‹ Explication historique des Instituts de l'empereur JustinienChapitre 11 sur 206 · PREFACE. XI · texte numérisé non relu

PREFACE. XI

vant de l'identité d'origine et de religion, entre les Indous, les Grecs et les Romains (1).

Chaque peuple s'est ensuite développé suivant son génie propre et caractéristique.

La Grèce a donné un sublime essor aux spéculations de l'intelligence ; elle a eu le sentiment du beau et a presque réalisé dans les arts l'idéal de la beauté.

Rome, douée d'un sens juste et d'un goût prononcé pour l'utile, s'est consacrée à la politique, au gouvernement et par-dessus tout à la science du droit. Rome a eu conscience de cette aptitude et en a fait sa mission (2).

Le droit qui a régi la Rome naissante ne lui était pas propre. Le droit qui mérite le nom de romain, non plus seulement par le lieu de son éclosion, mais pour son caractère, a paru, lorsque le peuple assis sur les bords du Tibre, en travaillant sur le fonds commun des coutumes de sa race, en a fait sortir une législation pénétrée de son esprit de gouvernement et de sociabilité.

C'est alors que la puissance sociale a franchi le seuil de la famille pour contrôler et modérer la puissance paternelle, a mis, dans l'intérêt des descendants, une borne à la liberté, d'abord absolue pour le père ou chef, de disposer des biens de la famille. C'est alors que les femmes ont été relevées de leur dépendance perpétuelle. C'est alors que l'adultère a été érigé en délit public et la paternité soumise à une preuve légale, à un examen judiciaire. C'est alors que le mariage a été purifié des effets originairement donnés à la cohabitation prolongée. C'est alors que toutes les conventions, non pas il est vrai possibles, mais utiles ou

(1) M. Fcstel de Goulanges, la Cité antique. Comp. Ozanam, Études germer iques, t. I, lve partie, chap. 3, p. 162 et suiv.; p. 172 et suiv.; p. 185. (2) Qui ne se rappelle les vers de Virgile? Excudent alii spirantia raollius œra, Credo equidem ; vivos ducent de raarmore vultus ;

Ta revere imperio populos, Romane, memento ; Hœ tibi erunt artes, pacisque imponere morem, etc.

Saturai gentem, haud vinclo nec legibus œquam

Sponte sua veterisque dei se more tenentem. Voir M. Dknis, Histoire des idées morales dans l'antiquité, t. I, p. 390. « Dédaigueux de l'utile et passionnés pour le beau, les Grecs ont merveiiieusement saisi le côté poétique des choses morales; mais le côté pratique, ce qui

peut servir au droit , ils l'ont toujours beaucoup trop négligé, etc. » T. II,

p. 325. « Rome, avec des qualités moins brillantes , avait ce bon sens et cette conduite qui fondent les œuvres durables. *

Page 1