‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 7 sur 95 · OU LE SECOND AVANT NOËL · texte numérisé non relu

OU LE SECOND AVANT NOËL

Humilité.

Introït. Is. \5. Ps. 18.

Après avoir creusé les fondemens de l'édifice du salut par la crainte des jugemens du Seigneur, après avoir posé la foi pour base et pour pierre fondamentale , l'Eglise s'occupe de cimenter par V 'humilité ces heureux préparatifs. Mais en méditant ainsi , chaque dimanche, le but principal de la liturgie, nous nous gardons bien de penser que ce soit le but unique, et rien n'empêche , par exemple , que le désir ne se mêle à la crainte , l'humilité à la foi , et que les divers senti mens de la piété ne viennent se confondre dans la pensée première qui fixe notre attention. La foi nous découvre notre misère et le remède à nos maux , nous enseigne que le mal nous est personnel et propre , et que les moyens de gucrison nous sont étrangers : or cette science de l'homme et de Dieu produit nécessairement l'humilité, et cette humilité, qui a la foi pour principe , devient ellemême le fondement des autres vertus chrétiennes, et la base de cette grande réforme du coeur, dont l'Eglise nous entretiendra bientôt. Si donc nous écoutons les ardens désirs qu'elle nous met au cœur en commençant la messe , en voici le sens : Seigneur, de nous-mêmes nous ne pouvons rien produire dans l'ordre du salut , notre cœur sans vous est une terre aride et sans eau ; deux , répandez d'en haut votre rosée , et que les nuées fassent pleuvoir le juste. La rosée ne s'arrête pas sur le sommet des montagnes, elle descend et demeure dans les vallées ; ainsi Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles.

LIS Ml DIMANCHE DE l'aVENT. 33

Désirons que la terre de notre cœur humilié s'èùiPte^ s'attendrisse pour recevoir la pluie salutaire , que fécondée par la grâce elle fasse germer le Sauveur , c'esf-à-dire , que Dieu vienne du ciel jusqu'à nous par les prévenances de sa miséricorde , que nous allions à lui en l'attirant en nous , et que le possédant dans notre cœur , nous l'exprimions dans notre conduite par une vie chrétienne. Alors bien mieux que dans la création , les cieux annoncent la gloire de Dieu ^ à qui tout honneur est du et rendu : alors le firmament publie la grandeur de ses œuvres ,

Ï)arce que les cieux répandent la rosée céleste , que es nuées font pleuvoir le juste , et fertilisent notre ame , pour lui faire produire des fruits de justice et de sanctification.

Collecte.

Prêtez , Seigneur , une oreille favorable à nos prières , abaissez votre oreille avec complaisance jusqu'à l'abîme du néant d'où nous crions vers vous; et par la grâce de votre avènement sur l'autel , de votre visite dans nos cœurs , dissipez les ténèbres de notre esprit. Sans votre lumière et votre vérité, nous pourrions nous croire riches dans le sommeil, forts dans les rêves de notre vanité, vivans quoiqu'assis à l'ombre de la mort , éclairés quoique plongés dans les ténèbres ; soleil de justice , qui vous levez sur nos têtes, dissipez ces songes trompeurs et ces illusions dangereuses ; faites - nous connoître notre humiliation , pour nous apprendre l'humilité et le besoin continuel que nous avons de votre assistance.

Epitre. Philip. 4»

En quelque état que vous soyez, réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, car la souffrance , l'humilité, le dépouillement de soi-même, sont des préjugés heureux que nous serons consolés , élevés, comblés dans le ciel. Le Seigneur est proche, il va venir sur l'autel par sa présence eucharistique, dans vos cœurs par la communion ou par la grâce du sa-

