ÉDUCATION NOUVELLE A TOUS
Cette perfection qui devrait être notre but de tous les instants , car elle ne fait qu'un (chose admirable!) avec le bonheur, notre rêve a tous, y a-t-il un ordre social, y a-t-il un système d'éducation, y a-t-il une croyance , y a-t-il un code par lequel une société quelconque s'en soit quelque peu approchée ?
Un ordre social ? Le despotisme a révolté ; la monarchie tempérée par une aristocratie a corrompu ; la république, soit aristocratique, soit démocratique, a divisé et ramené au despotisme.
Un système d'éducation? Tous ont produit peu de raison , beaucoup d'orgueil et d'envie.
Une croyance? Toutes ont fait couler des torrents de sang. Jl n'en coule moins que depuis qu'on croit moins.
Un code? Tous ont engendré la chicane et une classe d'hommes funestes.
Aussi nous retournons-nous sans cesse , comme saint Laurent sur le gril, et comme lui nous ne trouvons pas de position tolérable.
Je le crois bien.
Il n'y a qu'un grand être dont nous sommes tous des parties, et la société s'est toujours arrangée par classes, comme si nous étions tous de natures différentes.
Une instruction générale peut seule donner à chacun de nous toute sa valeur, et il n'y a jamais eu qu'un petit nombre qui en reçût
Les croyances exaltent l'imagination , el partout elles sont nées avant la science, qui seule forme le jugement* Les codes devraient partir des croyances , et tous ont laissé les croyances parler du devoir, pour ne parler, eus, que du droit. A l'accomplissement du devoir, des récompenses futures et incertaines; a l'exercice du droit, des avantages présents et sûrs.
Je demande ce qui peut sortir de bon d'un tel partage, joint à l'attribution par l'ordre social du droit sans devoir aux riches, du devoir sans droit aux pauvres.
11 n'était pourtant besoin que de bien peu de réflexion pour reconnaître qu'elle est tout entière , cette perfection, fin de nos épreuves , dans l'amour pour nos semblables. Cherchez une bonne qualité que ne nous inspirât cet amour, une mauvaise qu'il ne détruisît en nous, une position dans laquelle un seul de nous ne fût plus heureux qu'il n'est s'il aimait tous les hommes et si tous l'aimaient; cherchez , dis-je, cherchez toujours, vous ne trouverez jamais.
C'est donc bien la la loi de Dieu.
En même temps qu'il nous donnait une loi individuelle, la tempérance, avec les souffrances et l'abrège^ ment de notre existence pour sanction, il ne pouvait pas, puisqu'il nous faisait animaux sociables, ne pas nous donner une loi sociale pour contenir les passions antisociales que nous inspireraient les besoins de nos corps; et celle-ci est si courte et si claire ; les effets de son accomplissement sont si évidemment la conservation et le bonheur de tous; elle implique si bien cette génération du droit par le devoir et du devoir par le droit, sans
iaquelle il n'y a ni justice ni paix; sa sanction enfin, c'est-à-dire l'abandon de nos semblables, inévitablement suivi de nos remords , est à la fois si terrible et si impossible à nier avec assurance pour un autre monde où nous serons tous dans la lumière , notre passé sur le Front (1), si ce n'est pour celui-ci , où nous parvenons quelquefois à cacher ou à imposer nos vices, que je défie les plus incrédules de méconnaître son auteur.
Nous ne pouvons pas non plus dire qu'elle nous est inconnue. Nous savons tous qu'en Chine Confucius disait il y a trois mille ans : Adore Dieu, et fais pour les autres ce que tu voudrais qu'on fît pour toi; qu'Isaïe a dit : Entr'aidez-vous ; Jésus : Aimez-vous les uns les autres.
Dieu nous aurait-il donné cette loi si elle n'était pas exécutable? Les hommes qui lui ont substitué d'autres lois tirées de leur cerveau , en osant dire que leurs peuples n'en pourraient pas supporter de meilleures, ces hommes-la ont calomnié Dieu; nous ne naissons pas tous bons, mais nous naissons tous capables de le devenir, tous aussi également imitateurs, pour pouvoir être pétris, que diversement doués pour pouvoir tous être utiles.
