HISTOIRE DE SAINT H0RMÏ6DAS
Hormisdas était d'une des plus anciennes familles de Perse. Le roi Varanes l'envoya chercher et lui ordonna de renier Jésus-Christ. « En faisant ce que vous exigez de moi, lui dit Hormisdas, j'offenserais Dieu ; et quiconque serait capable de violer la loi suprême du souverain Seigneur de toutes choses, ne resterait pas longtemps fidèle à son prince, qui n'est qu'un homme mortel. Si ce dernier crime mérite la plus cruelle de toutes les morts, à quoi ne doit pas s'attendre celui qui renoncera lç Dieu de l'univers? » — Une telle réponse, aussi sage que ferme, fit entrer le roi dans une étrange colère. Il dépouilla Hormisdas des biens et des honneurs dont il jouissait ; il lui fit même ôter ses habits, ne lui laissant qu'un petit morceau de toile qui lui ceignait les reins. Après l'avoir réduit en cet état, il le chassa de sa présence et le condamna à conduire les chameaux de l'armée. Ce Saint souffrit avec joie ce barbare traitement. Longtemps après, Varanes, l'ayant aperçu par une fenêtre de son. palais, remarqua qu'il était tout brûlé du soleil et couvert de poussière. Le souvenir de ce qu'il avait été parut le toucher. 11 l'envoya chercher, et lui fit donner une tunique ie lin, en lui disant : « Quittez donc enfin votre opiniâtreté, et renoncezau fils du chai pentier.» Hormisdas, transporté d'un saint zèle, mit sa tunique en pièces, et dit au roi : « Gardez votre présent, puisque vous voulez me le faire acheter par l'apostasie. » Varanes, furieux, ordonna que le Saint fût chassé de sa présence. Hormisdas montra jusqu'à la fin le même courage, et il est nommé dans le Martyrologe romain (J).
(1) Vie de S. Hormisdas, 8 août.
DE l'eucharistie,
= D. Quel est le plus grand de tous les sacrements? — R. Le plus grand de tous les sacrements est l'adorable eucharistie.
Explication. — De tous les sacrements institués par Jésus-Christ, le plus nécessaire le plus indispensable, est le baptême; mais le plus grand, le plus auguste et le plus saint, esf, sans contredit, l'adorable eucharistie* En effet, mes enfants, les autres sacrements contiennent et produisent la grâce; l'eucharistie contient et nous communique l'auteur même de la grâce, et le principe de toute sainteté, qui est Jésus-Christ Eucharistie vient du grec w-yaçtoiuz, action de grâce (formé de ô:j, bien, et de fc«p««, grâce), et ce sacrement est ainsi appelé, 1° parce que Jésus -Christ, avant de l'instituer, rendit grâces (1) à son Père; 2° parce qu'il est le principal moyeu par lequel les chrétiens rendent giàces à Dieu, par Jésus-Christ, du bienfait de la rédemption et de toutes les faveurs dont il ne cesse de nous combler chaque jour.
L'eucharistie est qualifiée & adorable, parce que ce sacrement contenant véritablement, réellement et substantiellement Jésus-Christ, c'est pour nous un devoir de l'y adorer, 'ion étant, due à ce divin Sauveur partout où il est.
1rs autres noms au sacrement de i îsfiêf — R. Oui, l'un donne à ce sacrement plusieurs
autres noms, tant pour exprimer sa grandeur et son excellence, que pour faire connaître les admirables effets qu'il produit.
Explication, — On l'appelle d'abord le très-sain^ sacrement, parce qu'il est, comme nous venons de le dire, le plus auguste et le plus saint des sacrements; le sacrement de l'autel, parce que c'est sur l'autel que l'on consacre l'eucharistie et qu'on la conserve pour la distribuer aux fidèles; la
[1] Et acr epl . [ ti s agens dedit eis. (Marc., xiy, 23.)
sainte hostie, parce que l'eucharistie contient Jésus-Christ, l'hostie ou la victime immolée pour le salut du monde; le pain du ciel, parce qu'elle contient Jésus-Christ, qui est descendu du ciel en se faisant homme, et qui est assis dans le ciel à la droite de son Père; le pain des anges, parce qu'il faudrait, s'il était possible, avoir une pureté angéliquepour s'en nourrir, et que les anges s'en nourrissent dans le ciel, mais d'une manière spirituelle et toute divine; vie et salât, ' parc-, qu'il renferme Jésus-Christ, l'auteur de la vie spirituelle et de notre salut; le pain des enfants, parce que, pour recevoir avec fruit l'eucharistie, il faut être devenu enfant de Dieu parle baptême, et être orné de la grâce sanctifiante, sans laquelle on est esclave et enfant du démon; les saints mystères, parce que Jésus-Christ y est enveloppé de voiles impénétrables aux sens; la cène du Seigneur, parce que Jésus-Christ l'institua après la dernière cène, c'est-à-dire après le dernier souper qu'il fit avec ses apôtres; la sainte communion, parce qu'elle nous unit à Jésus-Christ et nous communique ses grâces, ses mérites et ses vertus; la table du Seigneur, parce que Jésus-Christ était à table lorsqu'il l'institua; la sainte table, parce qu'on y célèbre un banquet céleste et divin, où Jésus-Christ nous donne sa chair à manger et son sang à boire.
— D. Qu est-ce que l'eucharistie? — R. L'eucharistie est un sacrement qui contient, réellement et en vérité, le corps, le sang, l'àrne et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous les espèces ou apparences du pain et du vin.
Explication. — L'eucharistie est un sacrement. Elle réunit, en effet, toutes les qualités nécessaires à un sacrement : le signe sensible, qui consiste dans les apparences du pain et du vin; l'institution de Jésus-Christ, dans la dernière scène(l) ; la promesse de la grâce, renfermée dans plusieurs textes de l'Écriture, et spécialement dans ces paroles: «Si a quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement (2). »
(fj lioc lueitc in meam commemorationem. (Luc, xxu,19.) '
(°ï Si anis manducaveiit ex hoc nano, vivet in eeternum. (Joan., vi, 52.)
Ce sacrement contient, non pas mystiquement »t en figure, mais réellement et véritablement, le corps, le sang, l'âme et la divinité de Jésus-Christ. C'est une vérité de foi catholique clairement définie par le saint concile de Trente. « Si « quelqu'un nie que le corps et le sang de Notre-Seigneur a Jésus-Christ, avec son âme et sa divinité, et par conséquent a Jésus- Christ tout entier, sont contenus véritablement, « réellement et substantiellement dans le sacrement de la « très-sainte eucharistie, mais prétend qu'il y est seulement a comme dans un signe, ou bien en figure ou en vertu, qu'il a soit anathème (1). » — Ces paroles: véritablement, réellement, substantiellement, dont se sert le concile, ne sont point synonymes ; elles condamnent autant d'erreurs différentes. Véritablement est dirigé contre les zwingliens (2), qui prétendaient que l'eucharistie n'était que la figure, le signe et l'image du corps de Jésus-Christ; réellement, contre Calvin (3), qui enseignait que, dans l'eucharistie, on ne reçoit le corps et le sang de Jésus-Christ que par la foi et d'une manière spirituelle ; substantiellement, contre ceux qui soutenaient que l'eucharistie renferme seulement une vertu émanant du corps et du sang de Jésus-Christ.
