DIMANCHE DANS L'OCTAVE DE L'ASCENSION
Nous avons vu, dans l'instruction préliminaire sur l'ensemble de l'année clirétienne , que la suite de la liturgie étoit un cours public et solennel du développement de la religion. Cette idée si grande et si belle des offices de l'Eglise se présentera souvent a l'a me recueillie, et nous pouvons aujourd'hui la récapituler avec ferveur, en montrant que le cours de ces mêmes offices est une admirable explication du symbole , ou de l'abrégé de notre foi. En effet T A vent nous rappelle la vérité de Dieu le Père, créateur et conservateur du monde, préparant les hommes pendant quatre mille ans à recevoir le don qu'il leur a fait de son Fils unique. Le temps de Noël explique parfaitement ces paroles : et en Jésus- Christ son Fils unique Notre- Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit , est 'né de la vierge Marie y le temps de la Septuagésime, du Carême, et le temps ordinaire de l'année, la vie privée et pub liane du Sauveur avec ses vertus , ses prédications et ses miracles. Le temps de la Passion et la Semainesainte nous fait entendre ces paroles ; qui a souffert sous Ponce- Pilate , a été crucifié , est mort , a été enseveli, est descendu aux enfers. Le temps pascal explique : le troisième jour est ressuscité des morts; le jour de l'Ascension : est monté aux deux ; le dimanche dans l'octave : est assis à la dfoite de Dieu le Père tout-puissant ; et son octave : d'où il viendra juger les vivans et les morts. Dans le mystère de la Pentecôte nous apprenons ces deux articles : je crois au Saint -Esprit , la sainte Eglise catholique . La Trinité nous donne une récapitulation de tous les mystères, et la Fête-Dieu une récapitula (ion de toutes les merveilles du Seigneur. Au jour de la Toussaint, nous méditons cet article : la communion des sainis ; au jour des moris, la rémission des péché,* dont les suites et les restes son! expiés dans le purga-
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foire, après que le capital a été remis dans le baptême ou dans la pénitence ; au jour de l'octave : la résurrection de la chair, en présence des reliques des saints que nous vénérons comme des corps glorieux qui doivent revivre un jour ; enfin à la fête de la Dédicace : la vie éternelle , dont le temple se construit ici bas avec des pierres vivantes > et sera inauguré dans le ciel , quand le suprême architecte aura fait entrer dans son plan tous les élus» Nous voyons maintenant où nous en sommes du cours des vérités chrétiennes : après avoir médité l'ascension de Jésus-Christ, l'Eglise considère, en ce dimanche, le Sauveur assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, remplissant pour nous jusqu'à la fin des siècles les fonctions de pontife, d'avocat et de médiateur.
Introït. Ps. 44*
Cette vue de Jésus-Christ souverain pontife , officiant devant l'autel du ciel , est bien propre à vivifier l'espérance que son entrée dans les ci eux a déjà si solidement affermie ; et en nous présentant aujourd'hui devant le trône de la grâce qui sert de degré au trône de la miséricorde éternelle , nous pouvons chanter avec l'accent de la confiance : Votre trône, 6 Dieu , durera dans les siècles des siècles, et toutes les générations pourront s'en approcher. Le sceptre de votre empire est vn sceptre d'équité, votre puissance n'a pas cet arbitraire qui désoleroit notre courage par l'incertitude d'obtenir grâce malgré tous nos efforts : l'équité est la règle de votre pouvoir, et pourvu que nous apportions une juste coopération, nous sommes assurés de la justice du médiateur. Vous avez aimé la justice et vous avez haï l'iniquité; juste et fidèle par votre nature , vous aimez ce qui est droit et sincère , vous détestez ce qui est faux et trompeur; c'est bien là le pontife qui convenoit à la foiblesse de l'homme qui ne peut s'appuyer que sur la sincérité de son repentir; et c'est pour cela, 6 Dieu , que votre Dieu vous a sacré d'une onction de joie supérieure à celle des pontifes qui participent à votre gloire. Les autres prêtres sont , il est vrai , les christs > les oints du Seigneur, mais ce sont dos
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christs mortels et enfans des mortels ; pour vous, vous êtes prêtre éternel, vous êtes le Christ Mis du Dieu vivant et béni à jamais. Cette hymne de triomphe que nous chantons devant Tau tel de la terre, comme elle se chante devant l'autel du ciel, nous rappelle la crainte , la confiance et la joie exprimées dans le psaume Judica, pour préparation au sacrifice. Il est donc vrai de dire que (a plénitude de mon cœur a débordé, en prono?iça?it cette bonne parole d'allégresse et d'espérance que je ne pouvois plus contenir, et que c'est au roi immortel des siècles, au Christ roi et pontife, que je dédie ce cantique si convenable pour nous disposer à l'oblation sainte.
Collecte.
