‹ Explication historique des Instituts de l'empereur JustinienChapitre 4 sur 206 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

colore, rendu une sorte de vie aux institutions et aux mœurs du passé qu'il décrivait ; mais encore il a compris qu'aucune époque, si brillante qu'elle soit, ne doit captiver exclusivement l'attention; il avait foi dans le progrés de l'humanité, progrès qui ne s'arrête pas, quelles qu'aient été les splendeurs d'un siècle, quelles que soient les ténèbres qui parfois lui succèdent. L'intérêt le plus élevé des études juridiques se trouve dans l'enchaînement des innovations qui se préparent et se provoquent l'une l'autre. Le savant professeur proclamait que la genèse du droit s'expliquait, moins par les événements extérieurs qui en étaient l'occasion, que par un sens intime, une force interne, une loi qui pousse l'homme vers la justice. Il constatait, dans la nature humaine, l'esprit de propagande et l'aptitude à l'assimilation. Lui aussi, il disait que le droit avait tendance à devenir, de national, uni versel. Comment n'aurait-il pas signalé chez les Romains celte disposition à s'approprier tout ce qu'il y avait de bon chez les autres, disposition dont les Romains avaient conscience et se faisaient un titre de gloire (1)? Il était si persuadé de la continuité du progrès, qu'il regrettait de n'avoir pas pu suivre le droit romain à travers les transformations de la jurisprudence des pays de droit écrit jusqu'à la promulgation de notre Code. Il méditait de combler cette lacune.

M. Ortolan a écrit, non comme un auteur qui suit librement les prédilections de son esprit, mais comme un professeur qui veut faire voir et connaître sous tous les aspects l'objet de son enseignement, éveiller la curiosité de ses lecteurs dans tous les sens, ouvrir des voies d'investigation, indiquer les procédés au moyen desquels se continuera l'œuvre jamais achevée de la science.

Celui qui veut étudier le droit d'un peuple ne saurait négliger ?a constitution politique, qui renferme les sources, les éléments de formation du droit, les organes de la puissance législative.

La constitution sociale a plus d'importance que la constitution politique ; elle se reflète dans le droit lui-même ; selon la condition égale ou inégale des personnes, elle l'empreint d'un caractère différent.

(1) Salluste (Conj. de Catil., n° 52) met dans la bouche de César cette phrase : Majores nostri quod ubique apud socios ant hostes idoneum videbatur cum summo studio domi exsequebantur. — Pline {Hist, nat., liv. 3, ch. 6) exprime les idées suivantes : Rome a été choisie par la Providence pour unir en an seul corps les empires épars et divisés, pour devenir la patrie universelle du rjenre humain, pour donner à l'homme l'humanité... nutnine deum electa.

quœ humanitatem hotnini daret. — M. Dims, Hist, des idées moralel

dans l'antiquité, t. II, p. 437. M. Fustel de Coulanges, Hist, des inst. polit* de fane. France, t. I, p. 62.

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