D. Jésus-Christ n* avait-il pas promis V eucharistie , avant de l'instituer? — R. Oui, et cette promesse est rapportée au sixième chapitre de l'Évangile selon saint Jean.
Explication. — Dieu, ayant délivré l'ancien peuple de l'esclavage si dur sous lequel il gémissait en Egypte, pour l'introduire dans la terre promise, daigna lui fournir, au
(i) Si quis negaverit in sanctissimœ eucharistiae sacramento contineri vere, realiter et substantialiter corpus et sanguinem, una cura anima et divinitate Domini Nostri Jesu Christi, ac prorade totum Christum, sed dixerit tantummodo esse in eo ut in signo, vel figura, aut virtute, anathema sit. (Conc. Trid., sess. xm, can. i.)
(2) Zwingliens, secte de protestants ainsi nommée de Zwingle, son chef, Suisse de nation, né à Wïldhaos, en 3484, et mort.à ufbataille de Gappel, en 1531 ; il était alors curé de Zurich.
(3) Calvin (Jean;, un des chefs du protestantisme, naquit à Noyon, en 1509, et mourut à Genève, en L5C4.
milieu du désert, une nourriture bien admirable. Quels noms les écrivains sacrés donnent à ce merveilleux aliment! Ils rappellent le pain du ciel, le pain des anges (î). Le peuple n'était point obligé de le tirer des entrailles de la terre, à la sueur de son front; il lui était, sans aucun travail de sa part, préparé dans le ciel. Dieu en ouvrait les portes et en faisait pleuvoir la manne, et cet aliment renfermait en soi tout co qu'il y a de délicieux, tout ce qui peut être agréable ai goût (2). — Voilà, sans doute, un grand prodige; mais, quel * que étonnant qu'il fût, on peut, ajuste titre, dire de lui ce que saint Paul écrivait aux Hébreux de toute l'économie de l'ancienne alliance : « La loi n'avait que l'ombre des biens « à venir (3). » Oui, la manne du disert n'était que l'ombre et la figure d'une nourriture infiniment plus précieuse, que Jésus-Christ, dans le cours de sa prédication, avait solennellement promise. Voici en quels termes cette grande promesse est rapportée au sixième chapitre de l'Évangile selon saint Jean : « Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la « manne dans le désert, et ils sont morts. Mais voici le pain « qui est descendu du ciel, afin que celui qui en mange ne « meuj'e point. Je suis le pain vivant qui suis descendu du « ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellece ment, et le pain que je donnerai, c'est ma chair, que je « dois donner pour la vie du monde (4). «Plusieurs de ceux qui entendirent ce discours du Sauveur en furent scandalisés: a Gomment, dirent-ils, celui-ci peut- il nous donner « sa chair à manger (5)? » Jésus-Christ, voyant ces dispo-
(1) Panem cœli dédit eis; panem angelorum manducavit homo. (Psal. lxxvh, 2i-2o.)
(2) Omne delectamentum in se habentem, et onmis saporis suavitatém. (éap., xvi, 20 )
(3) Umbram enim habens lex futurorum bonorum. (Hebr., x, 4.)
(4) Hic est panis de cœlo descendons : ut si quis ex ipso manducaveritj non rnoriatur. KgO sum panis vivus,qui de cœlo descendi. Si quis nianducaveritex boc parie, vivet in eeternum : et panis, quem ego dabo euro mca est pro mimdi vita. (Joan., vi, 50-52.)
(:">) Quomodo potestbic nobis carnem suam dare ad manducandum? (Joan., vi, 53.)
sitions dans ceux qui étaient présents, leur dit-il qu'ils entendent mal ses paroles? Non, il ne fait qu'insister avec plus de force sur la nécessité de prendre la nourriture qu'il vient de leur annoncer : a En vérité, en vérité, je vous le dis, g si vous ne mangez la chair du fils de l'homme, et si vous a ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous (1). » Si son discours avait été figuré, s'il n'eût parlé qu'en parabole, il n'aurait pas fait ce serment solennel : En vérité, en vérité, etc.; il aurait désabusé les Juifs : C'est la figure de mon corps que je vous donnerai, leur aurait-il dit. Mais, au contraire, sans avoir égard à la répugnance qu'ils témoignent, à l'opposition qu'ils manifestent, il confirme avec autorité la vérité qu'il vient d'avancer, et persiste à enseigner que son corps est véritablement nourriture, et que son sang est véritablement breuvage. « Celui, ajoute-t-il, qui a mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et je « demeure en lui (2). » Nous vous le demandons, mes enfants, Jésus-Christ pouvait-il s'exprimer d'une manière plus formelle et plus positive? Pouvait-il déclarer, en termes plus clairs et plus précis, que l'eucharistie contient réellement et véritablement son corps et son sang?
— D. Quel jour Jésus-Christ institua-t-il le sacrement de Veucharist'ie? — R. Jésus-Christ institua le sacrement de l'eucharistie le jeudi saint, la veille de sa mort, lorsqu'il dit à ses apôtres : « Prenez et mangez, ceci est mon corps; buvez, ceci t est mon sang. »
Explication. — Ce fut la nuit même où il devait être livré à ses ennemis, que Jésus-Christ, étant dans le cénacle avec ses apôtres, institua l'eucharistie. Après avoir mangé avec eux l'agneau pascal, il prit du pain, et, l'ayant béni, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez e$
(1) Nisi raanducaveritis carnem filii horainis, et biberitis ejus sangui' nem, non babebitts vitam in vobis. (Ibid., vi, 54.)
(ï) Caro enim mea vere est cibus : et sanguis meus vere est potns. Qui manducat meam carnem, et bibit meum sanguinc-m, in me manet, et ego in illo. [Ibid., vi, 56-57.)
a mangez, ceci est mon corps. » Puis, prenant le calice, il rendit grâces, et il le leur donna, en disant: «Buvez-en tous, « car ceci est le calice de mon sang, le sang de la nouvelle « alliance, qui sera répandu pour plusieurs, pourlarémis- « sion des péchés (i). » — Les apôtres, entendant ces paroles, ne furent point troublés; ils y étaient préparés parles discours précédents que Jésus-Christ avait tenus; ils reconnurent dans celui-ci l'accomplissement de la grande promesse qu'il avait faite, quand il avait dit : « Je suis le pain « de vie; le pain que je donnerai, c'est ma chair. » Ils reconnurent que ce que Jésus-Christ leur présentait n'était plus le pain qu'il avait pris et rompu ; mais que, par la vertu toute-puissante des paroles divines qu'il venait de proférer, il avait changé toute la substance du pain en celle de son propre corps, et toute la substance du vin en celle de son propre sang. — c< Ceci est mon corps, ceci est le calice de « mon sang. » — Est-il rien de plus clair que ces expressions? rien de plus éloigné de toute ambiguïté? Tout ne doit-il pas nous porter à les entendre dans la plus exacte simplicité? C'est un Dieu qui parle, un Dieu dont la puissance infinie ne peut être arrêtée par aucun obstacle ; c'est le Verbe éternel, qui, par un seul acte de sa volonté, a tiré l'univers du néant ; c'est la vérité même, éternelle et substantielle, en qui il ne peut se trouver aucun mélange de fausseté et de mensonge; c'est un père mourant, qui, sur le point d'être immolé pour ses enfants, épanche son cœur dans leur cœur, par toutes les expressions de l'amour le plus tendre. Et qui oserait, surtout dans une telle circonstance, douter de la vérité de ses paroles?
