OU LE CINQUANTIÈME JOUR APRÈS PAQUE
ANNVEL-MAJEUH.
Le terme de jje?itecôte veut dire cinquantième , c'esî le jour heureux et béni où le Saint-Esprit descendit visiblement sur les apôtres, comme on le verra dans l'épître qui es i tirée des Actes des Apôtres, chap. 2. La fête de la Pentecôte chrétienne a été figurée par celle de la Pentecôte judaïque ; elle étoit fixée chez les Juifs au cinquantième jour d'après l'immolation de lapâque, au bout de sept semaines complètes ; et c'est pour cela qu'elle s'appeloit dans l'ancienne loi la fête solennelle des semaines. G' étoit aussi la fête de îa moisson et des premiers fruits de l'année, on y offroit à Dieu les prémices des gerbes \ les Pères ont cru encore que le jour où la loi nouvelle fut publiée par le ministère de l'Esprit saint, avoit un rapport merveilleux avec le jour où la loi ancienne fut donnée sur le mont Sinaï • c'est-àdire à peu près cinquante jours après la première pâque et la sortie d'Egypte. Quoi qu'il en soit, on voit que notre solennité chrétienne est bien véritablement la fête des semaines , ou la conclusion pleine de joie de la cinquantaine du temps pascal, la fêle de la moisson, où nous commençons à offrir à Dieu les premiers fruits spirituels que tous les mystères précédens ont fait germer et croître dans nos âmes, enfin la fête delà loi évangélique qui a reçu dans ce jour sa promulgation solennelle, et qui compte de ce jour ses conquêtes et ses triomphes. Or c'est à la Pentecôte que nous entrons pour ainsi dire plus avant
LE SAIM JOUK DE LA PENTECOTE. 3^3
dans l'esprit de la religion et de son culte plein de vie : nous jetons un regard en arrière , nous voyons l'homme intérieur naître et croître par la foi en Jésus-Christ , se renouveler par la pénitence et les bonnes œuvres , mourir au péché, l'ensevelir avec le Sauveur^ et ressusciter à une vie nouvelle, se détacher des choses de ce monde , aimer les biens à venir, les rechercher par l'espérance , les mériter par une sainte vie , enfin se remplir aujourd'hui de l'esprit intérieur de la plénitude de Dieu , vivre et marcher dans la charité qui doit être la vie commencée sur la terre et consommée dans le ciel de tous les enfans de Dieu. Cette fête est appelée comme celle de Pâque le saint jour par excellence , et cependant les fidèles semblent y mettre une triste différence , on diroit que leur dévotion , épuisée par quelques efforts dans les jours saints, n'a plus d'énergie pour arriver à ce grand mystère , et loin d'avoir crû dans la connoisssance et dans la grâce de Jésus-Christ, on seroit tenté de croire que la nourriture divine les a plutôt appesantis que fortifiés. Cette fête est donc la consommation des solennités chrétiennes : l'Esprit de Dieu nous y est montré , non-seulement formant l'Eglise naissante et la fécondant pour toujours de son inspiration et de sa vie , mais se répandant dans le cœur de chaque fidèle, communiquant la lumière de la vérité, la docilité à la grâce , l'impression d'une course heureuse vers le ciel , apprenant à mourir au péché et aux œuvres de la chair , à vivre de la foi et de l'Evangile, enfin à'considérer le ciel comme un royaume et un héritage qu'il faut obtenir et pour lequel il forme des sujets d'adoption , des héritiers intelligens et courageux. Connoître de plus en plus cet Esprit sanctificateur et les œuvres de sa grâce , l'attirer dans nos cœurs avec ses dons de sagesse et d'intelligence, de science et de conseil , de piété , de force et de crainte , lui témoigner notre reconnoissance de ce qu'il nous a déjà donné dans le baptême et la confirmation, de ce qu'il renouvelle en nous parla pénitence, de ce qu'il affermit dans les cœurs par ï'eucharislie , de tontes les grâces dont il ressuscite la ferveur dans ce saint jour, et lui marquer cette reconnoissance par une vie chrétienne plus éclairée, plus solide, plus déterminée à vivre de l'esprit de Dieu et à marcher au ciel dans l'esprit de Dieu 3 tel est le fruit abondant delà fête de la Pentecôte.
