PREFACE. VU
est bientôt presque oubliée ; l'esprit de la loi vit et se développe d'un mouvement progressif dans la jurisprudence.
Nous avons parlé du crédit dont jouissaient les jurisconsultes, du respect pour la science du droit. Nulle part peut-être ce respect n'éclate d'une façon plus manifeste que dans le récit des Instituts au sujet de l'établissement des fidéicommis et de la reconnaissance des codicilles. C'est le changement le plus profond que le régime des successions testamentaires ait subi. Le vieux droit des institutions d'héritiers et des legs a pu désormais être en grande partie éludé. Comment s'est opérée cette grave innovation? Par l'avis des prudents, avis agréé de l'opinion publique Des héritiers, auxquels des prières de restitution avaient été adressées par les testateurs, n'ont pas rempli ce devoir de fidélité et d'honneur. Leur perfidie a fait scandale, a ému la conscience de tous. Nous sommes à l'époque d'Auguste Tout s'abaisse devant l'empereur ; il résume en lui les pouvoirs de toutes les magistratures, et sa puissance est moralement plus considérable encore. Mais il veut que le droit privé continue à se développer comme sous la République. II assemble les jurisconsultes les plus autorisés de son temps. Il écoute ; il recueille les suffrages ; il se conforme à l'avis de la majorité qui exprime la ratio juris.
Détail plus saisissant encore ! Après cette délibération solennelle, l'innovation est-elle accomplie? Non. Il faut que Labéon, un adversaire de la politique d'Auguste, un homme qui n'a pour lui que le crédit de sa science, donne l'exemple, fasse des fidéicommis dans un codicille, pour que le peuple ajoute foi à l'autorité de ces précédents, pour que la coutume nouvelle des fidéicommis et des codicilles soit considérée comme établie (1).
La coutume perd sa force sous Constantin le Grand (2) ; sa décadence coïncide avec le déclin de la science du droit. Mais le passé conserve son prestige, et un historien, dans une vie d'Alexandre Sévère adressée à Constantin Auguste, répondant à une question que lui avait faite l'empereur, n'hésite pas à ré, éter ce jugement populaire que si Alexandre Sévère fut un grand empereur, c'est surtout parce qu'il se laissa inspirer par le jurisconsulte Ulpien dans le gouvernement de l'empire (3)
Le droit romain s'est développé par la coutume sous la direc-
(1) Inst. lib. 11, tit. 23, § 1, et tit. 25 pr.
(2) L. 2, God. 8, 53. Comp. av. la loi précédente. (3j L/uipridrs, n° 51.