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EXPÉRIENCES EN AMÉRIQUE

Baltimore, mardi 12 avril 1853.

A Mme Sarah-Hélène Whitman , Providence R. J.

Chère madame,

Je saisis un moment de loisir pour vous informer plus amplement que je n'ai fait jusqu'à ce jour des manifestations physiques dont je vous ai dit un mot. Voici ce qui m'est arrive avec l'esprit de John C. Calhoun : — Les communications que j'en ai reçues me sont parvenues tantôt par coups (rappings), tantôt par écrit (writing), tantôt de vive voix (speaking). — Elles sont les plus saisissantes du monde. Dans ses meilleurs jours sur la terre elles auraient fait honneur à Calhoun.

A l'arrivée de MllfcS Fox à Washington, en février dernier, j'allai leur faire une visite, et l'esprit de Calhoun s'annonça im-

médiatemeot chez elles. J'écrivis alors , mais sans la montrer, la question suivante : — Pouvez-vous , par quelque phénomène physique, me confirmer la vérité des révélations, et écarter de mon esprit jusqu'à l'ombre du plus léger doute ?

Réponse : J'aurai avec vous un entretien lundi, à sept heures et demie; n'y manquez pas: je vous expliquerai ce qui se passe.

John C. Calhoun.

Il est bon d'observer ici que cette réponse a été faite lettre par lettre, un coup pour chacune , suivant la mélhode ordinaire, et en présence de madame et de mesdemoiselles Fox.

Je revins en conséquence le lundi à l'heure convenue ; voici ce qui me fut écrit : « Mon ami, on vous demande souvent quel t bien peuvent faire nos manifestations. Je réponds a cela : » elles ont pour but de rapprocher les hommes, en convainquant » les sceptiques de l'immortalité de l'àme. » Ceci me rappelle qu'en 1850, à Bridge-Port, en présence d'autres médiums, parmi plusieurs questions posées et plusieurs réponses reçues, la question : Qu'est-ce que se proposent les esprits en se manifestant a nous? provoqua de la part de W. M. Channing une réponse absolument semblable à celle de Calhoun : « Unir le genre humain et convaincre les sceptiques d'une autre vie.» Celte rencontre de deux esprits si élevés , sur un point si important, est digne, ce me semble, d'attention.

Pendant la communication ci-dessus relatée de Calhoun, la table se déplaça, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Quand ce fui fini, nous nous en éloignâmes. Elle marcha toute seule trois ou quatre pieds, s'arrêta, puis revint à sa place, puis repartit, puis retourna, puis leva un de ses côtés, et forma ainsi quelques instants un angle de 35 degrés avec le sol, puis enfin redescendit et ne bougea plus.

C'était une grande et lourde table ronde, a laquelle douze personnes pouvaient dîner. Pendant tous ces mouvements, personne de nous ne la touchait. Ils me donnèrent la curiosité de la peser: je m'en approchai , m'assis, et mis à la soulever toute la force que j'avais dans cette attitude; je ne pus pas la soulever. Je me levai , et ne le pus pas davantage. Je priai les trois dames

de se joindre à moi: nous la finies craquer, mais non quitter la terre. Je demandai aux esprits de me permettre de la soulever, et j'y parvins seul, sans la moindre difficulté.

Alors s'établit entre eux et moi la conversation suivante : — Pouvez- vous faire perdre entièrement terre à une table? — Oui. — Pouvez-vous m'enlever avec elle? — Oui. Prenez la table carrée.

Cette table carrée était une table à thé de cerisier à quatre pieds; nous rapportâmes à la place de la ronde, ses deux allonges levées; je me plaçai dessus, au centre; les trois dames se mirent sur les côtés et a un bout, bras et mains appuyés, augmentant ainsi d'autant le poids de la table et le mien. Deux pieds de la table se levèrent d'abord de six pouces, les deux autres se levèrent ensuite , et la table entière fut suspendue es l'air a six pouces du sol; assis sur elle, je fus agréablement balancé, après quoi elle se reposa doucement.

Va-t-on dire que ça clé un effet d'électricité? Je voudrais bien savoir par quelle loi d'électricité la même table peut, non chargée, être rivée a la terre, et, chargée , en être bientôt emièrement soulevée.