Introït. Sag, 1. P>. 67.
En arrivant aujourd'hui à Faute!, FEglise nous place plus particulièrement sous l'influence du divin Esprit ; elle nous le montre sondant les profondeurs de Dieu dans ses mystères et les replis du cœur de Fhommc dans ses moindres mouvemens ; il semble que , pour nous développer au sacrifice la science suréminente de la charité de Jésus-Christ , elle veuille nous remplir de toute la plénitude de l'Esprit saint , en sorte que , dans cette grande action , et à partir de ce saint jour , nous ayons en lui l'être, le mouvement et la vie. If Esprit du Seigneur, nous dit-elle par la bouche du Sage , remplit l'univers de son infinie majesté ; et comme il contient tout dans son immensité, et qu'il pénètre tout de sa présence , il sait tout ce que disent les mortels , i) connoît jusqu'aux plus secrètes pensées des cœurs 5 il entend le frémissement des peuples ligués contre l'Evangile , il assiste aux vains complots des nations contre le Seigneur et contre son Christ, et il se rit de cette folle agitation ; il entend les vœux et les soupirs qui s'élèvent du sein du silence et du recueillement du cénacle, et il va les combler; il entend les gémissemens inénarrables des âmes fidèles, il entend jusqu'à la préparation de leurs cœurs, et il va les inonder de ses grâces. La terre qu'il remplit va s'ébranler à sa présence ; les cieux vont distiller la manne céleste à l'approche du Dieu de Sinaï ; il va donner une voix puissante aux héraults de F Evangile, et préparer la nourriture du pauvre dans l'excès de sa douceur ; où irai-je donc , ô divin Esprit, pour fuir votre présence? ou plutôt où irai-je pour la sentir plus vivement , pour en être investi , pénétré et inondé ; sinon à l'autel du Dieu vivant , à votre saint temple , où vous allez confirmer ce que vous avez opéré en nous , où vous allez remplir nos désirs de biens , renouveler notre jeunesse comme celle de l'aigle , renverser vos ennemis et les nôtres , et nous donner la paix et la joie de votre règne? Que Dieu se lève donc, et que ses ennemis soient dissipés \ que
LE SAINT JOUR DE LA PENTECOTE. ctyS
ceux qui le haïssent fuient à sa présence, car il saura les dompter et les réduire ; mais que ses disciples , que ceux qui l'aiment recherchent cette sainte présence , car il y a les consoler et les réjouir dans son tabernacle ; et , de même qu'au premier jour du monde cet Esprit divin planoit sur toute la nature , pour lui inspirer la vie , la richesse et la beauté ; ainsi , au début de l'oblation , l'Esprit du Seigneur plane encore sur tous les cœurs réunis pour sonder leurs dispositions, remplir leurs voeux, et les combler de ses dons parfaits. ,
Collecte.
Le ministère et les opérations de l'Esprit saint > dans ce grand jour, ne se bornent pas aux seids apôtre8 qu'il éclaire, qu'il fortifie et qu'il console ; le cénacle est un foyer de lumière, de force , de grâce et de consolation dont les rayons s'étendent sur toute l'Eglise» sur tous les fidèles de tous les siècles , se prolongent avec le même éclat et la même vivacité jusqu'à la consommation des temps, pour aller se perdre et se confondre dans le foyer de la vérité éternelle , de la gloire immuable et du bonheur sans fin ; c'est ainsi que nous entendrons ces paroles : 0 Dieu , qui dans ce jour avez instruit les coeurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit. Et maintenant que nous connoissons la portée infinie des leçons de ce grand maître , étudions encore la nature admirable de ses cnseignemens. Les maîtres les plus éclairés d'ici bas n'instruisent que les esprits , la lumière qu'ils communiquent ne tombe que sur l'intelligence de leurs disciples ; l'Esprit de Dieu instruit les coeurs, le rayon de sa vérité pénètre l'intelligence et la volonté d'un même trait de feu : les maîtres humains enseignent ce qu'il faut faire, le maître des coeurs enseigne a faire ce qu'il faut : les uns tracent rigoureusement les règles de la justice , l'autre apprend à goûter ce qui est vrai, ce qui est juste , ce qui est droit ,• la science de ceux-là dessèche le cœur en occupant l'esprit ; l'enseignement divin a une onction si pénétrante , qu'elle fait entrer à la fois dans l'âme le précepte , L>
?y]G LE SAINT JOUR DE LA PENTECOTE.
