‹ Explication historique des Instituts de l'empereur Justinien (volume 3)Chapitre 25 sur 286 · LES CLASSES ET LES CBNTUBIES · texte numérisé non relu

LES CLASSES ET LES CBNTUBIES

d'extrémité urgente , les proUtarii ont pu être armés et équipés aux frais du public; mais il faut descendre jusqu'aux temps de Marins, dans les guerres contre les Cimbres ou contre Jngurtha, pour voir les capite censi admis dans Tarmée.

60. La distribution par centuries ne se comprend bien qu'en la rapportant à son double but : le service militaire dans la composition de Tannée, et le vote dans les comices.

Le mot centurie a une origine militaire ; il a dâ désigner dans le principe une troupe de cent hommes, quoique plus tard il n'ait plus été fait attention à la concordance du nombre (1). Sous ce rapport militaire, il y a eu des centuries chez les vieux peuples italiques : ainsi les rituels étrusques indiquaient le rite suivant lequel se distribuaient les hommes dans les centuries et se constituaient les armées (ci-dess., p. 44, note 2) ; et il y en a eu chez les Romains avant celles de Servius TuUius : c'est ainsi que les tribus des RamnenseSy des Tatienses et des Luceres fournissaient primitivement chacune, une centurie de cent cavaliers, en tout trois cents, recrutés parmi les patriciens ; centuries dont les historiens romains attribuent la création à Romulus, et dont le personnel fut augmenté à deux différentes fois par L. Tarquin ; il est probable qu'à cette seconde fois le nombre lui-même des centuries fut doublé et porté à six (2) ; mais il ne faut pas confondre celles-ci avec celles de Servius TuUius , bien qu'elles n'aient pas cessé de tenir leur rang , et de prendre , ainsi que nous allons le dire, une certaine place dans le cadre formé par ce roi.

c Qui in plèbe , inqait , romana , tenuissimi pauperrimiqae erant , neqae amplîus qaam mille quingentum œris in censum deferebant , proletarii appeilatî snnt; qui vero nulio aut perqaam parvo œre censebantur, capite censi vocabantar; extremus aatem censas capite censorum œris fuit trecenti septuaginta quinqne. i — Festus, au mot Adsiduus: «... Alii eum (adsiduum) qui sumptu proprio militabat , ab asse dando vocatum existimarunt. « — Et au mot Proleta" ritttn : « Proletarium capite censum dictum quod ex bis civitas constet , quasi proies progenie. Idem et proletanei. «

(i) Fbstus, au mot Centuria : « Genturia in agris significat centa jugera; in re militari centum homines.t — Varron, De lingua Udina, liv. 5, § 35; g 88 :

« Mampulos, exercitus miniiâas manus quœ unum secuntur signum. Centuria, qui sub uno centurione sunt , quorum cente^arius justus numerus. «

(t) GictfRON, De republica, liv. 2, g 20, conféré avec Titb-Live , liv. i, g 36.

^a HISTOIfifi. PBBMlàHE ipOQl». LES tOIS.

61. Sous la rappori BÛlitaire, A y a trois observaticoM impoptantes à faire :

La pram^e, .c'est que la division par classes ne conoerae qat Tinfanterie. En tête de TaïKiée, parle rang honortOque et en dehoJTs des classes , ^ place la «avalerie. Gomme le système de Servius TuUius e&t un accommodenneiit entre rerganisation basée sur les vieilles origines Dationales et la satisfaclion à donner à la populaiion nouveUe étrangiève k eea origines; comme Servius n'a pas détruit Ua curies, formées d'après ces origines, ni levrs aaseniUées : de môme il n'a fiasi détruit dans Torgaoïisaliaft de la itavalief ie les ir<4s centuries de RémnenseSj, de Tatieases et de Lacères, recrutées daios ie vieux patriciat, ni les additions f«i y avaient élé faites par son prédécesae«ir. CescentarieB de cbevaliera patriciens étaient alors au nombre de six, portées à ce nombre soit par Servius Tullius lui-^méme, selon la version de Tlte^Live, sait plutôt, comme semUe l'indiquer Cicéron , par L. Tarquin , <|iii, aux ti*ois centuries de ebevaliers majwrmm fentium^ en aurait ajouté trois autres fiienon»»! jenimm. Quotqu'ilen socl, sous les notus des Six Centuries (Seae Ceniuritt) ou des Stx Suffrages {Sex Suffragié)^ ces centuries de ebevaliers patriciens prirent la tôle de la cavalerie dans le sysA&me de Servius TiiUins, avec l'addiiion de douze autres centuries nouvelles , recrutées entre les .preuûères et les plus riches familles de la oité [ex primaribms cimtQtù, dit Tite^Live; censu maasùmi^ dit Cicàron) : en tout dia4iuit centuries de oatalerie {1).

