‹ Explication historique des Instituts de l'empereur Justinien (volume 3)Chapitre 81 sur 286 · CONSULTATIONS PUBLIQUES DES JURISCONSULTES · texte numérisé non relu

CONSULTATIONS PUBLIQUES DES JURISCONSULTES

Précis historique inséré au Digeste de Justinien (liv. I, tit. 2, § 35 et suiv.), fait remonter ce genre de publications à Papirius, auquel est attribué un recueil des lois royales (Jus Papi^ Hanum), vers Fan 220 de Rome (ci-dessus, n"" 76); à Appius Claudins Cscus, ou Ccntummanus, censeur en 442, pour un livre De usurpationibus , qui s'était perdu; à Sextus ^lius, consul en 555, pour son livre intitulé TripertUa, dont nous devons parler spécialement au paragraphe suivant; il n'y compte pas le livre antérieur de Flavius, sur les fastes et les actions de la loi {Jus civile Flavianum), dont il a été question ci-dessus, au n"" 176, probablement parce que Flavius ne s'était pas livré à la profession de jurisprudent ; mais il fait intervenir une série successive de ces jurisprudents de l'époque de la république, la plupart personnages consulaires, ayant laissé des livres sur le droit. Il est intéressant de lire ce qu'en a écrit Cicéron an premier livre de son traité de l'Orateur, et dans son Dialogue , dédié à Brutus , sur les orateurs illustres, un certain nombre d'entre eux ayant été à la fois grands jurisconsultes et orateurs éloquents. Parmi eux il faut compter U. Caton le censeur, auquel Cicéron {De orat., I, 37) attribue ces deux qualités à un haut degré : a cujus et Uhri exstant, d dit Pomponius ; et son fils aine qui en avait laissé un plus grand nombre : a sedplurimijïlii ejus v (DiG. ,1,2, De orig, jur., 2, § 38). C'est à ce dernier que s'applique cette phrase d'Aulu-Gelle (xiu, 19) : a egregios de juris disciplina libros réliquit, n Comptez aussi cette illustre famille plébéienne des Mucius Scsavola, dont les divers membres se transmettaient comme en héritage la jurisprudence : d'abord le grand pontife Publias Mucius Scœvola ; et après lui , plus en renom encore, son fils Quintus Mucius Scœvola, consul en 658 de Rome, grand pontife après son père. Pomponius dit de lui qu'il fut le premier à constituer le Jus civile, c'est-à-dire ici le droit fondé par la jurisprudence, en le rédigeant, dans son ensemble général, en dii-hnit livres (1). Ses opinions sont plusieurs fois citées au Di* geste de Justinien, dans les fragments des jurisconsultes postérieurs. C'était à son école , non pas qu'il se fût livré à l'enseigne-

(i) DiG., 1, 2, De orig. jury 2, § 41 : c Jas civile primum constitait, generatim in libros decem et octo redigendo. •

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ment, mais en assistant avec assiduité à ses consultations, que s*était formé Cicéron (I) : « il hanta aussi à Tentour de Mucios Scœvola, » dit Amyot traduisant Plutarque ( Vie de Cicér,, § 5). Mais Cicéron ne le fit qu*aprës la mort d'un autre Quintus Mucios Scœvola Taugure , grand jurisconsulte aussi , auquel , dès sa prise de la toge virile, il avait été confié par son père {De amicitia, 1), et qu*il a fait intervenir dans ses dialogues sur Torateur, sur Tamitié et sur la république. En présence de cette fréquence et de ce nombre de publications, entrés dans les mœurs des jurisconsultes dès le temps de la république, on voit combien Cicéron avait en de raisons pour mettre au nombre de leur office : scribere.

Cette science et cette profession pratique du droit leur servaient à se pousser populairement, en Tâge viril, à Fhonneur des sufirages pour les grandes magistratures : a Vous savez tous venir consulter, et vous ne savez pas faire un consul! » disait un candidat désappointé, le lendemain de Télection, aux clients qui se présentaient en grand nombre dans son atrium, et il les renvoya tous (2). Elle servait aussi d'ornement et de dignité dans une vieillesse honorée (3).

236. Tels furent, au temps de la république, cesjurisconsulti, ou simplement consulti, jurisperiti ou periti, jurisprudentes ou prudentes, dont la doctrine, par le crédit dont ils étaient honorés et par Tautorité du savoir, vint prendre place au nombre des sources du droit romain. Déjeunes disciples entouraient ces jnrisprudents sons les portiques aux consultations, les suivaient au Forum , recueillaient les réponses quMls faisaient aux plaideurs, et se disposaient par cette assiduité à la carrière qu'ils parcourraient un jour : ainsi avait fait Cicéron, aux consultations de Scœvola. Les leçons quMIs recevaient ne développaient pas à leur esprit une science dans un ensemble systématique et bien coordonné , mais elles formaient une collection de décisions diverses

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(1) Cicéron, Brutus, § 89 : « Ego autem , joris civilis studio , multam opéra dabam Q. Scœvolœ , Publii filio, qui , quanquam nemini se ad docendum dabat, tamen, consulentibus respondendo, studiosos audiendi docebat. •

(2) Valèiib-Maximb , IX , 3 , 2 : c Omnes consulere scîtis , consulem bcere nescitis ! i Trait attribué à G. Figulos , jarisconsalte en réputation , vers l'an de Borne 621.

(3) Cio^RON, De oratore, I, § 45 : c Senecftiti vero celebraudœ et ornand$ qaod bonesfins potest esse perfugium, qnam jarîs irUerpretaiîo? t

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