A une réunion subséquente, Calhouu m'invita à apporter trois sonnettes et une guitare. Je les apportai. Les sonnettes étaient de différentes tailles, la plus petite une sonnette de table. 11 ordonna de placer un tiroir renversé sur la table, et les trois sonnettes sur le tiroir. Nous nous assîmes autour de la table, les bras et les mains posés dessus. Les sonnettes commencèrent une espèce de carillon. De nombreux coups firent entendre comme une marche, et les sonuetles se réglèrent sur eux. La marche était lente, solennelle, parfaite; l'oreille la plus difficile n'y aurait pas découvert une dissonance.

Quand les coups s'arrêtèrent, les sonnettes s'agitèrent violemment. Une d'elles vint me sauter sur le pied , sur la cheville et le genou, et les coups sous la table furent si violents qu'un chandelier en dansait. Je regardai, ils étaient marqués sur le bois. L'électricité peut-elle frapper de tels coups?

I.iilin, le bruit cessant, une main se lit sentir à moi aux mêmes places qu'une des sonnettes avait frappées.

Je fus alors invité a mettre la guitare sur le tiroir. Nous

nous assîmes comme pour les sonnettes. Elle résonna d'abord doucement , c'était comme l'accompagnement d'un morceau de musique délicieux. Puis elle joua énergiquement une sorte de symphonie; puis les sons s'affaiblirent, se renforcèrent, s'affaiblirent de nouveau, et cessèrent de se faire entendre comme s'ils s'éloignaient de nous.

Je suis complètement incapable de donner une idée de cette musique. J'ai entendu de charmants airs admirablement joués sur la guitare, jamais je n'entendis rien de si suave.

La musique finie, la table écrivit :

, « C'est ma main qui a touché vous et la guitare.

» John C. Calhoun. »

Une autre fois, le général Hamilton, le général Waddy Thompson, de la Caroline du Sud, et moi, avons assisté ensemble a ce qui suit :

Invités à placer une Bible sur un tiroir sur une table, nous l'y plaçâmes fermée. C'était une petite Bible d'une impression très fine. Des coups nombreux frappèrent la mesure de l'air H ail Colombia, s'affaiblirent ensuite et moururent, comme avait fait la musique de guitare.

L'alphabet fut employé et écrivit : Regardez. Je regardai. La Bible s'était ouverte à l'évangile de saint Jean, le chapitre 2 sur la page de gauche , le chapitre 3 sur celle de droite. Je dis : Voulez-vous que je lise le chapitre 2? — Non. — Voulez-vous le chapitre 3? — Oui. — Je lus, et des coups significatifs furent frappés a beaucoup de versets, les plus forts aux versets 8, 11, 19,34.

Nous supposâmes que cette manifestation était de Calhoun, qui avait invité à la séance ces messieurs et moi.

Une autre fois encore , appelé par Calhoun chez Mlles Fox et leur mère, nous étions assis tous quatre, les mains et les bras sur la table. Je suis invité a mettre sur le tiroir du papier et un crayon. Je les y mets. J'entends un bruit, comme du crayon sur le papier; ensuite des coups signifiant: Prends et taille le crayon. Je regarde et ne vois plus le crayon ; je le cherche, le trouve a

quatre pieds de la table. Le crayon est cassé dans le bois. Je le laille , le replace , entends de nouveau un bruit, regarde le papier , y trouve des marques de crayon , mais rien d'écrit , et la communication que voici nous est faite par l'alphabet : Je n'ai pas assez de force pour écrire une phrase. Ceci vous montre seulement que je puis écrire. Si vous revenez vendredi à 7 heures précises, j'aurai plus de forces.

Joh>t C. Calhoun.

Nous revenons le vendredi, prenons nos places, et mettons le papier sur le tiroir. Je dis à mon ami : Je voudrais que vous lissiez usage de votre écriture de la terre, pour que vos amis puissent la reconnaître. On répond : Vous la reconnaîtrez. Pensez a l'esprit de John C. Calhoun.

J'entends un mouvement rapide. Je regarde sous le tiroir, trouve mon crayon tombé, la feuille de papier dérangée et dessus : l'm with you still (je suis encore avec vous).

