‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 75 sur 95 · ALLELUIA · texte numérisé non relu

ALLELUIA

On dit pour second Alléluia , l'invocation au Saint- Esprit, comme au jour de la Pentecôte : puis on chante la Prose de la Fête.

Evangile. Jean j 3.

Toute occupée dans ces saints jours de la renaissance spirituelle de ses enfans , l'Eglise a choisi dans l'Evangile le sujet qui a le plus de rapport à cette régénération , l'entretien de Jésus-Christ avec Nicodème. On ne peut donner ici qu'une analyse trèssuccincte de cet entretien qui renferme les vérités les plus sublimes et les mystères les plus profonds j mais ce peu suffira pour ouvrir aux fidèles la mine qu'ils doivent épuiser dans leurs méditations. En vérité > en vérité > je vous le dis : nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu s'il ne renaît de Veau et du Saint-Esprit 'y voilà la nécessité du baptême bien établie , la matière du baptême bien précisée , l'effet merveilleux du baptême solennellement annoncé. // faut donc } après être né une première fois à la vie matérielle , que l'homme renaisse une seconde fois à la vie spirituelle , pour posséder un jour une vie éternellement heureuse; et c'est l'Esprit saint qui est le ministre et le dispensateur de cette seconde naissance. Et Jésus-Christ, développant sa pensée, ajoute: La première naissance du sein de nos mères donne une vie charnelle et animale ; la seconde , qui vient de l'Esprit saint, donne une vie spirituelle, sainte et divine. Chrétiens , vous avez en vous deux vies , l'une reçue du premier Adam, vie terrestre et de

i.INbl DE LA PENTECÔTE. 38y

péché ; l'autre reçue de Jésus-Christ le second Adam, par l'opération de son Esprit, vie céleste , vie intérieure , vie d'union à Dieu , vie de foi , d'espérance et d'amour, vie commencée dans le baptême, réparée dans la pénitence , affermie dans la confirmation , tre tenue et consommée dans l'eucharistie ; de la-

enti

quelle de ces deux vies vivons-nous ? C'est la grande question que l'Esprit du Seigneur nous fait aujourd'hui , il faut y répondre, et ne pas mentir à l'Esprit de vérité. Comme Nicodèmé ne comprenoit encore rien à cette régénération que Jésus-Christ lui avoit enseignée à l'aide d'une comparaison , le Sauveur emploie une autre comparaison pour lui en démontrer îa possibilité : L'Esprit, lui dit-il , le vent soufflo où il veut, sans qu'on puisse le susciter, le calmer, ie diriger : vous eu entendez le bruit y vous en ressen lez l'impression, il existe, et cependant vous ne le voyez pas : vous ne savez d'où il vient } ni où il va : il en est de même de tout homme qui est né de V Esprit. ( Bans la langue originale le même mot signifie vent et esprit. ) Or, ce veut qu'on ne voit pas, cl nt on entend le bruit , dont on sent les effets, est une image de cet Esprit saint qu'on ne voit point agir au-cledans de l'homme , où il souffle cependant comme il lui plaît et quand il lui plaît : le vent est ce qu'il y a de plus propre dans la nature à faire connoître la puissance de Dieu , l'incompréhensibilité de ses œuvres , et à faire sentir à l'homme sa foi blesse et sa dépendance. A tout cela, Nicodème ne peut rien répliquer, sinon : Comment cela peut-il se faire ? Comment, pourquoi, voilà le dernier retranchement de l'orgueil de l'homme contre la science de Dieu. Ah ! quand on s'est bien instruit des vérités de la foi , qu'on en a touché les preuves du doigt, il n'y a plus à demander : Pourquoi ? Arrivé à ce point où la lumière de l'homme pâlit devant les mystérieuses obscurités de la foi , il faut se soumettre ; et si Ton dit encore : Pourquoi? c'est que les obstacles au salut du côté du cœur sont bien plus grands en nous que les difficultés de l'esprit le plus inquiet et le plus présomptueux : c'est que l'on fuit la lumière qui est

.Ï88 LUNDI DE LA PEMIXOTi:.

