‹ Explication historique des Instituts de l'empereur Justinien (volume 3)Chapitre 12 sur 286 · ORIGINES DE ROUE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE ROUE

lorsqo*on se demande d'où étaient venues ces peuplades qui nous apparaissent si morcelées, et comment avait été semée de ses babitants la péninsule italique, de même que la Grèce, que l'Espagne, que les Gaules ou que les autres parties de l'Europe! Alors au lien du morcellement, des disparates et comme de la confusion des races et des langues, s'entrevoient les lueurs des origines communes. On découvre que ce sont quelques races identiques qui sont arrivées, dans leur temps, en ces contrées de l'Europe, rameaux détachés d'une souche première, immigrations dispersées d*une lointaine lignée; on comprend comment il se fit qu'à la bataille de Marins contre les Ambro-Tentons , de certains rangs de l'armée des barbares et de ceux des auxiliaires italiques de Rome, partit, au grand étonnement des combattants, le même cri de guerre, la même appellation nationale : Ambrai Ambra! (1); et ces vestiges mystérieux d'une unité oubliée, qui se rencontrent au milieu de la plus grande variété des langues humaines, on commence à s'en expliquer l'existence. M. Ampère nous a donné, en savant et en poëte qu'il est, les commencements d'une Histoire romaine à Rome (2); histoire par la topographie arcKéologique mise au service d'une ingénieuse et d'une élégante faculté de conjecturer. L'auteur monte tour à tour, pour écrire cette histoire, sur chaque sommet des collines locales, et promène ses regards à l'entour; mais localiser son point d'observation, n'esUce pas courir gi*and risque de localiser ses aperçus? Pour avoir le mot des minimes fractions humaines qui paraissent s' agitant sur ces minimes fractions de territoires, ne serait-ce pas au sommet du mont Ararat qu'il faudrait pouvoir se poser, et de là voir s'épandre sur notre Europe les détachements divers de la grande famille que le berceau asiatique inconnu y a successivement envoyés?

Si nébuleuse que soit Tapparition de cet acheminement des peuples vers TOccident, l'étude comparative de certains restes de traditions, d'usages et de croyances, celle surtout de la philologie dans ses intimes profondeurs , ont permis d'affirmer, de nos jours, quelques grands résultats. On en sait assez pour dire que ces fortes races de la famille japhétique, les Ibères, et plus

(i) Plutarque, Vie de Marins. — {%) Paris, 1862, % vol. in-S».

]0 HISTOIRE. FREHIËIIK iPOQOB. LES ROIS.

fortes y plus nombreuses , plas répandues encore , le» Keltes (Gaêls) efi leurs frères les Kimris, sont venues donner à la péninsule italique ses éléments de population, comme il» les ont dotmés à la péninsule espagnole, aux Gaules eli à d'autres parties de FEurope. De sorte çue, dans des proportions dîfTérentes, arrf?ée« par dif ers chemins, en des immigrations ou invasions siiecessives et d'époques variées, ce sont les mêmes races d'hommes originaires qui s'y rencontrent. Les Ligures, les Sicules et les Sicanes ne sont, de l'avis général, que des rameaux de la branche des Ibères. Les Ombres, suivant des traditions auxquelles les érndits rcflnains n'ont pas étfr étrangers, étaient tenus pour une progéniture des Keltes oo Geëis, descendus, par le revers des montagnes, dans la haute Italie (1). Les mystérieux Pélasges ne seraient que des tribus de Kimris parties de la Tbraee, répandues sur certains points de l'Asie Mineure, sur le territoire et dans les îles de la Grèce, et aussi dans la presqu'île italique. Leur établissement dans la Grèce leur a fait attribuer, mais à tort, une origine hellénique, bien qu'ils y aient précédé de beaucoup ceux qui devaient plus tard les y remplacer et emprunter de leur langue jusqu'aux noms de Grecs et d'Hellènes. Les Etrusques eux-mêmes, ou Tyrrbèniens, appartiendraient à cette même race des Kimris , détachements d'autres rameaux de Pélasges venus après les autres en Italie, mais se reliant, quoique dans un passé plus reculé, h la branche commune (2). Enfin, une troisième race, toujours sortie du berceau asiatique, toujours issue de cette grande lignée qu'on personnifie sous le nom de Japhet , devrait compter aussi parmi les ancêtres des peuples italiques : ce sont les lOnes, dont

(1) « Sane Umbros Gallarum veterum propaginem esse M. Antoniiis refert. o (SsRVius, ch. 12 de V Enéide.) Ce M. Antouius Gniplio était un Gaulois cisalpin, précepteur de Jales César. — « Bochus absolvit Galtorum veterum propaginem Umbros esse. » (SoLm , De memorai&ms mundi, ch. 8.) Ce Cornélius Bochns était un affranchi de SyUa, en renon pvnr son ëraditioii. -*- i llmbrî, ItaUiB gens est, sedGallorom veterum propage. > (UiooRS ok S^vills, Des origines, liv. 9, ch. 2.)