« Jésus-Christ, qui est Dieu, connaissait très-bien l'avenir des siècles chrétiens. Si donc le dogme de sa présence au saint autel, si. formellement exprimé dans ses discours, n'eût pas été dans sa pensée, ce divin législateur eût vu les
(1) Accipite., et comedite : hoc est corpus meum... Bibite ex hoc oranes; hic est enim sanguis meus novi testamenti, qui pro multis effuaieturin remissionem peccatorum. (Matin., xxvi, 2G-28.)
conséquences effroyables de ses trompeuses paroles; il eût vu la maison de son Père souillée, en son nom et pai l'effet inévitable de ses discours, d'un encens sacrilège. Comment! le fils de Dieu eût vu cela, et lui, qui venait dissiper les ténèbres de la gentilité, il eût répandu sur le monde l'erreur la plus subtile et la plus irrémédiable ! Et lui, qui venait pour nous remettre dans la voie du ciel, il nous eût frayé vers l'abîme une route jusqu'alors inconnue ! — Et qu'on le remarque bien : c'est dans cette route de perdition que notre divin Sauveur eût poussé lui-même, non pas ses ennemis et ses blasphémateurs, mais les âmes les plus pures, mais ses serviteurs les plus dévoués et les plus généreux, depuis les martyrs des premiers siècles jusqu'aux saintes Térèse de nos jours ; tellement que, pour prix de leur amour, il les eût trompés à plaisir, et que, en retour de leurs sacrifices, il les eût enfoncés dans des ténèbres toujours plus épaisses, dans des illusions toujours plus damnables, à proportion qu'ils lui eussent été plus fidèles! Ainsi, de deux choses l'une: ou bien Jésus-Christ est réellement présent dans l'eucharistie, ou il faudrait dire que notre Dieu n'aurait plus ni vérité, ni sagesse, ni bonté, ni justice: ce qui serait le plus horrible des blasphèmes (1). »
Saint Paul, dans une de ses épîtres, rapporte l'institution de l'eucharistie dans les mêmes termes que les évangélistes; et il en conclut que nous devons approcher des redoutables mystères avec une conscience pure; qu'il faut des épreuves, de rigoureuses épreuves: « Sinon, dit-il, on est coupable « d'attentat sur le corps et le sang du Seigneur ; on s'inor corporeson jugement et sa condamnation, parce qu'on ne a discerne pas le corps du Seigneur (2). » Qui ne reconnaî- « trait à ces traits la présence réelle de Jésus-Christ dans cet auguste sacrement? En effet, qui pourrait discerner le corps
(i) Discours de Mgr Parisis, évëque de Langres, prononcé au jubilé de Liège, 1846, p. 13,16.
(2) Judicium sibi manducat et bibit : non dijudicans corpus Domini. I Cor., xi, 29.)
du Seigneur où le corps du Seigneur ne serait pas? Son absence ne rendrait-elle pas ce discernement tout à fait impossible? et peut-on jamais subir, de la part de Dieu, un jugement de condamnation pour n'avoir pas fait ce qu'on était dans l'impossibilité de faire? Manger son jugement et sa condamnation ! quelle sentence! quel anathème ! D'après ce qu'enseigne la foi catholique, il n'y a qu'une juste proportion entre le crime et le châtiment; mais, dans le sens . de l'hérésie, que signifieraient les paroles de l'Apôtre? ïl ne faudrait y voir qu'une ridicule exagération.
= D. Qu'arriva-t-il en vertu de ces paroles : Ceci est mon torùs ceci est mon sang? — R. Par la vertu de ces paroles, le pain que Jésus-Christ tenait entre ses mains fut changé en son corps, et le vin en son sang.
Explication. — Par la vertu toute-puissante de ces divines paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, Jésus-Christ changea toute la substance du pain en celle de son propre corps, et toute la substance du vin en celle de son propre sang; eji sorte que les apôtres reçurent, non pas le pain que Jésus-Christ avait pris et rompu, non pas le vin qu'il avait versé dans le calice, mais le corps et le sang de ce divin Sauveur. En effet, dans cette circonstance, Jésus-Christ n'a pas dit: Mon corps est ici, ou : Ceci contient mon corps; mais simplement : Ceci est mon corps. Ainsi, ce qu'il veut donner à ses disciples n'est pas une substance qui contient son corps ou qui l'accompagne, mais son corps sans aucune substance étrangère. 11 n'a pas dit non plus : Ce pain est mon corps, mais il a dit : Ceci est mon corps, par un terme indéfini', pour montrer que la substance qu'il donne n'est plus du pain, mais son corps. Un pareil prodige confond la raison; mais qu'il nous suffise de savoir que celui qui l'opère est Dieu, que sa puissance est infinie et ne peut par conséquent, être arrêtée par aucun obstacle; qu'étant Dieu, il est essentiellement vrai, et ne peut, par conséquent, vouloir induire en erreur. Ainsi, puisqu'il a dit : m. 7
Ceci est mon corps, ceci est mon sang, il a donné à ses disciples, non pas du pain et du vin, mais son corps et son sang.
D. Le changement du. pain et du vin au corps et au sang de Jê^ nc-î-il pas quelque chose de contradictoire? — R. Non, il n'y a rien de contradictoire dans le changement ilu pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ.