UOÛt de la loi , la joie et la consola/. ion de la fidélité. Venez clone, fidèles, venez à cette école admirable , dont la chaire est dressée dans le cénacle et sur Tautel : ici l'Esprit de Dieu donne l'instruction liturgique comme préparation à l'immolation du sacrifice et à l'union à la victime sainte.
Epître. Àcl, 2.
L'épître de ce jour contient le récit de la descente visible et merveilleuse de l'Esprit saint sur les apôtres et sur l'Eglise^ et des premiers fruits de cette grande merveille. Nous remarquerons, i° la date de l'événement, c'ètoit le jour de la Pentecôte 3 ou le cinquantième, c'est-à-dire , après que la cinquantaine de jours depuis la résurrection/*/* complétée ; cette date indique l'objet de la solennité présente et consacre le nom qu'elle en a tiré 5 i° les formes extérieures sous lesquelles l'Esprit de Dieu voulut se manifester alors , c'est un vent violent qui purifie l'air et qui rafraîchit la nature , c'est un feu dont la propriété est tout à la fois d'éclairer, d'échauffer, de purifier et de consumer; ce sont des formes de langues qui indiquoient , pour le ministère public de l'Eglise , la lumière, l'éclat et la force de la parole sainte, et qui indiquent pour les fidèles enseignés la sagesse céleste , ce goût intérieur et spirituel qui discerne le bon de ce qui est nuisible , le dou-x de ce qui est amer , l'insipide de ce qui est trop relevé. Symboles qui n'existent plus quand l'Esprit saint se répand dans les âmes, mais dont la signification et la vérité demeurent à jamais, car quand cet Esprit du Seigneur se donne , il communique toujours lumière , charité , paix , onction , douceur, goût des choses célestes, pureté, repos et rafraîchissement de consolation ; 3° la disposition de l'Eglise naissante au jour de la Pentecôte : ils ètoient tous réunis dans le même lieu, sous la même conduite d'autorité, dans la même union de cœur et de prières, dans les mêmes exercices publics de religion , et c'est dans ces dispositions admirables d'union en Dieu , d'union entre eux, d'union dans le temple et dans la prière com-
mune et publique, qu'ils furent tous remplis du Saint- Esprit, Aimons comme eux et pratiquons l'unité en toutes choses , et nous participerons au même bonheur, au pied du même autel qui doit nous réunir dans les observances de religion ; 4° enfin , les premiers fruits de la venue de l'Esprit saint , ils commencèrent à parler diverses langues, sel<mquc ce grand maître les faisoit jjarler. Les hommes de toutes les nations , réunis à Jérusalem pour la solennité des semaines , s'étonnoient de comprendre ces nouveaux prédicateurs , chacun dans le langage propre de leur pays , et ils disoient avec admiration : iVous les entendons tous parler , chacun en notre langue , des merveilles de Dieu. Cette langue universelle, que l'Esprit de Dieu avoit apprise aux apôtres , etoit comme le langage des cieux , qui racontent la gloire du Seigneur d'un bout de l'univers à l'autre , et dont les accens sublimes et majestueux sont entendus de tous les peuples , du grec et du barbare , du sauvage et de l'homme civilisé. Or, cet effet du mystère nous sera donné aussi, si nous voulons être dociles et appliqués à ce queDieu vanousdire au cœur dans l'intimité de son sacrifice ; nous y apprendrons une langue intelligible pour tous , c'est le langage du bon exemple , de la vertu et de l'édification , qui devra prouver à tous les hommes que nous avons participé au corps et au sang de notre Dieu, que nous avons communié à son esprit et à sa vie.
Alléluia. Jean ^ 16.
Lorsque l'Esprit de vérité sera venu , quand il se sera répandu dans vos âmes par la grâce de ce mystère et par les fruits du sacrifice et de la communion , il vous enseignera toute vérité ,* l'instruction de ce maître sera complète et abondante , pleine de grâce et d'onction.
