Droit de» gciw, collège des Féclanx
46. Sous les trois règnes dont nous venons de parler, Tesprit de conquête reprit sa première énergie; le territoire et les habitants de Rome furent augmentés du territoire et des habitants de quelques cités voisines. Les historiens romains rapportent, les uns à Numa, d'autres à Tullus Hostilius ou à Ancus Martius, une institution relative au droit international , celle du collège des Féciaux. La vérité est que c*é(ait une institution répandue chez les divers peuples italiques, et que les Romains n*ont fait en cela que suivre la coutume générale. Nous voyons par divers témoignages de rhistoire qu'elle existait chez les Albains , chez les Samnites, chez les Ardéens, chez les Falisques d'Ëtrurie, chez les Équicoles (1).
Varron et Festus ne donnent sur le nom môme de Fectales que des étymologies fort équivoques (2). Cicéron, dans son traité Des lots, indique rapidement en ces termes les attributions de ces prêtres : u Fœderum, pacisj helli, induciarum ora tores, fetiales judices duo sunto; bella disceptanto. — Que deux féciaux soient porteurs de paroles et juges pour les traités, la paix, la guerre, les trêves; qu'ils discutent la guerre (3). » Ainsi ces prêtres, dont le collège était composé de vingt membres pris dans les premières familles des patriciens, étaient consultés sur tous ces points du droit international. Ils intervenaient dans les traités d'alliance pour en jurer l'observation ; ils étaient chargés des déclarations de guerre.
Un rite religieux, des formules sacramentelles, étaient consacrés pour chaque phase de ces négociations. — Dans ceux qui s'observaient pour la conclusion d'un traité de paix, figurait comme victime un porc :
... Et cœsa joDgebant fœdera porca,
dit Virgile dans scMi Enéide (chant 8, vers 641) ; et Tite-Live nous
(i) Ikn^UvE» Uv. i, §S 24 et âSi; lif. 8, § âO. ~- Dnrvs d'Halicarnasse , liv. 2 , § 73. — Servius, Ad MnM., Iît. 10, vers i4.
(2) Varron, De lingua Luituk, Uv. 6, § 66 : i FecnAeê qaed fidei publicœ inter popalos prœerant; luun per hos fiebat ut justum conciperetur bellum , et inde desitum ut fœdere fides pacis coostituerehir. * — Festus , au mot Fetiales : « Fetiales a feriendo dicti , apvd boa enim belli pAcisqae Sêmieudm jus est. «
(3) Cicéron , De legiiui, kir. 2, $ 9.
transmet la formule d'imprécation prononcée par le fécial contre le peuple romain s'il venait à violer le traité : « Tu illo diCj Jupiter, Populum Romanum sic ferito , ut ego hune poreum hie hodie feriam, » (Liv. 1, p. 24.) Aussi Teffigiedu porc avait-elle pris rang au nombre des enseignes militaires (1 ) . — Nous trouvons également dans Tite-Live le rite observé pour les déclarations de guerre, et les diverses paroles que prononce le fécial à mesure qu'il franchit la frontière du peuple auprès duquel il est député, qu'il s'avance dans le pays, qu'il demande réparation des griefs vrais ou faux formant le motif ou le prétexte de l'attaque, que, la réparation n'étant pas accordée dans les trente-trois jours, il en réfère au Sénat de sa patrie, et qu'enfin, après que la guerre a été décidée par le Sénat, de retour sur la frontière ennemie, et lançant contre elle un javelot, il fait en ces termes la déclaration solennelle de cette guerre : « Puisque cette nation s'est permis contre le Peuple tt Romain d'injustes agressions, puisque le Peuple Romain a ortt donné la guerre contre elle, puisque le Sénat a proposé, décrété, (( arrêté cette guerre, moi, au nom du Peuple Romain, je la déclare « et je commence les hostilités (2). »
Par la suite des temps, les formes restèrent , mais la réalité disparut. On consacra près du temple de Bellone, en vue de Textrémité du cirque, un petit champ nommé le champ ennemi. C'était là que le fécial, pour ne point perdre un temps précieux dans un voyage trop long, allait faire sa déclaration de guerre» et, du pied d'une petite colonne dont parle Ovide dans ses Fastes, il lançait contre ce champ son javelot (3).
