GOUVERNEMENT
Le gouvernement de Rahaline présentait tous les avantages d'une monarchie républicaine , sans aucun de ses Inconvénients. M, Vandeleur était un roi. — '■ Rahaline était son royaume; — L'association , son peuple; — Lé comité, son sénat , nommé par le suffrage universel et direct tous les six mois ; — Le secrétaire , le caissier et îe garde-magasin, ses ministres. — Il avait bien un pou» voir que nous né voudrions confier ni à un roi, ni à un président, celui d'expulser un membre et même de dissoudre la communauté suivant son bon plaisir et sans appeL Ce pouvoir faisait de lui un monarque absolu. Mais il n'en usait que dans la limite des lois qu'il avait faites, et contre ceux qui les violaient. Il n'avait pas, d'ailleurs, l'intention de le garder quand ces hommes, qu'il prenait misérables, ignorants, ivrognes, paresseux, pleins de préjugés et tout à fait hors d'état soit de cornprendre la liberté, soit d'administrer convenablement 618 acres de terres, auraient acquis le capital et les con-
naissances nécessaires pour marcher sans lui et se gou^ verner eux-mêmes.
C'était là que devait en arriver, sous peu d'années, l'association de Rahaline, quand le succès de ses plans réveilla malheureusement dans M. Vandeleur un funeste goût qu'il avait eu dans sa jeunesse : celui du jeu. Il s'y livra, perdit, emprunta, ne put pas rendre, et fut obligé de fuir; ses créanciers saisirent sa propriété, vendirent tout ce qu'ils y trouvèrent , sans s'arrêter aux réclamations des travailleurs, qui n'avaient pas eu la précaution de faire enregistrer leur bail ; et ces pauvres gens, privés du fruit de leurs peines, furent obligés de quitter leur paradis pour retomber dans un enfer au moment où leur prospérité se développait le mieux.
Puisse cette expérience, son succès de trois ans, et sa fin a jamais regrettable, inspirer a quelques uns de nos propriétaires l'idée d'arracher, par des arrangements du même genre, les indigents de leur canton a la misère ei au vice, en prenant, de plus, toutes les précautions né^ cesairespour que nul ne puisse les évincer (1) !
(I) Le principe des vertus est la sociabilité; celui des vices,, la cupidité. Les peuples qui ont vécu le plus en commun sont ceux qffi se sont le plus attachés a leur façon d'être et se sont estimés les plusriches; ceux qui sont le plus exposés à la cupidité sont les plus près de leur fin. Le moyen de moraliser, comme d'enrichir un peuple, est donc de le tourner vers la sociabilité.