Je montre la phrase au général Hamilton, ancien gouverneur de la Caroline; au général Waddy Thompson, ancien ministre "a Mexico; au général Robert Campbell, dernier consul a la Havane; a d'autres intimes amis de Calhoun et à un de ses enfants: tous disent que c'est bien son écriture. Le général Hamilton fait de plus une observation frappante : que Calhoun avait l'habitude d'écrire l'm pour I am, et qu'il a plusieurs lettres de lui où se trouve cette abréviation. Mmc Macomb m'avait déjà dit la môme chose. Son mari , le feu général Macomb, loi avait montré une lettre de Calhoun où cette abréviation particulière a Calhoun avait été remarquée par elle. La phrase est d'ailleurs tout a fait dans le caractère de Calhoun : courte et claire, tout ce qu'il fallait.

11 y aurait, a mon avis, des volumes a écrire sur tout cela. J'y trouve une preuve irréfragable 1° de l'immortalité de l'âme, 2° du pouvoir qu'ont les esprits de revenir visiter la terre, 3° de leur aptitude a communiquer avec leurs patents et amis.

Comme le cœur s'épanouit dans ces communications ! et com-

bien sont étranges les hommes qui résistent a de tels flots de. lumière !

N. P. Tallmadge.

Sénateur, aux Ëlats-Unis.

J'ai vu déplus un homme très spirituel et très savant, dans toute la force de l'âge , qui, après s'être occupé de tables pendant un mois, est arrivé a n'en avoir plus besoin pour communiquer avec les esprits qu'il veut consulter. Il entend ceux-ci ; il sent d'autres idées que les siennes se former dans son cerveau , et sa main les écrit sans qu'il y soit lui-même pour rien. Au lieu de chercher ce qu'il doit écrire, il éprouve la curiosité de le lire. — Ce médium croit qu'il y a un grand danger a se laisser ainsi envahir tout a fait, et qu'il est prudent de laisser toute recherche de côté , quand on s'aperçoit qu'on n'a plus conscience de ce qu'on pense soi-même. Le difficile est de conserver son moi , tout en profitant de ces communications étranges. Il m'a paru en être venu à bout.

Ces derniers faits ont fixé mes idées sur ce que peut être notre intelligence.

11 me semble évident que la source en est, comme je l'ai dit, dans l'air; que tous les êtres organisés en aspirent plus ou moins suivant qu'ils sont doués de plus ou moins d'organes, et que ces organes sont plus eu moins perfectionnés; enfin que quelques unes des parcelles d'éther et d'électricité dont ont été animés les morts que nous évoquons peuvent aussi facilement se laisser aspirer par nous et rester un moment en nous ou passer à

l'aide de notre fluide dans d'autres corps que se manifester par quelque bruit ou apparition à l'aide des éléments de l'atmosphère.

Quand un magnétiseur ajoute, en la faisant rayonner de ses doigts, une part de ce qu'il aspire ainsi, à ce qu'en aspire un somnambule, celui-ci se trouve en possession d'une dose plus forte que celle a laquelle Dieu nous a rationnés, et assez forte apparemment pour n'être plus séparée, par la matière qui l'enveloppe, du réservoir commun dans lequel nous puisons tous; ce réservoir étant l'immensité et la substance qu'il contient pénétrant tout sans solution de continuité, il n'est plus rien que le somnambule n'aperçoive; ni les murs ni les distances ne l'entravent. Les tables sont une preuve de ce grand fait. Elles sont plus intelligentes que nous, parce que les doses d'un certain nombre d'entre nous s'y réunissent, et le médium dont je viens de parler est parvenu à la même supériorité qu'elles, a force de servir de passage a des doses de l'intelligence générale. J'en conclus que ce n'est pas une chose vaine que les réponses de tables. En se réunissant autour d'une grande table, quelques hommes d'élite, à esprit vif et bien meublé, doivent pouvoir parvenir a d'importantes découvertes. Le fait seul d'une grande agglomération d'hommes, plus ou moins cultives, sur quelques hectares de terrain , développe a un point remarquable leur intelligence. Que ne devra point produire la concentration des esprits les plus distingués d'entre eux et peut-être, avec eux, d'autres esprits de philosophes morts, dans un seul corps de deux ou trois pieds de diamètre et d'un pouce au plus d'épaisseur?

Une chose digne de remarque, c'est qu'en Amérique, en Angleterre comme a Paris, les tables ou les coups ont dit que les phénomènes actuels ne sont que des phénomènes d'initiation destinés a préparer une grande révélation, une immense rénovation de notre monde. — Il faut bien observer aussi que tous ceux qui ont expérimenté se sentent pris d'un amour profond pour l'humanité, et trouvent dans ces conversations mystérieuses un entraînement irrésistible vers le bien moral. La croyance aux esprits serait donc le signal d'une régénération nouvelle. Quand le but est si grand, ne doit-on pas encourager les hommes de bonne volonté, et prendre au sérieux ces expériences?

