LE SAINT JOUR DE PAQUE
Autrement appela le Grand Dimanche , ou le Jour
du Seigneur.
ANNUEL-MAJEUR
Pdque veut dire passage. La pdque est le passage du Seigneur, délivrant autrefois de la servitude de l'Egypte, et aujourd'hui de l'esclavage du péché : marquant du sang de l'agneau figuratif les portes des Hébreux préservés de sa colère , et maintenant trempant dans le sang du véritable Agneau de Dieu les âmes des fidèles régénérés : engloutissant autrefois Pharaon et son armée dans les flots de la mer Rouge, et submergeant aujourd'hui le péché dans les flots du sang divin : se formant enfin un peuple nouveau et fidèle qu'il conduit à travers les épreuves du désert et de la vie présente jusqu'à la conquête et la possession de la terre promise et du ciel. C'est pour cela que l'Eglise répète si souvent et si justement dans cette solennité : Voici le jour que le Seigneur a fait, livronsnous à tous les transports de la joie la plus vive ; c'est pour cela que, lorsqu'elle ramène les chrétiens des fonts baptismaux , dans l'office de vêpres , elle entonne pour cantique de triomphe Ylnexitu y qui est encore mieux le psaume de la Pâque chrétienne que l'hymne propre de la pâque judaïque. Faire ses pdques , faire la pâque avec Jésus-Christ , c'est manger l'Agneau pascal dans la communion, et marquer son ame du sang divin comme une conquête de la vie éternelle i c'est sortir des liens du péché pour arriver à la liberté des enfans de Dieu : c'est passer à travers le sang de Jésus- Christ par le baptême ou la pénitence, y ensevelir le péché et la vie ancienne, et sur la rive de la grâce , où l'on a passé avec le Sauveur et par ses mérites, chanter les miséricordes du Seigneur , jurer d'être fidèle a sa loi, marcher, à l'ombre et à la lumière delà foi , dans une vie nouvelle, à la suite de Jésus-Christ
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ressuscité, et passer avec lui jusqu'au eici où il va pré parer la place ([ne noire persévérance doit mériter et ol> tenir.
Nous célébrons donc aujourd'hui le passage d'un Dieu qui est venu du ciel en terre, qui a passeront nous de la vie à la mort et de la mort à la vie , et qui en conséquence nous a arrachés à la puissance des ténèbres pour nous faire passer à sa lumière admirable , nous a délivrés de la mort du péché pour nous faire passer à la vie spirituelle. Pour bien célébrer ce grand jour, nous devons donc pj as s cr nous mêmes du péché à la grâce par les sacremens saintement reçus , nous devons passer du côté de Dieu , et arrivés auprès de lui nous regarder comme de nouvelles créatures régénérées en son esprit.
Mais, ce qu'il faut bien retenir pour que le fruit d'une si grande solennité demeure en nous , c'est 1° qu'à l'exception de la spécialité du jour anniversaire , et du rite si majestueux qui y est nécessairement attaché, nous célébrons continuellement la fête% de Pâque dans V Eglise , car chaque fois que nous entendons la messe , c'est, le sacrifice du passage, chaque fois que nous communions , nous participons à la victime An passage, chaque dimanche est un renouvellement perpétuel du grand passage du Seigneur, donc nous ne devons jamais perdre de vue le mystère de cette fête. 2° Ce doit toujours être le jour de Pâque dans nos cœurs-, promesses, résolutions, esprit chrétien du Carême , mœurs et empressement des jours saints , renouvellement et ferveur de la vie de Pâque , voila ce qui doit demeurer. Donc tout ce que nous avons lait dans le Carême doit se perpétuer, tout ce que nous avons promis doit s'accomplir , tout ce que nous avons fait naître , doit croître et se fortifier de jour en jour ; alors Jésus-Christ aura \ra.\mcn\ passé pour nous, et nous aurons f)assé véritablement avec lui pour le suivre jusqu'au ciel; alors nous comprendrons que si la résurrection du Sauveur est le centre et le fondement de la foi , de l'espérance et de tous les mystères, la fête de Pâque, dans l'esprit de l'Eglise , est le point central de la vie chrétienne, et la source de ce renouvellement général qui doit rejaillir sur toute l'année.