Explication. — Un protestant avait proposé l'objection suivante : « Dieu, malgré sa toute-puissance, ne peut pas faire des choses contradictoires, c'est-à-dire qu'une chose soit et ne soit pas en même temps. Ainsi Dieu ne peut pas faire que j'existe et que je n'existe pas en même temps; que je sois en même temps malade et bien portant. Or, Dieu aurait fait des choses contradictoires si le Christ, la veille de sa mort, eût changé le pain et le vin en son corps et en son sang ; car, par une suite nécessaire de ce changement, le corps eût été , en même temps , dans un état naturel et dans un état surnaturel, passible et impassible, visible et invisible pour les mêmes personnes, ce qui est contradictoire. Donc le Christ, la veille de sa mort, ne changea point le pain et le vin en son corps et en son sang. »
Voici la réponse qui lui fut faite : « Votre objection suppose , Monsieur, que vous connaissez clairement et certainement : d° en quoi consiste l'essence des corps ; 2° tous les états différents où le même corps se peut trouver, de sorte que vous puissiez juger avec certitude que deux de ces états sont incompatibles entre eux. — Les catholiques croient que Jésus-Christ est réellement et substantiellement présent dans l'eucharistie, mais qu'il y est dans un état que nous ne connaissons pas, et selon un mode de présence que nous ne connaissons cas davantage. — Par une suite nécessaire du changement du pain et du vin au corps et au sang, le corps du Christ, dites-vous, eût été en même temps dans un état naturel et dans un état surnaturel , passible et impassible, visible et invisible pour les mêmes personnes? C'est-à-dire que le même corps essentiel de Jésus-Christ eût
été modifié en même temps de deux manières : ]June conforme à notre nature présente, Fautre relative à un ordre de choses différent. Ces modifications forment ce que vous appelez l'état naturel et l'état surnaturel du corps de Jésus- Christ. Vous connaissez l'une, et encore imparfaitement; vous ne connaissez l'autre en aucune façon : comment pouvez-vous affirmer que leur coexistence est contradictoire? Selon Tune de ces modifications, le corps de Jésus-Christ était passible, selon l'autre il était impassible; selon l'une, il était visible, selon l'autre, il était invisible aux mômes personnes. Dans ces deux cas, ce qui est nié ou affirmé du corps de Jésus-Christ étant relatif à deux états différents, quoique simultanés, il n'y a pas l'ombre de contradiction; seulement, c'est pour nous une chose incompréhensible, un mystère. — Si l'on demande comment le même corps peut recevoir à la fois deux modifications telles que ses relations avec les corps qui l'entourent soient différentes par rapport à chacune de ces modifications , on répondra : 1° que la diversité des relations est une suite nécessaire de la différence des modifications ; 2° que la simultanéité des modifications différentes ne peut être expliquée parla raison seule; qu'elle est incapable d'en démontrer soit la possibilité, soit l'impossibilité, parce qu'il faudrait pour cela qu'elle connut une chose qu'elle ignore entièrement, c'est-à-dire ce qui constitue l'essence des corps. — Mais il y a plus. Vous admettez sans doute les faits évangéliques, puisque vous êtes chrétien? lisez donc en saint Jean, chapitre xx, le récit de. l'appariti™ de Jésus-Christ, ressuscité , à saint Thomas et aux autre* apôtres; vous y verrez un exemple frappant de cette double modification simultanée du même corps. Le Sauveur entre en un lieu fermé, et par conséquent il traverse des milieux impénétrables, même à l'air et à la lumière, ce qui suppose an degré de ténuité qui devait complètement le dérober a* tact. Cependant Jésus-Christ invite saint Thomas à le toucher : « Portez ici votre doigt, et voyez mes mains ; approchez votre main, et mettez-la dans mon côté. » Et dans une
apparition précédente, il prend un rayon de miel, il le mange, et fait, en un mot, tout ce qui n'est possible, selon nos idées, qu'avec un corps semblable au nôtre, et doué, comme lui, d'impénétrabilité. Ou niez ces faits, que l'Évangile atteste , ou reconnaissez donc que le même corps peut recevoir à la fois des modifications qui établissent simultanément, entre lui et les autres corps, des rapports qu'on serait, certes, fondé à juger contradictoires, s'ils résultaient d'une seule et unique modification (1). »
=r D. Ce changement ne s'est-il opéré qu'une fois? — R. Ce changement s'opère tous les jours, quand les prêtres, à la sainte messe, prononcent les paroles de la consécration, qui sont celles que Jésus-Christ prononça le jeudi saint en instituant l'eucharistie.
Explication. — Jésus-Christ, après avoir dit : o Ceci est « mon corps, ceci est mon sang, » ajouta : « Faites ceci en a mémoire de moi (v2). » Par ces paroles, il a donné à ses apôtres, et dans leur personne à tous les prêtres, le pouvoir défaire ce qu'il venait de faire lui-même, c'est-à-dire de changer, comme lui, le pain en son corps et le vin en son sang. Ce merveilleux changement s'opère tous les jours, lorsque les prêtres, en célébrant les saints mystères, prononcent les paroles de la consécration , c'est-à-dire les mêmes paroles que prononça Jésus-Christ en instituant l'eucharistie : Ceci est mon corps , ceci est mon sang. Avant la consécration, il n'y avait sur l'autel que du pain et du vin; mais, par la consécration, la parole du Seigneur s'est fait entendre; le Seigneur a parlé par la bouche de son ministre, et l'effet a été produit ; le Seigneur a ordonné, et le prodige a été opéré. Après la consécration, c'est Jésus-Christ qui est sur l'autel.
— D. Comment appelîe-t-on ce changement? — R. On appelle ce changement transsubstantiation, c'est-à-dire changement d'une substance dans une autre.
(1) De Lamennais, Seconds mélanges.
(2) Hoc facite in meam conuneniorationcm. (Luc, xxn, 19.)
Explication. — Le corps de Jésus-Christ, présent dans l'eucharistie, n'y est point avec la substance du pain, ce qui s'appellerait consubstantiation ; ni dans le pain, ce qui s'appellerait importation. Il y remplace la substance du pain, laquelle est détruite et changée au corps de Notre-Seigneur, comme la substance du vin est changée en son sang ; c'est ce que nous appelons transsubstantiation. Cette vérité se prouve par les paroles de l'institution de l'eucharistie que nous avons citées, lesquelles n'ont pu présenter aux apôtres un autre sens, et ont été constamment entendues ainsi par tous les siècles du christianisme. En effet, Jésus-Christ a dit à ses apôtres : Ceci est mon corps, qui est livré pour vous; ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour plusieurs pour la rémission des péchés ; or, dans le corps que Jésus-Christ allait livrer pour ses apôtres, il n'y avait aucun mélange de pain; et dans le sang qui allait être répandu, il n'y avait aucun mélange de vin. — La transsubstantiation est un miracle, et peut-être le plus étonnant des miracles; mais pour l'opérer, nous l'avons déjà ait, il intervient une puissance infinie, la puissance de Dieu : dès lors la raison n'a rien de solide à alléguer.
D. La sainte Écriture ne nous fournit-elle pas plusieurs exemples de transsubstantiation? — R. Oui, la sainte Écriture nous fournit plusieurs exemples de transsubstantiation.
Explication. — La formation du corps du premier homme en est un : Dieu pouvait sans doute tirer immédiatement du néant le corps du premier homme ; il ne l'a pas voulu; mais il est écrit : « Le Seigneur Dieu forma l'homme de la « poussière de la terre ; il répandit sur son visage un a souffle de vie, et l'homme devint vivant et animé (1). » Ainsi Dieu, pour former le corps d'Adam, a changé la substance d'un peu de terre, ou d'un peu de poussière, en la substance d'un corps humain. — La baguette de Moïse changée en serpent est un exemple de plus (2). — Le pre-
(1) Gen., il, 7.
