‹ Explication du livre de l'EcclésiasteChapitre 3 sur 34 · UN · texte numérisé non relu

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d'esprit dont parle saint Paul quand il dit « que la piété a les promesses de cette vie et de celle qui est à venir. »

Luther avait retrouvé l'esprit dans lequel il faut interpréter l'Ecclésiaste; mais, tout préoccupé des erreurs qu'il combattait, il avait accordé une médiocre attention au plan du livre et à la marche des pensées, et méconnu les alternatives de foi et de découragement par lesquelles passe le sage hébreu. Il restait donc après lui tout un travail à faire sur cet ouvrage.

Mélanchton et d’autres Luthériens; Théodore de Bèze, et avant Luther même, Bucer, parmi les Calvinistes, écrivirent des commentaires de l'Ecclésiaste dans le même esprit de foi ‘st piété que ce grand Réformateur.

Avec Hugo Grotius commence une époque nouvelle. Il est le premier qui s’arme de la science pour attaquer ce livre sacré. S'appuyant sur le grand nombre de mots chaldéens qu'il y remarquait, il avança que Salomon n’en pouvait être l’auteur, et en placça la rédaction à l’époque de Zorobabel. Calow réduisit ce grand nombre de mots étrangers à quatre, dont deux encore sont très probablement hébreux.

D'autres théologiens émettaient la pensée que ce livre était un entretien entre un homme pieux et un impie. Mais on leur répondait avec raison qu'il n’y a pas dans tout l’ouvrage trace de dialogue.

Ce n’étaient là que les signes avant-coureurs dela grande lutte qui s’éleva en Allemagne au sujet de ce livre dans la dernière moitié du dix-huitième siècle. À cette époque de critique et d’incrédulité, plusieurs théologiens choqués des contradictions que renferme ce livre, n’y voulurent voir qu’une première ébauche, un brouillon, un recueil de pen-— sées mal digérécs encore, ou crurent y reconnaître comme un procès-verbal d’une discussion publique entre des sages hébreux (Dœderlein, Paulus). D’autres soutinrent l'unité de

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composition : ainsi Michaëlis, qui en publia d'abord une paraphrase poétique, et qui finit par avouer qu'il n'avait pas encore découvert la clef de ce livre. Herder et Eichhorn reviennent à l'hypothèse d’un dialogue entre deux personnes dont les opinions se contredisent. Umbreit reconnaît bien dans l’Ecclésiaste un philosophe qui recherche le souverain bien et qui est continuellement balotté entre la vérité et l’erreur; mais, séduit par des opinions théologiques qu'il a abandonnées dès lors, il fait de lui un sceptique, et il bouleverse les chapitres et les passages d'une grande partie de l'ouvrage. Rosenmuller en maintient l'intégrité, sans en rattacher intimément les diverses parties les unes aux autres. Evwald, enfin, admet que ce livre forme un tout où tout se lie, et il le divise en quatre grandes sections. "A ne voit pas dans la suite des pensées un progrès soutenu; l’Ecclésiaste, selon lui, reviendrait de section en section sur les mêmes sujets, qu'il examinerait sous des points de vue divers, Sans jamais exprimer d'opinions dont il reconnaîtrait plus tard la fausseté.

A cette divergence de vues sur la nature de ce livre, correspond une égale opposition sur sa pensée fondamen-— tale. Suivant les uns (Herder, Eichhorn, de Wette), l’auteur de l’Ecclésiaste, dans sa sombre douleur, n’a songé qu'à décrire les vanités, la fragilité, les misères de la vie hu-— maine; tandis que d’autres voient au contraire en lut, soit un moraliste peu sévère (Ewald), soit un chrétien évangélique (Luther), qui nous enseigne à réprimer nos désirs im— modérés, et à jouir, avec reconnaissance envers Dieu, des biens présens, sans nous préoccuper de l'avenir, ni nous laisser troubler par l'adversité. Les uns'et les autres sont contredils par des troisièmes, au dire desquels le but de l’Ecclésiaste est de prêcher la crainte de Dieu (Michaëlis), ou de confirmer l'espérance de l’immortalité par l’opposition qui existe entre les misères de la vie humaine et les perfec-

tions de Dieu (Desvœux), ou de diriger par ce contraste l'esprit du lecteur vers l'éternité (Jacobi, Dœderlein, Seiler). Enfin, il en est d’autres qui ont retrouvé dans ce livre, avec une surprenante sagacité, toute l’histoire des rois de Juda depuis Salomon à Sédécias (Kaiser), ou qui y ont sottement découvert une discussion philosophique entre un Hébreu néologue formé à l’école des sophistes grecs, et un Hébreu orthodoxe , défenseur des vieilles doctrines (Bergst).

