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Ce nom avait d’ailleurs l’avantage de faire disparaître l'homme, l'individu, pour ne laisser subsister que le sage inspiré, et de donner à l'écrivain la pleine liberté de présenter d’une manière idéale ses pensées. Ainsi nous ne croyons pas que nous ayons dans les deux premiers cha-
pitres où lEcclésiaste parle beaucoup de lui, une histoire minutieusement exacte de sa vie intérieure; lui-même, en taisant son nom, nous a avertis de ne pas y chercher une biographie; et c’est aussi ce qui lui permet de se comparer à tous les rois qui l’ont précédé à Jérusalem (1, 9), quoique tous ces rois se résument à David son père, à moins qu'on ne veuille avoir recours à ceux des Jébusiens. Ainsi encore la phrase qui se répète constamment : J’ai vu, ne prouve pas que l’auteur eût réellement vu, vu des yeux de sa chair, dans ses états, les faits dont il parle. En un mot, c’est bien le fils de David qui a écrit ce livre, mais ce n’est pas lui qui nous parle; c’est un sage, un roi dont on ne doit pas savoir le nom, et qui fait même, en quelque sorte, abstraction de sa personne, au point de parler de lui-même comme s’il était déjà mort (1, 12, j'ai été roi), et de se louer comme on ne loue qu'un étranger (1, 16; xt, 11).
Ce roi de Jérusalem, ce sage, fils de David, ne peut être que Salomon. On l’a toutefois nié dans les temps modernes, et il est certain qu’un auteur postérieur, pour donner plus de poids à ses paroles, aurait pu les placer dans la bouche de ce roi illustre par sa sagesse.’ Examinons donc si l’Ecclésiaste est réellement Salomon.