‹ Explication du livre de l'EcclésiasteChapitre 33 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

(xI, 7. 8; x, 1-10.)

Arrivé au terme de son discours, le sage change tout-àcoup de ton, son cœur se réchauffe, son style se colore, des expressions pleines de poésie remplacent les paroles plus simples de la méditation philosophique, et déjà son langage. trahit l'inspiration d’un écrivain sacré.

Et douce est la vie et agréable la vue du soleil! Douce est la vie malgré toutes ses misères, malgré l’inutilité de toute recherche du bonheur (1, $ 2), malgré l'instabilité de toutes nos joies (1, $ 2), malgré les désordres de la société 4, S 5), malgré toutes les contradictions des événemens providentiels (3, $ 5). Il est agréable de voir le soleil, à cause des joies

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dont est semée notre existence (1, 24; 1, 12. 15; v, 18; vil, 14; vin, 19; 1x, 7-9), surtout à cause de l'affreux état où nous réduit la mort {ix, 4-6; 10). — xx, 7.

Mais quand bien même un homme vivrait de nombreuses années, les passeïait toutes dans la joie, lorsqu'il viendra à réfléchir combien nombreux sont les jours de ténèbres qui l’attendent après cette vie, il s’écricra : Tout ce qui passe est vanité ! La vie, malgré ses douceurs et ses joies, n’est que vanité, car elle ne dure que peu d’instans. — xt, 8.

Parole pleine d’amertume! Elle reténtit douloureusement dans le sein du vieillard qui en sent avec larmes l’insondable vérité, Mais le jeune homme la trouve trop sévère, il a en perspective {ant de joies qui font battre le cœur ! il sait si peu encore distinguer les rêves de la réalité, il connaît. si peu la vie! Viens donc, 6 jeune homme ! dit le Sage, viens écouter ce qu'il me reste à dire. Réjouis-toi dans ton adolescence, el, comme la joie hors de la foi et dans le monde ne peut consister que dans la satisfaction de nos désirs et de nos passions, satisfais ton cœur aux jours de ta jeunesse, et marche dans les voies de ton cœur et selon les regards de tes yeux : mais sache que pour toutes ces choses Dieu te fera venir en jugement. Il te jugera pour toutes tes fêtes, pour tous tes ris, pour tous tes festins; il {e jugera pour toutes les convoilises que tu auras nourries dans ton sein, pour toutes les séductions que tu n’auras pas repoussées; il te Jugera pour toutes les actions que t’auront inspirées la vanité, l’orgueil, l'amour de la gloire. Si tu l’oses, va donc, suis tous les “désirs de ton cœur. —— xIx, À.

Et bannis de ton cœur le chagrin que tu te donnes à toimême , et éloigne de.ta chair le mal qui se peut éviter; car l'adolescence et l'aurore sont choses vaines. Hâte-toi de jouir, mais souviens-toi de ton Créateur aux jours de la jeunesse avant qu’arrivent les jours mauvais et que s’approchent les

années desquelles tu diras : Elles ne me plaisent plus. Détourne; Le 4 $ ï

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à jeune homme! ton cœur et tes regards des choses de la ierre et tourne-les vers ton Dieu, avant que la vieillesse Uordonne de sa voix redoutable et {impose comme une dure nécessité ce que maintenant tu peux faire librement et non sans quelque joie. Vas à Dieu avant que ce soleil dont tu admires aujourd’hui la lumière éclatante, avant que la lune et les étoiles qui réfléchissent dans les yeux leur pure ct brillante image, ne se ternissent à tes regards voilés, avant que la nature, dont le spectacle t’enchante, ne s’assombrisse comme le ciel en un jour d'hiver où les nuées reparaissent constamment après la pluie.

O jeune homme! alors {es bras vigoureux, toujours prêts à te défendre comme des sentinelles devant une maison, se mettront à trembler; tous les os de ton corps maintenant pleins de force, fléchiront et se courberont; tes dents blanches et complètes, telles que de jeunes esclaves qui meulent le froment dans la maison, cesseront leur travail et seront réduites à un pelit nombre, et les jeunes filles qui regardent par les fenêtres de tes yeux se voileront.

O jeune homme! alors tes lèvres se replieront sur ta mâchoire dégarnie, ainsi que les deux battans d’une porte se ferment sur la rue vers le soir quand le bruit des meules baisse et va cesser. Alors ce profond sommeil qui restaure chaque nuit {es membres fatigués, l'aura fui, tu te réveilleras au chant matinal de l’oiseau, et celte voix souple et forte qui équivaut elle seule à tout un chœur sera brisée, les filles de l’harmonie auront perdu leur voix.

Alors, à jeune homme! {u redouteras de marcher sur les lieux élevés et escarpés, e£ même dans les grands chemins plats et unis {u trembleras. Et ta tête se couvrira de cheveux blancs comme l’amandier de fleurs. Et tes membres qui ont la vigueur et la souplesse de la sauterelle, s’appesantiront. Et ton corps laissera échapper ton ame, comme le caprier dont les fruits se détachent subitement de leur enveloppe qui s’en-

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trouve. Car c'est la saison où l’homme quitte sa maison d'argile (xt, 5) pour se rendre dans sa demeure éternelle, et les pleureurs l’accompagnent dans les rues au tombeau.

O jeune homme! souviens-toi de ton Créateur avant que la chaîne d’argent qui soutient sur l’abîime du sépulcre {a lampe de ta vie, soit brisée prématurément par une main invisible, et que ce vase d’or, hélas, plein d’huile encore, tombe et vole en éclats; avant que les organes du corps qui puisent sans cesse de nouvelles forces dans le grand fleuve de la vie universelle, s’usent et suspendent leurs fonctions, tel que le sceau d’un puits qui se fend en même temps que se brise la roue qui l'élevait et le descendait sans cesse.

Vas à ton Dieu, à jeune homme! avant que la poudre dont tu as été formé retourne à la terre comme elle y avait été, et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné.

Jeunes gens et vieillards, grands et petits, pauvres et riches, vous tous qui prêtez l'oreille à mes paroles ! douce est la vie et agréable la vue du soleil; mais nos jours s’en— fuient comme l’ombre, les biens de la terre ne rassasient pas notre ame, la sagesse ne nous sauve ni de la mort, ni de la vieillesse, ni de l’adversité; le bonheur que nous rêvions était une chimère, et la crainte du jugement de Dieu vient troubler notre peu de joie. Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, tout est vanité !

Est-ce là son dernier mot?

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