O Dieu , dont le Fils, montant en triomphe au plus haut des deux , a mené avec lui captive par sa puissance notre captivité, accordez, nous vous en supplions, qu'il répande aussi sur nous les dons qu'il a accordés uses disciples en ce grand jour. Jésus-Christ a fait deux choses très-remarquables dans le mystère de son ascension : i° sa puissance a conduit avec lui au ciel la captivité captive, c'est-à-dire qu'il a attaché à son char de triomphe la noble conquête des justes qui gémissoient captifs dans les limbes, que d'esclaves du démon il a rendu tous les fidèles les esclaves de sa grâce , pour leur faire partager sa gloire et son bonheur ; et en menant ainsi au ciel avec lui les justes qui avoient précédé sa venue, il nous a donné le gage et l'espérance que tous les justes jusqu'à la consommation du monde arriveroient également au même terme , et se réuniroient comme une abondante moisson aux prémices qu'il a déjà introduites dans les greniers du Père céleste. 20 Du haut du ciel, où il s'élevoit environné des heureux captifs de son amour, il a donné sa bénédiction dernière aux disciples qu'il laissoit dans cette vallée de larmes et de combats , et avec cette bénédiction il a laissé à son Eglise tous les mérites de son sang , tout le prix de son oblation , tous les dons de son esprit, toutes les grâces du salut (Ps. 67, Zj/?A. 4.)
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Or, nous demandons aujourd'hui au Sauveur, après avoir contemplé son triomphe, de recueillir les fruits de sa victoire , nous lui demandons de captiver du haut du ciel nos esprits et nos cœurs, pour mieux assurer un jour sa conquête sur nos âmes , nous lui demandons tous les trésors de grâce que renferme la bénédiction qu'il a laissée à la terre , et en particulier les dons de son esprit , dont nous nous occupons dans ces jours préparatoires à la solennité de la Pentecôte. C'est ce que nous exprimerons avec le plus de ferveur possible dans cette prière du Canon : Commandez que ces oblatlons soient portées à votre autel sublime en présence de votre divine majesté, afin que nous soyons remplis de toute bénédiction céleste et de la (/race.
Epître. i Pierre, 4»
Maintenant que la gloire est rendue à Dieu jusqu'au plus haut des deux par Jésus-Christ , le Seigneur peut être honoré dignement par tous les hommes unis à ce pontife excellent, et ce pontife suprême doit lui-même recevoir de tous la gloire et l'empire dans les siècles des siècles. C'est pour obtenir ce but admirable , pour honorer Dieu le Père vpar Jésus-Christ, et pour honorer Jésus-Christ par des œuvres dignes du bienfait, de la rédemption , que le prince des apôtres nous exhorte en ce jour à la prudence dans l'afiâire du salut , à la vigilance dans la prière , à la persévérance dans la charité mutuelle , aux vertus de l'hospitalité dans les devoirs de l'intérieur, au bon usage des grâces dans la fidélité à la vocation , à la sanctification sincère dans quelque état que nous soyons placés ; nous faisant entendre que c'est par une vie sainte que nous pouvons nous rendre dignes d'être les en fans de notre Père qui est aux cieux , et d'être les cohéritiers de notre frère qui est assis maintenant à la droite du Seigneur. Si Dieu est glorifié au ciel par Jésus-Christ, si Jésus-Christ est glorifié dans le ciel par son Père, c'est à nous de les taire honorer ici bas, et d'accomplir ainsi en nous ce qui manque de notre part au
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triomphe du Rédempteur. Or voici le moyen : que votre lumière brille devant les hommes, en sorte que voyant vos bonnes œuvres de prière , de charité , de fidélité à tous les devoirs, ils glorifient votre Père céleste. Honorons donc Dieu par Jésus-Christ au saint sacrifice, mais surtout honorons Dieu et Jésus- Christ par les fruits de sainteté que nous remporterons de l'oblation.
Alléluia. Hèbr. 4- C'est ici la réponse au sujet de l'épi Ire, et la conséquence qu'il en faut tirer : Ayant, un pontife véritablement grand, Jésus, Fils de Dieu, qui a pénétré dans le ciel, persévérons dans la profession de sa foi , de sa divinité , de sa puissance et de sa miséricorde. Mais que cette profession ne soit pas un vain mot , un cantique stérile; professons par des œuvres saintes et dignes de Dieu que notre médiateur est au ciel, et que nous espérons un jour y entrer par sa grâce.
Alléluia. Hèbr, 7.
