TOME U
572. Rome, à Tépoque de la promulgation du Digeste, même du Code de seconde édition et des cinquante ou soixante premières novelles, était encore au pouvoir des Ostrogoths; ce ne fut qu'en 537 que les clefs , assujettissement précaire , en furent envojèes à Constantinople , et en 554 que Tltalie se trouva reconqaise à Justinien. Mais on sait que les empereurs d'Orient ont fait, à regard des parties de Tempire romain occupées par les invasions germaniques, et surtout à Tégardde Rome, ce que font les princes déchus, considérant les faits comme non avenus et leur droit prétendu comme subsistant toujours. Voilà comment dans les lois de Justinien, notamment en ce qui concerne, au Code, les études libérales, et dans la constitution adressée par Justinien aux professeurs de droit de Tempire , Rome continue à être nommée comme si elle était ionjouvs V Urbs regia, dont les institutions et les privilèges ont servi de type à ceux de Constantinople; en réalité, la constitution de 533, au moment où elle est promnlguée, ne concerne efficacement que les écoles d'Orient (Constantinople et Béryte); Rome n'y figure que nominalement, pour rhonneur des prétentions impériales, comme réserve dePavenir; et les huit professeurs de droit qui y sont dénommés appartiennent tous aux écoles de Constantinople et de Béryte (1). De ces huit professeurs, sept ont la noblesse d'illustres^ le huitième est qualifié seulement d'homme très -disert {vir disertùsimus).
573. Afin de recueillir plus originalement les détails que donne cette constitution sur renseignement antérieur du droit et sur celui qui doit suivire, nous procéderons encore ici par notre méthode d'analyse.
(1) Ce chiffre de huit cependant est le double du chiffre réglementaire : le nombre des professeurs de droit aurait-il été élevé dans ces écoles de deux à quatre? On serait porté à le supposer; cependant, à Tannée suivante, en 534, le nombre réglementaire de deux est celui qui figure encore, sans addition, dans le Gode de seconde édition (liv. il , tit. 18), tel que Favait fixé la constitation de Théodose II. L'explication ne serait-elle pas dans cette considération, qo^i durant les travaux pour l'œavre législative de Justinien, les quatre professeurs, Théophile , Dorothée , Anatole et Gratinus , ayant été appelés auprès, de rempereur (in nostro palatio itUroducHs ; — a</ nos deduximus), et occupés à cette œuvre, il avait faUu les faire suppléer dans l'enseignement par qo^tre attires professeurs ?
ENSBIOKSIIËNT DU DROIT. 467
« Aux professeurs (Antecessoribus) Théophile, Dorothée, Théodore, Tsidore, Anatole, Thalleléon, Cratinus, personnages illustres, et Salaminias, homme très-disert, salut :
Pr. tt Qui mieux que .vous sait que tout le droit de notre République se trouve revisé et coordonné dans les quatre livres des Instituts ou Éléments , les cinquante livres du Digeste ou Pandectes, et les douze livres des Constitutions impériales? Déjà nous avons émis, en grec et en latip, les constitutions nécessaires soit pour ordonner la confection, soit pour faire la publication de ces œuvres. Nous vous adressons celle-ci, à voo^ et & tous ceux -qui seront par la suite constitués professeurs de la science du droit (et mnes postea prof essores legitimœ setentitB constUuti), afin de rappeler en bref quel était Tancien enseignement , et de montrer quel devra être dorénavant le nouveau.
§ I. — a Vous savez que de cette quantité si considéifable de lois, étendues dans deux mille ouvrages (trois millions de lignes), les profesiseurs n*enseignaient jadis aux étudiants que six ouvrages, eux-mêmes confus, contenant beaucoup de choses inutiles ; les autres déjà hors d'usage et non accessibles à tous.
» Durant la première année, les Instituts de notre Gains et quatre livres spéciaux : le premier sur cette vieille res uùboria, le second sur les tutelles , le troisième et le quatrième sur les testaments et les legs, enseignés non pas en totalité, mais en laissant beaucoup de^parties comme superflues; non pas suivant Tordre de rÉdit perpétuel , mais çà et là, comme au hasard , Futile mêlé avec Tinutile, et l'inutile en majeure part.
» Durant la seconde année, suivant un ordre qui mérite la qualification de prépostère^ car c'était inimédiatement après les Instituts qu'il aurait fallu en venir là : enseignement de la première partie des lois (d'apitës TÉdit), moins certains titres, non pas continu, mais partiel et renfermant endore beaucoup d'inutilités. Puis d'autres titres : tant de la partie des lois qui traite des instances {De judiciis), une faible fraction seulement, presque tout le volume étant devenu inutile ; que de celle qui traite des choses (De rébus), sept livres en étant écartés comme inaccessibles aux étudiants, inopportuns ou non propres à instruire.
)} Durant la troisième année, ce qui n'avait pas été exposé c^ux éludiantsi Tannée précédente ^ de Tun ou de Tautre volume sur
les choses {De rébus) ou sur les instances (De judiciis). Après quoi , Taccès leur était ouvert au très-sublime Papinien et à ses Réponses. Des dix-neuf livres dont se composent ces réponses, huit seulement leur étaient enseignés , non pas en totalité, mais peu de choses sur beaucoup , de brèves notions sur d'amples détails ; de telle sorte qu'ils s'en séparaient en étant encore altérés.
Durant la quatrième année , l'enseignement donné par les professeurs se bornant à ce qui précède , les étudiants récitaient par eux-mêmes les Réponses de Paul , non pas intégralement, mais d'une manière très-incomplète et sans ordre suivi.
Ainsi y en quatre années était épuisé tout l'antique savoir; si on veut en faire le compte , on trouvera que de celte immense quantité de lois, formant trois millions de lignes, à peine soixante mille lignes étaient-elles portées à la connaissance des étudiants : le reste inabordable ou inconnu.
a §11. — Nous avons trouvé misérable une telle pénurie, et nous ouvrons à qui voudra en profiter des trésors qui , distribués par vous, puissent faire de vos disciples de savants jorisconsultes.
» Durant la première année, qu'ils apprennent nos Instituts, tirés, brillants, de tout le Corps des vieux Instituts, dérivés de sources troubles en un bassin de lac limpide, par Tribouien, personnage magnifique, et par deux d'entre vous, Théophile et Dorothée, très-éloquents professeurs; et pour le restant de Tannée, comme le commande impérieusement l'ordre logique , cette première partie des lois que les Grecs appellent Trpcora (préliminaires, livres 1 , 2, 3 et 4 du Digeste). Tels seront l'exorde et la fin de l'enseignement pour cette année.
» Les étudiants ne s'y nommeront plus du vieux, frivole et ridicule surnom deDupondU (étudiants du double as, ironiquement et trivialement étudiants de deux sous (])); ils se nommeront, d'âge en âge , à perpétuité, Justiniani novi. Dès la première année, que ceux qui aspirent à la science des lois portent notre nom, puisqu'on leur met en main immédiatement le premier volume
(i) Probablement parce que , ce qui concerne les testaments leur étaot jadis expliqué durant cette première année , ils avaient à étudier le cas où l'hérédité doit, par une sorte de double pesée, se diviser en deux as (duponditm)> Voir tlotre tome II , au liv. % tiu 14, g 8 dés Instituts.