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vif et plus pur jusqu'à sa perfection (Prov. 1V, 48). La na ture même a été l’objet de ses méditalions religieuses.
Cependant la science des choses divines n'exclut point chez le fidèle celle de l’horame : saint Jean le prouve aussi bien que Salomon. Dans les écrits du premier, la communion habituelle de l’ame avec Dieu est inséparable d’une vie sainte et d’une charité active, et les hommes se divisent en deux classes uniques : les enfans de Dieu et les enfans du Diable. Le second ne s'élève sans doute pas à une telle hauteur, mais il sait poursuivre la sagesse dans ses applications les plus diverses, et ce qui nous a été conservé de ses trois mille sentences ou proverbes, atteste une profonde étude du cœur humain.
Ce même esprit d'observation, Salomon Fapporta dans l’étude de la nature. Il avait composé des écrits de zoologie et de botanique; il y parlait de tous les végétaux, depuis le cèdre du Liban jusqu’à l'hysope des murailles, et de tous les animaux vertébrés : quadrupèdes, oiseaux, reptiles et poissons (1 Rois IV, 55).
Enfin, Salomon avait reçu de Dieu une sagesse surnatu— relle pour juger son peuple et pour le gouverner selon le droit et la prudence (1 Rois in, 5-14. 28), et nous le voyons établir dans l’état, dans son palais et dans le culte, -toute une organisation nouvelle qui fit l’admiration de la Reine de Seba (4 Rois 1V; v, 15-18 ; x; 2 Cron. vi, 14).
Poète de premier ordre, théologien mystique (!), moraliste ingénieux, savant naturaliste, habile homme d’état, même
(*) « Les Pères remarquent que Salomon, dans les trois livres que nous avons de lui, nous donne des instructions proportionnées à tous les âges et à toutes les conditions de la vie. Les Proverbes sont à la portée des plus simples et des moins avancés dans la voie de la vertu; ils sont adressés aux enfans; Salomon y donne souvent ce nom à son disciple. L’Ecclésiaste instruit un
heureux guerrier : tel était ion , l'un de ces rares génies qui excellent dans les choses les plus diverses, et embrassent toutes les sphères de l’activité humaine. |
Or, Salomon, c’est l'Ecclésiaste, et son livre n'est point indigne de ce grand génie.
Ce livre est de la vieillesse du Roi : un vieillard seul peut avoir amassé un aussi riche trésor d'expériences, et jamais jeune homme n'aurait fait, de la décadence graduelle du corps vers le terme de la vie, la description saisissante qui se lit au chapitre douzième. Plus de quarante années peutêtre se sont écoulées depuis la composition du Cantique
homme déjà fait, il lui montre le néant et la vanité des choses du monde. Le Cantique est pour les ames parfaites et pour celles qui se sont élevées au dessus des sentimens de la chair et du sang. Le premier répond à-peu-près à ce que les philosophes appellent Ethique, la science des mœurs; le second, à la physique qui est la science de la nature; et le troisième, à la logique ou à la perfection de la raison. Ou, suivant Théodoret, ioute la doctrine de Salomon est une espèce d'échelle qui contient trois dégrés : le moral, le naturel, le mystique. Saint Isidoré de Péluse compare les trois livres de Salomon aux trois parties principales du temple : les Proverbes sont figurés par les parvis extérieurs, ouverts à tous les [sraélites ; l'Ecclésiaste est représenté par le lieu saint, qui était fermé aux yeux. des profanes par un voile, et où personne n’avait droit d'entrer que les prêtres sanctifiés. Mais le Cantique est justement comparé au Saint des Saints, où les prêtres mêmes n’entraient pas, et qui n’était ouvert qu’au souverain sacrificateur, et cela une seule fois l’année et après bien des cérémonies et des purifications. Tout le monde est invité à l’étude des Proverbes ; tout le monde n’est pas capable d'entendre l’Ecclésiaste ; mais presque personne ne peut pénétrer la profondeur du sens du Cantique.» (Calmet, commentaire littéral ; préface sur les Proverbes.)