crificc ; il va venir au jour de la morl et du jugement particulier : il est donc proche. Dans cette vue, que la modestie de vos senti mens, la douceur de votre conduite, et votre modération dans l'usage des biens de cette vie soientconnuesde tousles hommes. Soyez sans inquiétude et sans défiance pour les choses de la terre, l'ai tes connoître à Dieu vos besoins, avec d'humbles prières pour ce qui vous manque, et avec action de grâces pour ce que vous avez déjà reçu : et que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, paix que vous allez puisera l'autel, paix que vous entretiendrez par la pratique de la modestie, de la confiance en Dieu, de la prière et de la reconnoissance, garde vos cœurs et vos esprits en la grâce de Jésus-Christ. Joie d'une ame rajeunie et renouvelée, présence du Seigneur s'approchant de ses enfans, paix de Dieu mille fois souhaitée et communiquée , le corps de Jésus-Christ devenu lui-même la garde de notre ame pour la vie éternelle ; voilà les biens immenses que nous trouvons à la messe.

Graduel. Ps. 79,

O vous donc, souverain Pasteur, qui nous apportez ces richesses du salut, et qui dirigez lamaison d'Israël et de Joseph, qui conduisez votre peuple, comme une brebis chérie, vers les pâturages éternels, écoutez nos prières, et donnez-nous tout ce que l'Apôtre vient de nous souhaiter. Fous qui êtes assis sur les chérubins, et dont le trône est élevé au - dessus de toutes les intelligences célestes, manifestez-vous en venant sur l'autel , et de l'autel dans nos cœurs ; déployez votre puissance et venez nous saucer, et assurez ainsi en nous par le sacrifice le fruit de la lecture que nous venons d'entendre.

Alléluia. Ps. 19.

Ne pouvant rien de nous-mêmes, nous mettrons , Seigneur, notre joie dans votre salut ^x lequel nous pouvons tout 5 nous nous réjouirons de cette assistance salutaire qui supplée à notre impuissance, et ne trouvant en nous que sujets d'humiliation, nous

nous glorifierons dans le nom de notre Dieu, qui est la gloire de notre abjection , la force de notre faiblesse, la ressource de notre misère, et l'appui de notre espérance.

Evangile. Jean, 1.

La Synagogue envoie une dépuration solennelle à Jean-Baptiste pour lui demander ce qu'il est, s'il est le Messie, ou à quoi Ton doit s'en tenir sur son compte. Dans cette occasion , le saint précurseur va rendre à Jésus-Christ, non plus un témoignage indirect comme dans l'Evangile de dimanche dernier , mais un témoignage positif et éclatant, parce que sa foi va parler par son humilité. Or, remarquons tous les degrés de son humilité dans ce témoignage delà foi la plus vive, et méditons ce que cette vertu doit produire dans le cœur vraiment humble. i° 11 nie nettement et fortement, il confesse sans hésiter qu'il n'est pas le Christ, quoique tout le monde le prît pour le Messie, et que la Synagogue elle-même ne sût ce qu'elle en devoit penser. L'humilité rejette tout mérite et toute louange qui ne lui appartiennent pas ; elle use en cela d'une noble franchise, bien éloignée de ces demi-dénégations qui retiennent une bonne partie des éloges qu'on semble repousser. 2° Il déclare qu'il n'est point Elia, qui doit précéder le dernier avènement du Fils de l'homme, parce qu'il n'est point Elie en personne, quoiqu'il en ait l'esprit et la vertu ; qui' n' est point prophète , bien qu'il soit plus que prophète, parce que n'annonçant pas l'avenir , mais montrant du cfoigt la réalité, il ne l'étoit pas dans le sens rigoureux. L'humilité décline ainsi avec une sainte adresse tout ce qu'elle peut éviter de gloire et de réputation. 3° Qui etes-vous donc ? poursuit-on. Je suis la voix de celai qui crie dans le désert, je ne suis qu'un organe, qu'un son, et encore un son répercuté qui n'est que l'écho du prophète Isaïe. Comme Jean-Baptiste, l'humble de cœur ne parle jamais de lui s'il n'est pressé de le faire et comme poussé à bout par les circonstances, et encore s'il est réduit à cette extrémité.!' le fait en termes si ino-

