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à D'ailleurs, au terme de sa recherche du bonheur comme à son départ, l'Ecclésiaste déclare expressément que tout est vanité, tout, même la joie humble et modeste du sage; et s’il eût admis une seule éxception, il eût ôté à son livre toute sa force. Car l’homme à mesure qu’il avance dans la vie, apprend à se contenter de peu de bonheur; et qu'il y ait pour lui une seule joie qui ne soit pas une vanité, qui satisfasse son âme et ne passe pas, il s’en contentera et n’aspirera à rien de mieux. Enfin l'Ecclésiaste, pour ne laisser aucun doute sur sa véritable pensée, l'a énoncée en toutes lettres dans les deux derniers versets qui sont la clef du livre entier.
Au reste, cette opposition entre la vanité des choses terrestres et l’infinie valeur des choses célestes n’est point une manière de voir particulière à l’Ecclésiaste ; elle se retrouve dans tout l'Ancien Testament et se présente sous une forme plus .ou moins précise à {oute âme qui vit de foi. Asaph disait en terminant le célébre paies soixante et treizième : « Je n'ai pris plaisir sur la terre qu’en toi, Seigneur; m'ap- > procher de Dieu c’est tout mon bien; » et nous lisons dans un psaume de David, le trente- -neuvième, ces belles paroles : « Voilà, tu as réduit mes jours à la mesure de quatre » doigts, et la durée dema vie est comme un néant devant »toi. Oui, tout homme n’est que vanité, quelque ferme » qu'il dut Oui, l’homme se promène parmi des ombres! » Il amasse et ne sait qui recuëillera#— Et maintenant » qu'ai-je attendu, Seigneur? Mon espérance est en toi.»
fait toujours des choses nouvelles, et les enfans d'Adam n’en
font jamais. Aussi long-temps que le Saint-Esprit ne nous à pas
renouvelés et n’a pas changé notre cœur (et ce sônt là des choses qui se passent au dessus du soleil), le vieil Adam est toujours Jà au dedans de nous, et les enfans d'Adam pensent et agissent
comme ont agi.et pensé tous les enfans d’Adam des eme passés » (Luther, ad 1, 40).
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Mais si l’Ecclésiaste n’est point un prédicateur des joies licites et honnêtes, il ne faut pas, d’autre part, exiger de Jui ce qu'il ne pouvait nous donner sans sortir de son sujet. Il parle de vanités de la terre et non du péché, des peines de la vie et non des douleurs secrètes qui accompagnent la transgression de la loi, des fatigues du travail et non des pleurs de la repentance. Se sentir pauvre et malheureux conduit à se sentir pécheur et criminel; mais ces deux ex— périences ne sont point identiques, et l'épigraphe de l'Ecclésiaste serait, non pas : Heureux ceux qui pleurent sur Jeur état de condamnation, car ts seront consolés: mais bien : Heureux les pauvres selon l'Esprit, car le royaume des cieux est à eux. Toutefois il y a dans le cri : Tout est vanité, une preuve irrésistible que l’humanité n’est pas dans son état normal, et que Dieu ne peut l’avoir créée si malheureuse et tellement impuissante à trouver un remède à son malheur, et saint Paul ne fait que développer les pensées de l'Ecclésiaste (1, 5-8; ur, 11), quand il nous parle de ce soupir universel de la nature et de l’humanité assujetties à la vanité par une volonté étrangère (Rom. vin).
Il. LA FORME ET LE STYLE DU LIVRE.
Le livre de l’Ecclésiaste est un traité philosophique du bonheur. L'auteur y cherche quel est le vrai bien de l'homme, et nele trouve pas. Or, chercher la vérité et ne pas la trouver, est le propre de la philosophie humaine.
Cette poursuite du bonheur conduit l’Ecclésiaste d'un extrême dans un autre, de l'illusion au désespoir, et d'une vérité à demi-comprise à une complète erreur. De là, pour le lecteur superficiel, les contradictions les plus absurdes, l’absence la plus complète de transitions, la juxta-position
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des idées les plus hétérogènes, et des paroles qui semblent d'autant plus étranges qu’on les prend pour des enseignemens d'un sage inspiré; de là, parmi les théologiens, les explications les plus diverses de ce livre énigmatique; delà, du scandale provenant de l'incrédulité et de l’inattention des lecteurs; de là enfin, par crainte du scandale, des traductions infidèles.
L'Ecclésiaste cependant avait eu le soin d’avertir ses lecteurs de la nature de son ouvrage (xtr, 11-12). El leur avait parlé de ses longues et fatigantes méditations: c'était là in— diquer assez clairement le travail d’esprit du philosophe qui poursuit à grande peine une vérité qui fuit constamment devant lui; et quand il ajoutait qu'il aurait pu écrire, s’il l’eût voulu, plusieurs autres livres sur ce même sujet des vanités du monde, il s'exprimait comme un docteur qui fait l'étude d’un certain ordre de faits, bien plus qu’en écrivain sacré qui reçoit immédiatement d'en haut ses inspirations.