(2) Exod., VU, 10.
mier mira:le de Jésus-Christ a été une transsubstantiation ; c'est , en effet, une véritable transsubstantiation que le changement de l'eau en vin qu'il a opéré aux noces de Gana. Sur quoi saint Cyrille de Jérusalem (1) fait cette belle réflexion : a Jésus-Christ changea, aux noces de Cana, l'eau « en vin, qui est une substance qui approche du sang; et « nous ne l'estimerons pas assez digne de foi pour le croire « sur sa parole, quand il change le vin en son sang? Il fait « le miracle surprenant du changement de l'eau en vin, « lorsqu'il est invité à des noces temporelles, et nous ne « :-erons pas beaucoup plus portés à croire qu'il donne son c corps et son sang aux enfants nés d'un mariage céleste g et spirituel ? »
= D. Il n'y a donc plus de pain et de vin sur l'autel, après la consécration? — R. Non, il n'en reste plus que les espèces ou apparences.
= D. Qu' entendez-vous par les espèces ou apparences? — R. J'entends, par les espèces ou apparences du pain et du vin, ce qui parait à nos sens, comme la couleur, la figure et le goût.
Explication. — Les qualités extérieures du pain et du vin, qu'on appelle espèces ou apparences, comme la forme ou figure, l'odeur, le goût, restent encore après la consécration. Ce qu'on voit sur i'autel ressemble à du pain et à du vin, a le goût du pain et du vin ; l'hostie est ronde, elle esc blanche comme avant la consécration, mais, dans la xéalitéj il n'y a plus ni pain ni vin, puisqu'en vertu des paroles prononcées par le prêtre, au moment de la consécration, ces deux substances ont été changées eu corps et au sang de Jésus-Christ. — Tant que les espèces ou apparences du pain et du vin demeurent dans leur intégrité, le sacrement subsiste et Jésus-Christ y est réellement ; c'est pourquoi l'usage de l'Église a toujours été de le conserver peur les besoins, la consolation et le bonheur des fidèles.
= D. Jésus-Christ est-il tout entier sous les apparences du •pmn et (1) S. Cyril., apud Guillon, t. vin. p. 427.
tout entier sous les apparences du vin? — R. Oui, Jésus-Christ, étant vivant dans l'eucharistie, est tout entier sous l'apparence du pain et tout entier sous l'apparence du vin.
Explication. — Jésus-Christ, dans l'eucharistie, est vivant et tel qu'il était lorsqu'il dit à ses apôtres : Ceci est mon corps. Or, lorsqu'il prononça ces paroles, son corps était uni à son âme ; il était aussi uni à la divinité; ainsi, le sacrement de l'eucharistie contient non-seulement le corps de Jésus-Christ, mais aussi son âme et sa divinité. Le corps de Jésus-Christ est, sous les espèces eucharistiques, un corps vivant ; or, pour qu'un corps soit vivant, il faut que le sang et l'âme y soient unis; ainsi, partout où est le corps de Jésus-Christ, son sang et son âme y sont aussi; partout où est son sang, son corps et son âme y sont également ; et en vertu de l'ineffable union de la nature divine avec la nature humaine, partout où se trouvent le corps, le sang et l'âme de Jésus-Christ, se trouve aussi sa divinité.
= D. Quand le prêlre divise l'hostie, divise-t~il aussi le corps de Jésus-Christ? — R. Non, le prêtre divise seulement les apparences, et Jésus-Christ demeure tout entier dans chaque partie de l'hostie divisée.
Explication. — Jésus-Christ, ressuscité d'entre les morts, ne peut plus mourir ; son corps, par conséquent, ne saurait être divisé, séparé en plusieurs parties. Lors donc que le prêtre divise l'hostie, ce n'est point le corps de Jésus-Christ qu'il divise, mais uniquement les espèces ou apparences. — Lorsque les espèces sont divisées, chaque partie occupe une moindre étendue, mais ce sont toujours des espèces eucharistiques ; ainsi, elles contiennent encore le corps et le sang de Jésus-Christ, qui est tout entier sous chaque partie de chaque espèce, au moins après la séparation. Nous disons : au moins après la séparation, car ce n'est pas un point de foi que, lorsque les espèces sont entières, Jésus-Christ existe tout entier sous chacune de leurs parties, à peu près (pour en donner une idée aussi approximative qu'on peut la donner
d'un si grand mystère) comme quelques philosophes disent que notre àme tout entière existe dans chaque partie de notre corps (1). « Si quelqu'un nie que, dans le vénérable « sacrement de l'eucharistie, Jésus-Christ tout entier soit a contenu sous chaque espèce, et sous chacune des parties « de chaque espèce, après la séparation, qu'il soit ana- « thème (2). »
= B. Jésus-Christ quitte-t-iî le ciel pour venir dans la sainiehostie? — Pi. Non, Jésus-Christ est en même temps au ciel et dans toutes les hosties consacrées.
Explication. — Le mot hostie signifie victime, ce qu'on offre en sacrifice; ainsi, par exemple, les animaux que, dans l'ancienne loi, on immolait en l'honneur de la Divinité, étaient des hosties. — On appelle aussi hostie le pain destiné à être la matière du sacrement de l'autel.
Dès que le prêtre a prononcé sur ce pain les paroles sacramentelles : Ceci est mon corps, l'hostie est consacrée, et Jésus-Christ y est réellement et substantiellement. Le même prodige s'opère dans tous les lieux où le prêtre, célébrant la sainte messe, prononce sur le pain les mêmes paroles.
D'après ce qui vient d'être dit, il est facile de comprendre la différence qu'il y a entre une hostie non consacrée et une hostie consacrée : entre une hostie consacrée et un crucifix. Une hostie non consacrée, c'est du pain et pas autre chose; une hostie consacrée, c'est Jésus-Christ lui-même sous les apparences du pain. Notre-Seigneur est réellement et substantiellement présent dans une hostie consacrée, au lieu qu'il n'est qu'en figure sur une croix ; un crucifix n'est que sa représentation. Jésus-Christ, sans quitter le ciel, où il est assis à la droite de son Père, est dans toutes les hosties consacrées, et, par conséquent, dans des milliers de lieux à la fois.
(1) Rituel deLangres, in-4«, p. 288.
(2) Si quis negaverit, in venerabili sacramento eucharistie sub unaquaque specie, sab singulis speciei partibus, facta separatione, totum Christian contïneri, anathema sit. (Conc. Tria., scss. xm, can. 3.)
I). N'y a-t-ilpas en cela une contradiction manifeste ? — R. Il n'y a en cela aucune contradiction.