47. Sous Ancus Martius, Niebuhr place la naissance de la plèbe, et, sur la foi d'une correction faite au manuscrit évidem-
(i) Fbstus, au mot Porci : « Porci efBgies inter militaria signa qaîntum locum obtinebat, qaia confecto bello, inter quos pax fiebat, ex cœsa porca fœdere firmari solef. «
(2) TiTE-LivE, liv. i, % 32. — Aulu-Gelle, liv. 16, ch. 4, nous donne aussi la même formule , avec quelques variantes.
(3) Ovide, Les Fastes, liv. 6, vers 205 et suiv. :
Prospicit a temple sommom brevis area circom :
Est ibi non panrée parva colnmna note.
Bine lolet faasta mann, beUi pnennntia, mitti,
}n regem et gentes qnnm placet arma capi.
C0LLÉ6B DES FÉCIAUX. ANCDS MASTIUS. 53
ment altéré d*an vers de Catulle (1), il voit dans cette plèbe le peuple d' Ancus , comme dans les patriciens avec leurs clients le peuple de Romulns. L'histoire reçue par les Romains rapporte, il est vrai, qu*Ancu8 Martius augmenta la population de Rome en y transportant , après leur défaite , plusieurs milliers de Latins , auxquels furent accordés les droits de cité ; mais Ancus ne fit en cela que ce qui avait été fait avant lui, ce qui fut la politique constante de Rome dans sa première période d'accroissement ; et nous voyons dans Denys d'Halicamasse (liv. 3, § 50) que ces nouveaux habitants, reçus avec les droits de cité, furent distribués dans les curies. Il y a cela de vrai cependant que ces nouveaux citoyens, dont Fadjonction successive forma l'accroissement de la population romaine, n'étant pas rattachés tous, comme les habitants primitifs, ànxgentes patriciennes par les liens de la clientèle, eurent dans la cité une position difi*érente, ainsi que nous l'avons déjà expliqué (ci-dess., n^ 16). C'est à cela qu'il faut réduire les observations de Niebuhr.
48. Ancus, toujours suivant les mêmes traditions historiques, agrandit aussi la ville ; il la fortifia par un retranchement sur. le Janicule, et du côté de la plaine, entre le mont Cœlius et le mont Aventin, par le fossé des Quirites (fossa Quirùium); il jeta sur le Tibre, pour unir les deux rives de l'Aventin au Janicule , le premier pont qui y ait été construit, pont de bois, nommé à cause de cela pons Sublicius^ d'un mot volsque désignant les poutres dont il était fait (2). Toujours entretenu, ce pont existait encore, en bois, au temps d'Auguste. Ce ne fut qu'en 731 qu'un débordement l'ayant emporté, il fut reconstruit en pierre, et prit le nom de pons MmiUanus , du nom du censeur qui présida à sa recon-
(1) Catulle, hymne 34, à Diane. — La leçon généralement reçue est celle-ci :
Sis qaoconqoe placet tibi Sancta nomine, Romoliqae Antiquam • xxi solita es , bona Sospites ope gentem.
Le manascrit ^^mie. Antique; Niebuhr adopte la correction indiquée par Scaliger, et lit : Romulique Anciqtte , la race de Romulos et d' Ancus. Quand cela serait, il y a loin de là aux conclusions qu'il en tire.
(%) Festus, au mot Sublidum, « Sublicium pontem quidam putant appellatnm esse a tublieUfus , peculiari vocabulo Volscorum , ^uœ sunt tigna in latitudinem extensa. >
54 HiSfromA. pRKinÈiffi époque, les aois.
struction. Enfin on montre encore aujourd'hui, h Ikome, sur la pente du Capitiolo, au^de^tis du Forum, l» priwn MbmepHne ^ sorte de cachot de peu d'étendue, dont lév so]id<e coustruction^ en larges masses de pierres unies sans ciment à la manière étrufsqiie, est attribuée à Ancus Martios., duquel elle a pris le ©om (ly C'est aussi à Ancns Martius que Thistoire fait remonter la foiid»tiotr d'Ostie, t^dlonie romaine à remheuehure du Tibre; dottt le» deux rites avaient été par lui occupées iu8qu*à la mer (2).
