dans la bénédiction de sa naissance mystérieuse au sacrifice , dans les mérites de sa naissance spirituelle en vos âmes , et dans la rigueur de son dernier avènement 3 voici qu'il apporte avec lui sa récompense en cette vie et en l'autre : il est donc temps de nous réveiller, puisqu'il va venir, et de marcher si bien que nous méritions cette récompense qu'il apporte à la communion et au ciel. Oui , ce Dieu appuroîtra à la fin de la messe et à la fin des temps , il ne trompera pas votre attente dans l'un et l'autre cas. S'il diffère quelques instans à paroi tre, pour que nous nous préparions mieux au sacrifice, et pour nous donner le temps d'éviter sa colère à venir, n'abusez pas , fidèles , de ces heureux délais, attendez -le avec vigilance et ferveur, avec crainte et confiance 3 car il viendra certainement pour vous sanctifier ici bas et pour vous juger dans le ciel 5 et il ne tardera pas , le temps d'une messe, comme le temps de la vie , est bien court pour nous disposer à venir en sa présence.

Alléluia. Luc , 21.

Au lieu de laisser vos cœurs s'appesantir sur la terre, comme l'évangile va le défendre rigoureusement, regardez en haut et levez la tête, c'est-à-dire élevez vos cœurs aux joies de la patrie céleste; que l'ame du chrétien respirant vers le ciel s'élève audessus du monde tombant en ruines , au-dessus de cette frayeur du mondain qui a compté sur les choses d'ici bas, et qui , les voyant réduites en poussière,

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desséchera dans la crainte de ce qui doit arriver, lui qui n'attendoit rien au-delà de cette vie périssable. Pour vous, en fans des saints, qui gémissez en ce monde, et qui attendez une vie meilleure, cette vie que Dieu doit donner à ceux qui lui demeurent fidèles ; levez la tête, élevez vos cœurs , les préparant déjà à l'avertissement solennel qui en sera donné au milieu du sacrifice ; sursùm corda } les cœurs en haut. Et pourquoi ? C'est parce que votre rédemption est proche , parce qu'à la messe les fruits de cette délivrance vont vous être appliqués , parce que , quand le monde finira pour vous à la mort et pour tous à la fin des siècles , cette consommation sera pour le fidèle une vraie délivrance de toutes les peines et de tous les combats.

Evangile. Luc, il.

Dans l'évangile de ce jour, Jésus-Christ nous annonce : i° la ruine de l'univers et la frayeur des hommes réunis sur les débris du monde pour attendre leur sentence ; 2° sa venue , non plus dans un berceau, enveloppé de foi blesse , non plus sur l'autel et dans nos cœurs , riche de miséricorde ; mais porté sur les nuées, environné d'une grande puissance et d'une inexorable justice. En même temps que le Seigneur prédit la terreur des médians à ce moment affreux , il relève la confiance des justes qui devront alors lever noblement la tête, après l'avoir baissée dignement en cette vie sous le joug de la foi , de la loi de Dieu , du repentir et de la soumission à la Providence. Il déclare que son arrivée ne tardera pas , puisqu'elle aura lieu pour chacun au moment de la mort qui n'est pas éloigné , et que son avènement est certain , que le ciel et' la terre avec leurs fondemens immuables depuis tant de siècles seront ébranlés et passeront , tandis que sa parole demeurera éternellement. Enfin , Jésus-Christ tire de là deux conclusions : la première , de ne pas laisser nos cœurs s'appesantir par la débauche de la nourriture, par l'ivresse des plaisirs, par les inquiétudes de l'ambition, par les soins excessifs de cette vie ; et la raison qn il

en donne, c'est que le dernier jour fondra sur tous comme le filet sur l'oiseau imprévoyant, c'est que s'il est bon de se jeter dans les bras d'un Dieu enrant , dans les bras d'un Dieu mort sur la croix, et renouvelant à la messe et dans les sacremens les merveilles de sa naissance et de sa mort, il est horrible de tomber, sans l'avoir prévu, dans les mains du Dieu vivant porté sur les nuées du ciel. La seconde conclusion , est de veiller pour éloigner le péché , de prier sans cesse pour attirer la grâce, afin d'échapper aux vengeances du Seigneur oublié et méprisé , et de paroître avec confiance devant le Fils de l'homme. Chrétiens , vous allez le voir venir sur l'autel , assis sur le trône de sa miséricorde , ce même Dieu qui viendra un jour nous juger ; ah ! prenez garde que vos cœurs ne s'appesautissent dans une si sainte action , veillez et priez pour mériter de paroître devant lui , et de recueillir les biens immenses qu'il vous apporte.