Il etoit raisonnable que nous eussions un tel pontife saint , innocent , sans tache, et plus élevé que les deux. Et pourquoi donc? c'est qu'il devoit être tel dans la loi de grâce. Que sous la loi mosaïque les prêtres fussent des hommes foibles, imparfaits, sujets au péché ; ce sacerdoce étoit en harmonie avec la foiblesse et l'impuissance de la loi qui ne pouvoit conduire par elle-même à la sainteté véritable : que dans l'ancienne alliance, la médiation ne s'élevât pas au-dessus de la terre ; c'étoit assez pour une religion dont les promesses regardoient directement les biens d'ici bas : mais sous la loi nouvelle , sous cette loi qui prêche la sainteté véritable et qui présente tous les moyens dy parvenir, mais dans l'alliance nouvelle , dans cette alliance qui ne traite que du ciel et des choses du ciel , il étoit juste que le pontife médiateur fût saint et plus élevé que les cieux ; et il convient de faire ce noble aveu , au moment de lire l'évangile qui est à la fois le code de la loi de grâce, ^tle traité authentique de l'alliance éternelle. ( On dit h. Prose de l'Ascension.)
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Evangile. Jean, i5 et îô.
Le premier soin du Sauveur, une fois assis dans sa gloire à la droite de Dieu , devoit être d'envoyer conjointement avec le Père, l'Esprit consolateur qu'il avoit si solennellement promis à ses disciples et à son Eglise. C'est pour cela qu'en méditant aujourd'hui le règne de Jésus-Christ dans les cieux et les fonctions augustes qu'il y exerce en notre faveur, notre attention est rappelée à la promesse de l'Esprit saint que nous attendons, que nous désirons, que nous voulons voir habiter dans nos cœurs après ces jours de préparation et de retraite. Je vous enverrai, dit Jésus-Christ , l'Esprit de vérité qui procède du PèrOj et qui procède également de moi , puisque je l'enverrai-, et quand ce consolateur sera venu, il rendra témoignage de moi. Tel sera son ministère glorieux, de faire ressortir la vérité de ma mission, de ma doctrine, de mes œuvres , et des moyens de sanctification que j'ai laissés sur la terre : et vous aussi, vous me rendrez témoignage , et vous manifesterez ainsi la force dont l'esprit de vérité vous aura revêtus. Enfin, pour vous consoler au milieu des épreuves qui vous attendent ,jo vous les prédis ces épreuves, et au moment du combat , vous serez encouragés en vous souvenant que je vous ai annoncé d'avance la peine et la consolation. Tel a été pour les apôtres, et tel est tous les jours pour les fidèles, chacun suivant leur vocation , cet Esprit saint qui procède du» Père et du Fils, et que le Sauveur a envoyé du haut du ciel, et de sa part et de la part de son Père , Esprit de vérité qui confirme et soutient notre foi : Esprit de force qui anime notre fidélité dans l'accomplissement des préceptes et des devoirs : Esprit de consolation qui vivifie le courage et la persévérance au milieu des épreuves et des combats. Désirons-le donc ce divin esprit , appelons-le de tous nos vœux, et dans quelques instans disons avec une ardeur toute particulière : Venez, Esprit sanctificateur, Dieu tout" puissant et éternel, et bénissez ce sacrifice préparé à la gloire de votre saint nom, car nous y cherchons
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les lumières d'une foi plus vive, l'ardeur d'une charité plus fidèle , Ponction d'une persévérance plus assurée.
Offertoire. Hébr. 9.
Au moment où par l'oblation commence proprement le sacrifice , au moment où le prêtre découvrant le calice fait paroître , pour ainsi dire , et élève sous les yeux de Dieu la matière qui va être changée et consacrée, l'Eglise nous représente Jésus-Christ dans le ciel, apparaissant pour nous devant la face de Dieu. Jésus-Christ, dit saint Paul, n'est pas entré dans un sanctuaire fait de la main des hommes , et qui n'est que Yimage du sanctuaire véritable } mais il est entré dans le ciel même qui est le vrai et parfait sanctuaire de Dieu 5 et il y est entré afin d'y paroître maintenant devant le Seigneur pour nous. Voilà l'office de pontife et de médiateur que le Sauveur fait incessamment devant son Père ; le prêtre lévi tique , entré une fois l'année dans le sanctuaire , portant dans ses mains le sang des victimes, y demeuroit debout devant le propitiatoire, priant pour le peuple : notre souverain pontife, entré dans le ciel pour toujours , se présente devant le trône de la divine majesté, demandant miséricorde par les mérites de la mort qu'il a endurée pour nos péchés. Tel est le grand spectacle qui doit se révéler à notre foi , toutes les fois que Jésus- Christ est mis , pour ainsi dire , sous les yeux de Dieu à la messe , renouvelant l'offrande du sang qu'il a versé sur la croix ; car bien qu'ici bas il soit présenté au Seigneur par les mains des prêtres , c'est lui qui est l'oblation , et c'est lui qui s'offre à Dieu par leur ministère.
Secrète.
11 nous seroit inutile que Jésus-Christ se présentât devant Dieu pour nous , et qu'il plaidât notre cause par l'offrande continuelle de son sang , si notre confiance ne s'élevoit en même temps jusqu'au trône du Seigneur pour prier et demander grâce avec Jésus-