62. La seconde observation, c'est qu'outre la oa^ralerie, il est encore certains services dans l'armée qui exigent des hommes spéciaux, recrutés esk dehors des eonsidérations du cens, lesquels formaient des oentvries spéciales, annexés à une des classes, quoiqu'ils n'en fissent pas partie par la fortune. Tels étaient les ouvriers ou charpentiers pour les engins de guerre» formant deux centuries, annexées, suivant TitenLive, à la première clause; at

(i) TiTE-LivE, Hv. 1, § 43 : « lia pedestri oundteomaft» ditfribotoqne, c^m»« Inm «K pnnMtikis eivîMs duodeciost aeripsil ceutimiaa, .sex iieiii ulias aenturifi, triÉMs ail Romalo institolis , ^•lftb iiadem quibus iaaKgiirAiœ arast vBomiiiibua , feeit. » — GicàReN, JDe rgpuUiom, hv, fi, »g â : « Ëqoitiiin nagao nimuiim» es omni populi summa aop«rato , relii|a|im populvin di^tribuit in i^ Bûique daaaos. .i — «... ilîqiiitum teaiiarms cam aex aafTragiis. i

MB CU«SB8 BT LBB CBUTURIBS. 6S

1«6 eor« et trompettes, farmant de«x centuries, mnesées, d'après le jnéœe kiet^rîeji^ à la dernière classe.

Danfiiun eae semblable se trouvaient les «soldais snpplénen» taires» ^a4Clett$î velaéi^ inscrite aussi et marchant à la saite des oeniuries 4le eetle dernière classe , bien qu^ls n'eussent qu'un cens fafénieuc.

63. Bnfia la troisième obaervaiion, c'est qu'à l'égard des citoyens inscrits «dans Iesolas8«s, sur lesquels neposaii roUigation de former les corps d'infanterie, la nature du service militaire €iUe-4néaie eiigeait q«*on y întnsdiirisfti des différences d'âge. Cesciioyeas se distribuaient en conséquence, dans leur classe respective, en centuries distinctes : les centuries des plus jeunes jjumorum)^ lobligés au service mililaire.au dehors, et celles des plus âgés (seniorum) , pour la défense de la ville au besom (1). On était apte à être enrôlé dans les premières après la prise de la robe virile, à seize ans accomplis ou dix-sept asis commencés ; et on passait dans les secondes à quarante-cinq ans révolus ou quarante^x ans commencés (2).

64. Après avoir vu les centuries ainsi formées sous le rapport du service militaire, il ne reste plus qu'à les considérer sous le rapport du vote dans les comices. C'est là que gît la donnée capitale, le mécantsme ingénieux de ce système politique: — Prendre pour unité de vote la centurie, dont chacune compte pour une voix, de même que la curie dans l'ancienne organisation ex generïbus; — donnei' plus de centuries, et, pariant, plus de voix à la prenûèreiolasse, celle des .plus irie^es,>q«ioîq«ela moindre en population; — donner, dans chaque dasse, aux seniores.