Je ne suis point surpris que les académiciens nient le mouvement des tables, et que les prêtres l'attribuent au démon. L'individualité conservée après notre mort par les esprits qui nous ont animés contrarie l'opinion la plus générale dans l'Académie : qu'ils se confondent en nous quittant dans l'atmosphère ; et la presque certitude qu'ils finissent par être heureux dans l'éther ou dans une planète contrarie l'opinion de l'Église : que les peines ne finissent point.

Mais toutes les fois qu'un corps savant nie une découverte , je me rappelle, entre vingt autres faits , celui que voici :

En 1543, a Barcelone , une machine a vapeur, composée d'un cylindre , d'un piston et d'un mécanisme transmettant l'action de la vapeur a des roues , c'est-adire, comme on le voit, tout à fait sur le principe des nôtres , a été essayée en présence de Charles-Quint et de

son fils Philippe II , par un capitaine de vaisseau nommé Brasco de Garay, sur un bâtiment de 200 tonneaux appelé la Trinité.

Henri de Tolède ; Pierre Cardona, gouverneur de Bar„ celone ; Ravago, trésorier; le vice-chancelier François Gralla, et plusieurs autres personnages, assistèrent à l'expérience, qui réussit complètement. Piavago prétendit que Tinvention ne procurerait pas une marche assez rapide, que la chaudière ferait explosion, etc., etc. D'autres membres de la commission soutinrent le contraire. Malheureusement Charles-Quint fut distrait par de nombreuses occupations. On se borna à payer les frais de construction et d'essai, à récompenser Garay, et la chose en resta là.

(Registres originaux des archives royales de Semaces et du secrétariat de la guerre, 1543.)

Et pour ce qui est de l'Église, d'abord elle n'a pas plus dit la place de l'Enfer ni du Paradis que Jésus, en parlant de feu éternel, n'a dit que les méchants y resteraient éternellement; ensuite son but étant de nous relier tous a Dieu , elle approuve sans doute en chacun de nous l'idée qui nous le fait plus aimer.

Or, je ne puis ni comprendre ni aimer une intelligence infinie, sous les traits et le costume d'un vieillard qui punit des êtres faits par lui de ce qu'ils sont imparfaits. Je la comprends au contraire si je mo figure qu'elle est l'éther, c'est-à-dire l'immensité, et je l'aime autant que je la respecte, ne pouvant pas plus dominer toujours l'électricité et la matière que nos intelligences ne peuvent toujours dominer nos corps et nos âmes; screcon-

naissant des molécules impures dont la présence en elle est cause que le mal se fait malgré elle , et les soumet- ' tant à une série d'épreuves, jusqu'à ce que , parvenues à la même pureté que le reste de sa substanceT elles n'opposent plus aucun obstacle a sa volonté du bien. Je m'explique dans cet ordre d'idées comme quoi, aspirant nos intelligences avee l'air plus ou moins de temps après notre naissance, nous ne pouvons nous les approprier que mélangées et espérer de rentrer un jour pour l'éternité dans l'intelligence universelle qu'après avoir accompli dans ce monde notre mission de morigéner de la matière. Il y a la un grand être à qui je ne puis reprocher le mal, puisque avec le besoin de notre perfectionnement pour se perfectionner lui-même, il ne peut nous vouloir que du bien. Le sacrement de l'Eucharistie, cet admirable moyen d'inspirer à l'homme le désir d'être parfait, satisfait d'ailleurs bien mieux sa raison comme symbole de sa communion perpétuelle avec Dieu , par l'air et les aliments , que comme changement de substances possible à la voix du premier prêtre venu, en mémoire d'une expiation semblable aux sacrifices humains des anciens peuples. Enfin rien dans cette explication ne s'oppose à ce que nous restions sectateurs de Jésus-Christ, celui de tous les hommes qui a été le plus semblable a Dieu par l'immense supériorité de sa part d'intelligence sur ses parts d'électricité et de matière. Qu'on me laisse donc chercher a faire comprendre Dieu ainsi, puisque c'est ainsi que je l'aime et que j'acquiers le plus d'ardeur à me perfectionner pour lui.

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