Brachylogus et Pétri Ëiceptiones legum Romanoruin
618. L'historien de la littérature juridique rencontre vers cette époque deux précis élémentaires du droit romain d'après les textes de Justinien^ composés l'un en Italie, l'autre à Valence en Dauphiné, qui se placent bien certainement entre la fin du onzième siècle et celle du douzième, sans qu'on puisse déterminer avec assurance s'ils ont été antérieurs à l'école^des glossateurs de Bologne ou s'ils sont dus à l'impulsion donnée par cette école. L'un et l'autre sont construits sur le modèle des Instituts de Justinien, divisés en auatre livres comme les Insti-
tuts, avec des modifications toutefois dans Tordre de distribntion des sujets qui y sont traités. A Femploi des Instituts, qui en est le fond, se trouve joint celui des Pandectes, du Code et des Novelles d'après YÉpitome de Julien. — L'ouvrage composé en Italie est plus spécialement de droit romain ; celui composé à Valence accommode ce droit aux diverses institutions ou coutumes locales, au droit canon et à l'exercice de la juridiction dans cette province. Il est dédié , à cet effet, an vicaire Odilon, vicaire ou représentant du seigneur justicier, sons la souveraineté alors de Tempereur d'Allemagne, pour le royaume d'Arles, dont Valence faisait partie.
L'ouvrage d'Italie, sans titre dans plusieurs manuscrits et portant dans quelques autres des titres divers : Corpus legum, Summa Novellarum^ est connu généralement, depuis trois siècles, sous celui de Brachylogus totius juris civilis, ou plus laconiquement Brachylogus (bref discours, précis), qui lui est venu, arbitrairement, d'une édition de 1553; un antre éditeur, en 1570, a employé celui à'Enchiridium (manuel); mm Brachylogus a prévalu. Savigny estime que l'ouvrage a été composé au commencement du douzième siècle , et il se déclare tenté de l'attribuer, quoique sans preuve positive, à Imérius lui-même. Il ne faut pas oublier que l'enseignement d'Irnérius est des dernières années du onzième et des premières années dn doanëme siècle, et qu'après 1118 il n'en est plus question (1).
Quant à l'ouvrage composé à Valence, il est connu sous le titre que portent plusieurs manuscrits , Peiri Eœceptmes (extraits) legum Romanorum, ou, par extrême contraction, le Petrus. Quel était ce Petrus? nous n'en savons rien, si ce n'est, par l'ouvrage même, qu'il habitait Valence on son territoire. Savigny croit ce traité antérieur à l'école de Bologne, et même au recueil de canons d'Yves de Chartres , dont nous avons parié ci-dessus (n® 609), et il s'en sert comme de preuve que le droit de Justinien était connu et observé dans cette partie des Gaules avant les travaux des glossateurs. Il l'explique par l'influence de
(i) On compte depuis 1551, date de la première, jusqo'à 1761, vingt et une éditions du Brachylogus , sur lesquelles dix à Lyon, cinq en Allemagne et six en Italie. — L'édition moderne reconmnandée est celle de Ed. Boigkim6i Berlin, 1829, in-S».