assez vive pour nous diriger sûrement, c'est qu'on iui préfère les ténèbres pour ensevelir ses œuvres mauvaises , tandis que , si les œuvres étoient bonnes et faites en Dieu , on rechercheroit avec joie la lumière de Dieu , et l'on trouveroit avec amour la vérité de Dieu. Alors , devenus les en fans de cette lumière et les amis de cette vérité , le Saint-Esprit souffleroit fortement dans notre ame ; il ne se contenteroit plus de vaincre les obstacles de l'esprit et du cœur pour nous conduire à la foi, il nous parleroit comme à Nicodème le langage du ciel pour nous amener à une foi parfaite. La divinité de Jésus-Christ deviendrait le fondement de cette foi , la mort de Jésus-Christ , le principe de notre espérance , l'amour du Seigneur qui nous a donné son Fils unique pour Sauveur, et son Saint-Esprit pour sanctificateur, seroit le puissant motif de notre amour envers Dieu , et l'exercice d'une telle foi , soutenue de l'espérance , enflammée parla charité, nous mériteroit sûrement la grande et éternelle régénération.

Offertoire. Hèhr, 9.

En approchant de l'autel de Dieu , nous chantions que nous étions délivrés de la loi de mort pour servir le Seigneur dans un esprit nouveau 5 en approchant maintenant du Dieu de l'autel , nous puisons l'assurance que cette heureuse délivrance va nous être appliquée , et qu'aux œuvres mortes va succéder un culte méritoire en esprit et en vérité. Le sang de Jésus-C'nrist, disons-nous , qui s'est offert lui-même à Dieu comme un agneau sans tache , par le mouvement du Saint-Esprit , et qui va nous appliquer le fruit , la vie et l'esprit de ce sacrifice en en renouvelant l'oblation sur l'autel, purifiera îiotre conscience des œuvres mortes et qui donnent la mort , afin de servir, véritablement et par le mouvement de l'Esprit sanctificateur, le Dieu vivant. On voit dans ce peu de mots quel est le prêtre et la victime du sacrifice de la croix et de la messe, à qui il est offert, pourquoi on l'offre , et par le mouvement de qui agissent si excellemment et le prêtre et la victime. La messe est

LUXDI DE LA PENTECOTE. J «S f )

donc un sacritice où Dieu , mu par l'Esprit de Dieu , offre à Dieu Dieu lui-même , pour la délivrance des hommes et pour leur salut éternel. Que cette pensée doit nous pénétrer à l'offrande d'amour, de reeonnoissance , de crainte et de respect , et comme nous devons désirer que le même mouvement de l'Esprit saint vienne diriger nos esprits et nos coeurs pour nous unir dignement à la céleste oblation !

Secrète.

Que nos offrandes y Seigneur, soient consacrées par la venue de l'Esprit saint, qu'il descende sur les dons sacrés pour les féconder et les changer au corps et an sang de Jésus-Christ , qu'il descende dans nos cœurs unis à la victime pour les féconder aussi et pour les changer en la vertu de Dieu , afin que nous ayant absous de tout péché par cette bienheureuse venue , nous renaissions enfans dyadoption et héritiers du ciel , après avoir été plongés dans le baptême du Sauveur, c'est-à-dire dans les mérites de sa Passion et de son sang répandu pour nos offenses.

Communion, i Cor. 12.

Nous avons tous été baptisés pour faire un même corps en Jésus-Christ par le même espttt : et nous recevons tous le divin breuvage pour être tous unmême esprit. Par le baptême les fidèles sont incorporés à Jésus- Christ , et par conséquent deviennent les membres du même chef dans un même corps dont le Saint-Esprit est l'âme et la vie 5 par la sainte eucharistie , nous sommes tous abreuvés du même sang, nous en devons retirer un même esprit, un même mouvement de volonté, et par conséquent n'avoir qu'un coeur et qu'une ame avec notre Dieu et avec nos frères. Oh ! si le baptême seul nous oblige à une si forte union avec les pensées , les désirs et les actions de notre divin chef, si la sainte communion perfectionne ce lien d'union et le consomme, quelle ne doit pas être la vie de charité du chrétien rendu participant par le baptême et l'eucharistie de la grâce , de l'amour, de l'esprit , de la vie de Dieu,

3gO MARDI DE LA PENTECÔTE.

du corps , du sang , de l'ame et de la divinité de Jésus-Christ ! 11 doit pouvoir dire en toute vérité, comme l'Apôtre : Je vis... non , ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi.

POSTCOMMUNION.