Alléluia.
Ce verset est composé des paroles de l'Eglise.
Venez donc .Esprit saint , venez, , maître suprême des esprits et de cœurs , remplissez les cœurs de vos
fidèles , pénétrez ces âmes qui veulent être vos disciples , qui se font gloire de suivre vos enseignemens divins^ l'eu sacré , qui brûlez le Père et le Fils d'un mutuel amour; charité éternelle, qui unissez la Trinité tout entière, venez vous communiquer à ces âmes qui vous attendent, qui vous désirent , qui ont faim et soi! de la justice , de la vérité et du bonheur, et allumez en elles le feu de votre amour, afin que connoissant Dieu comme le Fils connoît le Père , nous l'aimions comme le Père aime son Fils et en est aimé, et que nous vivions de la même charité répandue dans nos coeurs !
On se lève pendant ce verset, pour le réciter avec plus de respect et de ferveur.
Prose.
Cette prose est bien véritablement la suite de V Alléluia, c?est une invocation continuelle pleine de Ponction de l'Esprit de Dieu, et dont chaque mot respire la piété la plus tendre. Nous remarquerons surtout dans la dernière invocation que l'Eglise demande d'abord les sept dons du Saint-Esprit, comme le fruit le plus immédiat du mystère, puis par degrés la conséquence de ces dons, c'est-à-dire le mérite de la vertu, le succès du salut, la joie du bonheur éternel.
Evangile. Jean, \!\.
Jésus-Christ proclame, dans ce passage de l'Evanile , toute la perfection de l'union de l'homme avec
Dieu, qui est le dernier résultat de l'incarnation. Car si le Verbe en se faisant chair se fût borné à habiter parmi nous, nous eussions été certains que Dieu étoit venu jusqu'à l'homme ; mais il auroit manqué à l'homme l'assurance de pouvoir s'élever jusqu'à Dieu. Le don du ciel devoit aller plus loin une fois le principe posé de l'union du Verbe avec la nature humaine , la conséquence heureuse devoit être l'union de tous les hommes de bonne volonté avec Dieu , par l'adoption divine et les mérites de l'incarnation. Or c'étoit à l'Esprit saint qu'étoit réserver l'auguste fonction de consommer ainsi l'alliance de
la terre avec le ciel , en se répandant clans nos cœurs, en habitant en nous par la foi , par la grâce , par les sacremens , par le mérite des bonnes œuvres qu'il nous communique : et Jésus-Christ voulant nous peindre aujourd'hui les conditions , les effets et les fruits de cette seconde partie du traité de la nouvelle alliance , nous dit : Si quelqu'un m?aime, il gardera ma parole, et mon Père L'aimera, et nous viendrons à à lui, et nous ferons en lui notre demeure. L'Esprit saint qui procède du Père et du Fils , et par conséquent que le Père enverra en mon nom , enseignera toutes choses dans ces âmes qu'il viendra posséder, leur suggérera tout ce que f 'ai dit, enseigné et commandé. A ce prix je vous laisse ma paix, non pas la paix trompeuse du monde qui ne sauroit tenir même au milieu des plaisirs et des jouissances , mais la paix de Dieu qui surpasse tout sentiment , qui surnage à toutes les agitations et à toutes les tempêtes, et qui forme avec la joie l'essence du règne de l'Esprit de Dieu dans les cœurs.
Offertoire. Ps. 67.