49. Comme ce fut pendant le règne d'A«cus Martius que vint s'établir à Rome, avec sa nom-breuse suite et ses grande» richesses, L. Tarquiïi, à qui la tradition romaine attribue une origine cori«thienne pai^son père, Cicéron en a pris texte pour dire q-o'alors affluèrent à Rome les sciences et les arts de la Grèce, now comme un faible ruisseau, maîs comroe un fleuve îmmewse (3). C'est là une assertion anticipée: les travaux et les »onuT»enli de cette époque attestent une application de Tart étrusque, et non encore de l'art grec.
60. Ce L. Tarqnin, lueumon venu- de Tarquinies, qm pî^t à Rome lesttomsdeTarquinius Priscus (plus géwéralenwwrt Târquîn l'Ancien) (4) , apparaît comme ayant commencé contre les pre* mière& institutions , basées sur la drslfnctîon de» origines' nationales des âanmenses^ des Tatienses et dfes Lateres, et contre l'oligarchie déjà trop étroite des anciennes familles patriciennes, une révolution que son successeur, Servi»» Tullius, poiissa pllis
(1) Mamers , en langue osque suivant Festus , en langue sabine suivant Var^ ron , ce qui peut être vrai des deux parts , étaîl le nom du dieu Mars. D'où les piién«ms de MiBMeerem (m Mdr^iùs, et TépitilMte de Mamétfmtt^, ^ir Pimus , sous ces mots.
(2) Voir pour tous ces poiiits , Tite-Live , Rt. 1 , §5 32 et 38'. — Ctefeour , De repuhlica, iiv. 2, §§ 18 et Id".
(3) Cicéron , De repuhlica, RVt S!', g 19*ï «ïttftûrit^nim non tenuis quidam e Grœcia rivulus in hanc urbetn , sed' aft'ûndàiitiéfsftmis omnis illarum disciplinarum et artium. v
(4) La divergence swf Ifc sen» dti mot Priscuf, «ppKqué à L. Tarqtttn, est de kmr;gae dét«. — TtTE<-f^Rns «n fkit un rarnom : c Uiéem ingressî sunt , domîvîlioque ibi comparato, L. TVirquinium Priscnm cdîdtere nomen. » (Lh. i , § 34). — Pa«l , d*«prés Rîsrrvs, en fiiîl urne éptthète : « PH*ci» Tarqtiînh» est dictas ^ qttia prias ftiil quam Superfros Tôrquimira. » (Au mot Fristus,) — Oenys d'Haïcarnasse en dit autant, Iiv. 4, § 48.
avant^ et que la plèbe défait élargir et poursuivre jusqu'à de bien autres extrémités. Le moment élaii vesu où le cadre primitif dans lequel élaientiBstrîbuéflles dloyenfl par tribus et par curies, suivant leuroirigîne de Ramnensa^ de Tatienses atàdeLucerea, ne pouvait plufrSHffireoii devenaiianiKMit^eDSià Tègard desiciloyens nouveaux qoi ne se rattachaient à aucune de ce» troia origines, mais< dont Rome a'élaît. neerutée successfîvement, et qui j formaient une popuiaâîon toujours croissante. Pluaienrs de cea nouveaux venus avaient appartenu dans leur vaille à la ck^sesilpéffienre, et cependant^ ài l'exception d'un très-petit nombre auquel k patriciat avait été aceocdé en même tempe que les droits de cité, ils avaient dû prendre rang à Rome dans la plèbe, où ils avaient été enpoattion, à cause de la frandiise perpétuelle dei leiur lignage, de former la souche détentes plébéiennes, oontraîreoMUift àTéiat antérieur d'après leqnel lea patridema seuls> pouvaient former une gens^.L. Tsaquânluf-mème était au nombre des nouveaux venus, et plusieurs de ses' amis on partisans- qui Tavaient suivi et qui avaient été admis avec lui^aus droits de cité, et distribués daos les tribus et dans les enries (1) , se troiftvaient daoQs la siàuaiiQn que nous, venons de décrire.