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des Cditiques : ci à int inati M l auteur à perdu sa fraîcheur et sa vivacité. Mais l’on reconnaît encore le poète au tableau qu'il trace du travail de la nature et des souffrances de la vieillesse, et surtout au dramatique de son plan, à la préision de ses pensées, à leur hardiesse, à leur marche rapide, à d'imprévu des transitions et à l'élégance du style. Or, ce sont là les seules beautés littéraires qui soient à leur place dans un écrit philosophique.
Cependant, si le poète est à quelques égards sur son déclin, le penseur a encore toute sa vigueur, et même il s'élève dans le livre de l'Ecclésiaste bien au dessus de ce qu'il est dans celui des Proverbes. Ici ce ne sont que des sentences détachées, là c'est un traité logique dont la méthode est aussi ingénieuse que propre à produire la conviction, et dont les pensées, nous l’avons vu, sont celles d’un philosophe, homme d'état et croyant, et d’un penseur à la fois profond et subtil, qui se joue des difficultés et se plaît à résoudre les énigmes.
D'ailleurs le livre de l’Ecclésiaste, qui est comme isolé dans la Bible, n’offre des points de comparaison quelque peu nombreux qu'avec les Proverbes, et c’est là encore une raison de reconnaître à ces deux écrits un même auteur.
Le livre de l’Ecclésiaste serait donc, si nous ne nous trompons, le chant du cygne de Salomon. Ce Prince, avant de mourir, est certainement retourné à Dieu, selon ce que Nathan avait prédit à David (2 Sam. vr, 14), et s’il ne fait, dans cet écrit, aucune allusion à sa chute et à sa repentance, c’est, d’abord, parce qu'il y traite du bonheur et non de la sainteté (v. p. 27), c’est, ensuite, parce qu'il ne veut point y donner une histoire de sa vie, ainsi que l'indique le soin ayec lequel il.se cache derrière l'Ecclésiaste (v. p. 55), et c'est, enfin et surtout, parce qu'il n'aurait jamais exprimé sa douleur avec la force et l'intimité qui caractérisent les psaumes de pénitence de son père David: Les ames mystiques et gnos-
tiques ne sentent jamais la grandeur de leurs fautes d'une manière aussi complète, aussi profonde que les ames morales et pratiques qui ont beaucoup plus de droîture, de pe et d' RMÉpomeL |
Le livre des Vanités est ainsi le dernier mot d’un homme qui avait goûté toutes les joies de la terre et réalisé tous ses souhaits (4 Roisix, 4. 49), et qui pouvait demander à tous les hommes de tous les lieux et de tous les siècles : Quel est celui qui a joui dans la vie plus que moi? ir, 25.)
