PREFACE. V
Le droit d'un peuple dont l'existence est terminée nous est transmis par des monuments écrits ou gravés, complets ou mutilés, donnant des notions ou suscitant des conjectures. Si nous ne voulons nous résigner à jurer sur la parole du maître, nous devons nous mettre directement en présence des textes, nous habituer à les lire, à les féconder par la réflexion, à y retrouver tout ce que la sagacité ou l'imagination de nos devanciers en a fait sortir.
L'esprit a besoin de temps en temps de se recueillir, de fondre en un tout ordonné ses notions éparses, de considérer d'un regard d'ensemble le chemin parcouru.
Toute législation offre une combinaison plus ou moins savante, plus ou moins sage de certains éléments simples et presque immuables découlant de la nature de l'homme et de la nature des faits à régir. Les Romains, doués d'un esprit analytique supérieur, ont habilement discerné ces éléments; une généralisation doit les extraire de leurs écrits et de leurs lois.
Ce que l'enseignement doit faire, îll Ortolan l'a fait. Remonter aux sources historiques, montrer l'influence de l'organisation sociale et politique sur le droit, habituer à l'exégèse, présenter un tableau vivant des institutions, un résumé synthétique des doctrines, dégager d'une législation qui change les éléments juridiques qui ne changent pas; tel a été son but, telle est son œuvre dans son ensemble et dans sa variété.
En nous inspirant de son exemple et de sa méthode, nous essayerons de résumer ici et de mettre en relief quelques traits dominants et généraux de la législation romaine.
Le droit romain est principalement issu de la coutume. Les lois ont apporté un léger appoiut à l'œuvre des mœurs et des usages. Les Romains, en accordant cette puissance à la coutume, ont su éviter deux écueils, l'immobilité et l'instabilité. Les usages, les précédents, les mœurs des ancêtres ont été consultés, observés avec un religieux respect. Néanmoins ce respect a été concilié avec le progrès, le mouvement; le droit ne s'est pas abîmé dans la routine. Le respect des mores majorum a été seulement un frein contre les innovations téméraires. Le nouveau a été autant que possible dégagé du sein de ce qui préexistait. Le droit a été développé plutôt que changé. Mais, somu.e toute, jamais un obstacle n'a été opposé à des innovations que l'utilité exigeait. De sa forme coutumière, la législation romaine n'a retenu que des avantages, la souplesse dans les transforma-