Pourquoi donc , au lieu de nous aimer, sommes-nous toujours prêts à nous haïr? Pourquoi, au lieu de nous enlr'aider, nous renvoyons-nous, comme une peine, le travail, qui serait un plaisir, partagé entre nous tous?
(1) Un prêtre demandait, il y a quelques jours, a une somnambule si elle pouvait voir où est l'enfer. Réponse : Monsieur l'abbé, l'enfer n'est pas un lieu, c'est un état.
C'est que les exemples que nous avons reçus jeunes nous en ont donné l'habitude ; c'est que nos ancêtres en avaient puisé de semblables , où? chez un peuple dont nous nous obstinons a admirer les livres comme source de vérité, et qui sont complètement démentis par la connaissance de l'homme et des lois de l'univers ; c'est que les législateurs de ce peuple sont tous pleins de deux idées fausses, et que l'erreur et le mal vont ensemble, comme la vérité et le bien. En représentant Dieu oisif, ils ont dépouillé le travail de sa plus brillante auréole ; en traitant les hommes par les récompenses et les peines , comme s'ils se forgeaient eux-mêmes , ils les ont empêchés de devenir bons. Gouvernements, éducation, religions, codes , sont tous partis de la seconde de ces idées-là. Elle seule , parce qu'on nous l'inculque dès notre naissance, gouverne toute notre vie. La est la cause primitive de notre imperfection et de tous les maux de la société.
Les individus peuvent être libres d'action ; ils ne le sont pas de volonté. Qu'est-ce, en effet, que la liberté, si ce n'est la faculté de toujours voir et de toujours faire le bien ? La condition pour le voir n'est-elle pas la science? La condition pour le faire n'est-elle pas le capital, et voit-on dans les masses beaucoup d'hommes qui aient science et capital? qui soient dégagés par la première de toute conviction erronée , dégagés par le second de tout besoin irritant? Est-il contestable que nous ne choisissons ni nos organes, ni notre patrie , ni nos parents, ni notre situation ? que de nos organes dépendent nos goûts et nos facultés ? que de nos parents et de notre patrie dépendent nos opinions et nos croyances? que de
nos situations dépend le plus ou le moins de satisfaction donnée aux unes, le plus ou le moins de développement donné aux autres, et que de l'excès ou de la privation de cette satisfaction et de ce développement sortent en nous des passions dont l'habitude devient notre caractère, et dont notre ignorance ou nos occupations nous empêchent de nous corriger? Nos sympathies et nos antipathies ne sont-elles pas déterminées par les doses d'électricité attractive ou répulsive qui nous animent? Enfin nos volontés n'ont-elles pas, l'une sur l'autre, un ascendant incroyable pour quiconque n'a pas vu d'expériences magnétiques , et est-il plus difficile a Dieu de nous tenir tous dans sa main, attachés les uns aux autres par ces liens invisibles, qu'à un de nous de faire danser sur une planche un groupe de marionnettes ? (4).
(1) On ne peut nier que Dieu, en créant la créature raisonnable, n'ait réservé dans la plénitude de sa science et de sa puissance des moyens certains pour la conduire aux fins qu^il a résolues, sans lui ôter la liberté qu'il lui a donnée.
Id scw, dit ce jeune homme dans le poète comique, Deos miki salis infensos qui tibi ausculteverim. Ce langage , si connu dans les comédies et les histoires, fait voir que c'est le sentiment du genre humain que ce qui se fait le plus librement par les hommes est dirigé par les ordres de la divine Providence.
J'en conclus que deux choses nous sont évidentes par la seule raison naturelle : l'une que nous sommes libres au sens dont il s'agit entre nous ; l'autre, que les actions de notre liberté sont comprises dans les décrets de la divine Providence et qu'elle a des moyens certains de les conduire à ses fins. (Bossuet, Traité du libre arbitre.)
L'homme s'agite et Dieu le mène. (Id.)
Ce sont là des vérités que tout nous démontre, des faits qui, à une exception près sur cent, se reproduisent dans tous les individus humains, comme dans tous les animaux et dans tous les végétaux; des faits dont saint Paul s'est montré plus frappé que personne quand il a dit : îl n'y a qu'un Dieu, père de tous les êtres, existant au dessus de tous, parmi tous, et en nous tous. C'est lui qui donne a tous les êtres la vie, le souffle de toutes choses. Nous ne sommes point capables par nous-mêmes dépensera quelque chose comme de nous-mêmes ; cette faculté vient de Dieu. C'est Dieu qui produit en nous la volonté et l'action pour faire le bien. Dieu opère tout dans tous les hommes.
