‹ Explication historique des Instituts de l'empereur Justinien (volume 3)Chapitre 94 sur 286 · Guerres civiles · texte numérisé non relu

Guerres civiles

•^ro. (An 667.) Les gouverneurs se rendaient indépendants du Sénat ; des tribuns cherchaient à se maintenir par la /brce dans leur magistrature expirée; Marins avait été nommé eonsul pendant six ans, atteinte funeste aux lois constitutives qui exigeaient dix ans d'intervalle entre deux consuîats. Mais au milieu de ces troubles et de ces violations du droit public , les citoyens n'avaient pas encore marché contre les citoyens. La guerre sociale était un prélude; Marins et Sylla apportèrent avec eux les guerres civiles. Ce n'est plus pour Lbs plébéiens , pour le Sénat , pour les lois , c'est pour le commandement qu'ils se battent. Rome tomba tour

à tour dans leurs mains et dans celles de leurs soldats. De quels maux , de quelles cruautés ne fut-elle pas le théâtre ! Il faut dire comme Montesquieu : a Je supplie qu'on me permette de détourner les yeux des guerres de Marins et de Sylla. »

Celui-ci triompha le dernier et fut nommé dictateur perpétuel. Il abattit les plébéiens , comprima les tribuns , abaissa les chevaliers, releva les sénateurs. Les assemblées par tribus furent dissoutes, les comices par centuries investis de tout le pouvoir. Sylla voulait rendre au Sénat son ancienne splendeur, à la république son énergie primitive. Il fallait lui rendre ses vertus, son désintéressement et surtout sa liberté. Ce fut peut-être cette dernière idée qui le conduisit, après cinq ans de dictature, à cette abdication que rhistoire rapporte avec étonnement.

On peut remarquer de lui quelques lois (de Tan de Rome 673) : lex CoRNEUA judiciariùj qui enlevait aux chevaliers le pouvoir judiciaire et le rendait aux sénateurs; lex Cornelià, Defalsis, nommée aussi testamentaria ; lex Cornelia, De sicariis, qui établissent deux nouvelles questions : Tune contre les crimes de faux, principalement eu matière de testament; Tautre contre les meurtres. C'est probablement de cette dernière loi que parlent les Instituts de Justinien (liv. 4, tit. 4, § 8), comme ayant statué aussi sur la punition de certaines injures violentes.

57i Guerres serviles.

301. (An 682.) Parmi les troubles et les combats de cette époque passent les guerres des esclaves presque inaperçues, et cependant ne devrait-on pas les signaler plus que toute autre guerre? Des troupeaux innombrables de captifs envoyés de toutes les parties du monde étaient entassés dans les propriétés romaines. Le citoyen riche possédait des milliers de tètes ; tout à coup, dans la Sicile, ces têtes se relèvent, les chaînes sont brisées, les esclaves sont des soldats, au nombre de soixante mille. Rome envoie contre eux des armées ; ils les battent , ils enlèvent les camps de quatre préteurs, succombent sous les coups d*un consul, et reçoivent, au lieu de la liberté qu'ils voulaient conquérir, la mort cruelle des esclaves, le supplice de la croix. Ils laissent des successeurs ; une nouvelle armée paraît^ triomphe et tombe comme la oremièi-e. Us s'étaient laissé bloquer, et,* domptés pat

GUEBRES SfiRVILES. PREMIER TRIUMVIRAT. 241

la famine, ils s'entr* égorgèrent pour échapper aux Romains. Ce fut au sein même de Fltalie que surgit la troisième guerre servile ; des esclaves gladiateurs échappés de Capoue poussèrent le cri de liberté. Spartacus, leur chef, est illustre : couvert de la pourpre consulaire, il a ravagé T Italie, mis en fuite les légions; toutes les forces romaines se sont réunies contre lui ; enfin il a été accablé, lui et les siens, au milieu du carnage, sans demander quartier. Là s^arrêtèrent les efforts des esclaves, qui rentrèrent dans leurs fers et dans leur nullité.