51. L. Tsurquin ne put accomplir fout ce qu'il avait cm le projei de fawe à» ce soîct. Quand tl voulut metire de coté les noms des iràhua deiR^unnemes, de Taiiemes et de Lacerez, en désaceor A avec les nouveaux éléments delà population, il ren^ contra nnc oppesitioa énergique, qui seconeentra, sous oooleur de religion, dasts la. personne de l'augure Altius Mavius^ et il dut ï renoneee (ciniesa;, n« 21). Il était joésecvè à. scn succeseeur d'y Eéiisstr soustuns auÉre fosmec
Tioulefois, il éleva an^ paÉrtciat cent ou cent emquKnte non- TeauiX' personnages (les hisèoricfl» TajrieB4 entre eos deux chiffres^, et. leur dbmiaiplacei auiSéswl; L'orgueil dès-vieux patvioienst ne les> adtiiit.pafl.dans laidasse supérieure sur le piad deTégalité;; 'ût yi&rjuèrenile cemmcarcementidë ces minores gs^niàs^^ qui,, de génération! e» généoraiion, furent. Éeuijt^urs dîstinetea des.^âu/e^ majores^,, dbni lai souebe ingénue' et nobiliaif e allait se pecdre danfrlea origine» de Rome (ei>*dess., nf 33)i.
(1) Denys d'Haugarnasse , liv. 3, §. 7i^
52. Parmi les nombreux monuments ou ouvrages d'art de Tépoque de L. Tarquin, qui commençaient à annoncer la grandeur et Tétemité de la ville, on montre encore à Rome la cloaca maxima, entreprise par lui et terminée par Tarquin le Superbe. Ce grand et utile travail à la manière étrusque, au moyen duquel des marais furent desséchés, Tair assaini et de grands espaces donnés à la ville, a résisté aux siècles et à Tabandon. L'imagination poétique a pu y voir des créations cyclopéennes ou pelas* giques, vestige mystérieux de civilisations inconnues.
53. (An 176). Servius TuUius, qui se fit élever à la dignité de roi par un détour, sans se commettre aux patriciens {non cam'misit se patribus)^ sans passer par la désignation préalable do Sénat ni par la nomination des curies ; qui n'eut recours qu'après coup à cette nomination et à l'investiture de Vimperium par la loi curiate (1), porta un coup décisif à la vieille distribution du peuple par tribus suivant les anciennes origines, distribution que ne comportait plus la population nouvelle et dès lors considérable de Rome; et s'il laissa subsister encore nominalement, par le respect des auspices et de quelques vieilles formes du droit primitif, les comices par curies tenus d'après cette étroite distribution , il plaça à côté, pour la réalité des affaires, d'autres comices dans lesquels toute la population actuelle ou future des citoyens pouvait venir se ranger suivant une autre classification. Cette population était alors de plus de quatre-vingt mille citoyens, d'après le premier recensement qu'en fit faire Servius Tullius. Cela suffit pour montrer combien devait s'y trouver noyée celle qui se rattachait aux origines primitives des RamnenseSy des Tatiemes ou des Luceres. Servius Tullius lui-même, soit qu'on s'en tienne aux récits fabuleux des Romains sur son extraction , soit qu'on accepte celui des annales étrusques qui en faisaient un chef de bande étrusque (ci-dess., p. 14, note 1), était, avec les siens, parmi les nouveaux venus. Familier et conseiller de L. Tarquin, son prédécesseur, il en continua l'œuvre et la réalisa. L'innovation profonde qu'il opéra dans la constitution politique venait placer à côté de l'aristocratie de race, renfermée dans la caste supérieure du vieux patriciat, l'aristocratie d'argent , ouverte à
(i) GicliRON, De republica, liv. 2, g 21.