La liturgie du saint jour et de l'octave de Pâque servira de développement aux grands principes que l'on vient de
LE SAINT .30111 DE PA'QUL'. '2*ji)
poser; le [>eu qui a été dit, s'il est bien médité, fera entrer parfaitement les fidèles dans l'esprit des prières, des rites et des cérémonies du temps pascal, et leur donnera le point de vue des intentions de l'Eglise à une époque si précieuse pour la piété.
Introït, \ Cor. i5. Ps. 92. (*)
Jésus- Christ est ressuscité d'entre les inorts ; voilà le sujet de la plus grande de nos solennités , le point fondamental de toutes nos espérances , et le noble début du sacrifice que nous allons offrir dans ce saint jour. La conséquence de cette résurrection glorieuse , c'est que la mort, détruite sans ressource, a été ahsorhée dans la victoire que Jésus-Christ a remportée sur elle; c'est, que si Jésus-Christ se fut contenté de mourir pour nous , sans se ressusciter lui-même , nous n'aurions pas été certains que la mort eût été yaincue , nous aurions pu craindre encore de demeurer sous son fatal empire, et douter du pardon de nos péchés et de nos droits a la justification ; mais aujourd'hui que le même Dieu , qui est mort pour nos offenses , ressuscite pour nous rendre à la vie de la grâce , aujourd'hui que la mort, fruit du péché , s'est abîmée et perdue elle-même en s'att^quant à l'auteur de la vie , nous pouvons chanter avec des transports de louange et de triomphe sur la pierre renversée du tombeau de Jésus - Christ , sur la pierre de l'autel où s'immole ce menu: Dieu mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification : 0 mort, ouest ta victeire, que îc péché t'avoit acquise sur tous les hommes? elle est perdue et absorbée dans la victoire du Dieu vivant qui est venu dans une chair mortelle vider avec toi la grande querelle du genre humain. O mort, ouest ton ai-
(*)Nous ne citerons pas, pendant, le temps pascal, les Alléluia qui se trouvent répétés à chaque phrase de la liturgie. Mais, dans le temps ordinaire de l'année, nous les indiquerons comme nous avons fait au temps de Noël, parce qu'alors ce cri de louange devient uneexeention qui nuance la joie des mystères et le degré des solennités.
2$(> LE SAINT JOUR DE FAQll
yuillon t cet aiguillon avec lequel tu nous pouttois vers l'abîme comme un vil troupeau destine à périr? O mort, tu Tas brisé, le jour où tu osas en percer l'auteur et la source de la vie; ton dard est anéanti, il est resté dans la chair glorieuse de notre Dieu ressuscité , et tu n'as plus entre les mains qu'un tronçon inutile , qui ne sert qu'à attester ta ruine et ta défaite. Le psaume 92 est parfaitement appliqué à ce grand jour, où la terre fut renouvelée et réparée par la défaite du péché , de la mort , et de l'enfer ; disons donc avec allégresse : Le Seigneur a règne ; U n'est couvert de gloire, il s'est revêtu de la force comme d'un manteau royal , et de la puissance comme d'une ceinture d'honneur.
Collecte.
O Dieu , qui nous ouvrez aujourd'hui l'entrée de la bienheureuse éternité par la victoire que votre Fils unique a remportée sur la mort , cette mort devenue notre tyran , depuis que le péché du premier homme nous avoit asservis à son empire , se tenoit fièrement sur le chemin du ciel , et repoussoit facilement nos foibles efforts pour y arriver; mais votre Fils, ô mon Dieu , a voulu passer lui-même par le chemin qui conduit de la terre au céleste séjour, la mort s'est présentée pour le repousser comme le reste des enfans des hommes , et elle a péri dans cette lutte inégale , et le chemin de la vie est resté libre et facile après ce triomphe ; c'est la grande merveille que nous venons de chanter en entrant à cet autel que Jésus-Christ a posé sur le chemin du ciel , à l'endroit même où la mort a été vaincue. Mais nous ne nous bornons pas , Seigneur, à célébrer votre victoire , nous désirons y participer et en profiter : Secondez donc , dans ce beau jour, par votre secours puissant, les vœux que la prévenance de voire grâce nous inspire; nous voulons aller au ciel dont l'entrée est désormais libre et ouverte , accordez-nous par la force de votre triomphe *ce que la grâce de votre triomphe nous porte à désirer, et faites-nous trouver dans la nourriture du sacrifice le secours pour mar-
LE bALNT JOfrR DL PAQUÉ. '.là',
eher Jusqu'à la montagne sainte et jusqu'à vos tabernacles éternels.