Explication. — Si Ton disait : Le corps de Jésus-Christ est au ciel, et il n'est pas au ciel ; il est sur la terre, et il n'est pas sur la terre ; il est dans chaque partie de Fhostie divisée, et il n'est pas dans chaque partie de l'hostie divisée, il y aurait sans doute contradiction. Mais où est îa contradiction de dire : ïl est au ciel, et il est en même temps sur la terre ? il est au ciel, et il est en même temps dans plusieurs milliers d'hosties? — Gomment un corps peut-il être numériquement le même, et être en même temps en plusieurs lieux aussi éloignés que le ciel l'est de la terre? J'avoue que je n'en ai pas une idée plus claire et plus distincte que du dogme de la trinité et de celui de l'incarnation. Aussi est-ce là le mystère, mais non pas la contradiction. Pour pouvoir dire qu'il y a contradiction, il faudrait savoir quelle est la nature d'un corps glorieux; or, qui peut dire en quoi elle consiste? Il faudrait savoir encore ce que c'est que le lieu; or, qui le sait? quel est celui qui en a trouvé une définition nette et précise ? Dira-t-on, avec le commun des philosophes, que le lieu intérieur d'un corps, ou l'espace qu'il occupe, consiste dans ce corps même considéré comme borné par d'autres corps qui le touchent immédiatement ; et que le lieu extérirur consiste dans la première surface des corps qui en environnent un antre? Soit; mais nous demanderons, après cela, dans quel lieu est le inonde ; car il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de corps qui l'environnent? Voilà donc le centre et l'assemblage de tous les lieux, qui n;a pas lui-même de lieu ! Par conséquent, il n'y a pas de relation nécessaire entre les lieux et les corps, et c'est néanmoins le principe d'où part l'incrédule, dans les objections qu'il propose contre le dogme de la présence réelle (1).
(1) La foi justifié? de toute contradiction avec la raison, par le P. Delaraare, p. 73. — Présence corporelle de l'homme en plusieurs lieux prouvée possible  pas l'abbé de Li^nac
•- D. Comment peut-il se faire que Jésus-Christ soit en mêmeiempi ■.u ciel et dans toutes les hosties consacrées? — R. Par la toutepuissance de Dieu, qui peut tout ce qu'il veut.
Explication. — Encore une fois, celui qui opère ce miracle, et qui nous ordonne de le croire, est Dieu, et la puis* sance de Dieu est infinie : cela répond à toutes les difficultés qui pourraient s'élever dans notre esprit.
D. L'Église a-t-elle cru et enseigné, dans tous les temps, le dogme de laprésence réelle de Jésus-Christ dans reacharistie? — B.. Oui, l'Eglise, dans tous les temps, a cru et enseigné que Jésus-Christ est réellement présent dans l'eucharistie.
Explication. — C'est ce dont il est impossible de douter, puisque tous les Pères, sans exception, parlent de ce dogme dans les termes les plus formels. Nous allons citer quelquesuns de leurs témoignages.
Saint Ignace, martyr, disciple des apôtres, parlant de certains hérétiques, qui niaient la réalité du corps de Notre- Seigneur, dit : « Ils s'éloignent de l'eucharistie, parce qu'ils a ne confessent pas que l'eucharistie est la chair de notre « Sauveur Jésus-Christ, celle qui a souffert pour nos et péchés (i). »
Saint Justin, qui vivait au n6 siècle, s'exprime d'une manière non moins positive : a Nous tenons, dit l, des « apôtres, que cet aliment qu'on appelle chez nous 1 eucha- « ristie, c'est le corps et le sang de celui qui s'est fait « homme pour nous (2). »
Saint Irénée réfute ainsi certains hérétiques qui niaient que Jésus-Christ fût fils du Créateur : a Et comment donc a assureront-ils que ce pain, sur lequel les actions de grâces a ont été faites, est le corps de leur Seigneur, s'ils disent
(i) Ab eucbaristia abstinent, eo quod non confitentur eucharistiam esse carnem Salvatoris nostri JesuChristi, quœ prc peccatis nostris passa est. (S. Isrnatius, martyr., in Epist. ad Smymœos.)
(2) Alimentum hoc, quod apuci nos appellatur eucharistia, incarnati îllius caméra et sanguinem esse; apostoii enim ita tradiderunt. (S. Justinus, in Apol. ad imperatorem Antoninum, apud Cuer, t. in, p. 158.)
a qu'il n'est point fils du Créateur du monde? — Il ne faut « pas moins de puissance pour changer le pain en un corps « que pour tirer le monde du néant (1). » Ces paroles supposent évidemment la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie.
Tertullien, dans son livre de Y Idolâtrie, parlant de ceux qui s'approchent indignement de l'eucharistie, compare leur crime à celui des Juifs, qui ont porté leurs mains sacrilèges sur le corps de Notre-Seigneur (2). — Au livre de la Résurrection des corps, il dit : « Notre chair se nourrit a du corps et du sang de Jésus-Christ, en sorte que notre « âme s'engraisse de Dieu même (3). »
Origène s'exprime d'une manière non moins formelle : « Lorsque vous recevez la sainte nourriture et ce mets « incorruptible, lorsque vous goûtez le pain et la coupe de « la vie, vous mangez et vous buvez le corps et le sang du « Seigneur (4). »
Saint Cyprien tonne contre ceux qui, après avoir sacrifié aux idoles, se présentaient à la communion sans avoir porté te joug d'une austère pénitence : « C'est, disait-il, se « jeter sur le corps de Notre-Seigneur ; c'est faire violence « à son corps et à son sang (5). »
Quoi de plus expressif et de plus énergique que ces paroles de saint Cyrille de Jérusalem : «Puisque Jésus-Christ,
(1) Quomodo constabit eis emn pancm, in quo gratiae actse sunt, esse corpus Domini sui, et carnem sanguincm ejus. si hune non iûsuin fabricatorismundi filiura dieant? Quia minoris non est virtutis ex pane efficere corpus quam creare mundum. (S. Irenaeus, ibid.)
(2) Proh scelus! semel Judcei Christo manus injecerunt; isti quotidie corpus ejus lacessunt. 0 manus praecidendee! (Tertul., De idolotatria, cap. vu.)
(3) Caro corpore et sanguine Christi vescitur, ut anima de Deo saginetur. (Lib. De resurrect. carnis, cap. vm.)
(4) Quando sanctum cibum, illudque incorruptum accipis epulum, quando vitae pane et poculo frucris, manducas et bibis corpus et sanguinem Domini. [Origenes, boni, v, apud Robbe, Tract, de auyustissimo euc/taristiœ sacramento, p. 240.)
(o) Domini corpus invadunt... vis infertur corpori et sanguini ejus. (S. Cyprianus, lib. De lapsis.)