(2) K Hygînus dixit , Pelasgos esse qui Tyrrheni suiit : hoc etiam Varro commémorât. ■ (SteRvius, ch. 8 de V Enéide.) — Voir le livre si succinct, mais si instructif, de M. Berghann, de Strasbourg, Les peuples primitifs de la race de Ja/éte; Colmar, i85a, p. 42 et suiv.

ORtCmit DE lOMB. H

la desceadance a îHiistrè, bien des sièeles après, tar une antre terre, les noms pélasgîqves de Grecs el d'Hellènes (1). Lorsque ceMe race poussa quelfnes-ons de ses détacbenenls sur les côtes de la Sicile el de Fllalie, elle en était à ses débuts en Europe ; elle venait à peine de s'installer dans b presqo'ile do la Grèce en expulsant les Pélaages ou en se mêlant avec em , elle était bien loin encore do renoni anqnel devait atteindre, dans Tavenir, sa progéniture. Il faat se garder de confondre cet élément primitif des lones en Italie, avec les colonies bien pwtérieurcs qu'y fondèrent les peuples greca en leux prospérité , et qui firent donner à une partie des rivages italiques le nom de Grande Grèce. Des événements dont novs parlons», entrevas à peine à travers les obscurités des origines des races- humaines, les plus récents sont antérieurs de quinae on seize siècles à notre ère, de sept on huit cents; ans à ceHe de Rome. Ils nous montrent, en dé&nttive, trois races entrées dans la composition des peuples italiques : — les Ibères ; — les Keltes ou Gaêls avec leurs frtees les Kimris; — les^ lOnes. — La population des Gaules, dans ses origines premières, offre les mêmes races. De ces éléments, qui ne sont pas restés purs, séparés les uns des autres, mais qui se sont mêlés et croisés en des proportions différentes suivant les lieux et les occurrences, sont issus les vieux peuples qui se disaient indigènes en Italie. Parmi les uns, comme chez les Ligures et les Sicules, chez les Ausones avec leurs dérivés les Volsques ou Opiqnes , chez les Ombres avec leurs nombreuses colonies, chez les Sabins avec leurs dérivés les Picéniens et les diverses peuplades sabelliqi:^es, chez les Marses et les Berniques, cbez les Étrusques, a prédominé la race des Ibères ou celle des Gaêls on des Kimris; parmi d'autres, comme sur certains points dn Latium et du littoral italique ou sicilien, s'est mêlée en majorité celle des iônes.

Mais au nuymenl oè vont s'ouvrir les abords de Thistoire de Rone, ce passé lointain, ces sources ethnologiques communes sont oubliés. Fractionnés en des espaces et en des chiffres de population qui, après tout, quelque grands qu'on se plaise à les dire dans les narrations locales, seraient aujourd'hui de faible

(1) Voir le même ouvrage de If. BncaiANir, p. 5^ «t sniv.

importance; se croisant, se divisant, guerroyant les uns contre les autres, subissant Tinfluence des temps et des lieux, ces petits peuples ont eu leur histoire, à laquelle Rome allait apporter an dénoàment disputé, et ensuite, les absorbant dans ses destinées, une ampleur qui embrasserait le monde.

Cependant, à travers les diversités d*un extrême morcellement, certaines affinités d'origine, de langage et de coutumes, certains liens de confédération , une expansion par colonies , des assemblées et des expéditions en commun, dénotent quelques nationalités plus larges, qui ont eu leur fortune, leur temps de prospérité et de décadence. Parmi ces nationalités qui furent toutes atteintes, dominées et finalement absorbées par la puissance romaine, il en est trois, pour ce qui touche aux premières origines de Rome, qu'il importe de remarquer plus particulièrement : celles deft Latins, des Sabins et des Etrusques. En effet, ce fut au milieu d'elles, ce fut au moyen de fragments détachés de Tune et de Fautre, que la nouvelle agrégation politique prit naissance. Ce sont les trois éléments auxquels, de quelque manière que les faits se soient accomplis, la cité romaine paraît devoir sa formation.

L'élément latin y eut l'avantage du territoire et de Torigine première; l'élément sabin, celui de la force et de l'indépendance montagnardes; l'élément étrusque, celui de la -civilisation et des institutions religieuses et politiques le plus fermement arrêtées.

9. La fusion d'une certaine population de Sabins avec les Romains est racontée par la tradition elle-même avec des détails qui font partie de l'épopée nationale. Le nom de Quirites était le nom sacré de ces Sabins; il leur venait, d'après ce que nous lisons dans Festus, de la déesse Curis, à laquelle ils avaient coutume de faire des sacrifices par l'eau et le vin ; de là aussi le nom de Cures, leur ville principale, et celui de curis ou quiris^ la lance sabine, par laquelle ils étaient puissants (1). Le mont Quirinal était ainfi nommé , suivant une étymologie que rapporte Varron, parce que ce fut sur ce mont qu'ils établirent leur camp

(1) Festus, au mot Quirites : i Quirites, dicti Sabini a Guri dea, cui aqaa et vino sacra facere soliti erant... Ab ejusdem autem deœ nomtne videntur item cures sabioœ hasts appellatœ , quibus ea gens armis erat poteus. t

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