Qui peut donc l'avoir inspirée aux premiers hommes cette idée orgueilleuse et stationnaire que leur volonté était libre? S'il y a un esprit des ténèbres, ce ne peut être que lui, et toute la punition que Dieu inflige à notre race de ce qu'elle l'a accueillie consiste à la lui laisser : car c'est elle qui nous pousse seule a nous rendre le mal pour le mal ; et la plus funeste de toutes nos pratiques , parce qu'elle s'exerce à tout instant et entre tous les hommes, c'est celle des récompenses et des peines , qui en est la conséquence ; car il faudrait que les hommes fussent des anges pour l'appliquer toujours avec discernement. C'est au contraire une science certaine comme la physiologie que la science des habitudes et des circonstances appelée morale. Elle est conforme a la nature de l'homme : en consultant bien ses sensations, en choisissant d'après elles, et faisant agir sans relâche sur lui les circonstances, les leçons, les exemples les plus propres a
développer les bons germes , à oblitérer les mauvais, on peut améliorer non seulement lui, mais en lui toute sa descendance. Le fait-on? Dès que l'enfant voit et entend* ses souris, s'il voit sourire, ses pleurs, s'il voit pleurer, prouvent, à n'en pas douter, ses dispositions a l'imitation, à la sympathie ; s'observe-t-on pour ne lui faire connaître que des sentiments de bienveillance et de justice? On s'emporte, devant lui, ou entre soi , ou contre des tiers. Il crie pour de vrais besoins, et on le rudoie; pour des caprices, et on lui cède , suivant l'humeur dont on est au moment où le fait arrive. Il commet une méchanceté, et on la lui rend ou on le menace de la lui rendre, comme si , avec le peu de sensations qu'il a amassées depuis sa naissance, il savait le mal qu'il fait et devait par conséquent en répondre. Cette responsabilité, on la lui enseigne à tout moment, et on le rend ainsi a la fois fourbe pour obtenir des récompenses ou pour éviter des peines et vindicatif envers qui le froisse, avec la croyance que c'est justice. On est indulgent pour lui quand il ne saisit pas bien la science des faits , c'est-a-dire la vérité, et on lui impose avec irritation les probabilités qu'aucun fait ne prouve, que dis-je? les improbabilités auxquelles sa raison naissante se refuse. 11 y a mieux : plus ce qu'on lui raconte est difficile à croire, plus on déploie d'autorité pour l'y obliger, mettant ainsi la croyance au dessus de la science, et ce qui lui semble absurde au dessus de ce qu'il voit, de ce qu'il sent, de ce qu'il touche, de ce qu'il entend.
Non, il n'est pas possible que l'homme s'améliore jaavee une pareille instruction a son début dans la
vie, avec les besoins ou les excès auxquels il est livré quand cette instruction est finie. Quelle autre race d'hommes nous aurions bientôt si nous ne perdions jamais de vue, pour les adultes dont le caractère a pris des plis ineffaçables, que leurs opinions, leurs sentiments, leurs idées leur ayant été inspirés par leur organisation qui leur vient de Dieu, et par les circonstances probablement irritautes dans lesquelles notre mauvais ordre social les a fait naître ou jetés, et contenus, nous pouvons, nous, comme la société, nous éloigner ou nous défendre d'eux s'ils nous attaquent ou nous menacent, mais n'avons pas plus le droit de le faire avec colère que de les mépriser quand ils sont laids ou bêtes , au lieu de beaux et de spirituels qu'ils seraient s'ils s'étaient faits; pour les enfants, que neus avons tous une corde sensible, un point qu'il faut savoir toucher pour nous émouvoir, qui vibre fortement dès qu'on le touche ; que, si cet élé* ment de notre force reste assoupi ou ignoré , nous perdons la plus grande partie de notre valeur; et qu'en cherchant avec soin la destination de chaque enfant, en ne l'humiliant pas,, en lui inspirant au contraire de l'estime pour lui-même , il n'en est presque point dont nous ne puissions faire un membre. utile a la société !
