‹ Explication du livre de l'EcclésiasteChapitre 16 sur 34 · DS · texte numérisé non relu

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destinée aurait péri le nom du moraliste le plus original et le plus profond qu'ait produit l'antiquité.

Ce livre de l'Ecclésiaste correspond d’ailleurs pleinement à tout ce que nous savons de Salomon, de son caractère et de sa vie, et apparaît sous un jour tout nouveau quand on considère l’époque où il a été composé.

David et Salomon s “expliquent l'un l’autre par l’opposition de leurs caractères. Le premier est un homme pratique dont la vie agitée est pleine de faits intéressans; le second est un homme théorique, et ses jours s’écoulent uniformes ettranquilles en un temps de paix. Le premier a la conscience très délicate et le cœur droit et sincère, il sent vivement et ses péchés et les grâces que Dieu lui fait, et il exprime avec une extrême vérité toutes ses impressions personnelles; le second a plus d'intelligence que de sens moral, il généralise ses expériences intimes, et trouve une vérité et une sentence où son père n'aurait vu qu'un sentiment individuel. David parle dans ses psaumes au nom de tous les fidèles et même du Messie, parce qu'il est par son cœur intimément lié au grand corps de l'Eglise; Salomon reste plus en dehors de celte sainte communauté et lui apporte bien moins son cœur que ses écrits où il a consigné des vérités générales. La foi et Ja sainteté sont le tout de David; Salomon est en outre savant, philosophe, poète, il est le seul artiste et le seul littérateur du peuple hébreu. David possède les choses seules nécessaires et concentre sur elles toute son ame; Salomon embrasse par sa pensée une sphère beaucoup plus vaste, il aime tout ce qui est profond, sublime, mystérieux, grandiose. Ce contraste entre Davidet son fils se reproduit fréquemment dans l’histoire : un prince d’un génie excentrique remplace sur le trône son père, homme pratique et sage : à Philippe de Macédoine succède Alexandre le Grand; à Pépin, Charles le Grand ; à Henri l'Oiseleur, Otton le Grand; à Louis XIIT, Louis le Grand,

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La Bible nous donne elle-même la clef du caractère de Salomon, comme elle le fait au reste pour la plupart de ses principaux personnages. Hénoch marchait avec Dieu (Gen. v, 22), nous dit-elle; Elie se tenait devant le Seigneur (4 Rois xvir, 1); Abraham croyait en l'Eternel (Gen. xv; Rom. 1v, 5); David était un homme selon le cœur de Dieu (Acte xnir, 22); le cœur d’Assa était droit devant l'Eternel (4 Rois xv, 14). De Salomon, que l'Eternel aima dès son enfance (2 Sam. x11, 24-25), il est dit qu'il aimait l'Eternel (4 Rois 11, 5); nul autre homme n’a recu dans l’Ancien Testament un semblable témoignage.

Salomon se place près de saint Jean, comme David près de saint Paul. Saint Jean est le représentant de la vraie mystique chrétienne, et les notions de la vie, de l’amour et de la Parole occupent chez lui une place beaucoup plus grande que chez les autres auteurs du Nouveau Testament. Ainsi, Salomon donne au mot de vie le même sens profond que l’Apôtre; il a le premier exposé les relations de l'ame avec Dieu sous celles de l'épouse avec son époux, et c'est lui qui, seul d’entre tous les écrivains de l’Ancienne Alliance, nous parle de la Sagesse qui est de toute éternité auprès de Dieu.

Mais Salomon ne fut pas dans sa vie tout ce qu'il est dansses écrits inspirés, et nous ne devons pas entendre par cet amour qu'il avait pour Dieu dès le commencement de son règne, celui qui s’appuie sur l’expérience du pardon et du salut, et qui procède tout entier de l'Esprit de Dieu (Ps. cxvIr; XVI, 2). Il y avait certainement dans ce sentiment de Salomon un élément naturel et terrestre, et nous le compterions parmi ces ames qu’un penchant inné entraine vers les choses invisibles, et qui, si Dieu ne les garde, se précipitent dans ce faux mysticisme qui est de toutes les contrées et de tous les siècles. Salomon aura èté préservé de cet écueil par le caractère éminemment pratique et positif de la religion mo-

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saïque et du peuple hébreu, et par l'éducation pieuse qu’enfant il avait reçu de son père et de sa mère {Prov. 1V, 5).