(1) TiTE-LivE , liv. 1, § 43 : « Seniores , ad urbis custodiam ut prœsto essent ; juvenes , ut foris bella gérèrent. »

(2) Aulu-Gblle, Hv. 10 1 ch. 28 : « G. Tabero in /TiV/ortarum prjmo scripsit, Servium TuUium , regem populi* romani , cum illas quinque classes juniorum , census faciendi gratia , institueret , pueros esse existi masse , qui minores essent «nais teptemdieoim ; .atqse 'iDde* âb nnno* «ep^me deoimo , *quo Movmos j&m esse veipahlioœ airbitravetur , mltitefi «opiptisie : eosque «d annnm •qaadragesimtini teitain ^'utttan»^isapraqae eam Mmum ^eniopet app^esse. *« (Ot âge de seice tus acoom^isiaii diiit-sept >avs oêmmencés reviefHt comme époque d'aptitude en ^Bwors iwtreB ipatéieoib .droit.) — TiTE-4iiVE , tHv. "SS , <$ 97 : « Juniores al> aiims<g0ptemdectm » ; >et liv. .63 , i§ 14 : « Woor annw aex et «[oadraginia. « — Conférée aveeCENSOimauB, ^Dt ék nataU , oh. 14.

quoique bien moins nombreux , le même nombre de centuries qxx'einxjuniores, et, partant, le même nombre de voix; — enfin rejeter en une seule centurie, et, partant, réduire à une seule voix (deux suivant une autre version) toute la multitude des prolétaires et des capite censi : voilà ce qui s'appelle balancer dans chaque classe Tinfluence du nombre par celle de Fàge , et dans Tensemble soumettre le nombre à la fortune. — H y a en tout 194 centuries (193 suivant une autre version) (I).

65. En résumé, pour Timpôt, les classes vous offrent les citoyens suivant la proportion de leur fortune ; on ne demande rien à la dernière classe , aux prolétaires ni aux capite censi, pas même le service des armes.

Pour le combat, examinez les classes et les centuries : vous y trouvez la cavalerie (équités) , les fantassins , les ouvriers et

■ • • r — I ■ 1 1 - - r T-M II ^ ■■ I I n ■ 1 I I ■ ■ - -, - - - I II . ^

(i) Voici , d'après Tite-Live , le tableau des centuries :

Cavalerie,

Les 6 anciennes centuries de chevaliers avec les i% nouvelles. . 18 centuries.

Infanterie,

V^ classe , 40 centuries de Seniores et 40 de Juniores. ... 80 Avec Tannexe de 2 centuries d'ouvriers ou charpentiers militaires, une de Seniores et une de Juniores. 2

%e — io centuries de Seniores et 10 de Juniores 5M)

3« — Id. Id 20

4* — Id. Id 20

5e — i5 centuries de Seniores et 15 de Juniores, ... 30 Avec l'annexe d'une centurie de soldats supplémentaires, accensi velaii 1

Et de 2 centuries de corps et trompettes , une de

Seniores et l'autre de Juniores 2

Tous les prolétaires et les capite censi en une seule centurie. 1 (Suivant d'autres indications , les prolétaires en auraient formé une et les capite censi une autre).

Total des centuries 194

Denys d'Halicarnasse (liv. 4, $$ 20 et suiv.) diffère quelque peu de Tm- LiVE , en ce qu'il ne compte en tout que 193 centuries , ne parlant pas de la centurie des accensi velaii ; et en ce qu'il place les deux centuries d'ouvriers à la suite de la 2« classe , et celles des cors et trompettes à la suite de la 4«. -^ Le texte de Gicéron, De republica, liv. 2, S 22, présente an calcul duquel sortirait pour le nombre des centuries de la l'* classe un chiffre tellement différent (70 au lieu de 80), qu'on suppose ce texte altéré par les copistes.

COlfICBS PAR CENTURIES. 65

charpentiers militaires, les cors et trompettes, même la séparation des jeunes gens et des hommes plus âgés, jusqu*à des soldats supplémentaires, une sorte de ban et d'arrière-ban. Il ne faut pas s'imaginer que tout cet ensemble soit Tarmée organisée; les proportions nécessaires seraient loin d'y être observées; mais c'est là que, pour les expéditions, suivant le besoin et d'après la nature du service du par chaque citoyen, se recrutent les légions. La dernière centurie, toute la multitude des prolétaires et des capite censi en est exclue.

Enfin, pour les comices, vous n'avez qu'à assembler le peuple, qu'à le faire marcher au vote , centurie par centurie : le nombre est balancé par l'âge dans chaque classe, et, dans l'ensemble, la majorité des suffrages est assurée à la richesse.

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