ÉCOLE DE BOLOGNE : LES GLOSSATEURS
diverses manifestations de Tinteiligence, et par-dessus tout pour Tétade du droit : réveil, non pas brusque et subit, mais annoncé, comme celui du corps, par quelques aspirations et quelques^ iDoavements qui en étaient les signes premiers.
612. Ainsi, Pierre Damiani, évoque d*Ostie, canonisé et connu sous le nom de saint Damien (ci-dess., n* 601), parle d*unc discussion de droit civil et canonique agitée, de son temps, à Ravenne, sur les degrés de la parenté, dans laquelle était invo* qoée Tautorité des Instituts de Justinien (1), et son témoignage est de très-grand poids, car Ravenne était sa patrie. Il est né en 988 et mort en 1072 : on peut en induire , indépendamment de cette aniorité des Instituts de Justinien et de Texistence des docteurs renvoyés par Damien à leurs Godes (ad vestros codices, ad Instituta vestra remrrite)^ que dans le courant du onzième siècle fonctionnait cette école, transférée primitivement, nous le savons, de Rome à Ravenne (ci-dess., 602). Lanfranc, qui vint en 1042 faire profession de Bénédictin au monastère du Bec, en Norman* die (ci-dess., n** 609), appelé ensuite par Guillaume le Gonqué* rant à Tarchevéché de Cantorbëry, conseiller affidé de ce prince, avait, dans ses débuts, appris, puis enseigné publiquement le droit, avec grande distinction, à Pavie, dont il était originaire (2); il est mort en 1089 : voilà donc encore, dans la première moitié du onzième siècle, un enseignement juridique dans cette ville d^Italie : il est vrai qu*il résulte de documents nouveaux que cet enseignement y était principalement celui de la loi Lombarde.
(1) Dans son livre Deparentelœ gradibus, édition italienne de ses œuvres de 1783, in-4», Com. 3, p. 179 et 192; édition de Paris, 1663, 4 tom. in-fol. : «Ravennam, ut nostis, nuper adii : ... Erat autem de consanguinitatis gradibus I plarima dîsceptatto. t (T. III, p. 77.)
(2) Gilbert Grispin , abbé de Westminster , auteur de sa vie , placée en tête de ses œuvres dans Pédition de dom Luc d'Achery (Paris , 1648 , in-fol.), après avoir dit qu*il fut instruit, en sa jeunesse, dans les écoles des arts libéraux et des lois séculières, suivant l'usage de sa patrie, ajoute : « In ipsa œtate sen- (eatias depromere sapuit , quas gratanter jurispcriti vel prstores civitatis acceptabant. Memioit horom Patria. » — Toutefois il résulte d*un manuscrit de lois lombardes, du onzième siècle , à la bibliothèque de Naples , que c'était la loi lombarde qui, au dixième et au commencement du onzième siècle, faisait Tobjet principal de renseignement dans l'école de Pavie, celui auquel Lanfranc a pris part ildas sa jeunesse.
TOUS I. g!)
r?l i HISTOIRE. DROIT ROMAIN EN OCCIDENT.
Pépo, nn échcvin de Bologne , qui figure en cette qualité dans nn acte de 1075, avait, en ce même siècle, donné aussi des coors publics de droit à Bologne (i). Ce n'était pas encore le réveil actif et sonore, le retentissement hors de la localité , la propagation au loin, et Tenthousiasme par toute TEurope; mais c'en était le prélude.
613. Cest Imérios qui a été le fondateur de cette école de Bologne devenue aussi illustre, aussi fréquentée pour Tétude des lois de Justinien que celle de Paris pour la théologie et poar les lettres. Son enseignement, qui eut tant d'éclat, se renferme poar nous, faute de documents, dans un temps fort court; il y acquit sa célébrité sous la protection de Mathilde, duchesse de Toscaoe, comtesse de Modène, Reggio et autres lieux, surnommée la grande comtesse^ morte en 1115; il le donna principalanent à Bologne, et aussi à Rome, où Fempereur Henri V le manda en 1118 pour lui confier une charge importante : c'est l'époqoe à laquelle on cesse de parler de lui, et la trace de sa vie altérieure est perdue.
11 était Bolonais, et, malgré la racine germanique de son nom, il n'en faut pas faire un Allemand. Ce nom se trouve écrit en diverses variantes tournant autour de la même souche : Wamarius on Guamarios, Wernérius ou Gemérins, Ymérius od plus simplement Irnérius. Voilà celui qui a été surnommé lucerna juriSy le phare du droit, pour ne pas traduire trivialement 2a lanterne; voila le premier chef de ceux qu'on a appelés U& glossateurs.
614. Ce nom leur est venu de ce que leurs principaux travaux ont consisté, outre leurs leçons orales, à inscrire sur les manascrits des lois de Justinien qu'ils possédaient, qu'ils recherchaient et confrontaient, s'efibrçant d'en reconstruire exactement et d'en expliquer le texte, des notes brèves d'abord, plus étendues ensuite, interlinéaires ou marginales, dont la publication et la propagation ont servi à former, à accroître, à constituer progressivement la science juridique de ces temps-là. Glossa, et par euphonie glosa f mot obscur; par extension figurée, explication des mots
(1) ODÔFa£DUS , sur la loi du Digeste ,1,1, Dejustitia eijttre, 6, f. Ulp. : • Quidam dominus Pepo cœpit anctoritate sua légère in legibus, tamen qttidqaio fuerit de scientia sua, nullius nominis fuit. »