A cette vie divine commencée . conservée, perfectionnée de jour en jour sur la terre, doit succéder une vie divine consommée à jamais , immuable , éternelle dans le ciel: et c'est la grâce par excellence que 1 Eglise demande en terminant le sacrifice. Dieu tout-puissant et éternel , faites entrer un jour dans votre royaume ceux que vous avez régénères dans votre Esprit saint , et nourris de la chair du Sauveur, après que vous serez entré si souvent dans leurs cœurs pour y régner ici bas ; afin que la foïblesse du troupeau que vous avez conduit sur le bord des eaux rafraîchissantes et dans des pâturages abondans, parvienne là où l'a précédé le "pasteur dans son élévation. Toujours la messe se termine par le désir et le souhait de la vie éternelle , ce n'e-st que là que les fruits du sacrifice arrivent à maturité, et l'Eglise nous le fait clairement entendre par ces paroles dans la participation à la victime : Que le corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ garde vos âmes pour la vie éternelle.

Fête à dévotion.

DOUBLE-MAJEUR

Introït. Eccli. 2zj. Ps. t\\.

Hier nous chantions avec des cris de joie notre délivrance en nous présentant à l'autel , aujourd'hui Dieu nous invite avec l'accent de la tendresse à pas-

MARDI DE LA PENTECOTE. 3g ï

ser de son côté , puisqu'il a rompu nos liens et puisqu'il promet mille faveurs à ce saint usage de la liberté des enfans de Dieu. Passez à moi, venez sur la rive de la paix et de la vie , vous tous qui nie désirez avec ardeur, et rassasiez-vous des fruits que je produis : venez, mon esprit de bonté vous conduira dans une terre fertile et heureuse , et mon esprit est plus doua; que le miel, et mon héritage que je vous promets dans la véritable terre promise est préférable au rayon de miel le plus suave, et au lait le plus pur et le plus doux. Il n'est pas d'invitation plus belle pour nous conduire au sacrifice , et du sacrifice jusqu'à Dieu dans le ciel : nous y trouvons le détail des fruits excellens de l'oblation , délivrance spirituelle, liberté précieuse , guide plein de douceur , héritage éternel : mais nous y trouvons aussi les dispositions au sacrifice , désir, ardeur pour aller à Dieu , et ces heureux sentimens mus et dirigés par le Saint- Esprit. Répondons en conséquence à cette invitation avec toute la ferveur des chrétiens régénérés, avec toute l'activité de la faim et de la soif de la justice : Comme le cer/Yatigué soupire après Veau des fontaines, ainsi mon ame soupire vers vous, ô mon Dieu. Je viens de rappeler le cri de votre amour qui nous presse , et dans l'effusion de mon ame , j'ai dit Pourquoi serois-tu triste, qui pourroit te troubler maintenant? espère, ô mon ame, car nous allons passer jusqu'au lieu du tabernacle admirable et jusqu'à la maison du Seigneur.

Dieu de miséricorde , nous voilà réunis à votre voix^, voilà £jue nous marchons vers vous à l'ombre de votre esprit; faites que votre Eglise, que la famille de vos enfans , rassemblée sous les ailes protectrices de V esprit [de \force, ne soit jamais Jroublée] par Je s attaques de l'ennemi. Il semble que la réunion de la messe soit le rassemblement des petits sous les ailes de la mère , c'est là que dans un même esprit de famille nous nous réfugions pour trouver l'abri et le secours au milieu des combats : Jésus-Christ déploie

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alors sur l'autel les ailes de son amour, et quand i) remonte vers le ciel après l'oblation , c'est 1 esprit de charité qui vient nous couvrir à son tour pour nous conserver le secours que nous avons ressenti , pou» nous faire avancer sous sa protection dans le voyage de cette vie au ciel. De sorte que si la messe renouvelle les mystères d'un Dieu naissant et mourant pour nous, elle se termine encore par les fruits de la résurrection et de l'ascension , et se trouve couronnée enfin par le renouvellement du mystère de la Pentecôte , c'est-à-dire par l'effusion et la conduite du Saint-Esprit qui vient diriger nos âmes après le sacrifice.

Epi t re. Act. 8.