L'entrée du Saint-Esprit dans les âmes y produit la grâce sanctifiante ou la charité habituelle , cet amour de Dieu en nous produit l'amour fidèle à ses commande mens , cette fidélité affermit et consolide le règne de Dieu dans nos cœurs, et ce règne de Dieu solidement établi produit la joie céleste et la paix divine, selon qu'il est écrit : Une paix abondante est le partage , Seigneur, de ceux qui aiment votre loi. Or si la grâce du mystère de la Pentecôte , auquel nous nous sommes bien prépares , a déjà opère ces grands résultats , nous demandons à Dieu , en allant à l'offrande , de les confirmer en nous dans le sacrifice et dans l'eucharistie, qui est la consommation de l'union divine sur la terre: confirmez, ô Dieu, ce que vous avez opéré en nous. Et comme l'onction de l'Esprit saint nous consacrerois et prêtres , rois par la participation au trône de Jésus-Christ dans le ciel, prêtres par la participation à son sacerdoce éternel, le prophète déclare que ces rois de grâce et de salut lui
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offriront des victimes d'amour et de reconnoissance dans le saint temple de l'église qui est la vraie Jérùsa/em terrestre , et dans son saint temple du ciel qui est la Jérusalem céleste ; c'est-à-dire que le règn< de Dieu établi en nous par l'onction intérieure de la grâce nous rendra des sacrificateurs agréables ici bas, et heureux à jamais dans le séjour de la gloire. C'est donc l'Esprit saint qui non-seulement consacre la victime et la consume par le feu de son amour, mais c'est encore lui qui consacre les fidèles pour l'offrir et pour s'y unir dignement , et qui ceint notre tête, comme celle de Melchisédech , de la double couronne du sacerdoce et de la royauté de justice et de paix.
Secrète.
Sanctifiez } Seigneur, les dons qui vous sont offerts, et purifiez nos cœurs par la lumière de votre esprit; que ce feu de charité consume la victime et la fasse monter devant vous comme un parfum d'agréable odeur, que ce même feu de charité passant dans nos âmes les purifie de toute souillure, de tout contact et alliage terrestre , afin que, devenus des sanctuaires dignes de votre majesté , nous vous préparions dans un cœur pur un holocauste parfait. Dans quelques sacrifices anciens, et en particulier dans le sacrifice préparé par Elie, le feu du ciel descendit sur l'autel, dévora la victime , le bois et tout ce qu'on y a voit réuni, c'étoit un signe que Dieu acceptoit l'offrande de son prophète : or, à la messe de ce jour, nous demandons que l'Esprit saint qui est le vrai feu céleste descende sur l'autel, qu'il consume des mêmes ardeurs et le Dieu de toute pureté qui y est offert , et nos cœurs purifiés par sa grâce qui s'offrent avec Jésus-Christ, afin que de cet holocauste s'exhale une odeur de suavité qui réjouisse le ciel et embaume la terre.
Cou m u x i o x . 2 Ço r. 1 .
Si la communion perfectionne ici bas l'union av< Dieu , on peut bien assurer que l'espril de Dieu agissant alors en nous, est la perfection même d<
LE SAINT JOUR DE LA PENTECOTE. 58 l
cette union , et quand il se répand dans les coeurs à la suite du corps , du sang et de la divinité de Jésus- Christ , nous sentons tous les biens que procure la présence vivifiante et vivifiée du Sauveur, nous sentons la vie de Dieu qui circule dans toutes les parties de notre être spirituel, nous éprouvons cette force, cette vigueur, ce renouvellement , ce bien-être qui succède au premier travail de la nourriture divine , et nous nous écrions dans les transports de la fidélité et de la reconnoissance : Oui, c'est bien Dieu qui nous confirme en Je sus- Christ, qui nous affermit et nous enracine dans sa charité ; c'est lui qui nous a sacres de son onction , en sorte que nous sommes ses oints, ses christs , et que nous ne faisons qu'un avec son Christ par excellence: c'est lui qui nous a marqués de son sceau ; il est infiniment sage et éclairé , et il nous a marqués au sceau de sa sagesse, de son intelligence ? de sa science et de son conseil ; il est infini meut puissant et saint , et il nous a marqués au sceau de sa force, de sa piété et de sa crainte : c'est à cette marque que nous sommes sa possession sur la terre et qu'il sera la nôtre dans les cieux : c'est lui enfin qui pour arrhes de ses promesses nous a donné le Saint-Esprit dans nos cœurs, a fait descendre en nous avec Jésus-Christ l'Esprit de Jésus-Christ , nous fait communier à Dieu et à l'Esprit de Dieu habitant en nous , à cet esprit par lequel nous crions : Mon Père, mon Père, et en vertu duquel Dieu nous répond : Mon enfant , mon enfant , mon héritier , mon héritier. Ah ! que les fidèles comprennent bien , aujourd'hui et toujours , qu'ils n'ont participé qu'à demi aux saints mystères, quand s'unissant à Dieu par son sacrement, ils ne s'unissent pas à l'Esprit de Dieu par la vertu de son sacrement, quand se nourrissant de Dieu à l'autel , ils ne vivent, pas de Dieu, pour Dieu et selon Dieu, dans tout l'ensemble de leur conduite.
