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BAIL

Pour atteindre le but de la présente société , les soussignés conviennent de prendre ensemble à bail les terres, bâtiments, machines, outils, animaux, etc., de Rahaline, appartenant a M. John Scott Vandeleur, et s'engagent tant conjointement que séparément à observer et faire observer les conditions ci-après :

I. Tout le mobilier reste propriété de M. Vandeleur jusqu'à ce que l'association ait accumulé de quoi le payer. Alors, seulement, elle en devient propriétaire.

II. La première année M. Vandeleur peut renvoyer tout individu mâle ou femelle qui se conduit mal.

III. Tout individu désirant se retirer en est le maître , pourvu qu'il en avertisse une semaine d'avance l'association.

IV. S'il se trouve que l'association ne soit pas assez nombreuse pour conduire bien et de front les diverses branches d'agriculture et d'industrie, toute adjonction devra être proposée par un membre , appuyée par un autre , et acceptée par M. Vandeleur; après quoi, le candidat sera nourri et logé à l'essai une semaine. A l'expiration de la semaine , un ballottage décidera, a la majorité , s'il doit être définitivement admis.

V. M. Vandeleur. sera président d'un comité d'administration pris parmi les associés. Ce comité nommera son remplaçant en cas d'absence.

VI. M. Vandeleur aura la nomination d'un secrétaire , d'un caissier et d'un garde-magasin. Les deux derniers feront partie du comité. Leurs traitements seront supportés moitié par M. Vandeleur, moitié par l'association, et ils auront, déplus, comme membres de l'association , une part égale aux autres dans les bénéfices nets.

Vf. Les étrangers qui voudront visiter l'établissement en devront demander la permission au président ou secrétaire , lesquels désigneront un membre pour les accompagner partout.

MOTIFS ET EFFETS

M. Vandeleur avait en vue 1° d'obtenir une rente plus haute de sa terre; 2° de tirer un intérêt plus bas de son capital mobilier; 3° de bien s'assurer ces deux revenus ; 4° de ne courir aucun risque dans ses avances; 5° de ne pas compromettre sa propriété , 6° et pourtant de procurer de grands avantages a l'association qu'il fondait.

En effet, la rente et l'intérêt imposés par lui furent plus hauts que ce qu'il avait jamais tiré de son immeuble et de son capital mobilier. Il pensait même à les réduire.

Comme il résidait sur son domaine, et comme les approvisionnements, tout le mobilier, toutes les maisons, restaient sous la surveillance d'un secrétaire, d'un garde-magasin et d'un caissier choisis par lui et révocables

"a sa volonté , pas un grain , pas une parcelle n'en put sortir à son insu et sans son consentement. Il eut toujours ainsi le moyen de se payer lui-même par ses mains , et par conséquent plus de sécurité qu'aucun autre cultivateur pour la rentrée de ses loyers, de ses intérêts et de ses avances.

Le point de n'avancer à aucun ouvrier plus que ne lui vaudra probablement, après la récolte, sa part de profits, exige une grande attention au début d'une association de ce genre ; tout manque s'il n'est point minutieusement observé. Voici comment M. Vandeleur l'atteignit : chaque colon devait travailler autant d'heures par jour qu'il eût fait a gages, ne pas faire moins d'ouvrage , et ne pas tirer du fonds commun plus qu'il n'eût reçu; tout cela, tant qu'il n'aurait pas un petit pécule à lui. En conséquence, le secrétaire lui ouvrit un compte exact des heures de travail de chaque jour, et a la fin de la semaine on lui payait une somme égale à ce qu'elles lui eussent valu dégages. La perspective d'une part dans les récoltes faisait travailler tout le monde deux fois plus que de simples manœuvres, et M. Vandeleur avait ainsi une garantie double de ses avances. Une les faisait qu'en bons de travail échangeables contre des articles du magasin. D'une part, il pouvait ainsi les faire sans déboursés; de l'autre, le magasin ne contenant aucune liqueur fermentee, et les colons ne pouvant pas, faute d'argent, s'en procurer au dehors, ils se guérirent de l'ivrognerie et ne prirent bientôt plus que du thé.

Quand ils voulurent bâtir de nouveaux cottages , ils le firent comme suit. Il y avait des arbres sur la propriété ;

~ 172 — il leur fut permis de les abattre, à condition d'en planter trois jeunes pour un vieux. Il y avait de la pierre calcaire, et de la tourbe pour la changer en mortier. Tout fut mis à leur disposition. M. Vandeleur consentit à entrer dans les dépenses de vitrerie et de couverture. Ceux d'entre eux qui étaient charpentiers, menuisiers, serruriers, etc., firent le reste. — Les cottages qui furent bâtis au nombre de six devaient retourner k M. Vandeleur, comme étant composés de matériaux a lui. Mais , pour prix de leur main-d'œuvre , les colons en devaient avoir l'usufruit, exempt de taxes.

Tous ces arrangements, inspirés k M. Vandeleur par son bon sens, suffirent pour procurer k tous les avantages qu'il s'était proposés. Sûr de ses revenus , il vit la valeur de son domaine s'accroître par des améliorations et des constructions. 11 fut affranchi de toute crainte des Terry alts. Il vécut entouré de bons , d'honnêtes et de joyeux ouvriers. Pas un ivrogne, pas un paresseux, pas une occasion de recourir k un avocat ou k un juge de paix. Son intérêt et celui de ses colons ne firent qu'un, et la suprématie de cette association lui donna mille douces jouissances. 11 était traité par son monde comme un père; sa résidence était mieux gardée que les résidences des rois , et tout cela s'était accompli en trois ans avec la population la plus misérable et la plus dépravée de toute lTrlande.

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