Et le discours de lEcclésiaste s'adresse à la génération du peuple hébreu dont le sort avait été le plus heureux. «Juda » et Israël étaient comme le sable de la mer, tant leur nombre » était grand; ils mangeaient, buvaient et se réjouissaient » (Ecclés. 11, 5. 24; v, 18, etc.) ; ils habitaient en assurance » depuis Dan à Beerscebah, chacun sous sa vigne et son » figuier. Tous les peuples voisins étaient soumis; tous les » Cananéens qui habitaient encore la Terre sainte payaient » letribut, mais tous les Israélites étaient libres, et méme ils » étaient élevés en autorité au dessus des autres.» {4 Rois 1v, 20. 25 ; 1x, 20-22.) Le règne du Roi de paix rappelle Eden ét annonce les temps du Messie. Et c’est alors que le souverain de la Cité sainte et l’homme le plus heureux qui ait vécu sous le soleil, déciare à la nation élue et au plus heureux des peuples, que tout est vanité! {1)
(?) On a conclu de la profonde trisiesse que respire ce livre,
à la profonde misère de l’époque où il a été composé. Tout autant vaudrait dire que Lamartine qui a senti si vivement les vanités de l’existence, ne peut avoir été qu’un mendiant. Le : Tout est vanité, n’a son plein sens que dans Ja bouche de
ï nt le plus heureux au sein de la nation la plus prospère: Seulement nous conviendrons sans peine que pour. éerire un,
Un tel bonheur explique | Pour le dire en passant, comment la promesse d’un Sauveur occupe une si petite place dans les écrits de Salomon, de même que, sans doute, dans les cœurs de ses sujets. La prospérité donne au présent tout le prix qu'elle Ôôte à l’avenir. La période de Salomon correspond dans l’histoire du peuple élu aux beaux temps de la Grèce dans l’histoire de l’humanité : les charmes de la terre avaient fait oublier aux Hellènes, plus qu'à aucun peuple païen, le sérieux de la vie, la sainteté du devoir, le besoin de l’expiation et la promesse d’un Sauveur. Il a fallu de longues adversités pour ramener les Hébreux au sentiment de leur indignité, et pour les disposer à écouter les paroles des prophètes qui ne commencent qu'après Elie à porter vers le Messie les regards du peuple élu (‘).
Cependant, lorsque Salomon écrivait le livre de l'Ecclésiaste, la période de prospérité approchait de sa fin : les contributions en argent et en denrées que Salomon avait établies sur son peuple, étaient devenues un joug de plus en plus pesant et une rude servitude {1 Rois 1v, 7. 20; 1x, 45; xn) ; les employés publics, les percepteurs de l'impôt, les gouverneurs de provinces commettaient des exactions qui n'élaient pas toujours réprimées et punies (1 Rois xx, 18); et déjà se formait à l’horizon le triple orage que les
livre tel que l’Ecclésiaste dans de telles circonstances, il faut autre chose encore que du génie.
(*) Faire vivre l’auteur d’un livre aussi peu messianique, après tous les Prophètes et dans un temps où le peuple de Dieu, soumis aux rois paiens de la Perse et dépouillé de toute gloire, devait naturellement se nourrir des magnifiques promesses que lui avait faites l'Eternel, nous paraît aussi contraire à la psychologie qu'à l’histoire.
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péchés de Salomon avaient levé contre Juda en Edom, à Damas et chez Ephraïm (1 Rois x1).
L'Ecclésiaste ne songe point sans doute à faire dans son traité philosophique un tableau exact des mœurs de son époque. Cependant son livre doit les reproduire dans ses traits généraux. En effet, d’une part, le peuple auquel le sage s'adresse, est très occupé du soin d'amasser de grandes richesses et se fatigue à cela plus qu'on ne saurait le dire (Eccl. 1v, 4-8; v, 9-20; vi); or, les relations intimes qui s'étaient formées entre Hiram et Salomon, ont été certainement la cause première qui a porté les Hébreux agricoles à s'occuper de commerce à l’exemple de leur roi (4 Rois 1x, 26 ; Ecclés. 17, 8) et à se faire Cananéens, comme le leur reprocha plus tard Osée (xir, 8). D'autre part, les tribunaux rendent d’injustes sentences (nt, 16; vir, 7), les grands oppriment les petits (rv, 1-5; v, 8; vin, 7), et le pouvoir est parfois entre les mains des méchans et des indignes (vnx, 9. 10; x, 5. 7. 16-19); or, la fin du règne de Salomon a dû offrir de fréquens exemples de désordres semblables.
Au terme de sa carrière, Salomon, considérant ce que sont devenus les Hébreux sous son règne, les voit se précipiter, loin de leur antique simplicité, à la poursuite des richesses, et il cherche à les ramener du commerce à l’agriculture (v, 9-17). Ses conseils ne furent point écoutés, et il n’est depuis nombre de siècles aucune nation qui soit aussi étrangère à la culture de la terre que les Juifs, et qui s’adonne aussi exclusivement au commerce. Mais les paroles de l’Ecclésiaste ne resteront point sans effet, et le temps approche où le peuple auquel elles s'adressaient, en reconnaîtra la vérité et reviendra labourer les champs de ses ayeux.