Aussi le style d’un semblable ouvrage doit-il différer beaucoup de celui des Psaumes et des Prophètes. L’Ecclésiaste nous dit lui-même qu’il a composé son livre en un style agréable (xx, 11-12). Les autres écrivains sacrés ne nous parlent pas de leur travail de composition, ou, s'ils le font, c’est pour nous dire que leur cœur est disposé à chanter les louanges de Dieu (Ps. cvur), ou pour nous dépeindre leur enthousiasme qui bouillonne et déborde (Ps. xLv). Ici, au contraire, le sage après avoir pesé, scruté et long-temps étudié, a composé un discours sentencieux , et cherché des pa roles agréables. Moïse, le Psalmiste, les Prophètes, cherchaïient-ils par quels mots ils devaient rendre les pensées que le saint Esprit leur mettait au cœur? Non, la pensée sortait tout armée de leur cerveau. Mais l’Ecclésiaste a travaillé son style, et, l’adaptant au sujet qu’il traitait, et qui ne comportait ni l’élan de la poésie lyrique, ni l'entrainement de l'éloquence, il a mis par écrit ses pensées en un langage
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simple, mais agréable, et qui, supposons-nous, se rapproche de celui de la vie ordinaire. L’on rencontre, en effet, dans l’Ecclésiaste quelques formes grammaticales et beaucoup de mots qui, dans les autres livres sacrés, sont fort rares, ou qui même y sont inconnus.
Cependant ce sage n’est philosophe que par une espèce de fiction. L'Ecclésiaste cherche la vérité, mais Salomon la possède depuis long-temps; ce n’est que dans son livre qu’il l’ignore et qu’il va à sa découverte, et l'inspiration divine se trahit à chaque page. Le philosophe ne fait que semblant de s’égarer; en réalité il marche droit à son but qu'il ne perd pas de vue, et son style, tout simple qu’il soit, n’en est pas moins plein de feu et de vie. Nous ne retrouvons sans doute pas ici la majestueuse gravité, ni les vives images, ni les éclatantes couleurs des livres poétiques el prophétiques de l'Ancien Testament; non erat his locus: mais la marche de l’auteur est à la fois ferme et rapide, ses pensées sont exprimées avec une extrême précision, les subits changemens qui s’opérent dans ses vues et dans la disposition de son cœur, ne sont souvent indiqués par aucune transition, et les mots qui peuvent s'entendre d'eux-mêmes sont plus d’une fois supprimés (par exemple : dit-il, IV, 6.8; x1, 8). On sent à chaque verset la profonde émotion d'un cœur qui sent avec toute la vivacité possible la portée des faits qui le frappent, des idées qui se présentent à lui, et il faut se réchauffer à sa divine chaleur pour le comprendre et le suivre (‘).
(*) Luther a porté du style de l’Ecclésiaste un jugement différent qui peut servir à contrôler le nôtre : « Le roi Salomon parle un langage singulier, haut et princier, qui exige, pour être compris, plus d'intelligence et de réflexion que le style hébreu ordinaire. — Il aime le style figuré, et parle tout autrement que David et les prophètes; il use davantage de mots recherchés et ornés, et s'exprime en termes plus magnifiques
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L'ouvrage est dans sa majeure partie écrit en une prose philosophique, mais à chaque instant le style s'élève à la hauteur dela poésie didactique ou des Proverbes; et ce mélange de tons imprime à tout l'ouvrage un caractère singuliérement original dont la juste appréciation contribue certainement à l'intelligence des pensées. Il ne serait point difficile de le reproduire dans nos traductions modernes.
Ainsi, l’ouvrage commence par deux phrases en prose.
« Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité !
» Quel avantage l'homme a-t-il de tout le travail dont il se travaille sous le soleil ? Ù
Mais voici déjà la poésie qui apparait, on la reconnaît sans peine au parallélisme :
« Une génération arrive et une génération passe,
» Et la terre est toujours là.
» Et se lève le soleil et se couche le soleil,
» Et vers son lieu il court haletant... pour s’y lever!
» On ne se souvient point parmi nous des ayeux,
» Et les siècles postérieurs ne se souviendront point de ceux qui viendront après nous. »
Après ce tableau vraiment poétique de toules les fatigues de l’homme et de la nature, l’auteur reprend sur un tout autre lon :
que son père. Son langage rappelle celui de la cour; les rois et leurs conseillers traitent des grands intérêts de l’état en un autre style que celui dont se sert la mère dans sa maison et l’homme du commun dans son trafic. Il y a, dans les discours de Salomon, de la grandeur, de la noblesse, de la dignité, un certain apparat ; ; mais la simplicité de David a aussi sa parure et sa grace» (Préface au commentaire de l’Ecclésiaste, et explication du premier verset de l'ouvrage).