Ce passage du livre des Actes contient les fondemens de notre foi par rapport au sacrement de confirmation , et ce ne doit, pas être pour nous une légère consolation de voir que les opérations de l'Esprit saint dans ce sacrement n'ont pas moins de force dans la suite des siècles que dans les premiers jours de l'Eglise , bien que les prodiges et les signes extérieurs ne se renouvellent plus parmi nous. On voit dans ce passage , i° l'ordre de l'administration de la confirmation ; elle succède au baptême , et imprime à notre, ame le caractère de parfait chrétien après que nous avons déjà reçu le sceau des enfans de Dieu. 2° Son ministre ; ce sont les apôtres Pierre et Jean qui sont envoyés vers les fidèles déjà baptisés par de simples prêtres, et par conséquent les évêques seuls , successeurs des apôtres dans le ministère, sont ministres ordinaires de ce sacrement. 3° La matière et la forme : dans la 'prière sacramentelle , dans l'imposition des mains et dans l'onction du saint chrême, ainsi que l'a toujours entendu la tradition appuyée sur la parole expresse de Dieu et sur la pratique constante et universelle. Car quoique le livre des \ctes ne parle pas de l'onction en cet endroit, les apôtres en parlent si clairement et si solennellement dans leurs lettres, qu'il est impossible que ce rile n'ait pas été regardé de tout temps comme essentiel

à la confirmation. 4° Les effets de ce sacrement : ils leur imposoient les mains, et ils recevoient le Saint- Esprit avec la plénitude de ses dons et l'abondance de ses grâces, et ils trouvoient dans ce secours la perfection d'une vie chrétienne qui faisoit l'admiration du monde, et la grâce de rendre témoignage à Jésus- Christ avec grande force. Si nous venons à l'autel, après avoir ressuscité en nous la vertu du baptême et la grâce qui nous a été donnée par l'imposition des mains , nous trouverons dans l'eucharistie la consommation de l'union avec Dieu , et l'homme spirituel et intérieur créé en nous par le baptême, accru et fortifié par la confirmation, arrivera par l'eucharistie à la plénitude de l'homme parfait en Jésus- Christ.

Alléluia. Ezéck. 36.

Noterai de vos entrailles, dit le Seigneur par son Esprit, le cœur de pierre, ce, cœur dur, insensible, rebelle , ingrat , que possédoient v^os pères dans l'ancienne alliance, et je vous donnerai un cœur de chair, un cœur docile à mes inspirations , impressionnable aux mouvemens de ma grâce , sensible à mes bontés ; et vous serez mon peuple, et moi je serai votre Dieu, et l'alliance sera nouvelle et éternelle. Venez donc, esprit d'union , renouvelez jusqu'au fond de mes entrailles l'esprit d'innocence et de droiture , créez en moi un cœur pur et docile , donnez-moi un cœur formé de la chair de Jésus-Christ , vivifié de son sang, animé de sa vie; vous fûtes le dispensateur du grand mystère de l'incarnation, c'est vous, Esprit créateur, qui formâtes en Marie la chair et le cœur de l'homme-Dieu , accomplissez en nous toute l'étendue de ce mystère, formez Jésus-Christ en nous, et que l'on puisse dire de chaque fidèle ce que saint Jean Chrysostôme disoit de l'Apôtre : Le cœur de Paul étoit le cœur même de Jésus- Christ.

Alléluia.

On dit pour second Alléluia V invocation an Saint-

y\}\ ma uni in: i, \ i>i;nti •coi i .

Esprit comme au, jour de la Pentecôte : puis an chante

la prose de la fête.

Evangile. Jean, 10.

Jésus-Christ, la sagesse éternelle, nous a dit de passer à lui, de nous laisser conduire par son Esprit jusqu'aux pâturages éternels, de ne pas nous contenter d'avoir reçu l'Esprit saint, mais encore de vivre de cet esprit et de marcher dans cet esprit, ceuxlà seuls étant ses enfans et devant être ses héritiers, qui sont conduits , poussés , dirigés au ciel pan l'esprit de <Dieu; et récapitulant, pour ainsi dire, cette haute doctrine dans l'évangile de ce jour, il nous déclare : qu'il est la porte, et la porte unique du, bercail, que celui qui entre par la porte est véritable pasteur ; par conséquent, l'Esprit saint, qui nous conduit au bercail de la terre et du ciel par Jésus- Christ , par ses enseignemens, ses vertus , ses mérites et ses sacremens, est vraiment le pasteur de nos âmes. Le Dieu qui garde les portes du salut lui ouvre avec empressement , les brebis entendent sa voix , il les précède et elles le suivent. Si on entre par Jésus- Christ et par son Esprit , on sera sauvé 3 on marchera en pleine liberté, on trouvera les pâturages, Je suis venu, ajoute-t-il en terminant , pour que les brebis aient la vie, et qu'elles V aient abondamment : ce qu'on peut entendre de la mission du Sauveur et de la mission de l'Esprit saint : je suis venu pour que le troupeau ait la vie -7 voilà le bienfait de la rédemption : je suis venu pour que le troupeau ait la vie abondamemnt, pour qu'il possède , avec la vie de la grâce par les sacremens , tous les dons et tous les fruits d'une vie spirituelle , voilà le couronnement de la rédemption parle ministère de l'Espri? de Dieu dans les cœurs. Or ce que l'opération divine fait dans tout l'ensemble de la vie chrétienne , la messe l'opère en abrégé dans sa merveilleuse concentration des biens du salut 3 c'est Jésus-Christ qui nous ouvre les portes du sanctuaire , c'est son Esprit qui nous y introduit, qui nous fait entendre la voix du pasteur dans l'instruction liturgique , qui bous