302. (An 684.) Avec Marins et Sylla n'étaient point mortes les guerres civiles : Catilina, Pompée et César, Antoine et Octave, vinrent après eux. L'ouvrage de Sylla fut détruit par Pompée. Les plébéiens reprirent leurs assemblées, les tribuns leurs privilèges, les chevaliers leurs pouvoirs judiciaires , qu'ils partagèrent avec

le Sénat et les tribuns du trésor. Mais à quoi bon examiner ces lois éphémères qui se choquent et se détruisent ? Qu'est-ce que tout cela, sinon des mouvements convulsifs qui annoncent la disso-* Intion prochaine de la république? Pompée eut beau faire traverser aux légions l'Asie dans tous les sens, vaincre Mithridate, parcourir l'Arménie, la Colchide, l'Albanie, la Syrie, l'Arabie, les mener jusque dans Jérusalem, il ne fit que hâter cette dissolution.

303. Passons rapidement ces dernières années de la république , passons ce pacte ou plutôt cette ligue formée entre Pompée, Crassus et César, sous le nom de triumvirat (690). Us s'unissaient pour commander au Sénat , dicter le choix des candidats, se partager les provinces : à Pompée TEspagne, à Crassus la Syrie, à César les Gaules. Ce fut alors que ce général, qui garda dix ans son gouvernement, explora ces terres inconnues, pénétra jusque dans la Grande-Bretagne, soumettant tous les peuples sauvages qu'il découvrait, écrivant ses Commentaires immortels.

304. Passons la lutte de Pompée et de César. L'ambition les avait unis, elle ne tarda pas aies séparer. César passa le Rubicon : il avait toujours à la bouche, au dire de Cicéron (De offic, III, 21), ces deux vers d'Euripide, traduits ainsi par l'orateur romain :

â Nam si vîolandum est jus regnandi gratia, c Violandum est : aliis rébus , pietatem colas. ■

— Il vainquit en Thessalie Pompée, en Afrique Scipion et Caton, en Espagne les fils de Pompée. Le Sénat, le peuple, Rome, se

livrèrent à lui ; les consalats lui furent prodigués , puis la dictature perpétuelle, que Brutus et les sénateurs conjurés terminèreol au bout de six mois en immolant le dictateur au milieu du Sénat, comme s^ils avaient voulu mettre à sa dignité, avec leurs glaives, le terme qu'on y mettait jadis avec les lois (709).

Avant cette mort, toute la Gaule cisalpine avait déjà reça le droit de cité (ans 705 et 707) ; deux nouveaux édiles avaient été créés, les édiles céréaux (œdiles céréales^ qmfrumentoprœes' sent); le nombre des préteurs avait été porté jusqu'à dix, il le fut ensuite jusqu'à seize.

305. Passons les guerres amenées par le meurtre de César. Les républicains étaient commandés par Cassius el Brntus. Celui *-ci, imitateur du premier Brutus, voulait régénérer la république qu'avait fondée le premier : comme si , lorsque le pays, les hommes, les biens, tout a changé, les institutions pouvaient rester les mêmes.

306 . Passons le second triumvirat d'Antoine , de Lépide et d'Octave, ou pour mieux dire d'Octavien César (1), car Jales César l'avait adopté dans son testament et lui avait laissé on héritage qu'il sut bien reconquérir.

Passons les terribles proscriptions qui reparurent avec le deuxième triumvirat ; mais cependant ces proscriptions rappellent un homme qu'il me serait imp^ardonnablo d'ouUier, celui qa'on propose encore pour maître au barreau : Cicéron. Ses ouvrages sont restés comme des souices précieuses pour le droit et pour l'histoire. £n lisant ses lettres à Atticus el à Brutus, on. assiste aux drames critiques dont il parle; on voit les intérêts divers, les ambitions opposées, les craintes, les espérances dés partis; on voit l'ancien consul, placé au milieu de l'anarchie, parmi des hommes corrompus (2), leur opposer tantôt une politique adroite, tautot -

(1) Les adoptés prenant le nom de l'adoptant, en donnant à lear nom naturel la détenninaison adjective ianus. Octave, après son adoption, doit s'appeler Octavien César.

(2) Deux citations de ces lettres nons feront juger le degré de corruption auquel Rome était parvenue. L'une est relative aux jugements , l'autre aux magistratures.-^Gicéron raconte comment Glodii^s fut absous de l'accusation portée contre lui. i Dans deux jours il (un affidi de Clodius) a terminé la chose par f le ministère d'un seul esclave gladiateur. Il a fait venir les juges chez lui, il <

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