‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 117 sur 139 · DE LA MÉDITATION OU ORAISON MENTALE · texte numérisé non relu

DE LA MÉDITATION OU ORAISON MENTALE

D. Comment appelle-t-on ordinairement la prière mentale? — R. On l'appelle ordinairement méditation ou simplement oraison.

Explication. — Ainsi que nous l'avons déjà dit, mes en* m. 35

fants, la prière qu'on fait du fond du cœur, sans la produire au dehors par aucune parole, se nomme prière ou oraison mentale ; mais on lui donne aussi le nom de méditation ou simplement à? oraison ; par conséquent, faire la méditation, faire l'oraison, sont des expressions qui signifient la même chose que prier mentalement. — On distingue plusieurs degrés d'oraison : Toraison affective, l'oraison de recueillement, l'oraison de quiétude, etc. Nous parlerons seulement de celle que les maîtres de la vie spirituelle appellent simplement méditation ou oraison.

D. QiC est-ce que la méditation ou oraison mentale? — R. C'est une élévation et une application de notre esprit et de notre cœur à Dieu, pour lui rendre nos devoirs, lui demander les grâces dont nous avons besoin, et en devenir meilleurs pour sa gloire.

D. De combien de parties se compose V oraison mentale ? — R. L'or îison mentale se compose de trois parties, qui sont : la préparation, le corps de l'oraison et la conclusion.

Explication. — Il y a trois choses à faire dans l'entrée ou préparation de l'oraison : 1° Il faut se mettre en la présence de Dieu par un acte de foi, croyant fermement qu'il est partout, dans le lieu où nous sommes et dans notre coeur ; ce qui nous engage à l'adorer et à nous tenir avec respect devant sa majesté sainte : « Mon Dieu (devons-nous lui dire), je crois fermement que vous êtes ici présent; que vous l'êtes particulièrement dans mon cœur, dont les moindres mouvements vous sont connus. 0 souveraine majesté de mon Dieu, devant qui te ut l'univers n'est qu'un peu de poussière ! je me prosterne devant vous, reconnaissant que vous êtes mon créateur et que je suis votre créature ; et, en cette qualité, je fais hommage de tout mon être à votre majesté suprême. » 2° Nous devons nous reconnaître indignes de paraître devant Dieu, à cause de nos péchés, et nous exciter à la contrition : « Je confesse, mon Dieu, que je ne suis pas digne de paraître devant votre majesté sainte, à cause de mon néant, de ma bassesse, de mes péchés sm-

tout, qui sont sans nombre et rendent mon âme hideuse à vos yeux. 0 Dieu ! j'en suis tout confus, humilié et contrit; je me repens de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et que le péché vous déplaît, vous outrage et m'éloigne de vous. Oubliez, je vous en conjure, les fautes de ma jeunesse et toutes mes ignorances, pour ne vous souvenir que de vos éternelles miséricordes. » 3° Il faut nous unir à Jésus-Christ pour paraître devant son Père en son nom , reconnaître que nous sommes de nous-mêmes incapables de faire l'oraison d'une manière utile à notre salut, et demander l'assistance du Saint-Esprit pour la bien faire : « Ce n'est pas en mon nom, ni appuyé sur mes propres mérites, que j'ai la hardiesse de paraître aujourd'hui devant vous, ô mon Dieu ! pour vous adresser ma prière ; c'est au nom de votre fils bien-aimé, Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est dans cette vue^ et à la'faveur de ses mérites, que je me présente devant vous pour solliciter vos grâces. Je ne puis par moimême avoir aucune bonne pensée ni produire aucun sentiment utile pour le ciel, à moins qu'il ne vienne de vous, ô mon Dieu ! Ayez pitié de mon indigence, je la confesse humblement devant vous ; je renonce à mon propre esprit, qui n'est pas capable de me guider en ce qui regarde mon salut, et à mes affections , qui tendent ordinairement vers le mal. Venez, Esprit de Dieu, venez à mon secours; je me livre à vous pour faire oraison dans vos lumières, par vos mouvements et sous votre conduite; venez éclairer men esprit, venez embraser mon cœur, venez me détacher de la terre, venez m'élever vers le ciel^ venez me transformer en vous. ))

J.e corps de l'oraison comprend trois points. — Dans le premier point, il faut considérer le sujet de l'oraison par rapport à Notre-Seigneur, faisant attention à ce qu'il a dit, fait ou pensé sur ce sujet, et lui rendre ensuite nos devoirs en adorant ses sentiments, ses paroles, ses actions; les louant, les aimant, et remplissant notre cœur de sentiments

de reconnaissance. A ces affections, l'on peut quelquefois ajouter des actes d'admiration, de joie ou de compassion, selon la nature du sujet. Si l'oraison se fait sur les perfections de Dieu ou sur les personnes de la très-sainte Trinité, on les adore et on leur rend les autres devoirs de religion. — Dans le second point, il faut considérer le sujet de notre r oraison par rapport à nous-mêmes : 1° examinant ce que nous devons faire ou éviter pour notre sanctification ; et afin de nous porter plus efficacement à embrasser la vertu et à fuir le vice, nous devons tâcher de convaincre notre esprit de nos obligations, par la considération des motifs et des raisons les plus capables de nous engager à les remplir fidèlement; 2° comparant notre conduite avec nos obligations sur ce sujet, et faisant une sérieuse réflexion sur nousmêmes, pour voir en quoi nous avons manqué ; et comme cette recherche nous dévoilera plusieurs défauts, nous aurons à nous en humilier, à former des actes de contrition de nos fautes passées, de confusion de notre état présent, et de désir de mieux faire à l'avenir, et à produire les autres affections conformes aux considérations que" nous aurons faites ; 3° enfin, à la vue de notre infidélité et de notre faiblesse, recourant à Dieu et lui demandant avec instance la grâce de notre amendement, et employant pour l'obtenir les mérites de Notre-Seigneur et l'intercession de la trèssainte Vierge et des saints. — Dans le troisième point, pour coopérer à la grâce que nous venons de demander à Dieu, il faut prendre de bonnes résolutions, suivant le sujet de notre oraison, notre attrait et nos besoins. Ces résolutions doivent être non-seulement générales, mais encore particulières, pour le temps et les occasions présentes ; elles doivent être efficaces et nous porter à surmonter les obstacles et à prendre pour cela les moyens convenables ; elles doivent enfin être accompagnées de défiance de nous-mêmes et de confiance en Dieu.