Mais le fanatisme n’est point l'unique écueil contre lequel viennent se briser ces ames exaltées : elles doivent se tenir en garde de la volupté autant que de l’exaltation; et Salomon, dans sa longue prospérité, se laissa séduire par ses femmes auxquelles il s'était attaché avec passion (1 Rois XI, 2}; l'amour terrestre lui fit oublier l'amour divin et le plongea dans l’idolàtrie.

L'amour est le sujet du Cantique des Cantiques que la tradition attribue à Salomon, et qui suppose chez son auteur une ame éminemment mystique, ou du moins susceptible des affections terrestres les plus vives et les plus délicates. On peut y voir, soit une.allégorie orientale et une peinture figurée de l'amour de l'Eglise ou de l'ame individuelle pour son Dieu, soit un tableau de l’amour de l’homme pour la femme qui était alors généralement traitée comme un être subalterne, et que cette affection profonde remettait à sa vraie place en lui rendant sa dignité morale et sa liberté. Mais, en tout cas, on ne peut nier que ces chants ne cor— respondent exactement à ce que nous savons soit de Salomon aimant l'Eternel, soit de Salomon aimant la fille de Pharaon. Ils sont d’ailleurs un ouvrage de sa jeunesse, et des juges impartiaux les ont déclarés le chef-d'œuvre de la poésie lyrique orientale.

Salomon était poète, il avait composé mille et cinq can tiques, dont il ne s’est conservé que celui que nous venons de mentionner, et qui n'aurait pas été admis dans le recueil sacré par Esaïe et par Esdras si l’on n’en avait pas reconnu la divine vérité.

Ce caractère passionné et poétique avait en même temps une grande noblesse; Salomon recherchait les choses hautes et belles et aimait le grandiose et l'extraordinaire. De là la pompe de sa cour, dont le souvenir remplit encore.

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l'Orient; de la, lors de la dédicace du temple, ces sacrifices inouïs de vingt et deux mille taureaux et de cent et vingt mille brebis (4 Rois vin, 5.65; 11, 4); de là ces conquêtes lointaines jusqu’à Tadmor et l'Euphrate, et ces expéditions maritimes plus lointaines encore; de là aussi, dans une autre sphère, cette singulière pensée de faire tailler les pierres du temple hors de Jérusalem, afin que la maison de Dieu s’elevät en silence sans bruit de marteau ni de hache (1 Rois vr, 7); de là enfin cette magnifique prière dans laquelle Salomon, dédiant le temple, brise toutes les entraves de sa langue maternelle, la couvre d’un vêtement royal, large et flottant, et met à la place du parallélisme si concis un pompeux et magnifique refrain (1 Rois vur, 23-53).

Aimer Dieu c’est le connaître, et la science religieuse est sœur de l'amour divin; dans l’histoire des religions les mystiques donnent la main aux gnostiques. Ainsi, Salomon pénètre plus avant que ne la fait aucun autre Israélite, dans les mystères divins, et Dieu lai accorde de nouvelles révélations qu’il nous a laissées par écrit. Ses regards d’aigle ont entrevu, comme à travers un voile épais, le Dieu un ct triple, qui a laissé pénétrer dans son ame un rayon de sa gloire (Prov. vin). Les scènes énigmatiques d’Eden ont occupé long-temps sa haute intelligence ; il a reconnu que le péché ne vient pas de Dieuet qu il ne règnera pas toujours dans le monde (Eccl. ur, 11; vi, 29), et l'expression figurée de l’arbre de vie lui est familière (Prov. m1, 48; xt, 50; xnx, 12; xv, 4), tandis qu’elle ne se retrouve nulle part ailleurs dans l’Ancien Testament et qu’elle ne reparaît que dans un écrit de saint Jean, l’Apocalypse. Salomon a saisi la vie spirituelle du fidèle comme un progrès lent et régulier, et il la compare tantôt à un chemin qu'on parcourt avec plus ou moins de rapidité, tantôt à la lumière du jour qui, pâle et faible d’abord, grandit et brille d’un éclat toujours plus

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