DES CHOSES
CHAPITRE PREHnSB. - NOTIONS CONSTITUTIVES. 35, Idée générale des choses.
105. Le mot chose (res), même en droit, est on mot flexible, qui se prête avec une merveilleuse facilité aux besoins ou aux cApriees indéterminés du langage. Il s*agit pour nous de son véritable sens légal, de'son idée juridique.
De même que le mot personne (persona ) désigne , en droit , tout être considéré comme capable de devenir le sujet actif ou passif des droits, de même le mot chose (res) désigne tout ce qui est considéré comme susceptible de former l'objet des droits (1); et dans cette condition se trouve tout ce que Phomme, dominateur universel, a pu regarder comme soumis ou du moins comme destiné à ses besoins ou à ses plaisirs : car, en définitive, la satisfaction des besoins ou des plaisirs raisonnables de T homme dans Tordre physique et 4aps Tordre moral , telle est la fin qu'il se propose dans Texercice des droits (2).
106. Nous disons tppt, car les corps physiques, les corps matériels, n'y sont pas seuls compris. En effet, de même qu'U est des personnes de pure création juridique, de même il est des choses qui n'existent pas dans la nature et que le droit seul a créées. Le droit, par sa puissance d'abstraction, engendre des choses aussi bien que des personnes.
Enfin y si le droit élève quelquefois des objets purement matériels au rang de personnes, quelquefois, par réciprocité, il abaisse T homme à la classe des choses : tels sont les esclaves, hommes déchus, lorsqu'on les considère comme soumis, comme consacrés aux besoins des autres hommes, ne pouvant être, dans le rapport du maître à l'esclave, le sujet, mais seulement l'objet des droits.
WVoy. ci-dessus , n^** 17 et suiv.
(2) Ce qui ne veut pas dire qu il faille prendre pour maxime cette fausse proposition :- Le but de àotre vie , c*est le bonheur. Le bonheur n'est pas ud but, il n'est qu'une conséquaice. Remplir la mission qui a été donnée à l'homme ici-bas, dans l'crirdre de la création, où tonte chose, où tout être en a reçu une, voilà le but. Nous faisons partie d'un grand toat, nous y avons notre destinatioii*
596 GiNiaAUSATiON du dboit romain.
Que Ton rapproche ce que nous venons de dire sur les choses de ce que nous avons déjà dit sur les personnes (ci-dess., n* 21), on. verra qu'il y a parallélisme complet.
107. Sans doute les jurisconsultes romains n*ont pas donné des choses la définition large et philosophique que nous en donnons, et qui comprend en elles tout ce qui peut être Vohjet d'un droit, non-seulement les objets corporels» mais encore les faits, l'état des personnes dans ses diverses conditions , et en général tous les droits : leur esprit s'est d'abord porté, sous le nom de choses (re^, sur les objets corporels qui, pouvant être d'une utilité quelconque à l'homme, peuvent faire pour lui l'objet d'un droit; mais ils en ont étendu le nom ensuite hors de cette sphère, l'appliquant même à des abstractions, à des choses de pure création juridique*
CIULP. n. - CLASSIFICATION DES CHOSES*
36. Rapports sons lesquels peuvent être rangées les principales divisions
des choses.
108. Le droit n'a pas les mêmes règles pour toutes les choses; plusieurs distinctions sont à faire entre elles : de là plusieurs divisions. Les jurisconsultes romains s'étaient occupés de les établir. On trouve au Digeste et dans les Instituts de Justmien un titre spécial sur ce sujet (1). Cependant la classification romaine n'avait pas tout embrassé. Le droit romain avait égard sur plus d'un point à des difiTérences notables entre les choses, sans les avoir positivement formulées en une division méthodique et doctrinale. Nous compléterons ce qui manque à la méthode sans altérer la physionomie romaine.
L'essentiel est de bien distinguer sous quel rapport chacune de ces divisions est établie, afin de ne pas les faire mal à propos retomber les unes dans les autres.
La création des choses, — la religion,- — la cité, — le propriétaire,— leur nature physique ou juridique, — et leur composition ou agrégation :
Tels sont les termes des rapports sous lesquels nous croyons devoir les ranger, et l'ordre dans lequel nous^les examinerons.
(1) Gai., hut,, i, g i à 17. ~- Dra., i, 8, De dwisione renm et qtiMeU* •^ Inst. s , i , />e rerum dwisione^