s en pariant du pain,, a déclaré que c'était son corps, et « puisque, en parlant du vin, il a si positivement assuré (t que c'était son sang, qui c-sera jamais révoquer en doute « cette vérité? Autrefois, à Caca de Galilée, il changea l'eau « en vin par sa seule volonté, et nous estimerons qu'il n'est a pas assez digne pour nous faire croire sur sa parole q « ait changé du vin en son sang (1)? Sous l'espèce du pair:. « il vous donne son corps, et sous l'espèce du vin ii v a donne son sang, afin qu'étant faits participants de ce ce \ a et de ce sang, vous deveniez un même corps et un même a sang avec lui. »
Quelle force, quelle sublimité dans ce texte de saint Ambroise : a Le pain, avant la consécration, c'est du pain; « mais, quand le moment de la consécration arrive, du pain « se fait la chair de Jésus-Christ ! Par quelle parole? Par la « parole qui a fait toutes choses. Le ciel n'était pas avant la « création; mais écoutez ce que dit la sainte Écriture : il a a parlé, et ces choses ont été faites ; il a commandé, et elles « ont été créées. Ainsi je vous réponds : Avant la consécra- « tion, ce n'était pas le corps de Jésus-Christ ; mais, après « la consécration, je vous dis que c'est le corps de Jésusce Christ. Jésus-Christ a dit, et la chose est (2). »
« Considérez, dit saint Jean Chrysostome, de quel aliment o Jésus-Christ nous nourrit et nous rassasie. Lui-même est « pour nous la substance de cet aliment, lui-même est <i notre nourriture ; car, comme une tendre mère poussée « par une affection naturelle s'empresse de sustenter son
(1) Aquam olim in vinum, quod sanguini affine est, in Cana Galiiœœ transmutant : et eutn parum dignum existimabirnus oui credamus, cum vinum in sanguinem traasmutaterit?... Nam sub specie panis datai' corpus, et sub specie vini datur sanguis, ut, sumpto corporc et sanguine Christi, effieiaris ei comparticeps corporis et sanguinis. (S. Cyrillus Hieros., Catechesis mysiagogica, 4, apud Robbe, De eucharisiia, p. 25<h)
(2) Vcra uiique caro Christi... vere ergo earnis illius sacrameutura est. Ipse clamât Dominas Jésus : Hoc est corpus meum. (S. Ambr., ib. De mysteriis, cap. ix.)
* enfant de l'abondance de son lait, ainsi Jésus-Christ ali« u mente de son propre sang ceux qu'il régénère (1). »
Saint Augustin parlait ainsi aux fidèles de son temps : a Vous devez savoir ce que vous avez reçu, ce que vous re~ « cevrez et ce que vous devez recevoir chaque jour : ce pain « que vous voyez sur l'autel, étant consacré par la parole k de Dieu, est le corps de Jésus-Christ; ce calice, ou plutôt * ce qui est dans le calice, ayant été sanctifié par la parole (> de Dieu, est le sang de Jésus-Christ (2). »
Voici maintenant comme s'exprime saint Jérôme : «Pour « nous, comprenons que le pain que rompit le Seigneur^ « et qu'il donna à ses disciples, est le corps de Notre-Sei- « gneur, car il dit lui-même : Ceci est mon corps. Moïse « ne donna pas le pain véritable, mais bien le Seigneur « Jésus, qui, étant assis au festin, mange et se donne lui- « même à manger (1). »
Nous citerons encore deux passages d'Eutychius et de saint Sophonius, découverts récemment à la bibliothèque du Vatican, par le cardinal de Mai : Eutychius, archevêque de Constantinople, qui vécut dans le vie siècle, adressa aux fidèles une exhortation bien remarquable par la nouveauté de son objet. Il était d'usage, dans l'Église grecque, de faire, avant la grand'messe, une procession autour de l'édifice sacré, dans laquelle on portait le pain et le vin destinés au saint sacrifice. Le peuple, animé par les sentiments d'une foi peu éclairée, se prosternait comme pour adorer ce qui, au moment de la procession, n'était encore que du pain et du vin naturels. Le patriarche, désirant s'opposer à cet abus évident, adressa à son troupeau une pieuse allocution dans laquelle il désapprouva justement ces actes d'une adoration prématurée : « Prenez garde, dit-il aux fidèles, ce « que vous adorez dans cette procession, n'est que du pain a et du vin ; les paroles mystiques n'ont pas encore été pro-
(1) Homélie lxxvi au peuple d'Antiocho.
(2) S. Aug., serm. 83.
(3) S. Hyeron., Ejpist., ad Edibiarn.
à noncées ; le mystérieux changement n'est pas encore k opéré. » — Les paroles de saint Sophonias, patriarche de Jérusalem en 639, ne sont pas moins frappantes : « Que t personne ne s'imagine que l'eucharistie n'est que la rel présentation du corps et du sang de Jésus-Christ; mais il « faut croire que le pain et le vin qui sont offerts sont q changés au corps et au sang de Jésus-Christ (1). » — Tous ces textes n'ons pas besoin de commentaire ; ils sont clairs, précis et positifs, et prouvent jusqu'à l'évidence que l'Église, dans tous les temps, a cru et enseigné le dogme de la piVsence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie.
D. Te s'est-il point opéré quelque changement dans la doctrine de rÉglise touchant l'eucharistie ? — R. Non, et tout changement de ce genre est absolument impossible.
Explication. — L'Église était dans une entière et paisible possession du dogme delà présence réelle, lorsque, au XIe siècle, Bérenger, archidiacre d'Angers, osa s'inscrire en faux contre le testament de l'Homnie-Dieu, lui disputer le pouvoir de faire ce qu'il avait promis de faire, ce qu'eu termes clairs et précis il assurait avoir fait. Des cris d'indignation s'élevèrent de toutes parts contre le téméraire, et son erreur fut ensevelie avec lui. Au xvie siècle, l'hérésie de Bérenger fat renouvelée par les protestants ; ses progrès affligèrent l'Église ; les évêques, établis par FEsprit-Saint pour gouverner le peuple de Dieu, s'assemblèrent, à la voix de leur chef, de toutes les parties du monde; ils ouvrirent le testament du Sauveur, en pesèrent les termes, interrogèrent sur ce point la foi des siècles passés, et prirent une décision solennelle, qui foudroyait l'hérésie et maintenait l'Église dans la possession d'un sacrement qui fait son bonheur et sa gloire. Nous avons rapporté cette décision au commencement de la présente leçon.
(1) Xemo existimet sanotam oblationem repraesentationom esse corporis et sanzuinis Clirisli, sed panem atque vinum oblatum credat commutari in corpus et sanguinem Christi. — Voir Y Univers, n° du 8 juillet 1840.
Si , comme le prétend l'hérésie, le dogme de la présence réelie était une doctrine nouvelle, une doctrine introduite par les papes, la trouverait-on établie chez les sectes orientales, qui, dès les premiers siècles, se séparèrent de l'Église romaine?... Et cependant toutes ces sectes reconnaissent comme nous le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie ; toutes adorent comme nous un Dieu caché sous un pain qui paraît, mais qui n'est plus; on peut en voir la preuve dans le savant ouvrage ayant pour titre : Perpétuité de la foi de l'Eglise catholique.
S'il y a eu, dans l'Église, le moindre changement dans la doctrine touchant l'eucharistie, où, par qui et comment a-t-il été fait? Est-ce tout à coup ou par degrés? Dans la première supposition, il faudrait dire que tous les chrétiens, sans avoir jamais cru à la présence réelle, auraient commencé tous ensemble, et au même instant à l'admettre. Le simple énoncé d'une pareille absurdité n'en est-il pas la réfutation la plus complète? L'idée d'un changement insensible et par degrés n'est pas moins contraire à la raison et «à la vraisemblance. On sait comment toutes les nouvelles opinions se sont établies dans le monde : celle de la présence réelle aurait dû suivre la même marche. Qu'on nous explique le silence des historiens sur une révolution de cette importance? le silence des Grecs sur une violation aussi manifeste de la foi antique, eux qui nous ont fait la guerre la plus minutieuse sur quelques points de discipline? Quel esprit exempt de prévention ne reconnaîtra pas l'impossibilité du changement que nous objecte l'hérésie? Le dogme de la présence réelle est donc inattaquable : dix-huit siècles l'ont sanctionné.