La conclusion de l'oraison comprend deux choses : 1° remercier Dieu des grâces qu'il nous a faites dans l'oraison ;

2° lui demander pardon des fautes que nous y avons commises : « Soyez béni, ô mon Dieu ! des grâces que vous venez de me faire pendant cette oraison, des lumières et des bonnes pensées que vous m'y avez données, des saintes impressions dont vous avez touché mon cœur, des salutaires résolutions que vous m'y avez inspirées. Pardonnez-moi les distractions , les négligences , la tiédeur et les résistances à votre grâce dont j'ai pu me rendre coupable.1

On fait ensuite le bouquet spirituel, qui consiste dans le choix de quelques bonnes pensées ou de quelques saintes affections qui nous ont le plus touchés dans Foraison, pour nous en ressouvenir de temps en temps pendant la journée.

L'on termine en mettant le fruit de son oraison et ses résolutions sous la protection de la sainte Vierge.

« Vierge sainte, ma bonne et tendre mère, je me jette avec une entière confiance entre vos bras, pour trouver dans votre cœur, un asile assuré contre les dangers auxquels je pourrais être exposé; prenez-moi sous votre protection; veillez à ma défense; rappelez-moi souvent mes résolutions et obtenez-moi la grâce de les mettre fidèlement en pratique. Ainsi soit-il. »

D. Quelle est l'estime que les saints ont faite de l'oraison mentale? — R. Ils lui ont prodigué les plus magnifiques éloges et ils ont fortement engagé les fidèles à se livrer à ce saint exercice.

Explication. — Les saints ont unanimement regardé l'oraison mentale comme le moyen le plus puissant et le plus efficace pour se retirer du vice, pour rompre ses mauvaises habitudes, pour se bien pénétrer de l'importance du salut et de l'étendue des obligations que nous impose la qualité de chrétien ; pour dompter ses passions, pour vaincre les tentations de l'esprit de malice, pour découvrir ses illusions et déconcerter ses artifices, pour apprendre à se mortifier, pour acquérir les vertus solides, pour se soutenir dans les sentiers pénibles à la nature, qui nous sont tracés dans l'Évangile; pour marcher avec courage à la suite de l'Homme-Dieu; enfin pour pratiquer avec persévérance ce que ses leçons et

ses exemples ont appris aux hommes de plus sublime et de plus parfait. 4

Connaissant combien ce moyen a de force et d'efficacité, les saints en ont fait usage, autant que leur état et leurs occupations indispensables le leur permettaient. Ils y ont eu recours en tout temps : l'oraison était pour eux une école où FEsprit-Sain-t leur servait de maître; un rempart où ils se retiraient pour se défendre de leurs ennemis; un jardin de délices où, loin des créatures, ils s'entretenaient avec Tépoux de leurs âmes; un cabinet mystérieux où le grand roi leur a découvert ses plus profonds secrets; un lien secret qui les attachait fortement, mais d'une manière ravissante, à l'unique objet de leur amour; un charme divin qui les attirait puissamment après lui et les faisait courir avec plus d'ardeur à l'odeur de ses parfums (1).

A la vue de ces prérogatives multipliées de l'oraison mentale, entrons à son égard dans les sentiments des saints; et pour en retirer comme eux les plus grands avantages, ayons soin de nous affectionner à ce saint exercice, qui n'est point aussi difficile que les hommes du siècle l'imaginent. La bonne oraison dépend bien plus du cœur que de l'esprit; et pourvu qu'on soit instruit des principales vérités de la religion, on est capable d'y penser et d'en tirer des motifs pour bien vivre et pour aimer Dieu, et cela suffit pour faire une excellente oraison (2).

D. Les souverains pontifes ont-ils accordé quelques indulgences aux fidèles qui font l'oraison mentale ? — R. Ils en ont accordé plusieurs.

Explication. — Les souverains pontifes, et en particulier Benoit XIV, par sa bulle Quernadrnodum, du 16 décembre 1746, se sont appliqués à exciter parmi les fidèles le goût et la pratique du saint exercice dont nous parlons, en accordant les indulgences suivantes à ceux qui enseignent ou qui

(1) Postte curremus in odorem unguentoruni. (Cant. I, 3.)

(2) Le P. La Cloriyière, Réflexions sur la prière, p. 45-48,

apprennent la méthode de l'oraison mentale, aussi bien qu'à ceux qui font l'oraison: 1° une indulgence plénière perpétuelle, une fois le mois, au jour de la communion, à tous les fidèles qui auront fait, tous les jours du mois, une demiheure ou un quart d'heure d'oraison mentale. 2° Une indulgence plénière perpétuelle, une fois le mois, le jour de la communion, à toutes les personnes qui auront, au milieu d'un nombreux concours de fidèles, enseigné ou appris la méditation ou l'oraison mentale. 3° Une indulgence partielle de sept ans et de sept quarantaines, toutes les fois que, vraiment contrits, les fidèles assisteront à l'explication de l'oraison mentale. — Ces indulgences sont applicables aux âmes du purgatoire.

TRAIT HISTORIQUE

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