E pitre, i Cor. 5.
Les Juifs, célébrant la pâque antique , rejetoient tout levain de leurs maisons , s'abstenoient de pain levé dans leurs repas. Ce rite , qui devoit nécessairement accompagner la manducation de l'agneau pascal, étoit la figure de ce que les chrétiens doivent être et doivent faire toute leur vie ; ils doivent bannir le vieux levain du péché, être une pâte nouvelle et pure ,• leur profession est d'être toujours purs et saints comme des pains azymes , parce que toute leur vie est une pâque continuelle. En effet, Jésus - Christ , notre véritable Agneau pascal , a été immolé, il est immolé une fois pour toujours ; ainsi tous les jours sont pour nous le jour et la fête de Pâque. Célébrons donc cette fête quotidienne , mangeons notre pâque de chaque jour, non avec le vieux levain de la malice et de l'iniquité, mais avec les pains azymes de la sincérité et de la vérité , c'est-à-dire avec des mœurs pures et avec une sainteté véritable et constante. Oh ! que cette grande idée que l'apôtre nous donne de la fête de Pâque et des obligations qu'elle impose, est propre à confondre ces demi-chrétiens pour qui ce jour est le terme de quelques minces efforts el d'une fidélité si peu affermie ! Oh ! que cette pensée féconde de l'immolation continuelle de Jésus-Christ notre agneau pascal se trouve fortifiée à l'autel , où se renouvelle par des oblations journalières le sacrifice offert une fois sur ta croix , et comme nou. devons puiser dans le renouvellement de ce divin sacrifice cette vie pure , sainte et persévérante , si essentielle à la profession du christianisme !
Graduel. Ps. 117.
Voici le jour que le Stigneur a fait f liôrons-nous aux transports de la joie. Tel est le cri d'allégresse que l'Eglise ne cesse de répéter dans cette octave, proclamant que le jour de la résurrection est le jour par excellence , le jour sans nuage qui l'obscurcisse,
ïSt LE SAINT JOUR DE PAQUE.
sans nuit qui lui succède, le jour uniquement fait en l'honneur de Dieu , et où nous pouvons nous réjouir sans réserve : la journée des combats du Seigneur, la journée décisive pour son triomphe et pour nos espérances. La vérité de notre religion repose sur la divinité de Jésus-Christ, la divinité de Jésus-Christ porte tout entière sur le seul fait de sa résurrection , et Dieu semble avoir assigné toutes les questions , toutes les discussions, tous les doutes à ce troisième jour qui le vit sortir glorieux du tombeau , à ce jour définitif et sans appel , qui n'a été fait que pour lui; c'est la merveille que nous chantons avec l'élan de la joie la plus vive. Louez donc le Seiyneur, parce qu'il est bon, parce que sa miséricorde est éternelle ; louez - le , chrétiens , de son triomphe qui est devenu le triomphe de notre foi et de notre espérance ; louez le vainqueur de sa bonté envers les captifs, et des moyens admirables qu'il a établis pour éterniser en leur faveur le bienfait de sa victoire.
Alléluia. Rom. 4.
Celui qui a été livré pour nos péchés, est ressuscité pour notre justification, La mort et la résurrection de Jésus-Christ sont les deux principaux mystères de notre foi ; Jésus-Christ mourant sur la croix a détruit notre mort par sa propre mort , Jésus-Christ sortant du tombeau nous donne droit à sa résurrection , il nous donne la grâce et le modèle d'une vie nouvelle et justifiée. Adorons donc à l'autel ce Dieu sauveur renouvelant l'oblation de sa mort et de sa vie glorieuse , prions-le qu'il nous fasse participais de sa mort par la rémission de nos péchés , qu'il nous fasse participais de sa résurrection par la persévérance dans une vie nouvelle et ressuscitée , et qu'il rende ainsi sa bonté et sa miséricorde éternelles sur nous.
Prose.
Cette prose , la plus ancienne de toutes celles qui se chantent dans l'Eglise, est pleine d'une joie naïve