D» Ce dogme a-t-il été confirmé par quelques miracles ? — R. Le dogme delà présence réelle a été confirmé par un grand nombre de miracles éclatants et incontestables.
Explication. — Dieu, pour fortifier notre faiblesse, affermir notre foi sur le mystère de l'eucharistie, et con-
qui osait le nier, a daigné opérer une foule de miracles en faveur de cet auguste sacrement; nous n'en as que quelques-uns.
ût la coutume à Constantinople, lorsqu'on voulait renouveler la sainte eucharistie, de faire manger, par des mts encore dans l'innocence, les parcelles qui restaient d s dernières consécrations. L'historien Nicéphore assure qu'il fut appelé souvent, dans ses premières années, pour communier de cette manière. Un jour qu'on lit venir les • enfants des écoles, il se trouva parmi eux un petit Juif qui communia comme les autres. Son père, verrier de ion, voulut savoir pourquoi il rentrait si tard; ayant qu'il venait de recevoir l'eucharistie^ il s'emporta contre lui avec une telle violence qu'il le jeta dans une fournaise ardente. La mère, dans la consternation de ce que son fils ne reparaissait pas, faisait retentir la maison de ses cris ; enfin, au bout de trois jours , passant près de la fournaise, en se lamentant encore, elle entendit sa voix. Ne sachant d'abord d'où partait cette voix, elle ouvrit la fournaise et y aperçut l'enfant, qui paraissait n'avoir rien souffert des atteintes du feu. Elle l'en retira et lui demanda comment il avait pu ne pas être consumé au milieu de ces brasiers, « Une dame vêtue de pourpre, dit-il, m'est souvent apparue, et, jetant de l'eau autour de moi, elle a éteint le feu et m'a nourri pendant ce temps-là. » Toute la ville fut instruite de ce prodige. La mère et son fils embrassèrent la foi catholique; mais le père, qui s'obstina à ne pas vouloir se convertir, fut puni de mort pour son crime, par Tordra d l'empereur Justinien, l'an 53:2 de Jésus-Christ (1).
11 s'opéra à Paris, en 1290, un miracle non moins écialant. Une pauvre femme avait mis sa robe en gage, chez un Juif, pour un emprunt de trente sous. Quelques jours avant Pâques, elle pria le Juif de la lui rendre, afin qu'elle remplit avec plus de décence le devoir pascal. { Volontiers,
(ij Nicéphcre.
dit le Juif; je vous la laisserai même pour toujours, et sans intérêts, si vous voulez m'apporter le pain que vous recevrez à l'église, et que vous autres chrétiens appelez votre Dieu; je voudrais voir s'il l'est en effet. » La proposition fut acceptée. La femme alla recevoir la communion à Saint- Merry, sa paroisse, réserva secrètement la sainte hostie, et la rapporta au Juif. Il la mit sur une table, la perça à coups de canif, et en vit couler du sang. Sa femme accourut avec effroi et fit tous ses efforts pour l'empêcher de porter l'impiété plus loin. Il n'en devint que plus endurci : il enfonça un clou dans l'hostie, elle saigna de nouveau; il la jeta dans le feu, elle en sortit entière et voltigea par la chambre; il la mit enfin dans l'eau bouillante, qui, en un moment, parut ensanglantée. L'hostie, s'élevant encore, se présenta alors sous la forme d'un crucifix. Cette merveille frappant enfin le malheureux Juif, il se retira confus. — Cependant son fils, étant sorti, dit à des enfants qu'il voyait aller % l'église, que vainement ils venaient y adorer leur Dieu, son père venant de le tuer. Une femme qui passait entendit cette naïveté de l'enfant; elle entra dans la maison, elle vit la sainte hostie qui voltigeait encore et qui vint dVûemême se reposer dans un petit vase qu'elle avait en main. La femme chrétienne la porta à l'église et la remit au curé. L'évêque de Paris, instruit de ce qui s'était passé, fit saisir le coupable, qui confessa son crime et ne tarda pas à recevoir le châtiment qu'il méritait, La femme et les enfants du Juif se convertirent et reçurent le baptême. — L'hostie miraculeuse fut gardée précieusement à Saint-Jean-en- Grève, où elle se voyait encore avant la révolution. Dès l'année 1295, un bourgeois de Paris fit bâtir un oratoire qu'on nomma la Chapelle des miracles, au lieu où était la maison du sacrilège (1).
En 1608, le 25 mai, un autre miracle arriva dans l'église de Favernay, en Franche-Comté. Il y avait d'ordi-
(1) Fleury, Hist. eccl. — Berault-Bercastel, Ilist. de l'Église. — Mémoires de Trévoux, année 1726. — Jean Yiliani, Hist de Flwence.
naire, aux fêtes de la Pentecôte, un grand concours de fidèles qui y venaient pour gagner une indulgence pléniëre accordée par le saint-siége. C'était la coutume, pour cette solennité, de dresser un autel en bois, et richement décoré. à l'entrée du chœur. On y exposait le saint sacrement. Une fcougie, placée trop près d'un rideau, y mit le feu, et en un instant l'autel, avec tous ses ornements, fut brûlé. Chose étonnante, l'ostensoir dans lequel étaient renfermées deux hosties consacrées, non-seulement ne fut point endommagé par les flammes, mais demeura suspendu sans aucun appui. 11 resta ainsi pendant trente-trois heures, au grand étonnement de la multitude, qui affluait de toutes parts pour contempler ce prodige. Le mardi de la Pentecôte, un curé du voisinage (de Menou)y vint en procession avec tout son peuple; et comme il disait la messe au grand autel, l'ostensoir descendit de lui-même et alla se placer sur un corporal qu'on avait mis au-dessous. Tout cela se passa à îa vue d'une foule immense de spectateurs, parmi lesquels on choisit plus de cinquante témoins irrécusables. L'archevêque de Besançon, Mgr Ferdinand de Longwi, après les informations les plus exactes, déclara le miracle authentique et en publia la relation (1).
On a vu plusieurs fois Jésus-Christ sous la forme d'un enfant, dans la sainte hostie. C'est à l'occasion d'un de ces miracles que saint Louis fit cette réponse si pleine de foi : on engageait ce saint roi à aller voir Jésus-Christ qui apparaissait dans l'eucharistie sous la forme d'un enfant : « Que ceux, dit-il, qui doutent de la présence de Jésus-Christ dans l'eucharistie, aillent voir ce miracle; pour moi, je l'y crois aussi fermement que si je l'y voyais de mes propres yeux (2). d
(1) Conférences sur la présence réelle, par M. Vermot, qui affirme avoir lu lui-même le procès-verbal de ce miracle, signé de ciuquautedeux témoins.
(2) Vie de S, Louis, par H. de Villeneuve.
- 131 -~ TRAITS HISTORIQUES