TRIBUNS MILITAIRES, CENSEURS
remarque ane politique adroite des sénateurs : puisqu'il faut partager la puissance consulaire, ils cherchent à TaSaiblir. Au lieu de deux magistrats , ils veulent qu'on en choisisse trois ; au lien de leur laisser le nom de consuls, ils les nomment tribuns militaires. Il semble que le consulat n'est point sorti des rangs patriciens : plutôt que de l'abandonner, on l'a éteint, ou, pour mieux dire, on l'a assoupi, mais on saura bientôt le faire revivre. D'abord, l'avantage qu'ils venaient d'obtenir ne fut pour les plébéiens qu'un avantage de droit : ils étaient admissibles au tribunat militaire, ils n'y furent point admis. Faut-il s'en étonner? Il y aurait à s'étonner du contraire. L'élection appartenait aux comices par centuries, et nous savons comment ils étaient composés : aussi n'est-ce qu'environ quarante ans après la création des tribuns, lorsque leur nombre a été porté jusqu'à six, que l'on commence à compter quelques plébéiens parmi eux. La puissance des premiers tribuns militaires ne fut pas de longue durée; elle exista quelques mois, et ils cédèrent le gouvernement aux consuls, qui, plusieurs années après, furent remplacés à leur tour par des tribuns, et ainsi successivement. C'est une chose curieuse que de voir, pendant plus de quarante ans, suivant les oscillations des deux partis, paraître et disparaître le consulat, le tribunat militaire, et audessus s'élever quelquefois la dictature; et cependant Rome étend ses succès, fait chaque jour un pas dans le Latium, s'avance vers la conquête de l'Italie. C'est qu'alors les vertus républicaines étaient au milieu des citoyens; le dévouement à la patrie n'était qu'un sentiment naturel; les armées ne connaissaient que Rome et son triomphe; un ennemi qui marchait vers la cité suspendait toutes les divisions et ne trouvait que des Romains.