‹ Explication historique des Instituts de l'empereur Justinien (volume 3)Chapitre 188 sur 286 · ÉCOLE DE BOLOGNE : LES GLOSSATEURS · texte numérisé non relu

ÉCOLE DE BOLOGNE : LES GLOSSATEURS

obscurs, des dîfGcultés de texte : « linguoe secretioris interprétatio » y suivant Quintilien (liv. 1). Cela avait été connu avant eux; ]a Bible avait eu sa glose dès le neuvième siècle ; et quant au droit de Justinien, un exemple nous en est offert dans une trèsvieille glose des Instituts , nommée la glose de Turin , que SavigDy a publiée dans les appendices de son Histoire du droit romain au moyen âge (ci-dess., n^ 541); mais leurs travaux dans ce genre ont été considérables, importants, étendus à toutes les parties du Corps de droit de Justinien , répandus en toute TEurope avec autorité, et oous en profitons encore sans le savoir. Glose, en pénétrant dans le langage du monde , y est devenue commentaire, jaserie, critique plus ou moins railleuse, et de brève s'est faite prolixe. La Fontaine fait gloser le singe sur Téléphant , et Boileau tout le monde sur les mésaventures du mariage :

ft Je sais que c'est un texte où chacun fait sa glose, f

615. L'école des glossateurs a une première phase qui embrasse tout le douzième siècle , qui décroit en valeur et se résume et se termine dans Accurse avant le milieu du treizième. Dans cet espace de cent trente ans environ, nous nous bornerons à mettre en saillie, parmi les glossateurs , les quatre docteurs, puis Placentinus et Vacarius :

Les quatre docteurs, qu'on pourrait faire figurer ensemble, marchant par groupe et chantant à l'unisson , quoique souvent en discord, dans un grand opéra de la diète de Roncaglia; Bulgarus, surnommé, comme Chrysostome, bouche d'or (o^ aureum : — mort en 1166), Martinus Gosia (mort peu de temps avant Bulgarus ) , Jacobus ( mort en 11 78 ), et Ugo ( mort dell66àll71); tous les quatre Bolonais comme le chef de leur école. Un de leurs contemporains attribue à Irnérius ce distique, dans lequel il aurait assigné à chacun d'eux son caractère et désigné Jacobus pour son alter ego :

« Bulgarus est aerum (i), Martinus copia legum, > Mens legum est Ugo , Jacobus id quod ego t

Placentinus, qui était de Plaisance (né vers 1120), remar-

(1) Sic dans les manuscrits. Ne serait-ce pas àurum , par allusion à son surnom de bouche d*or? ,

ôlG HISTOIRE. DROIT ROMAIN EN OCCIDENT.

quable pour nous parce qu'il vint, par suite de la déclaratioD publique de 1180, par laquelle Guillaume, seigneur de Montpellier, abolissait le monopole de renseignement en cette ville, fonder à Montpellier notre première école de droit sans doute, y apportant les textes et la méthode des glossateurs, et y composant plusieurs de ses ouvrages. Il y mourut en 1192, dans nn second séjour qu'il y donnait après être rentré pour quelques années en Italie.

Vacarius, qui était Lombard, remarquable au même titre pour nos voisins les Anglais , parce qu'emmené de Bologne en Angleterre en 1144, par Théobald, archevêque de Cantorbéry, a\iec des manuscrits des textes de Justinien , il vint fonder à Oxford sou école de droit, propagation de l'enseignement de Bologne, grande nouveauté pour l'Angleterre. Ce fut là qu'afin d'épargner aux étudiants dénués de moyens pécuniaires les dépenses de manuscrits fort coûteux, il tira, par extraits, des différentes parlies du Corps de droit de Justinien, en y ajoutant quelques gloses très-brèves, son ouvrage intitulé Liber ex universo enucleato jure exceptus (extrait), et pauperibus prœsertim destinaim; d'où est venu, dit-on, le nom de Paupéristes , qui s'est donné jadis, pendant longtemps, aux étudiants d'Oxford.

616. L'école de Bologne, dans cette chaleur d'étude et de propagande des textes de Justinien, attira un grand concours d'étudiants ; ils y vinrent de divers points de l'Europe ; ils y étaieot, dit-on, à une certaine époque, dix mille, de petites ou de grandes familles, clercs ou laïques, plusieurs en barbe grise.

Paris en avait eu le retentissement ; à ce retentissement se lie l'anecdote sur Abélard , lequel tournait en dérision les légistes et se vantait d'expliquer n'importe quel passage du Corpus juris. On lui présenta une petite loi du Code, en moins de deux lignes, devant laquelle il lui fallut confesser son impuissance : « Nescio quidvelit dicereista lex. n Les disciples des glossateurs y avaient mis de la malice ; la loi était bien choisie pour embarrasser quelqu'un qui 9'était pas du métier; ce devait être une devinette courant parmi eux (1). L'anecdote, si elle est vraie, est antérieure

(i) Odofredus, glose sur la loi 5 au Gode, liv. 3, tit. 39, FimumregM' dorum ( c'est la loi en question ) : t Dicitur quod fuit quidam qui vocabiini Petrus Bailardus... Et valde deridebat legistas etjactabat de quod nulla les esset

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