MARDI DE tA PENTECÔTE. 39')

précède à l'oblation, qui nous fait trouver la vie clans la mort et l'immolation de la victime , et qui nous en communique le bonheur et l'abondance dans la communion. Ou devrait graver en lettres d'or sur chaque autel catholique ces paroles : Je suis venu pour qu'ils aient laine et qu'ils V aient abondamment , si ces consolantes paroles ne s'y trouvoient déjà gravées du sang même de Jésus-Christ.

Offertoire. Ezèch. 36,

Je mettrai mon esprit au milieu de vous ; à l'invocation , que contiennent les prières de l'offrande } je le ferai descendre sur les dons offerts , je le placerai au milieu de l'assemblée sainte , et mieux encore au milieu de vos cœurs : et je vous ferai marcher dans mes commandement , garder et pratiquer mes ordonnances : voilà en quelle manière le sacrifice de la messe va renouveler les merveilles spirituelles du jour de la Pentecôte, et voilà pourquoi Dieu va nous y donner une part heureuse à l'effusion de son esprit. Venez donc dès ce moment , Esprit sanctificateur, Dieu tout-puissant et éternel, venez frapper à la porte de nos âmes, notre volonté ouvrira au premier coup : venez succéder en nous à la présence sacramentelle du Sauveur, qui ne peut subsister long-temps à cause de la fragilité des espèces sous lesquelles il. se donne à nos cœurs 5 et quand vous serez au plus intime de notre être comme la vie après le travail de la nourriture , faites-nous avancer vers le ciel dans l'exercice de la charité et dans la pratique des commandemens , qui est la seule et véritable preuve de notre amour pour Dieu.

Secrète.

L'Eglise demande l'effusion du Saint-Esprit sur le sacrifice et sur ceux qui l'offrent , pour opérer deux choses : la première, pour changer par la transsubstantiation le pain et le vin au corps et au sang rie Jésus - Christ; la seconde, pour purifier nos cœurs et les rendre dignes de participer aux dons sacrés devenus le sacrement de nos autels. Appelons donc de tous nos

3c/> MARDI DE LA PLISTlXÔn;.

efforts cet Esprit créateur et sanctificateur, qu'il descende comme le feu de l'holocauste , que ce feu divin dévore la substance matérielle des oblations, que cette eharité céleste produise Jésus-Christ entre les mains du prêtre, et que cette source vive lave nos âmes de toute souillure coupable et terrestre , pour préparer à Dieu une habitation digne de Dieu, comme la coopération de ce même esprit a disposé le corps et l'amede Marie à devenir le temple et le sanctuaire de la divinité.

Communion. Jean, 10.

Au moment de la communion de ce jour , au moment où l'abondance de la maison de Dieu passe de l'autel dans nos cœurs, l'Eglise n'a pu s'empêcher de répéter ces touchantes paroles du Sauveur : Je suis venu pour qu'ils aient la vie et 'pour qu'ils l'aient abondamment. Oh! je lereconnois, ô mon Dieu, voilà le but et la richesse de votre visite ; Seigneur, donnez-moi votre vie en me donnant votre corps et votre sang: Esprit du Seigneur, donnez-moi l'abondance de cette vie en versant en moi par torrent l'esprit vivifiant de mon Sauveur. Que je comprenne bien et pour toujours que la nourriture divine doit produire une vie divine , et que l'esprit de Dieu est l'ame et la nourriture de cette vie. Je veux être à vous , Seigneur ; faites-moi donc bien savoir que je ne puis vous appartenir si je n'ai pas votre esprit, mais que si je le possède , j'ai en lui une part abondante à votre table , dont la desserte, pour ainsi parler, est riche de charité, de joie , de paix , de patience , de bonté, de douceur, de foi , de modestie et de pureté.

Postcommunion.