Offertoire. Ps, 24.

Au moment où les fidèles s'avancent à PofFrande , ou du moins à cet instant du sacrifice qui réclame l'union plus expresse de nos esprits et de nos cœurs avec la matière de Poblation , il convient admirablement de dire à Dieu : Conduisez-moi dans votre vérité ; c'est elle qui m'a conduit au pied de votre autel, c'est à elle de me diriger encore dans le secret du sanctuaire 5 instruisez-moi de cette vérité, et du sacrifice véritable que je dois vous offrir ; apprenezmoi que ce n'est pas seulement du pain et du vin qu'il faut déposer en votre présence , que si nous n'y joignons nos cœurs, l'holocauste seroit imparfait; que de même que la matière va être changée au corps et au sang de Jésus-Christ immolé, il faut aussi que nos cœurs soient changés et transformés en ce Dieu Sauveur : c'est là la vérité du sacrifice , ou le sacrifice en yérité, dont je vous supplie de m'instruire et dans lequel je vous conjure de rne diriger. Parce que vous êtes le Dieu de mon salut , qui me servez de victime, et encore de guide dans

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la manière de l'offrir et d'en profiter ; et parce que je vous ai attendu tout le jour, ne pouvant connoître le chemin du ciel, si vous ne me l'enseigniez, vous qui l'avez parcouru pour venir jusqu'à moi. Je vous attends , Seigneur, depuis que les préparations du sacrifice ont commencé ; maintenant il s'agit d'entrer à votre autel et jusqu'à vous; conduisez-moi donc dans votre vérité, enseignez-moi la voie dans laquelle je dois marcher pour arriver à votre montagne sainte et à vos tabernacles éternels.

Secrète.

Recevez avec bonté, Seigneur, ces offrandes que nous vous faisons , et que vous allez , dans quelques instans, sanctifier et changer, ainsi que nos cœurs que nous vous offrons ; afin qu'en y participant par la communion , ?ious soyons purifiés du péché qui nous feroit craindre votre justice , et que nous attendions avec confiance l'avènement glorieux de votre Fils, parce qu'étant immolés avec lui , et lui étant incorporés, nous aurons lieu d'espérer qu'il nous attirera au ciel où il vit et règne avec vous dans l'unité du Saint-Esprit. La messe est donc la meilleure préparation au jugement de Dieu, c'est un jugement entamé qui ménage une heureuse issue à la plus importante affaire . Mais, pour cela , il finit bien entendre la messe, il faut se sacrifier avec Jésus-Christ, s'unir à lui , et le conjurer que nous ne soyons jamais séparés de son amour.

MÉMOIRE De LA SAINTE VlERGE.

Tous les mystères de la foi se renouvellent à l'autel , et l'Eglise demande ici que Dieu affermisse dans nos cœurs ces mystères d'une foi véritable ,• c est-adire que nous n'en célébrions pas seulement le souvenir et la continuation à la messe,, mais qu'une foi vive en applique le fruit à nos âmes. De telle sorte que, confessant que le Sauveur Dieu et homme a été conçu de la Vierge Marie , nous le concevions aussi en nous, et que l'incarnation s'opère dans notre cœur avec ses conséquences , qui sont de nous faire arriver

>'* LE I DIMANCHE DE l'aVENT.

à la joie éternelle par les mérites des souiïYunces et de Ja mort de Jésus-Christ, et par la vertu de sa résurrection salutaire. Nous demandons donc ici , par l'entremise de Marie , tous les fruits de la messe , et l'application des mystères qu'elle renferme.

Préface propre pour le temps de l'Avent.