Elle est libre, elle, la société, pourvu qu'elle soit un peu nombreuse et point en guerre civile ; elle peut toujours enseigner et faire le bien , puisqu'elle a toujours à son service, entre tous les membres qui la composent, quelques héritiers des trésors de richesse et de science accumulés par les générations passées.
Qu'elle essaie donc d'appliquer k tout le pays a la fois
une éducation nouvelle; que les femmes, qui nous sont si supérieures en patience et en dévoûment, gardent plus long-temps les enfants qu'on ne les leur laisse à présent; que cent mille des meilleures et des plus instruites donnent à ces jeunes cœurs l'exemple d'une bonté constante, d'une abnégation de soi complète. Qu'elles y fondent une mansuétude sans bornes sur la conviction profonde qu'aucun d'eux n'est entièrement maître de lui-même t et sur la sympatbieque se doivent entre elles des créatures de Dieu éprouvées ensemble par lui. Que les hommes qui leur seront adjoints, pour les exercices du corps et les choses qu'ils savent mieux qu'elles, prennent comme elles le plus grand soin de ne rien dire aux enfants sans le leur faire voir, toucher, sentir. Qu'ils écartent d'eux toute histoire, toute mythologie, toute langue morte, jusqu'à ce qu'ils soientbienimprégnés desciences naturelles et positives. Cette génération acquerra ainsi une instruction réelle : car l'instruction estce que nous apprenons a l'aide de nos propres sensations, non pas ce qu'on nous dit et que nous croyons sans l'avoir vérifié : cela, nous ne le savons pas. Elle l'acquerra avec moins de peine que nous n'avons acquis la nôtre : car les exercices , les beaux-arts, les transformations de la matière , les rapports des hommes entre eux, et l'influence de chaque occurrence sur nous, sont bien autrement intéressants que l'histoire juive, grecque, latine, et que l'étude de langages que personne ne parle plus. Elle s'habituera à ne rien croire dont elle ne soit sûre par elle-même, et cette habitude, jointe a l'absence des ennuis que nous ont causés nos études, préservera a la fois ces jeunes caractères de l'ir-
ritabilité que ces ennuis nous ont donnée et d'une grande partie de nos occasions de querelles : car nous en avons à tout moment sur les choses dont nous ne sommes pas surs , et je défie d'en avoir une sur un fait comme la clarté du soleil. Les mauvais germes s'oblitéreront donc faute d'exercice, en même temps que par l'exemple de la douceur seront développés les bons, et dans quinze ans toute cette génération sera vertueuse, c'est-a-dire parfaite , c'est-a-dire heureuse : car le bonheur, la perfection, la vertu, je l'ai déjà dit, c'est tout un. Et cette fois il sera durable : car il procédera a la fois des lumières et des mœurs (1).
Va-t-on s'effrayer des dépenses à faire pour cette éducation générale? Mais notre pays est tout organisé pour la donner. N'avons-nous pas avec 28,000 institutrices, 40,000 prêtres et 48,000 instituteurs, deux états-majors complets? Réunissons ces deux classes d'hommes en une seule, et tout ce que nous leur donnons pour enseigner des choses dont nul de nous n'est sûr, donnons-le-leur pour enseigner ce qu'on peut savoir avec certitude. Changeons les séminaires en écoles, les prêches en leçons de physique, de chimie, de physiologie et de morale (2). Envoyons partout des missionnaires de sciences au lieu de missionnaires de ce que nous appe-
(1) Mœurs vient de mos, habitude. Morale, science des habitudes.
(2) Croit-on que nous ne gagnerions pas énormément à ce que le dernier de nos agriculteurs et de nos artisans sût la chimie , la physique, la mécanique, la botanique, la géologie et l'histoire naturelle?
Ions religion. Faire connaître à fond les œuvres de Bien sera une bien plus efficace manière de le faire adorer que de nous le représenter avec une figure et des passions d'homme.