Postcommunion.
Seigneur, que V infusion du Saint-Esprit purifie nos cœurs, et que l'aspersion pénétrante de sa rosée
fà'2 LE SAINT JOUR DE LA PENTECÔTE.
céleste les rende féconds en toute sorte de bonnes œuvres. L'Eglise , en terminant par ees paroles le sacrifice de notre grande solennité, demande que la descente du Saint-Esprit en nous persévère, et devienne une demeure permanente; carde même que les grosses pluies d'orage ne détrempent pas la terre altérée , et ne font que la sillonner par des torrens rapides , ainsi quand l'esprit de Dieu saisissoit Baiaam , Saùl et Caïphe pour les faire prophétiser, il passoit comme un torrent par leurs bouches sans entrer dans leurs cœurs : mais aussi , de même que les pluies, quand elles tombent en rosée, humectent doucement la terre, la détrempent à loisir, la pénètrent, bien avant, et fécondent le germe des fruits reçu dans son sein, ainsi quand l'esprit de Dieu se répand en pluie salutaire et en douce rosée dans les cœurs fidèles, sa vertu pénétrante en fait sortir les vapeurs grossières et terrestres , y demeure comme un principe de fécondité, et développe sans obstacle le germe de toutes les vertus chrétiennes. C'est la grâce que l'Eglise demande en ce moment , et que nous devons demander , en quittant l'autel , à l'Esprit créateur, régénérateur et sanctificateur de nos âmes; lui disant de toutes nos forces : Maintenant que les nuées sacramentelles ont fait pleuvoir le juste par excellence , cieux , répandez votre rosée , que la terre de mon cœur qui a reçu ce germe béni s'ouvre à votre influence salutaire, et qu'elle fasse germer au dehors le Sauveur, en montrant sa vie dans toute ma vie, ses exemples et ses vertus dans toute ma conduite î
Fête à dévotion.
DOUBLE- MAJEUR
Introït. Rom. 7. Ps. 80.
La promulgation de la loi nouvelle dans le cénacle a abrogé par le fait la loi de crainte publiée sur le mont Sinaï 5 aussi en approchant de l'autel qui est la véritable montagne de Dieu , environnée d'amour et non plus du tonnerre et des éclairs, les nouveaux baptisés et les fidèles régénérés par les sacremens et par l'esprit du Seigneur peuvent s'écrier : Poussez des cris de joie en l'honneur de Dieu ?iotre protecteur, chantez les louanges du Dieu de Jacob , au jour insigne de cette solennité. Et pourquoi ? c'est que maintenant nous sommes affranchis de la loi de mort qui nous retenoit captifs : le joug de la loi antique étoit le joug des esclaves , il pesoit sur nous avec ses observances multipliées à l'infini , comme l'occupa pation continuelle dont on accable les serfs de peur qu'ils n'aient le temps de penser à briser leurs chaînes : ce joug étoit encore une occasion continuelle de mort , parce que destitué de l'esprit de la grâce et de ïa foi , il ne produisoit de lui-même que des œuvres mortes , parce que la connoissance seule de la loi ne sert souvent qu'à rendre plus criminel et plus condamnable. Or, grâce à l'Evangile , cette loi des serviteurs a fait place à la loi des enfans, cette loi de mort est abrogée par la loi de vie ; mais c'est afin que nous servions Dieu , non plus comme des serviteurs dans l'ancien esprit de crainte , mais comme des enfans dans l'esprit nouveau de son amour. Prenez donc, fidèles, prenez maintenant les ailes delà liberté de Dieu , les ailes de l'amour de Dieu ? les
ailes de l'esprit de Dieu , et venez au nouveau Sinaï entendre publier la loi de grâce , la voir graver dans vos cœurs par le doigt divin , et recevoir non-seulement la loi, niais le législateur lui-même, qui descendra dans vos âmes pour se former de vrais adorateurs en esprit et en vérité.
Collecte.