«lestes que l'on voit bien que c'est à regret, et pour ne. pas laisser sans réponse une question urgente. 4° Cette modestie du précurseur est; loin de satisfaire les députés : Pourquoi donc baptisez-vous , disent-ils, si vous n'êtes ni le Christ, ni Elle, ni Prophète ? À cela Jean-Baptiste répond que son baptême n'est que significatif et préparatoire , et se rejetant aussitôt sur l'éloge du Messie auquel il rend le plus beau témoignage, il se déclare indigne de lui rendre les plus humbles devoirs du dernier des serviteurs. Ne jamais parler de soi en aucun sens si l'on n'est pas interrogé, rejeter franchement toute louange non méritée, décliner adroitement tout éloge que Ton peut éloigner, ne s'expliquer sur son propre compte que forcé et contraint, le faire dans les termes les plus courts et les plus modestes, c'est quelque chose sans doute en humilité : mais le grand écueil de l'amour-propre est de se voir pris au mot , d'être humilié parce que l'on s'est montré humble; dans ce cas, le dernier effort de rhumilité est de se justifier avec la plus sévère modération , de tout rapporter bien vite à Dieu , et de se reconnoîlre devant lui , comme devant les hommes, pour le serviteur le plus indigne et le plus inutile. La pratique sincère et l'exercice continuel de cette vertu est le grand moyen d'attirer la grâce, de nous unir utilement au sacrifice, de préparer la voie du Seigneur, et de nous disposer à paroître devant lui avec quelque confiance.

Offertoire. Ps. 84-

Nous ne pouvons, ô mon Dieu, aller de nousmêmes à vous ; pour nous convertir à votre miséricorde, il faut que votre bonté se tourne d'abord vers nous; maise/ê vous tournant le premier vers defoibles créatures, vous nous rendrez la vie, et votre peuple qui sent son impuissances*? réjouira en vous. Toutefois, Seigneur, si venant à nous vous nous montriez un visage irrité, l'éclat de votre majesté nous accableroit de son poids terrible : montrez -nous au contraire votre miséricorde , et donnez -nous votre assistance salutaire* Tournez-vous donc, Seigneur ,

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dans votre bonté, afin de nous réjouir à votre saint autel, et de nous y communiquer la vie que vous y apportez à vos en fans.

Secrète.

Faites , Seigneur, que nous vous immolions sans cesse la victime de notre dévouement , c'est-à-dire, non-seulement à la messe qui est la source de l'immolation du chrétien uni à Jésus-Christ immolé , mais encore dans toute notre conduite , qui doit montrer par le dépouillement de nous-mêmes et par le détachement du péché les fruits et. les résultats de ia messe. Afin que cette hostie de notre entière dépendance produise en nous V effet pour lequel vous avez établi les mystères sacrés, qui est de nous faire mourir à nous-mêmes, au monde et au péché, de nous faire vivre de Dieu et pour Dieu ; et qu'elle opère en nous le salut, par cette merveilleuse transformation de notre néant en la vertu de Dieu, de notre misère en la grâce divine.

Communion. Is. 35.

Sans Dieu nous ne sommes rien, mais avec Dieu uni à nos âmes par la communion nous pouvons tout : aussi l'Eglise, qui ne peut se lasser de nous inculquer cette vérité, chante-t-elle ici pour antienne : Dites à ceux qui ont le cœur abattu : Fortifiez -vous par ce pain céleste, et ne craignez pas votre misère qui va être absorbée j Dieu lui-même source de vie et de biens va venir en vos cœurs, et il vous sauvera , il gardera votre ame pour la vie éternelle.

Postcommunion.

Dieu tout-puissant, appui de notre foiblesse, que votre grâce prévienne toujours notre impuissance , comme vous venez de le faire à la messe et à la communion : mais qu'elle accompagne également et suive toujours notre inconstance et notre fragilité, en conservant vous-même les dons que vous nous avez laits; afin que par V avènement de votre Fils, que notre cœur attend avec leplus ardent désir, pour qu'il règne

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en nous ici bas et sur nous dans le ciel, nous recevions les secours de la vie présente avec tous les moyens du salut, et les récompenses de la félicité éternelle qui est la fin de toutes les grâces du sacrifice.

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