Point de croyances surtout a des choses inconnues. Toujours des raisonnements d'après les faits. La vérité estlefait, la vertu l'habitude d'actions utiles aux autres et à soi-même, le vice l'habitude contraire. Les bons sentiments sont ceux qui font du bien au cœur, les mauvais ceux qui le tourmentent. Prêtres, habituez les enfants à étudier leur cœur, a consulter soigneusement leurs sensations après chacun de leurs actes. Ce sera une règle plus sûre que les lois et que le dogme, quand ces lois et ce dogme ne seront pas d'accord avec les témoignages de leurs sens.
Dogme vient du mot grec Soyua , qui voulait d'abord dire décret, et auquel on a fait signifier un point de doctrine qu'il faut croire. Toutes les religions en ont que leurs auteurs ont dit tenir de Dieu.
En quoi la conviction qu'il y a en Dieu trois personnes, que l'homme est déchu, que la mère de Jésus est restée vierge, améliore-t-elle un homme? S'il est bon , elle ne l'empêche pas de l'être, cela est vrai; mais s'il est méchant , l'empêche-t-elle davantage de rester méchant ?
Dès le quatrième siècle , les chrétiens de Rome étaient déjà si corrompus, qu'un habitant de la Haute-Egypte, témoin de leurs désordres , dit au prêtre Hilarion , qui l'avait appelé à Rome pour y prêcher, qu'il lui paraissait impossible que Rome païenne eût passé en corruption Rome chrétienne. Tous les jeux sanglants y étaient con-
serves. Ce vénérable anachorète se fit lapider par la populace en se présentant dans le cirque pour séparer des gladiateurs et reprocher aux spectateurs leur férocité. Entre mille autres preuves qu'il ne faudrait pas aller bien loin pour trouver, en voilà une irréfragable que les dogmes ne rendent pas les hommes meilleurs , et que cet avantage appartient à la morale seule, prise comme science des habitudes a donner.
Si les églises Cl) romaine et grecque avaient su à leur naissance ce que nous savons aujourd'hui de la nature et de l'électricité , elles auraient peut-être expliqué par les trois principes dont j'ai parlé plus haut les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit, qu'elles ont donnés à Dieu, Mais ces noms et d'autres points de doctrine qui pouvaient également s'expliquer, elles les ont imposés aux peuples ainsi que la préexistence du Père et la création du Fils et du Saint-Esprit, c'est-à- dire des mondes et de leur âme, afin d'établir, sur l'action de tirer tout de rien, que nulle chose n'est impossible à Dieu, comme si, par exemple, il ne lui était pas impossible d'empêcher ce qui a été fait de l'avoir été. Qu'est-il résulté de cet absolutisme? D'abord leur division sur la façon dont s'est produit le Saint-Esprit, la romaine voulant qu'il procède du Père et du Fils, la grecque qu'il procède du père. Puis d'autres dissidences dans le propre sein de la grecque, puis les protestants, les mystiques, etc., etc. Voilà le danger des doctrines émises sans démonstration.
(1) Eglise vient d'E/x/vj^'y, assemblée.
J'entends parler de négociations entre l'église grecque et l'église romaine. Il serait déplorable quelles ne parvinssent pas a s'entendre , car indépendamment de l'immense supériorité qu'elles ont sur le protestantisme dans la Confession qui soulage les cœurs et dans l'Eucharistie qui les élève , le seul moyen non seulement d'ôter aux Russes tout prétexte pour envahir Constantinople et dominer de là toute l'Europe , mais encore de les relier en dépit de leurs seigneurs a la France, à l'Autriche, a l'Italie et a l'Espagne, c'est-a-dire à la grande majorité des puissances continentales , est le rétablissement d'un empire grec soumis à la même autorité spirituelle qu'elle. Mais si l'es deux églises ne s'entendent point pour dégager notre religion de tout ce qu'elles ne peuvent pas démontrer; si elles ne poussent pas dans leurs séminaires les sciences plus loin que tout le monde; si, au lieu de nous ramener éternellement aux iictions à l'usage de nos ignorants ancêtres (1), elles ne marchent pas devant nous toujours le flambeau à la main, c'est peine perdue, elles ne deviendront pas ensemble catholique, œcuménique, universelle , c'est-a-dire ce que deux d'entre elles prétendent être, n'ont jamais été et ne sont point.
(1) Si Jésus est fils du Saint-Esprit, pourquoi la généalogie de Joseph ?