MANUSCRITS ET TEXTES. LES FLORENTINES
la souveraineté de Temperear d* Allemagne sur ces contrées au onzième siècle et par les rapports qui en résultaient avec Fltalie. Nous préférons la démonstration donnée par Laferrière, que le livre de Petrns est postérieur au recueil de canons dTves de Chartres, et par conséquent postérieur an commencement de Técole de Bologne, puisque Yves de Chartres est un contemporain dlmérius (1). Ce livre aurait été composé dans la première moitié du douzième siècle. U faut convenir que Tauteur n'y présente pas les textes de Justinien comme une nouveauté ; qn'il les manie avec dextérité, et qu'il ne fait aucun usage ni du Code Théodosien , ni du Bréviaire d* Alaric , la loi romaine des Gaules avant l'introduction du Corpus juris de Justinien (2).
126. Manuscrits et texte da Corps de droit de Justinien. — Les Florentines et la Vûlgate, — Le Digeste ancien , Vlnfortiat et le Digeste nouveau.
619. Les glossateurs ne paraissent avoir connu et, dans tous les cas, n'ont exploré, en fait de droit romain, que le Corpus juris de Justinien : c'est leur tout, c'est leur borne, et ils s'y tiennent; mais, dans leur champ ainsi limité et si vaste cependant, quels rudes laboureurs de textes! Ils les tournaient et retournaient en tous sens, comme le cultivateur infatigable fait la glèbe. C'est à eux que nous devons ces renvois qui existent encore dans nos éditions courantes et qui nous sont si utiles, labeur immense, résultat d'une succession d'investigations et de comparaisons incessantes de chaque loi, de chaque passage de loi, aux lois, aux passages parallèles, analogues, explicatifs ou contradictoires. Ils ont fait beaucoup aussi à l'aide des rappro-
(1) La démonstration repose sur un emprunt tronqué, n* ayant plus de sens, qui parait, dans uu passage du Petrus (111, 36), avoir été fait au recueil de canons d'Yves de Chartres (III, 98). Gomme ce passage tronqné se retrouve ao8si dans la collection de canons composée à Saragosse, et nonunée Cœsar" Augustana, il faudrait en conclure, et c*est ce que fait Laferrière, que cette dernière collection est postérieure, elle aussi, à Yves de Chartres. — Voir sur le Braeàylogus, V Histoire du droit romain au moyen âge de Savigny, tom. II, p. 154 et suiv. de la traduction ; — et sur le Petrus , même ouvrage , p. 82 et suiv., comparé avec LAFBRRièaK, Histoire du droit, tom. IV, p. 293 et suiv.
(2) La première édition du Petrus a été faite à Strasbourg, 1500, in-4o. — Comme édition moderne, voyes celle donnée en appendice par Savigny, tom. 4, p. 297 et suiv. de la traduction de son Histoire du droit au moyen âge.
cliements et de Texamen critique des manuscrits, soovent fantifs, et de leurs variantes, pour la correction et la reconstruction du texte de chaque partie du Corpus juris.
620. Une légende a couru et a fait fortune comme tontes les légendes; Srgonius y a donné Tappàrat scientifique (1); elle a été répétée* communément sans examen jusqu'en 1726, où François Grandi , professeur à Pise , Ta traitée de fable (2) ; elle est devenue depuis Tobjet de controverses. Elle disait que dans le sac d'Amalphi, en 1137, par les Pisans alliés de Temperenr Lothaire , se trouva un manuscrit des Pandectes envoyé jadis à Amalphi par Justinien; quo les Pisans remportèrent à Pise, en obtinrent de l'empereur Lothaire un acte de donation , et que la découverte, l'apparition de ce manuscrit donnèrent lieu à la renaissance des études du droit de Justinien et à la formation de Técole des glossateurs à Bologne.
621. Ce qu'il y a de manifestement faux dans cette légende, c'est que là ait été Toccasion de cette renaissance. Il est bien constant, au contraire, que fort antérieurement à cette date de 1137 il y avait eu un enseignement public de droit romain à Ravenne et à Bologne, que les leçons d'Irnérius avaient jeté leur éclat, que depuis 1118 elles avaient pris fin, et que l'œuvre de ses successeurs était commencée et avancée (ci-dess., n«612 etsùiv.).
Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'un manuscrit des Pandectes, d'une très-haute antiquité» contenant tout ce recueil dans son ensemble, traité par la cité avec vénération, avec les précautions conservatoires les plus grandes, existait à Pise; que les glossateurs en ont désigné le texte par la qualification de littera Pisana; enfin que plus tard , en 1406 , Pise étant tombée sons ^ domination de Florence , le précieux manuscrit a été transporté dans cette dernière ville, et y a pris le nom, sous lequel il est resté fameux, de Pandectes florentines {Pandectœ Florentinœ.)
Ce qui est sujet à controverse, c'est de savoir comment et depuis quand ce manuscrit était venu en la possession des Pisans. Un des jurisconsultes bolonais de la seconde phase, qui avait été
(i) SiGONius , De regno ïtaliœ , Il , 2.
(2) Fr. Guid. Grandi, Epùtola de Pandectis, 17^, ia-4o.