Dans cette préface qui se dit jusqu'à Noël, l'Eglise rend grâce à Dieu par Jésus-Christ, en particulier, du bienfait de l'incarnation, de ce que le Seigneur miséricordieux et fidèle dans ses paroles a promis un Rédempteur au genre humain perdu par le péché , et de ce que ce Rédempteur a déployé les* richesses de cette promesse , en éclairant l'ignorance par sa vérité , en purifiant le pécheur par sa sainteté , en aidant notre foiblesse par sa force divine. Il est donc juste et salutaire de rappeler à l'autel , au moment de l'immolation de la victime, ce grand bienfait, puisque Dieu va en renouveler les effets précieux , puisque le temps approche où celui que Von doit envoyer va venir au milieu de nous et jusque dans nos cœurs , pour faire déjà briller à nos yeux le jour de la délivrance , pour apporter, par la vertu du sacrifice, vérité, grâce, force et consolation. C'est pour cela que dans la confiance d'une si belle promesse qui se réalise tous les jours à l'oblation sainte , nous devons nous livrer aux transports d'une joie céleste , et mêler avec plus d'ardeur nos voix au cantique des esprits bienheureux.

Communion. Is. 33.

Dans la communion , le Seigneur est notre juge : nous mangeons notre jugement, jugement de vengeance si nous avions le malheur de ne pas faire le discernement convenable de son corps et de son sang, jugement de miséricorde si nous nous sommes jugés nous-mêmes , et éprouvés avant de manger le pain céleste. Le Seigneur est notre législateur : c'est à lui de faire la loi, et à nous d'obéir à ce qu'il nous dit au cœur dans cet heureux moment. Le Seigneur est notre roi : il vient , non pas comme le pauvre men-

dier une demeure , mais comme le maître prendre possession d'un bien qui est à lui. Si donc dans la communion le Seigneur est un juge favorable à nos dispositions , un législateur obéi par la fidélité , un roi dont l'empire soit durable par notre persévérance, il nous sauvera certainement. Louons et bénissons-en Dieu par avance , alléluia; comme juge , il nous discernera des médians au dernier jour ; comme légis lateur, il nous dira : Venez les bénis de mon Père ; comme roi, il nous fera entrer dans la joie de notre Seigneur et maître , en récompense du règne que nous lui aurons assuré sur nos âmes. En un mot, si la communion est bien faite, on y trouve en cette vie et en l'autre un juge miséricordieux , un législateur fidèle , un roi magnifique dans ses dons.

Postcommunion.

Daignez , Seigneur, exaucer dans votre miséricorde les prières de votre peuple, et surtout cette prière de la messe dans laquelle il vient de vous adorer, de vous remercier, de vous fléchir, et de vous implorer par Jésus-Christ et en Jésus-Christ. Afin que ceux qui se réjouissent de l'avènement de votre Fils selon la chair, et de la venue de ce Dieu dans Jours âmes par sa chair adorable reçue en communion, reçoivent au second avènement y lorsqu'il viendra, non plus sous le nuage qui cache son éclat dans le sacrement, mais porté sur les nuées dans la puissance de sa majesté , le prix de la vie éternelle. Ici bas nous mangeons le pain de la vie , et nous pouvons espérer que , vivant de Dieu sur la terre , nous vivrons à jamais avec lui dans le ciel : c'est la grâce que nous demandons en terminant la messe, c'est l'heureux gage de bonheur que noks remportons de la table sainte.

Mémoire de la sainte Vierge.

Répandez , Seigneur, votre grâce dans nos amest que nous en soyons remplis , et que le Seigneur soit maintenant avec nous ; afin qu'ayant connu par la voix de l'Ange ù Marie, l'incarnation de votre Fils

'l\ LE II DIMANCHE DE l'âYEHT*

qui s'est opérée en elle , et qui vient spirituellement <.le s'opérer en nous par la communion, nous arrivions par le mérite de sa passion et de sa croix que nous nous sommes identifié, à la gloire de sa résurrectionc,\ qu'ainsi à l'autel comme au calvaire tout soit accompli et consommé dans nos âmes pour la justification et le salut éternel.

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