Même diversité de vues sur la valeur littéraire de l’Ecclésiaste et sur son auteur. D'un côté, un des plus doctes hébraïsants de l'Allemagne , Hartmann, a confessé, à sa honte, qu'il trouvait cet écrit d’un philosophe juif de mauvaise humeur, cordialement ennuyeux, et de l’autre, Umbreit N » refuser son admiration au grand psychologue et artiste qui sait résoudre toutes les contradictions dans lesquelles se meut sa pensée, en une seule et belle harmonie. De même, tandis que les siècles passés n'hésitaient pas à reconnaître Salomon pour l’auteur de l’Ecclésiaste, la presque totalité des théologiens allemands, et même Hævernick, pensent que cet ouvrage est de l’époque des derniers rois . de Juda ou de la captivité, si tant est qu’ils ne le placent pas (avec Ewald) au temps de la domination des rois de Perse, ou (avec Bergst) après Alexandre le Grand. Un savant allemand de la fin du siècle dernier, a cru même reconnaître des hellénismes, mais il a été seul de son avis; d’autres de ses compatriotes se sont bornés à noter les fautes de grammaire et de syntaxe qu'avaient faites Salomon ou tel autre.

Un désaccord aussi complet entre les interprètes d’un même livre, prouve autre chose que l'infirmité des commentateurs, et ce n'est point sans raison que cet ouvrage a été déclaré par Luther, comme par les plus habiles critiques romanistes, le plus difficile de tous les livres de lEcriture, et comparé par Fr. de Meyer à un frésor qui serait ren-

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fermé dans un coffre fermé à triples verroux. Les traducteurs de la Bible eux-mêmes, semblent, en plusieurs passages, avoir eu peur des pensées de l'Ecclésiaste, et n'avoir osé le suivre ni dans son vol sublime (comme m1, 41; vu, 14; x1, 8), ni dans ses chutes profondes (vu, 16. 17; nr, 18-22). Aussi, pour en comprendre le plan et ne pas faire erreur sur les détails, faut-il avoir recours à l'original hébreu. Ce n’est pas à dire que le style en soit particulièrement obseur, et si les traducteurs, séduits par l'exemple de la Vulgate, n’ont pas toujours été fidèles au texte, la faute en est avant tout à leur manque de foi dans la pleine inspiration de la Bible. La première règle que doit se faire l'interprète de l'Ecclésiaste, comme de tout ouvrage quelconque, c’est d'accepter le sens littéral et naturel Sans y rien changer, et de rechercher sans préoccupation étrangère, la vraie pensée de l’auteur.

Ce qui est obscur dans l’Ecclésiaste, c’est d’abord, à dater du chapitre quatrième, la liaison des idées. Rosenmuller renonce d'ordinaire à la chercher, et se refuse même à la reconnaître là où elle est évidente ; il fait ainsi de la majeure partie du livre un recueil de sentences qui se suivent sans ordre, ou dont les groupes n’ont entre eux aucune liaison intime, ainsi que c’est le cas dans les Proverbes de Salomon. Mais il ne faut pas se laisser tromper par le mode d’enseionement des Orientaux, qui est d’ailleurs, jusques à un certain point, celui de tous les peuples de l'antiquité, et qui consiste à exprimer des vérités générales par des exemples particuliers. Nous, au contraire, Occidentaux et modernes , nous aimons les vues d'ensemble et les principes abstraits. Aussi n'est-ce pas pour nous un travail facile, que de dégager du fait spécial que lEeclésiaste nous présente, la grande vérité qui y est contenue, et de briser l'enveloppe rude et grossière pour mettre au jour la belle et féconde pensée qu'elle cachait. Mais nous sommes amplement ré-

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compensés de nos peines par la liaison qui s'établit comme

d'elle-même entre ces passages en apparence isolés, et nous voyons peu à peu que la chaîne dont les premiers anneaux (dans les chapitres 1 et 1} Sont exposés aux yeux de tous, se reforme tout entière entre nos mains, et se termine au dernier verset du livre.

Alors aussi, nous acquérons la conviction que ce livre est un véritable traité philosophique et non point un simple recueil de sentences, et qu'il forme un tout organique dont on ne pourrait retrancher un seul membre sans l’altérer entièrement. Les contradictions apparentes doivent s’expliquer par la nature même du livre qui est la poursuite d’un bien inconnu, faite, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre; et l’on é$t ainsi en voie de trouver la véritable pensée de l’auteur et de la distinguer de ce qui n’est que doutes et opinions du moment.

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