‹ Explication du livre de l'EcclésiasteChapitre 13 sur 34 · LL ENT BAR · texte numérisé non relu

LL ENT BAR

mement au travail propre de l'esprit de l'homme; le pieux penseur sent dans ses méditations sa raison illuminée ou dirigée par une force divine, il voit se débrouiller les énigmes de la vie, s’entr'ouvrir les voiles qui nous ferment les cieux, et l'image de l'homme de bien et celle du méchant se tracent

avec toujours plus de netteté dans son esprit.

Le psalmiste prie et chante, le sage médite et enseigne ; chez le premier c’est la foi et le cœur qui prédominent, chez le second c’est la science et l’intelligence; les inspirations divines du premier forment des écrits poétiques, celles du second des écrits didactiques ; le premier a les regards levés vers Dieu, le second les porte vers la terre non pour l'aimer, mais pour l'étudier. D'ailleurs ils ont ceci de commun, d'être dans l’inspiration moins passifs que le prophète, et le psalmiste a sur le sage le privilége de pénétrer plus avant dans les temps messianiques de l'avenir et de reproduire plus fidèlement l’image typique du Messie.

S'il s'adresse au peuple, le sage inspiré cherche à le gagner à la vérité par les attraits de la vérité même, ses dis-: cours sont pleins de conseils et de sentences. Mais s’il s'adresse à son fils, il lui parle avec l'autorité d’un père, et les conseils se changent en leçons.

Or le livre de l’Eeclésiaste nous Éaten à un exemple de ces deux modes d’enseignement.

La conclusion de l'ouvrage (xn, 11-16) qui contient une vérité révélée, est une leçon que donne à son fils un père qui est en droit d'exiger foi et soumission. Le Discours est celui d’un sage qui parle au peuple (r, 4; x17, 11).

Dans le Discours, la raison naturelle cherche en vain le souverain bien. L'Ecclésiaste contient donc une philosophie négative, qui diffère complètement de la philosophie positive des premiers chapitres des Proverbes. Ici (Prov. 11, surtout 2-5, 6, 10) le sage conduit à la vérité par la vérité, là il y mène par l’erreur. Par les deux voies d’ailleurs il arrive

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au même but, à la crainte de Dicu, qui est un don gratuit de Dieu.

L’Ecclésiaste rappelle Pascal qui, lui aussi, était un laïque, un philosophe, et qui, pour convaincre l’homme de vanité et de misère, en appelle non à l'autorité de la révélation, mais aux plaies même de l'ame que nul ne peut nier. É

Le Discours suppose un auditoire présent qui l'écoute, et n’est donc ni des confessions écrites en présence de Dieu dans le secret du cabinet, ni des réflexions présentées au public sous leur forme native et sans application directe. Les pensées générales y prennent la forme d'enseignemens positifs, de conseils, et quand l’auteur parle de lui, il le fait toujours en vue de ses auditeurs qui doivent se retrouver en Jui et apprendre ce qu'ils sont en voyant ce qu'il est.

Le caractère du Discours a été d'ordinaire méconnu; ainsi l’on a cru que le ton de l’ouvrage changeait complètement au chapitre V où sont les premiers préceptes, et l’on a distingué faussement deux parties principales, dont l’une comprendrait les quatre premiers chapitres, et l’autre les six derniers.

Toutefois notre pensée n’est pas que ce Discours ait été réellement prononcé par le roi qui l’a écrit. Nous ne pouvons transformer le Qoheleth, fils de David, en un prédicateur de la justice tel que l'était Noë (2 Pierre, 11, 5), ni en un Jean-Baptiste prêchant la repentance. Mais sans doute ce roi de Jérusalem, voulant résumer pour le bien spirituel de ses frères, les expériences d’une longue vie, a choisi, sous l'influence de l'Esprit saint, la forme de discours, parce qu'elle agit plus fortement sur les cœurs que la simple et froide exposition de vérités générales; et il se représentait, en écrivant ce livre, tout son peuple rassemblé autour de lui, comme autour d’un sage, pour écouter ses enseignemens. De là le nom qu’il a pris, de Qoheleth.

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