Recevoir l'esprit de Dieu en nous , vivre de l'esprit et selon l'esprit de Dieu habitant au milieu de nous , marcher au ciel dans cet esprit de Dieu , sous sa conduite et son influence divine , voilà ce que doit produire par degré le mystère de la Pentecôte , et voilà ce que l'Eglise a voulu nous faire entendra dans ces trois jours de fête. Au jour même de la Peu-

tecote , la nécessité de recevoir l'Esprit saint; hier, la richesse de la vie qu'il a dû nous communiquer ; aujourd'hui enfin le mouvement heureux qu'il nous imprime pour tendre à l'héritage des enfans de Dieu. Sanctifiez donc , Seigneur, pouvons-nous dire maintenant en terminant le sacrifice et la solennité , sanctifiez votre Eglise par ces divins mystères ; et ce que vous avez fait par votre esprit dans les commencemens de la prédication èvauyélique, vous formant des coeurs pleins de foi-, de force, de charité et de persévérance, opérez-le maintenant sans ce<se par le même esprit dans le cœur do ceux qui croient en vous ; faites qu'après cette consommation et ce couronnement de tous nos mystères , il y ait dans les fidèles un renouvellement de vie qui demeure , qui s'accroisse et se fortifie dans l'exercice de la charité pendant le cours ordinaire de l'année chrétienne. Si ce temps ordinaire et commun pou voit êtreNiussi beau , aussi fervent que l'ont été les premiers jours de l'Eglise après la descente du Saint-Esprit, quels fruits de piété mû* riroient dans les âmes, et comme ces âmes reprendroient une vigueur nouvelle et toujours croissante en recommençant avec Tannée religieuse le cercle admirable de vos mystères et de vos bienfaits ! Si la ferveur de l'autel , si l'heureuse impression de la table sainte s'étendoit d'une messe à l'autre , d'une communion à une autre communion , pour sanctifier tout le vide qui se trouve entre ces sacrés exercices, pour servir d'action de grâces aux bienfaits reçus et de préparation à de nouvelles faveurs , comme la vie chrétienne seroit belle et heureuse , et comme on trouverait en nous des jours pleins , après avoir été remplis de la plénitude de Dieu!

Nous voilà maintenant arrivés au temps ordinaire de l'aimée ecclésiastique , tous les mystères sont accomplis avec les jours de la Pentecôte , et ce qui nous reste à founir de la carrière sainte s'appelle la route de la vie et. de la charité. Or pour arriver heureusement au terme , retenons, pour tout l'espace qui nous reste à parcourir, cette

3 gS 31AKDI DE LA PENTECOTE.

parole : Passez à moi , vous gui me désirez avec ardeur, ei compi crions que cette parole est de tous les jours, qu'elle doit, rendre perpétuel en nous , ainsi que le désire l'Eglise, le mystère de la pâque ou du passage. Car la fêle de Pâque est à la fois la fête centrale de l'année sainte, et le mystère central d'une vie sanctifiée ; tout ce qui la précède depuis l'Avent est une préparation à la grande solennité et au grand passage, tout ce qui la suit jusqu'après la Pentecôte , est une continuation du saint jour et un développement progressif du mystère du passage à Dieu et au ciel. Mais enfin après la Pentecôte, le progrès spirituel qui doit nous conduire à une union intime avec Dieu et avec le prochain, qui doit nous faire trouver dans cette union le bonheur de la vie présente et le gage de la félicité à venir, ce progrès est épuisé; V espérance est venue appuyer la foi, la charité est venue enfin embraser ces deux vertus de ses feux ; il faut vivre maintenant de cette union, dans cette union, avancer sans attendre plus de bienfaits et plus de lumières , et avancer tellement que nous arrivions à l'union éternelle. Retenons donc pour tous les jours qui vont suivre cette parole : Passez à moi, vous gui me désirez avec ardeur y passez d'une foi solide à une foi fidèle , d'une espérance ferme à une espérance généreuse, d'une charité ardente à une charité qui ne s'éteigne jamais '.passez des instructions reçues k une instruction entretenue régulièrement, de quelques œuvres satisfactoires à une vie de pénitence et de mortification , des &acremens fréquentés dans nos solennités à la fréquentation fervente des sacremens , de la connoissance et de l'amour de votre Dieu à un accroissement de connoissance et d'amour , du retour a la grâce à la persévérance dans la grâce , d'une vie bonne à une vie toujours meilleure , passez enfin du monde à Dieu , de vous-mêmes à Dieu j de la terre à Dieu.

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