Salomon considère l’état social et politique de son peuple et y voit de grands désordres. Il reconnaît bien que plusieurs proviennent de sa faute et qu'il aurait pu les prévenir {x,
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5. 6); maisilen est d'autrésqui sont l'effet soit d'événemens que l’homme ne peut diriger (x, 7), soit de la méchanceté des hommes en charge, et de crimes que le roi ignore ou qu’il ne sait comment réprimer {v, 8), soit aussi de la faiblesse et de la làcheté des opprimés qui souffrent sans se plaindre et bientôt oublient leurs souffrances (vin, 9. 40). À son successeur il recommande la sagesse, la vertu et le zèle pour la chose publique (x, 16-19); et quel autre conseil donnerait-il à quiconque cherche la paix et le repos, si ce n’est celui de se confier à son roi et en Dieu (v, 8; vit, 12), et de se soumettre à un ordre de choses qu'on ne peut changer {vn, 10; x, 4-7)? Sices exhortations eussent été suivies, Roboam n'aurait pas provoqué la révolte d'Ephraïm par ses discours insensés, et les Dix Tribus n'auraient pas proyoqué la colère du roi par leurs plaintes amères.
Mais Salomon sait, par une révélation divine, qu’à cause de son idolàtrie son empire sera déchiré (1 Roïs x1), et qu à son règne de paix et de gloire succédera un règne de guerres civiles, de troubles et de malheurs. IL voit les Israélites, séduits par. son exemple, poursuivre toutes les joies de la terre, et ne pas l’imiter dans son retour à Dieu; et les sa— chant tout épris encore de ces biens matériels, qui vont leur être enlevés à cause de ses crimes, il cherche, du bord de la tombe, à les convaincre que sous le soleil tout n’est que vanité. |
Enfin Salomon a, dans sa longue vie, appris à connaitre l’homme même et l'humanité : c’est à toutes les nations et à tous les siècles qu'il dit avant de mourir: «Craignez Dieu et gardez ses commandemens, car c’est là le tout de l'homme: » et celte parole, qui a retenti de siècles en siècles, ne s'évanouira dans l’espace que lorsque la vanité aura fait place à l’éternelle réalité.
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Salomon est une prophétie vivante. Roi d’une paix terrestre, il annonce Celui qui doit donner aux siens une paix tout autre que celle du monde, et le Prédicateur de la.vanité des choses humaines en suppose un qui vienne établir la vérité dans ce monde.
Sage ct philosophe, il devance de cinq et de dix siècles les Sages dé la Grèce qui ont, comme lui, mis par écrit des &nomes, et les philosophes d'Athènes et de Rome avec leurs divers systèmes de morale. $ ,
Sayant, il commence des études d'histoire naturelle que depuis lui nul n’a reprises avant Aristote. |
Poëte, il fait vibrer pour la première fois la corde de cet amour intime qui seul est digne des créatures raisonnables, et que la Grèce ni Rome n'ont point connu.
Homme pieux, il écrit la première ébauche de ces confessions qui apparaissent avec l’aurore du christianisme (les Clémentines), et dont Augustin a laissé le plus beau modèle; et à l'entendre parler de son désenchantement de la vie, on dirait un homme du dix-neuvième siècle.
Prince conquérant et lettré au premier siècle de la Loyañité juive, il rappelle le fils de Pepin, ouvrant le moyen-àge, et portant dans son sein de grandes pensées, qui ne se sont réalisées que plusieurs siècles après sa mort; et l’on peut appliquer à Salomon ce qu’un auteur disait de Charlemagne : Pontifex in prædicatione, philosophus in liberalibus studiis.
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