Dana cette prière , l'Eglise demande les fruits du grand renouvellement des chrétiens régénérés dans l'eau et dans le Saint-Esprit. 0 Dieu, qui avez formé toute créature, dont nous sommes nécessairement les ouvrages et les enfans par la seule condition de notre existence : Daignez accorder à vos serviteurs, à qui vous avez donné une seconde naissance par le baptême, et que vous avez fortifiés dans cette régénération par la plénitude de l'effusion et des dons du Saint-Esprit, d'être inscrits au rang de vos enfans d'adoption Père saint, nous sommes l'ouvrage de vos mains; Fils rédempteur, nous sommes le prix de votre sang ; Esprit de grâce , nous sommes les vases que vous remplissez de votre amour : Trinité adorable , marquez-nous encore du sceau de l'adoption divine , afin que cet ouvrage ne périsse pas , que ce prix ne soit pas perdu, et que ces vases de sanctification ne soient pas brisés un jour comme des vases de colère. C'est cette grâce finale que nous allons demander à la messe , quand le prêtre dira les mains étendues sur les oblations : Nous vous prions, Seigneur,... de nous arracher à la damnation éternelle malgré notre inconstance , et de nous admettre au nombre de vos élus, dans ce troupeau fidèle que vous adopterez alors pour jamais.
Epître. Act. 10.
Les merveilles de la descente du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte se renouvelèrent plus d'une fois dans l'Eglise naissante , ainsi qu'on le lit aux Actes des Apôtres ; ces signes et ces opérations extérieures étoient nécessaires à l'affermissement de la foi dans ces premiers temps ; mais elles ont cessé lorsque l'E-
vangile fut suffisamment établi, et depuis l'Esprit saint ne marqua sa présence sur les fidèles dans la confirmation et dans ses autres communications que par les fruits spirituels et intérieurs qu'il produit dans les âmes. Nous avons dans Pépître de ce jour un exemple frappant de cette venue sensible de P Esprit de I)ieu , à la suite d'une prédication de saint Pierre : Comme Pierre parlait encore , est-il écrit, le Saint -Esprit descendit visiblement surtovs ceux qui ècoutoient la parole. Pierre nous parle encore , nous entendons retentir dans l'Eglise le même discours qu'il adressoit aux premiers fidèles , touchant le Sauveur établi de Dieu , juge des vivans et des morts , annoncé par tous les prophètes comme la source de la rémission des péchés pour ceux qui croient en lui : puisse donc également la même merveille se renouveler dans nos cœurs en entendant ce récit ! puisse l'Esprit saint descendre sur tous ceux qui entendent avec foi l'instruction liturgique ! Oh , alors , comme elle opéreroit fortement en nous, comme elle nous remplirait de lumière , de sainteté , de force , de grâce et d'onction , et comme elle nous préparerait dignement à offrir Jésus-Christ et à nous brûler du même feu qui va consumer la victime !
ALLELUIA. Âct. 1.
Nous voyons à la fin de Pépître que , par suite de la prédication de Pierre et de la descente sensible du Saint-Esprit sur les auditeurs , le baptême chrétien , au nom de Jésus-Christ, fut administré à ces nouveaux prosélytes ; et , pour célébrer ce baptême de grâce et de vie , comme aussi pour réveiller le souvenir de ce que nous y avons reçu nous-mêmes autrefois, l'Eglise nous montre la différence énorme qui se trouve entre le baptême dans l'eau seule de la pénitence et le baptême dans Peau et dans le Saint- Esprit pour la rémission des péchés. Elle nous dit par la bouche du Sauveur : Jean a laptisé dans Veau , son baptême , comme son ministère , n'étoit qu'une simple préparation , c'étoit une exhortation puissante au salut , mais ce n'étoit pas le moyen efficace
du &a\.tit y pour vous, vous serez baptises wans fe Saint-Esprit , vous serez plongés dans la source -de ses dons el.de ses grâces, vous serez inondés, investis de cet océan de lumière , de sainteté , de force et de vie. Voilà ce que nous avons reçu avec mesure dans le baptême, avec plénitude dans la confirmation , e( voilà encore ce qui nous sera donné avec abondance dans l'eucharistie et dans le renouvellement de cette auguste solennité.